Les terrasses des bistrots … Jean Paul Croizé

Dès les premières pages la magie opère !! L’auteur a un tel amour DES femmes … qu’il est difficile de rester insensible … Très agréable de se laisser séduire … au gré des pages !!
Beaucoup de beaux sentiments … de toléranced’amour … de sensualité !!
De Belles balades … dans les rues et quartiers de Paris !! C’est exquis et apaisant de
se laisser porter par les mots … les chapitres longs donnent un côté calme et tranquille …
L’auteur arrive à nous captiver  en nous racontant tout « simplement » une histoire d’amour en pleine tourmente !!

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p 10 « C’est à le terrasse des bistrots que j’aime le plus me laisser aller au découragement. Le découragement que je préfère, résigné et chargé de nostalgie,
qui se cultive avec presque autant de plaisir qu’une joie. Et parfois même avec davantage de délectation encore, au point finalement de se complaire dans la tristesse profonde, presque
tranquille à force d’anéantissement, que l’on parvient à éprouver dans ces havres à l’anonymat bruyant. … « 

p 13 « Avant toi, pourtant, les terrasses des cafés comptaient déjà beaucoup pour moi. Elles m’étaient depuis longtemps ces
îlots de paix au milieu de ce monde grouillant et indifférent, dont j’avais alors l’impression paradoxale de me dédoubler,tout en continuant à en faire intimement partie. Notamment grâce aux parisiennes, les belles parisiennes que j’ai toujours
aimé regarder passer lorsque je suis ainsi posé. Même en cet instant, alors que tu me manques tant, je ne peux m’empêcher
de les remarquer. Ce n’est pas par obsession. C’est simplement que je les aime et que je les admire. Sincèrement, gentiment,
pas sournoisement, au contraire. J’ai toujours été ému de voir bouger leur corps quand elles marchent. En pleine détente, j’ai vraiment l’impression de profiter d’un bel instant qui passe en même temps qu’elles, en harmonie avec mon Paris. Regarder
les filles, pour moi, c’est avant tout regarder la joie de vivre, celle toute simple qui se dégage de ces jeunes personnes dans
ces instants subtils, lorsqu’il fait beau, et qu’elles se sentent heureuses. Même les moins jolies, même les moins jeunes, du
moment qu’elles semblent bien, ont alors du charme, et deviennent attirantes, simplement parce que l’on a envie de partager
leur bonheur de vivre. »

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p73 « Plusieurs fois, nous avions ainsi tressaillis, et
retenus notre respiration un instant en entendant un de ces « corbillards verticaux« , comme tu les avais baptisés,
se réveiller brusquement, alors que nous n’avions pourtant entendu personne l’appeler dans les étages. Tu m’avais avoué en avoir un peu peur, tout comme moi, sans savoir pourquoi. C’est ce qui nous avait amené à pousser notre
jeu plus loin, en décidant de défier ces ascenseurs fantômes en allant indument les utiliser jusqu’aux étages supérieurs.
Et lorsqu’ils s’arrêtaient en haut de leur course, après nous avoir souvent montré de très belles portes d’appartement, le
silence retombait brusquement . Nous restions enlacés, à la fois fiers de notre hardiesse, et vaguement gênés tout de même d’avoir cédé à ce jeu un peu ridicule. Souvent, notre cachette était brusquement appelée d’un étage inférieur. Mais plusieurs
fois, nous avions eu la chance de pouvoir pousser très loin nos caresses, nos baisers, dans le silence feutré du haut d’un de
ces immeubles avant de finir par décider de redescendre, encore ivres de nous, mais tellement heureux de ce moment de folie
partagée. »

