Les communiants de Rouen … Gilles Delabie

Très beau polar !! Une plongée troublante dans l’après guerre … Une ambiance encore chargée des horreurs de la guerre.
On panse les blessures.
Une énigme « bien ficelée » …. « Quand les ouvriers découvrent huit cadavres dans une crypte de la cathédrale de Rouen, …
Ceux de huit enfants. » … avec un dénouement très inattendu !!
Une écriture très agréable et efficace … saupoudrée d’humour noir … de dialogues « caustiques » !!! Des chapitres courts qui donne du rythme … il est très difficile de décrocher … Et une agréable visite de Rouen … en pleine reconstruction !!

A découvrir absolument !!!

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11 « La Traction cahotait, évitant les ornières et les tas de sable qui jonchaient cette partie de la ville. Rouen n’était qu’un vaste chantier où on pansait encore les plaies de la guerre.Tout se transformait, lentement, trop lentement … A force, le provisoire s’éternisait. Les baraquements pullulaient ; sur les terrains vagues, des pans de murs délabrés se dressaient comme des fantômes,
attendant leur coup de grâce. On remplacerait tout ça par du beau, du propre, du confortable … Du moins, c’est ce qu’on promettait. Depuis dix ans, on pataugeait sévère en pleine désillusion. On se trimballait
dans des bouts de sales déserts, loin du mirage de la reconstruction. »

p 25 « – Bon, commissaire, je vais être franc ! Je voulais pas y aller moi d’abord, au commissariat, c’est l’autre blanc-bec de Langlois, l’architecte, qui m’y a forcé … Parce que pour des machins comme ça, normalement, je parle par expérience, ça fait vingt-huit ans que je suis dans la partie aux Chantiers français, même que je suis contremaître à cette heure …
Il cracha son mégot droit dans le seau à vinasse, avec toute son expérience de contremaître, puis reprit.
– Oui je disais donc, que pour des machins comme ça, on appelle les services du patrimoine ou le musée, qui nous envoient leurs archéologistes … ou archéologues, je sais plus, l’un des deux toujours ! Ils viennent avec leurs petites pelles, leurs
brosses à dents et leurs seaux de plage … Parce qu’eux, ils marnent avec ça les gaillards ! S’ils nous refilaient leurs outils, on se casserait moins les reins, pas vrai ?
Nouveaux rires, nouvelle quinte de toux … Gauloise, pinard, raclement de gorge, crachat, il manqua le seau cette fois. »

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p 30  » – Ne discutez pas … Ne discutez pas … Facile à dire … C’est pas moi le responsable ici ! Il y a du monde au-dessus de moi. Les chefs, l‘architecte … Pis, les curés ! Et puis l’évêque. Ah oui ! Monseigneur qui surveille tout ce qu’on fait.
Faut pas oublier qu’il y a Coty qui vient le mois prochain pour voir l’avancée des travaux ! Ils disent qu’il y aura aussi un oncle du Vatican ! Et apparemment, c’est un grand chef
chez les curetons ! »

p 51 « – Remarquez, vous avez raison Legendre … Je ne suis plus bon à rien … Vous rêvez de me voir partir, eh bien … je pars … je m’en vais … je touche ma retraite et avec mes deux pensions, je devrais m’en tirer.
Surtout si ma femme casse sa pipe plus tôt que prévu … Alors là … j’hérite … C’est le ticket plein de la loterie ! Toute la fortune des Pagèle dans ma poche … Pensez donc ! Je pourrai prendre le repos que je veux … Je pourrai me
foutre de votre gueule, de celles du préfet, de Coty et consorts ! Mesdames; messieurs, je brade le tout ! Je fais un lot ! Je me fous de la patrie dans son ensemble et de tous ses représentants dans leurs fondements !
Il alluma une cigarette, savourant la première bouffée. – A la patrie reconnaissante ! reprit-il en ricanant. Bah merde alors ! Un pays où on montre son poitrail pour y prendre du plomb et son fion pour y fourrer la pommade … Merci bien ! Et
tout ça en musique … Sonnez clairon, descendez braguette … Avec les honneurs et la poignée de main de ministre … Et quel ministre ! Legendre, cette France-là, je vous la laisse … Je n’ai plus rien a y foutre … Je suis ancien combattant, militant
socialiste et rentier … Pour ainsi dire intouchable … Je vais m’en aller et vous viendrez me décorer pour mes bons et loyaux services devant tous les petits copains … On se fera une belle accolade et j’écouterai poliment votre discours …
N’est-ce pas, Legendre ? Vous comprenez à présent ? Je suis libre. »

