MosaïQ … Christian Zimmermann

Un moment poétiqueartistiquephilosophique .. et apaisant
Des Haïkus mélodieux … aussi légers qu’un souffle
une rêverie … faite de lettres et de graphisme
Un bonheur à « humer » ...

« en caressant cette pensée :
la découverte
d’un grain de folie« 

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Préface « La règle du haïku exige qu’il ne soit pas plus long-mais pas moins- qu’une respiration. L’œuvre de Christian Zimmermann se passe le temps d’un souffle,
léger, profond-subtil et discret séisme intérieur ; un haïku et un souffle, un fragment et une fraction de l’être. »

« Pour éclairer
les coins les plus obscurs
on n’a qu’une langue de poche »

« l’acteur
s’habille de paroles et frisonne
dans une autre nudité« 

« l’idéal : délai
pour le réaliser
sans jamais l’atteindre »

« la réalité
ne se laisse pas comme ça
tirer par les « je veux«  »

« enfant j’avais hâte
de pouvoir voler
de mes propres illusions« 

« mieux vaut
ne pas briser le silence
dans lequel on se reflète« 

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Christian Zimmermann est poète, donc aussi philosophe.
Ses rêveries comme ses méditations prennent forme dans les lettres qui, sur la trace visible des instances, des couleurs intérieures qui “ creusent la question “, lui transmettent une musique et des signes qu’il nous donne à voir dans l’aplat d’un tableau, parfois musicien, d’un volume mis en signes.
Dans tous les cas une belle rêverie philosophique qui relève de l’essentiel.

Une belle rencontre avec l’auteur … et le marionnettiste  Christian Dherbécourt (mise en scène des textes de Christian Zimmermann) … au salon du livre de Pont de L’Arche … en Juillet 2016

Édition : Caractères

Publié en 2014

Les Âmes blessées … Boris Cyrulnik

Pas adepte de biographie et encore moins d’autobiographie … j’ai néanmoins été … intriguée et fascinée par … Boris Cyrulnik … lors d’une émission télévisée ou
il parlait de son livre et de son expérience en psychiatrie

Malgré un début de livre … un peu abstrait … centré sur ses rencontres … ses homologues … éthologue, psychiatre, psychanalyste, neurobiologiste, neuropsychiatre,  …
avec un nombre impressionnant de noms de spécialistes …Lacan, Freud, Tinbergen, Edouard Zarifian, spitz, Huguenard, Lorenz,….
Xavier Emmanuelli, …

au fur à mesure des pages … on découvre « des choses fascinantes et hallucinantes »
les débuts de l’anesthésie … la découverte des psychotropes … la fin de la criminelle lobotomie … les débuts de l’accouchement sans douleur …
la prise en charge de la douleur … et un sujet qui tient particulièrement à cœur à Boris Cyrulnik … la résilience !!
« Au premier Congrès mondial sur la résilience, à Paris en juin 2012, on a vu apparaitre un accord sur la définition. Nous
connaissons enfin l’objet de nos réflexions : il s’agit de se remettre à vivre après un trauma psychique. »

Un bond énorme en psychiatrie ces 50 dernières années !! « La morale de cette histoire, car c’est ainsi qu’il faut conclure, m’a invité à extraire de cinquante années de pratique une leçon tirée de mes rencontres avec cet objet étrange
que l’on appelle « psychiatrie ». »

Une « étude  » … une observation sur le comportement humain … sur la compréhension ou l’incompréhension de la folie
« Rien n’est plus expliqué que la folie, ce qui prouve qu’on n’y comprend rien. »

Les idées culturelles … ou il est difficile de changer les choses … et de donner de nouvelles explications … « Les idées qui triomphent dans une culture ne sont pas forcément les meilleures,
ce sont celles qui on été les mieux défendues par un appareil didactique. Tout innovateur
est un transgresseur puisqu’il met dans la culture une pensée qui n’y était pas avant lui. Il est donc admiré par ceux qui aiment les idées nouvelles, et détesté par ceux qui
se plaisent à réciter les idées admises. « 

Un livre de découverte … et de questionnement … à découvrir !!

