L’Amer Veille de Sébastien Monod

Un roman fort et émouvantétonnant et surprenant
Un monde rude … des personnages un peu rustres … et ses courriers tendres et teintées de féminité !!
On se laisse porter … bercer … tranquillement par cette belle et on pense « banale » histoire d’amour … faite de mots et de passion !!
et puis … « suspens » et interrogations et … plus rien n’est « banal » !!

Une déclaration d’amour .. « transparente » et pure … que l’on découvre au fur et à mesure des pages et du temps … Entre douceur … tendresse … déception … espoir …
et peut être désespoir

La découverte d’une époque … d’un lieu unique l’Ile d’Ouessant et de sa petite communauté… la vie des gardiens de phare … avec … Adrien dit
« le sauvage » un homme blessé et mystérieuxMaël l’ami sincère et discret … et Eugène rustre et révolté
On est aussi plongé dans Les années 30 … les années folles … les cheveux gominés et le borsalino … les coupes à la garçonne … avec Alice toute pétillante
Adrien l’artiste et puis la guerre qui éclate … Paris envahis !!

Une belle balade en Bretagne … un somptueux roman … avec toute l’ambiguïté de l’Amour … et de la passion …

Une belle écriture … une sensibilité à fleur de peau

Je n’ai pas été sensible à un précédent roman de Sébastien Monod « Anna t’aime » … mais je sentais que j’étais passé à côté de quelques choses et j’avais l’envie de
découvrir un autre roman de l’auteur !! et là … mon intuition était bonne !! Que de belles sensations !! Bonheur et plaisir !!!
Un beau roman à découvrir …. Une petite « Mer Veille » …

« Ne demande pas ton chemin à quelqu’un qui le connait car tu ne pourrais pas t’égarer »
Rabbi Nahman (1772-1810)

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p 22 « Je me demande si cette correspondance avec vous ne tient pas de la psychanalyse. Sans vous voir, sans vous savoir à mes côtés, je peux me confier, laisser libre
court à toutes mes pensées, sans frein, sans aucune censure. Ma main est un outil qui permet de retranscrire des idées qui viennent directement de mon âme.
Tout cela n’est pas réfléchi. Si cela l’était, si j’avais pleinement conscience des lignes que vous êtes en train de lire, elles ne seraient pas si authentiques, si nues. Car
c’est bien de cela dont il est question : je me déshabille devant vous. Mon cerveau est translucide, c’est moi, moi comme je ne me vois pas moi-même, que vous découvrez.
C’est mon cerveau que vous effeuillez, ôtant tous les pétales qui, par pudeur ou par convention, cachent mes sentiments. Toutes ces feuilles retirées, que restera-t-il ?
Une simple tige, quelques sépales, des étamines et le gynécée. Au bout de quelques lettres, je serai dénudée et sans charme, mais mon cœur, lui, sautera aux yeux. Vous ne verrez plus
que lui. Et c’est cela qui importe. Ce cœur diagnostiqué trop gros par les médecins a, par conséquent, besoin de beaucoup plus d’amour que n’importe quel autre. »

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p 42 « Comme j’aimerai être sur votre île. … Je crois que j’adorerais assister à une tempête ! Comme celles de romans de Jules Verne. Je me rends compte que j’ai utilisé le verbe « assister »;
j’imagine cela comme un spectacle, en réalité, cela doit être effrayant. La vie ne doit pas être calme et linéaire, elle se doit de comporter des moments plus violents, il faut le vent, il faut
la houle et l’impétuosité des sentiments pour apprécier la douceur du sable sous les pieds et la caresse des rayons du soleil sur la peau. »

p 57 « J’eus envie de rire, et ce rire d’ailleurs m’aurait fait le plus grand bien ! Je me pinçais alors pour qu’ils ne voient pas ma bouche se tordre. Enceinte ! Pour cela, il aurait fallu qu’il y ait un
contact entre mon promis et moi, chose que j’avais toujours écartée, différée, repoussée aux calendes grecques !
Pourquoi donc, vous demanderez-vous ? Je ne sais comment le dire … Faire la chose avec Arsène, cela eût été vous tromper un peu. Car, oui, je pensais à vous, le rêve de la veille le prouvait. »