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p 76 « – Que fais – tu, Serge ?
– je prie …
– On n’entend plus les petits …
– Je les ai appelés tout à l’heure … Ils ne répondent plus …
– On va tous mourir ici tu crois ? Ils vont quand même bien penser à nous ! Le père Aurélio a dit que …
– Parce que tu le crois ? Tu sais très bien ce qu’il fait avec nous le « Père Aurélio » !
– Il est gentil, tu n’as pas le droit !
– Lui, c’est le pire de tous … « Tirer le diable par la queue », c’est bien ce que nous faisons ?
– Mais, tu ne peux pas dire ça … on lui doit d’être tous en vie, tu sais qu’il prend des risques pour nous ! oui ! Pour nous !
– Nous ? Nous allons tous crever ! Alors prie, toi aussi ! Dis les vraies prières …
– Je les connais pas … Et je m’en fous de leur bon Dieu, c’est bien à cause de lui qu’on est là …
– Non ! C’est Satan qui gouverne ! Tu n’as donc rien compris ? C’est la fin des temps … Nous serons bientôt tous morts ! Tous ! »

 

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p 113 « Oscar ouvrit une boite de cigares, en proposa un à son gendre et se servit à son tour en haussant les épaules. Il songeait sans doute à son médecin qui lui interdisait
de vivre de peur qu’il meure. »

p 118  » – C’est bon, l’enquête reprend. On travaille dans l’officiel … Mais pas de vagues, hein ? Une mer d’huile ! Dans le sens du vent …
Tu piges ? fit Bouvier.
– Parfait ! On commence par quoi ?
– Mettre la main sur Langlois. Je demande une commission rogatoire pour fouiller les deux maisons, celle du père et celle du fils.
Rassemble-moi une dizaine d’hommes et demande un fourgon, on y va dans l’heure.
– Une dizaine d’hommes ! C’est pas vraiment la mer d’huile ça !
– Rassure-toi, je tiens la barre …
– J’ai déjà mal au coeur … « 

p 138 « Il monta dans son auto et circula dans les rues rouennaises devenues poussiéreuses, presque poisseuses, tant la chaleur était écrasante. La ville était un chantier permanent
où des ouvriers ruisselant de sueur semblaient ne jamais achever la moindre tâche, le moindre bâtiment.
Partout on entendait le grondement des engins, le claquement des ferrailles et le tac ! tac ! tac! des marteaux piqueurs.
Des baraquements miteux faisaient office de commerces, des immeubles délabrés continuaient de loger le citoyen qui s’entassait dans ces garnis insalubres, où une faune minuscule cohabitait …
Punaises, poux, puces, cafards, souris, rats … Tu parles d’un zoo ! Dans ces cages-là, le bon peuple de France rêvait de Frigidaire, d’eau courante et de DDT en lisant le Chasseur français. Des quartiers entiers sentaient la crasse
et la pisse, les oignons et le foutre. Par cette chaleur, c’est la ville entière qui exhalait sa puanteur, là même où on avait gelé par tous les trous cet hiver.
Dans cette prétendue reconstruction, on cassait tout ce qu’on pouvait : des restes d’immeubles, des théâtres, des arches de pont, tout un passé radieux ou misérable se fracassait à grands coups de pioche …
Des pans entiers de la ville tombaient à terre, sans que l’on sache ce qu’on mettrait à la place. On traversait ainsi des bouts de désert qu’on nommait terrains vagues.
Avec la brise du Sud, la fumée des hauts fourneaux achevait de faire crever les pulmonaires. Oui, il fallait tout casser, flanquer tout ça par terre, une bonne fois pour toutes. Achever ce que la guerre avait épargné ….. « 

Première rencontre avec l’auteur … à Espace Culturelle de Saint Etienne du Rouvray … Novembre 2014

Édition : Ravet-Anceau

Genre : Polar

Publié en 2012

 

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