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C’est trop facile de penser que seuls les monstres peuvent commettre des actes monstrueux. Je me disais qu’après tout le Diable avait été un ange et que Dieu
avait permis Auschwitz.
[…]
J’ai pensé que le Diable était un ange devenu fou, et qu’il fallait le soigner pour ramener la paix. Cette idée enfantine m’a engagé dans un voyage de
cinquante ans, passionnant, logique et insensé à la fois. Ce livre en est le journal de bord.

p 87 Alexandre Minkowski « Les principaux adversaires de ce projet furent les universitaires qui récitaient le dogme du darwinisme social : »il ne faut pas s’occuper des prématurés, de façon à ce que la nature sélectionne les plus forts et élimine
ceux dont la vie aurait été sans valeur. » Le nazisme avait perdu la guerre des armes, mais pas le combat des idées. »

p 116 « Le cerveau des lobotomisés ne peut que percevoir une information présente, mais il ne peut plus aller chercher dans le passé l’origine de la trace. Ni futur ni passé, le cerveau ne sait plus conjuguer ! La structure
même des phrases devient contextuelle : pas de virgules pour scander le temps, pas de digression pour échapper à la linéarité qui enchaine les idées, pas d’association pour rassembler
les souvenirs éparpillés et en faire une représentation cohérente. Quelques réponses au présent, deux ou trois mots, pas plus : le cerveau ne sait plus faire de la grammaire ! »

p 133 « Dans les années 1950, il y eut une campagne sanitaire en faveur du brossage de dents. Vous n’allez pas me croire quand je vous dirai que plusieurs associations se sont créées pour s’y opposer. …La nouveauté provoque l’indignation quand on n’en comprend pas l’utilité. »

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Entrer une légende

p 150  » La folie déclenche la peur qu’on éprouve devant une force occulte qu’on ne comprend pas et qui nous possède . « Et si c’était contagieux ? Et si ça m’arrivait ? » Quand
les médicaments dits « psychotropes » ont été trouvés, ils ont diminué la souffrance des patients qui s’est exprimée moins violemment. En quelques mois, les fous nous ont fait moins peur et les soignants en ont profité pour tenter
de les comprendre au lieu de les isoler. »

p 252 «  »Comment est-il possible que certains enfants s’en sortent et deviennent des adultes épanouis, alors qu’en toute logique ils auraient dû être définitivement fracassés ? » …
Emmy Werner baptisa ce processus « résilience« . A la métaphore d’une barre de fer qui tient le coup, je préfère l’image agricole qui dit qu’un sol est résilient quand, dévasté par un incendie ou une inondation, toute vie a disparu jusqu’au moment où l’on voit resurgir une autre flore, une autre faune. »

p 322 « Mai 68 a donné naissance à la psychiatrie qui, elle aussi, a connu ses trente glorieuses : l’ouverture des hôpitaux, l’apparition des médicaments, l’essor de la psychanalyse et la découverte de l’importance des causes sociales pour expliquer, soulager et parfois guérir les souffrances psychiques.
Trente années de progrès, de découvertes, de rencontres, de lectures, de voyages, d’amitié et de conflits inévitables : quelle belle aventure ! »

« Ce long chemin m a conduit à tenter d’expliquer, de soulager et parfois de guérir les souffrances psychiques. Il m’a donné le plaisir de comprendre et le bonheur de
soigner les âmes blessées. »

Genre : Autobiographie

Édition : Odile Jacob

Publié 2014

 

Je voudrais pas crever … Boris Vian

Après Émile Zola, Eugène Sue, Georges Sand, Albert Camus, … Roland Barthes … Je découvre Boris Vian

Et oui je suis une lectrice « contrariée » par la « grande littérature Française » … J’ai longtemps pensé que lire du Maupassant, Pagnol, Colette, Zola, Hugo, Balzac … était ennuyeux !!
Jamais compris que jeune lectrice … aimant « dévorer » les livres je m’ennuyais « grave » en cours de Français au collège et au lycée !!
Et j’ai découvert au cours de mes « rencontres littéraires » que je n’étais malheureusement  pas la seule !!
Mais depuis quelques temps j’ai décidé de changer les choses et de découvrir ces grands noms de la littérature française !! Il n’est jamais trop tard !!
Et il y a de bonnes surprises bien sûre !!