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p 61 « Il (Adrien) n’avait jamais été gardien en mer, et ça, c’était le sujet qui fâchait. Tous les auxiliaires débutaient leur carrière en enfer – c’était ainsi qu’on nommait les phares en mer !
C’était le passage obligé : il fallait avoir vécu les situations extrêmes de vie en ces phares-là pour connaitre vraiment le métier. Ensuite, on demandait une mutation, car peu d’hommes, il fallait l’avouer, étaient faits pour cette existence-là. »

p 73 « Je lui avais foutu sa raclée, au petit Malgorn. Il a eu ce qu’il méritait. Eh quoi ? Défendre le « sauvage », quelle mouche l’avait piqué ? N’était-il pas des nôtres ? Bon, c’est vrai,
je ne l’ai pas raté. Les autres, ils m’ont dit que je devais mieux mesurer ma force, que je faisais le double du poids du gamin. C’est vrai. Disons qu’il s’agissait d’un avertissement.
S’il s’obstinait à causer à l’autre, s’il continuait à préférer sa compagnie à la nôtre, au moins il savait à quoi s’attendre. Bon sang, on ne se moque pas d’un Le Floc’h, famille honorable, gardiens de phare de père en fils depuis plus de soixante
ans !« 

p 73 « C’est à cette époque que Kernoa est devenu « le sauvage » à cette époque. Il s’est replié sur lui-même. Déjà qu’il était peu causant avant ! En 1940, la nuit est tombée et elle a duré plus que de raison ; les Boches
ont éteint tous les phares de l’île. La même année, une partie de la France a été placée sous le régime de Pétain, Ouessant n’a pas fait exception et est aussi passée sous l’administration de Vichy. Nous autres,
électromécaniciens, gardiens, maîtres de phare, avons été réquisitionnés, on était à la disposition des Allemands pour les différents travaux autour de la signalisation en mer.
Pas question de compter sur moi pour parler de cette période ! D’ailleurs aucun de nous n’en parlera jamais. Il est des évènements dont on préfère taire jusqu’au nom. L’oubli, oui, c’est ça. Ou plutôt tenter l’oubli.« 

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p 76 « Paris, 11 novembre 1939, Cher Adrien,
Cette année, nous ne commémorerons pas l’armistice de 1918, la fin des combats de la Première Guerre mondiale, la paix. Quand une nouvelle guerre a commencé, il ne peut être question de fête. Je vois à nouveau les hommes de mon
âge partir. Je leur dis « au revoir » tout en priant pour que ce ne soit pas un « adieu » déguisé. Je les embrasse fort et les serre dans mes bras, ma façon à moi de les retenir un peu plus longtemps quand eux y voient un encouragement,
une marque d’affection. »

p 99 « Je (Maël) pris place à ses côtés et posai la main sur son épaule. Une tape fraternelle. Virile. Un homme ne prenait pas un autre dans ses bras. C’était pourtant le geste qui aurait dû être fait. Je ne le fis pas. Je lui frottai énergiquement le dos, comme pour le réchauffer. Pourtant, il n’avait pas froid.
Il s’était habillé et la température dans la pièce était normale. C’était l’âme qui avait besoin de l’être, réchauffée. Adrien était glacé de l’intérieur. Une pierre cueillie dans les profondeurs du Fromveur, voilà à quoi il me fit penser, le voyant là, presque enroulé sur lui-même.
Que de souffrances contenues en cet homme. »

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p 148 « Je ne pris pas le chemin pour Bouguezen, mais poursuivis vers la pointe de Pern. Je croisais sur ma gauche l’aigle abandonné par les Nazis, cette roche monumentale qui ressemblait à leur emblème et qu’ils avaient décidé de voler. Hélas pour eux, la pierre
n’avait jamais voulu décoller. Ils l’avaient hissée sur une carriole qui avait fait quelques mètres avant de se briser. L’aigle demeure sur le bord du chemin de terre, sentinelle de pierre qui rappelle aux hommes qu’il faut toujours veiller à ne pas avoir de rêves trop grande.« 

p 157 « Le printemps ne va pas tarder à éclore. Autant je ne crois pas aux souhaits trop vite envolés du nouvel an, autant j’ai foi en ce renouvellement de la nature, de la vie. Lui
est réel, c’est du concret. Aucune déception à attendre de sa part ! »

Première rencontre avec l’auteur … au salon du livre d’Igoville … le 25 janvier 2015

Éditions Des deux Anges

genre : Roman

Publié en 2016

Illustration couverture : photo de Sébastien Monod

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Chanson douce … Leïla Slimani

Un roman … qui pourrait être un fait divers !!
Chanson douce ou … chant funeste !!
Myriam et Paul … Un jeune couple aisé et « presque » heureux, qui découvre la vie stressante et angoissante de jeunes parents !! La difficulté de concilier vie privée … vie
professionnelle sur un rythme effréné !! …

et Louise … une nounou désœuvrée,malheureuse … qui se cache derrière une vie terne , « creuse » et sans intérêt !!
un mal être palpable au fil des pages … et une descente aux enfers lente … progressive …  insinueuse ….