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86 « Je me sentais comme bercé, presque hypnotisé par ce grouillement humain. Davantage encore que la Gare St Lazare, le Forum
des Halles était devenu ces dernières années une incroyable fontaine à banlieusards, qui, à certaines heures, semblaient véritablement couler comme une marée de tous ses orifices. Et à l’heure
du retour, ses escaliers mécaniques avalaient vers ses trois sous-sols un flot ininterrompu de voyageurs, tous plus pressés les un que les autres de gagner plus de cinquante mètres sous la surface du sol, la gigantesque termitière constituée par la station Chatelet-Les Halles
de la RATP. T’attendre en haut du Forum, en me laissant hypnotiser par ce grouillement auquel je me sentais, toujours aussi bizarrement, à la fois étranger et attaché, me faisait finalement du bien. Comme les terrasses des bistrots, comme notre station de banlieue,
il constituait le théâtre permanent d’un brassage de vie que j’aimais. Je pensais souvent ici à un livre de René Fallet qui m’avait particulièrement touché : « Les pas perdus », un roman à mon goût pas assez reconnu, tant il débordait de tendresse pour les gens simples et authentiques qui habitaient
le monde de cet écrivain. Dans ces « Pas perdus » il avait raconté quelques unes des amours qui se font et se défont dans l’immense salle des pas perdus de St Lazare. Mais nuls doutes qu’aujourd’hui, il pourrait l’écrire, peut-être plus riche encore, en s’inspirant de ceux qui défilent dans ce Forum. »

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p 181 « Quelle délicieuse minette elle était. Alors qu’on entendait Gainsbourg par les hauts parleurs de la patinoire sa chanson « Lemmon Incest » m’était venue à l’esprit. Chanson sulfureuse, que beaucoup à l’époque avaient dénoncée comme une insulte à la pureté des enfants, voire même comme
un hymne à l’inceste. Je regardais le visage si innocent de Marie et je réalisais combien ces sinistres censeur se trompaient : Gainsbourg le poète, Gainsbourg le génie avait alors écrit sa plus belle déclaration d’amour à sa Charlotte. Sa fille, son autre femme, la seule qu’il pourrait toujours admirer, embrasser, chérir,
sans ne jamais aimer que sa pureté, tout simplement. Le même sentiment d’absolu m’inondait en regardant ta fille, si sérieuse en trempant ses lèvres dans son chocolat.
Avec le profil parfait de ses joues, de son nez, ce visage d’ange que donne l’enfance, elle te ressemblait la petite Marie. Elle était ton fruit, que je voulais tout faire pour t’aider à l’amener à maturité sans que rien
ne vienne l’abimer. »

p 242 « L’ambiance qui se dégageait de cette belle place aux somptueuses façades dont la couleur presque toulousaine tranchait
magnifiquement l’été sur le vert des arbres du jardin public résultait également d’une autre particularité : elle constituait le cœur
du quartier gay de Paris. C’est vrai que logeaient dans ce secteur du Marais de plus en plus de ménages homos qui ne se cachaient plus
dans la rue ou à la supérette pour se donner la main, en fait pour se comporter comme n’importe quel couple, c’est-à-dire en toute simplicité.
Certes, quelques uns d’entre eux en rajoutaient parfois. Il arrivait même à certains d’adopter des attitudes plus qu’affectueuses, à la limite
du provoquant. Mais c’était alors pour pratiquer de la revendication militante, manière plutôt drôle finalement d’envoyer promener en les choquant ceux, heureusement rares, qui les regardaient de travers. »

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p 306 « J’étais entré dans ce jardin, toujours autant bain de calme et de fraîcheur qu’autrefois, avec émotion. Revoir ces allées où rien n’avait changé, ces mêmes bancs que je pouvais encore, pour certains, associer à un prénom ou à un parfum si troublants, m’avait encore davantage plongé dans l’état second apporté par les médicaments. J’avais rêvé, j’avais même eu envie de pleurer devant ces plaques dont les quelques vers prenaient aujourd’hui une signification nouvelle pour moi. Ils venaient d’êtres qui avaient su si bien exprimer la peine, la souffrance douce amère que l’on peut ressentir lorsque la vie vous fait du mal. Tous semblaient me comprendre, être avec moi, à mes côtés. Avec un vrai frisson, j’avais même senti Victor Hugo me poser la main sur l’épaule en retrouvant, gravés à côtés de son buste, ces mots qu’il avait adressés à ces arbres des grands bois, lorsque, partageant leur solitude, il sentait quelqu’un qui l’écoutait, et qui l’aimait. Était-ce Sophie, dont je retrouvais le parfum, et les grands yeux verts, qui m’écoutait et qui m’aimait, en cet instant ? Elle était si proche que j’avais envie de lui parler. »

Première rencontre avec l’auteur … au salon du livre d’Igoville …  Janvier 2016

Édition : Les Éditions Ovadia

Genre : Roman

Publié en 2014

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