Dont Boris Vian … son écriture « décalée » … « déjantée » … et ses raisonnements étonnants !!
p 111 « Je sens, cher ami, qu’à ce stade, non seulement vous, mais d’autres lecteurs aurez du mal à suivre les méandres de ma pensée, et comme je vous comprends, mais
c’est la conséquence d’un vœu, et je me suis aperçu que lorsque j’écris un article ou une chronique, il me faudrait trois ans pour arriver à la version définitive et ordonnée.
C’est une tare, j’ai le mental discontinu. Ponctuel et non pas linéaire. Vous me le pardonnez, je n’ai pas chaque fois trois ans. »

Ces poèmes désabusés

« La vie, c’est comme une dent
D’abord on y a pas pensé
On s’est contenté de mâcher
Et puis ça se gâte soudain
Ça vous fait mal, et on y tient
Et on la soigne et les soucis
Et pour qu’on soit vraiment guéri
Il faut vous l’arracher, la vie« 

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« Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d’égout

Je voudrais pas mourir
Sans qu’on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur

Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d’avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu’est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir goûté
La saveur de la mort... »

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p 45 : Un poète
« Un poète
C’est un être unique
A des tas d’exemplaires
Qui ne pense qu’en vers
Et n’écrit qu’en musique
sur des sujets divers
Des rouges et des verts
Mais toujours magnifiques« 

p 47 : Si les poètes étaient moins bêtes
« Si les poètes étaient moins bêtes
Et s’ils étaient moins paresseux
Ils rendraient tout le monde heureux
Pour pouvoir s’occuper en paix
De leurs souffrances littéraires.

Ils construiraient des maisons jaunes
Avec de grands jardins devant
Et des arbres pleins de zoizeaux
De mirliflûtes et de lizeaux
Des mésongres et des feuvertes
Des plumuches, des picassiettes
Et des petits corbeaux tout rouges
Qui diraient la bonne aventure

Il y aurait de grands jets d’eau
Avec des lumières dedans
Il y aurait deux cents poissons
Depuis le croûsque au ramusson
De la libelle au pépamule
De l’orphie au rara curule
Et de l’avoile au canisson

Il y aurait de l’air tout neuf
Parfumé de l’odeur des feuilles
On mangerait quand on voudrait
Et l’on travaillerait sans hâte
A construire des escaliers
De formes encore jamais vues
Avec des bois veinés de mauve
Lisses comme elle sous les doigts

Mais les poètes sont très bêtes
Ils écrivent pour commencer
Au lieu de s’mettre à travailler
Et ça leur donne des remords
Qu’ils conservent jusqu’à la mort
Ravis d’avoir tellement souffert
On leur donne des grands discours
Et on les oublie en un jour
Mais s’ils étaient moins paresseux
On ne les oublieraient qu’en deux. »

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Illustration: Paul Delvaux

Y AVAIT UNE LAMPE DE CUIVRE

« Y avait une lampe de cuivre
Qui brûlait depuis des années
Y avait un miroir enchanté
Et l’on y voyait le visage
Le visage que l’on aurait
Sur le lit doré de la mort
Y avait un livre de cuir bleu
Où tenaient le ciel et la terre
L’eau, le feu, les treize mystères
Un sablier filait le temps
Sur son aiguille de poussière
Y avait une lourde serrure
Qui crochait sa dure morsure
A la porte de chêne épais
Fermant la tour à tout jamais
Sur la chambre ronde, la table
La voûte de chaux, la fenêtre
Aux verres enchâssés de plomb
Et les rats grimpaient dans le lierre
Tout autour de la tour de pierre
Où le soleil ne venait plus

