Ce que disent les hirondelles … Catherine Boissel

Un réel plaisir de découvrir la suite de « La Chanson de Julien » le dernier de cette trilogie construite comme une épopée familiale. 

On y retrouve la famille Dherfeuil, la ville de Brétigny en Normandie quelques années plus tard, avec toujours cette subtilité dans la psychologie des personnages. Des personnages forts et bouleversants.

Après la première guerre mondiale, la deuxième guerre se profile à l’horizon !

Un roman qui semble malheureusement d’actualité. Une guerre proche de nos frontières ! Mais nous concerne-t’elle vraiment ?

Malheureusement, malgré l’inconcevable, cette guerre va entrainer le pays dans un effroyable chaos !!

Un début de livre tranquille, on attend les évènements puis la guerre éclate et tout s’accélère !

Une écriture agréable et fluide, ou l’auteure maitrise le rythme avec justesse.

J’ai surtout été sensible à cette relation mère – fils ! Touchée en plein coeur par cette relation forte et déchirante !

Quelle puissance dans ce roman ! Une intrigue encore très bien orchestrée. 

Et quel dénouement !

Conquise et touchée !

« L’état français remplaça la République française abolie. Le 17 juin, la voix chevrotante, le maréchal Pétain appela à la TSF, d’un coeur serré, « les Français à cesser le combat ». Henri appartenait à la minorité qui n’accordait aucune confiance au vainqueur de Verdun. 

– Je l’ai vu à l’oeuvre au Chemin des Dames, répétait-il. Sous des dehors paternels, c’était le même boucher d’hommes que les autres. Et faux-cul par-dessus le marché. 

La lettre de Noémie relatant l’entrée des Allemands dans Paris déclarée ville ouverte, conforta son pessimisme. »…

… « Bien après le couvre-feu imposé par les Allemands, l’abbé Lalouette, sorti de son lit pour satisfaire un besoin pressant, aperçut un soir trois hommes en train de comploter, dissimulés entre deux contreforts de l’église. Il reconnut le maire Victor Desrues, Placide Mettier et Henri Dherfeuil. Il se signa, implorant le Seigneur de les protéger. Coïncidence, au matin suivant cet énigmatique conciliabule, Brétigny se réveilla les murs couverts de graffiti hostiles à l’occupant. Et la provocation se répéta à plusieurs reprises. Inocentes plaisanteries à propos desquelles la Kommandantur s’agaça mais ferma les yeux. Le major von Schäffer, qui avait réquisitionné pour lui et son ordonnance une partie du château Dherfeuil, eût préféré mille fois se trouver dans sa confortable demeure des environs de Lübeck en compagnie de ses livres, son gramophone et son jardin, plutôt que dans ce trou perdu à surveiller une infime partie de la construction du mur de l’Atlantique. »

« Lorsqu’il rentra chez lui, Fanfan trouva son père prostré devant le poste de radio. Pauline le réconfortait :

– Laisse donc Staline et Hitler se débrouiller entre eux. Cette association de malfaiteurs est préoccupante mais la France n’a rien à voir là-dedans. Arrête de te faire du mauvais sang. » …

… – Mais qu’est-ce qui se passe, à la fin ?

– L’Allemagne et la Russie viennent de conclure un pacte de non-agression, dit Pauline. Papa est très inquiet. 

– Et alors ? Daladier a signé les accords de Munich l’année dernière. 

– Décidément, l’amour te rend idiot. Pas la peine d’avoir été admis à Polytechnique, cingla son père. 

Henri avait quarante-cinq ans – l’administration militaire ne prenant pas en compte les visages massacrés, il ne pouvait prétendre être exempté -, Fanfan dix-neuf. En cas de conflit, ils seraient mobilisés tous les deux. » 

 

« Les parois de l’amphithéâtre de roche résonnaient du martèlement des pioches, des ordres braillés, de l’aboiement des chiens. Des tâcherons efflanqués s’activaient sous les injures et les coups. Coups de pied, coups de matraque, coups de pelle. La gelée nocturne semait sur la gadoue d’innombrables diamants minuscules.

Au bord du chemin,elle transformait les feuilles de trèfle en bonbons de sucre qui allumaient des lueurs sauvages aux yeux des affamés. Ils se ressemblaient tous, avec leurs haillons rayés, leurs crânes tondus, leurs orbites noires et leurs joues creuses. Entre leurs lèvres, des trous d’ombre et des chicots pourris remplaçaient les dents saines des jeunes hommes robustes qu’ils étaient encore quelques mois auparavant. 

Les semelles de bois de leurs galoches claquaient sur la boue durcie. A force de monter et descendre les innombrables marches du camp, leurs jambes douloureuses avaient adopté une démarche saccadée. Un troupeau de spectres gardé par une meute de démons. » 

Edition : Presse de la cité (Terres de France)

Genre : Roman

Publié en 2022

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