C’était vraiment horriblement romantique. »

Ces « Lettres au collège de Pataphysique »

Définition de la Pataphysique : Le Collège en propose plusieurs définitions. De la plus directe, « la science des solutions imaginaires », à la plus complexe : « La ‘Pataphysique
est à la métaphysique
ce que la métaphysique est à la physique », voire « la plus vaste et la plus profonde des Sciences, celle qui d’ailleurs les contient toutes en elle-même, qu’elles le
veuillent ou non », ou bien encore : « La ‘Pataphysique est l’équivalence des contraires » ; pour résumer : « La ‘Pataphysique est la substance même de ce monde.»

p 78 AXIOME
« Retirez le Q de la coquille : vous avez la couille, et ceci constitue précisément une coquille.
Je laisse à cet axiome, monsieur, le soin de perforer lui-même, de son bec rotatif à insertions de patacarbure de wolfram,
les épaisses membranes dont s’entoure, par mesure de prudence, votre entendement toujours actif. Et je vous assène,
le souffle repris, ce corollaire fascinant :
Et ceci est vrai, que la coquille initiale soit une coquille de coquillage ou une coquille d’imprimerie, bien que la coquille
obtenue en fin de réaction soit toujours (à moins de marée extrêmement violente) une coquille d’imprimerie en même temps qu’une couille imprimée.
Vous entrevoyez d’un coup, je suppose, les conséquences à peine croyables de cette découverte. La guerre est bien loin.
… Bref, partons d’une coquille. La suppression du Q entraîne presque
immédiatement la mutation du minéral inerte en un organe vivant et générateur. Et dans le cas d’une coquille initiale d’imprimeur, le résultat est encore plus spectaculaire,
car la coquille en question est essence et abstraction, concept, être de raison, noumène. Le Q ôté permet le passage de l’essence à l’existence non seulement existante mais
excitable et susceptible de prolongements.« 

Sa Lettre à sa Magnificence Le Baron Jean Mollet
Vice-Curateur du collège de Pataphysique sur les truqueurs de la guerre.
p 91 « Je me garderai d’insister sur le danger psychologique de ce triste état de choses : il est précis, colossal, obligatoirement, plus ou moins l’idée qu’elle n’était pas dangereuse. Ceci
concourt à l’échec de la suivante, et ne fait pas prendre au sérieux les guerres en général. Mais ce ne serait rien. Le combattant qui ne s’est pas fait tuer garde en lui-même une mentalité de raté; il aura à cœur de compenser cette
déficience et contribuera donc à préparer la suivante; or comment voulez-vous qu’il la prépare bien, puisqu’il s’est tiré de la précédente et que par conséquence, du point de vue de la guerre, il est disqualifié ?« 

Préface et notices par Noël Arnaud

Edition : Fayard/Pauvert 1962

 

 

Le papillon Ensablé … Maïa Alonso

Quel plaisir de retrouver la prose de Maïa Alonso. J’ai adoré « L’odyssée de Grain de bled en terre d’Ifriqiya » 2013 , « Le soleil colonial -Au Royaume des cailloux » 2014, « Les
enfants de la Licorne » 2015 et je savoure « Le Papillon ensablé » … une prose poétique et pleine de sensibilité !!      p 76 « Au loin, le fleuve s’amuse à se frotter le nez contre les roches des berges. On entend comme des éclats de rire.« 

Un roman poignant … bouleversant … envoûtant témoignage de ces « déracinés » d’Algérie, les « pieds- noirs » comme on les appelle !
p 55  » Son unique péché est celui d’être né sur
une terre d’adoption, choisie par ses ancêtres pour fuir leur vie de pauvres diables. Son crime, c’est de l’aimer, cette terre, su tierra querida, d’un amour hérissé de callosités, un amour qui leur ressemble, hommes venus de toutes les misères
éparses.« 

Un roman à plusieurs facettes fait de souffrances, de désillusions ….. mais aussi d’amour, de douceur, de sagesseapaisant !
Une belle quête pour retrouver malgré tout la paix intérieure !! L’auteure nous « promène » entre rêveréalité et peut être surnaturel !!

Un beau voyage au milieu de ces destins croisés … Maïsée , Adrien, Hèlène – Malionne, Rachid, Karima, Magdala … Baba Antoine … des rencontres … des amours compliqués et inavoués
des personnages très attachants !!

Maïsée et Adrien…Une belle histoire … tumultueusedouceviscérale et passionnée mais un Amour … effleurée du bout des doigts

Une balade dans le temps, entre passé et présent … et dans l’espace, Laï – Chau (en pays Thaï), … Le Bled algérien, Mascara, Takhmaret, le désert
Hossegor, Loubet (la porte des Cévennes), l’ Ile de Noirmoutier, …

De longues palabres sur la religion entre Rachid et Baba Antoine … Chrétiens et musulmans !

Quel plaisir aussi de retrouver Ma’Guapa et Yaminah « Le soleil colonial » … p 124  » J’ai bien connu la grand-mère qu’on appelait Ma’Guapa. Elle vivait ici même. Elle a dû rejoindre les champs célestes depuis le temps.
J’ai moi-même grandi ici auprès de ma grand-mère Yaminah.« 

Un roman à découvrir … Un roman aux Milles Émotions et Milles Sensations !!

Un beau message de Maïsée … : p 209  » Je ne conteste ni le Coran, ni la Bible, ni la Torah. Je ne les ai pas lus, je l’avoue. Non par paresse, mais par manque d’intérêt, ce que ni toi, ni le Père Saint-Antoine ne parvenez à comprendre. J’aime la poésie. La poésie, c’est la terre
de mon âme et je m’en nourris ici, dans ce coin perdu qui m’est devenu si cher. Je vis l’instant présent. »

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p 19 « Le vent du large a soufflé dans le plumage des goélands, chargé de milliers de grains de sables glacés. Maïsée est pâle. …
– Si j’étais une mouette, je n’aurais pas peur de la nuit. Je pourrais toujours m’en aller d’un coup d’aile. Ailleurs. Voler après le soleil.
Inlassablement.
Les mouettes ont besoin de la côte, de la terre, de la nuit. »

p 37 « Je m’étale sur le sable, trempée de pluie, de sueur, de larmes.
Une claque de sable s’accroche à ma joue. Je me redresse péniblement sur les genoux. Je suis face à l’océan, mais il s’estompe dans la pluie, dans la brume. La plage est emprisonnée dans un halo humide. Aussi déserte que l’absence de Maïsée.
Quel dieu suis-je venue supplier pour me trouver ainsi agenouillée, secouée de sanglots ? Quel dieu bouffon me restituera mon ridicule ? Est-ce le grelot de son rire qui crève la brume ? »

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p 38 « J’ai vu Maïsée rentrer dans le soleil posé sur l’océan.
Comme un papillon ensablé, enfin libéré. »

p 47 « Une bombe explose.
L’oiseau foudroyé tombe comme une pierre, est emporté avec les brindilles; les branches fracassées, les feuilles arrachées, à travers les jardins dévastés par l’orage.
L’adolescente offre son visage à la pluie chaude, martiale. Une langueur clandestine s’étale sur ses traits, écarte ses lèvres charnues, ranime comme un souvenir qu’elle ne
connait pas encore et qui empoigne son âme quelque part dans sa poitrine. Aucun geste connu, pas même deviné ou pressenti ne soulage la moiteur de cette après midi orageuse. Aucun visage
masculin ne s’interpose entre elle et sa langueur, mais une mystique sensuelle. Elle glisse dans la boue pulpeuse, gorge offerte à la pluie battante. Le sable gluant aspire les genoux durs, repliés en prière. L’extase exacerbe l’émoi
silencieux. »

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p 51 « – Et puis, comment pourrait-on se reconnaitre dans l’image du sale colonisateur qui circule en métropole quand la grande majorité d’entre nous est si pauvre ? Eh oui, même parmi les « colons« , il y a des pauvres.
Et Vincente d’ajouter :
– On nous prend pour des capitalistes. Qu’est-ce qu’ils connaissent à nos tracas, les gens de chez vous ? La vie de colon, pour eux, c’est la vie de château. Qui connaît toutes nos vicissitudes ? Le travail éreintant sous
le feu du soleil, saccagé par un vol de sauterelles ou par un orage torrentiel, nos blés couchés, les promesses envolées … Vous qui nous voyez vivre, vous ne pouvez pas avoir cette image-là de nous. Vous voyez bien qui sont nos voisins dans cette rue. On
se connait tous, depuis toujours. Que l’on soit Juifs, Chrétiens, Musulmans. On s’entraide au besoin. C’est naturel. Alors pourquoi ça devrait changer? « 

p 54 « Miroirs interchangeables, la mère et la fille se tricotent des confidences à voix menue, dépourvues de sous-entendus, avec cet entrain particulier aux filles du soleil quand
le rire refoule au loin les orées du trouble.« 

p 55 « Terre cependant à jamais insoumise, tout comme le petit peuple bigarré qui se veut fraternel parce que la même pauvreté recouvre leurs rires sous le soleil, parce que la même
couleur patine leurs corps et leur langage inventé, mais qui ne peuvent être frères car les mémoires s’accumulent sous la poussière des siècles : elles alimentent dans de terribles recoins la rébellion
fratricide. Or, depuis longtemps, il n’y a plus de vainqueurs car le peuple reste le peuple. Ce sont les autres qui , de l’extérieur, manipulent les cordons, actionnent les leviers, fomentent les haines qui n’existaient pas. Cela s’appelle la politique.« 

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p 73 « Le jour se lève … Le chant des oiseaux accueille la lumière du nouveau jour. Une clarté laiteuse caresse les vignes. Les mots, comme des galtes, s’écoulent doucement de mes doigts pour s’offrir à toi, Adrien.
Bonjour !
T’accueillir à ton retour du village, t’ouvrir le passage, être ce lacet de route qui t’accompagne un instant.
Être ta douche du matin, pour être partout sur toi. Ton fruit du réveil pour être partout en toi. Être tienne ... »

p 103 « Le plaisir … Chaque être porte sa propre musique. Pour que cette musique se libère, pour qu’elle habite l’univers tout entier, il faut un virtuose, certes, mais pas seulement.
Il faut, en soi, cette volonté d’atteindre une apothéose indescriptible. Vouloir le plaisir. L’en-deçà du plaisir. Au-delà même de l’intensité, les innombrables facettes de ce diamant incrusté dans chaque être de
chair. C’est une quintessence démultipliée qui fait rire et chanter la peau, l’être entier. C’est infiniment délicieux, écrivais-tu. »

p 116  » Elle crut avoir crié, mais aucune bulle de son n’avait franchi l’espace qui la séparait des deux personnages. L’air épais formait une muraille qui l’enfermait dans son silence. »

p 141 « Je ne me suis jamais intéressée à la religion et encore moins à la politique car je ne recherche que ce qui peut rapprocher et non ce qui oppose et déchire. Tu ne pourras
pas me faire changer d’avis et je ne pourrais pas te faire penser autrement, Rachid. Ces échanges sont vains, des mots jetés dans le vent. Des mots semeurs de colère. Je suis lasse de ces polémiques. »

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« Un trou s’est ouvert au-dessus de l’Océan. Un trou de lumière.
Le soleil est là, repoussant les murs gris de la pluie. Il arrive au-devant de moi, grossit de plus en plus vite. Il est rouge sang, tournoie comme une plommée incandescente, surplombe les vagues tourbillonnantes, si proche qu’en étendant les doigt, je pourrais le toucher. Hypnotisée je demeure immobile, toujours à genoux. » p 37

Édition : EditionAtlantis

Genre : Roman, Témoignage

Publié en 2016