Deux mondes qui se jaugent … qui s’observent mais ne se mélangent pas !!
On se croise mais on ne se confie pas !!

et puis la mort des deux enfants … une mort annoncée dès la première page !!

On vit le livre au rythme des angoisses … des non dits … des bonheurs … des désarrois … des tourments … des égarements mais le suspens n’est plus !!

Une belle écriture …des détails subtils qui nous plongent dans l’horreur de la situation !! et des chapitres courts qui donnent du rythme !!

Malgré tout je ne dirait pas que j’ai aimé ce livre !!
peut être trop de clichés !!!

et un sujet mille fois exploité !!

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p 13 « Le bébé est mort. Il a suffit de quelques secondes. Le médecin a assuré qu’il n’avait pas souffert.
On l’a couché dans une housse grise et on a fait glisser la fermeture éclair sur le corps désarticulé qui flottait au milieu des jouets.
La petite, elle, était encore vivante quand les secours sont arrivés. Elle s’est battue comme un fauve. »

p 16 « Quelques jours auparavant, alors que Myriam discutait de ses recherches avec son amie Emma, celle-ci s’est plainte de la femme qui gardait ses garçons. « La nounou
a deux fils ici, du coup elle ne peut jamais rester plus tard ou faire des baby-sittings. Ce n’est vraiment pas pratique. Penses-y quand tu feras tes entretiens. … le discours d’Emma l’avait gênée.
Si un employeur avait parlé d’elle ou d’une autre de leurs amies de cette manière, elles auraient
hurlé à la discrimination. Elle trouvait terrible l’idée d’évincer une femme parce qu’elle a des enfants. « 

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p 44 « Une tension érotique légère, piquante, lui brûle la gorge et les seins. Elle passe sa langue sur ses lèvres. Elle a envie de quelque chose. Pour la première fois
depuis longtemps, elle éprouve un désir gratuit, futile, égoïste. Un désir d’elle-même. Elle a beau aimer Paul, le corps de son mari est comme lesté de souvenirs. Lorsqu’il la pénètre, c’est dans
son ventre de mère qu’il entre, son ventre lourd, où le sperme de Paul s’est si souvent logé. Son ventre de replis et de vagues, où ils ont bâti leur maison, où ont fleuri tant de soucis et tant de joies. »

p 81  » Louise sait combien cet instant est fugace. Elle voit bien que Paul regarde avec gourmandise l’épaule de sa femme. … Myriam pose sa joue sur l’épaule de son mari. Louise sait qu’ils vont s’arrêter, dire au revoir, faire semblant d’avoir sommeil. Elle voudrait les retenir, s’accrocher à eux,
gratter ses ongles sur le sol en pierre. Elle voudrait les mettre sous cloche, comme deux danseurs figés et souriants, collés au socle d’une boîte à musique. Elle se dit qu’elle
pourrait les contempler des heures sans se lasser jamais. Qu’elle se contenterait de les regarder vivre, d’agir dans l’ombre pour que tout soit parfait, que la
mécanique jamais ne s’enraie. Elle a l’intime conviction à présent, la conviction brûlante et douloureuse que son bonheur leur appartient. Qu’elle est à eux et qu’ils sont à elle.

p 121 « A cette époque, Paul s’est senti pris au piège, accablé d’obligations. Ils s’est éteint, lui dont tout le monde admirait l’aisance, le rire tonitruant, la confiance en l’avenir. …
Les enfants étaient là, aimés, adorés, jamais remis en cause, mais le doute s’était insinué partout. Les enfants, leur odeur, leurs gestes, leur désir de lui, tout cela
l’émouvait à un point qu’il n’aurait pu décrire. Il avait envie, parfois, d’être un enfant avec eux, de se mettre à leur hauteur, de fondre dans l’enfance. Quelque chose était
mort et ce n’était pas seulement la jeunesse ou l’insouciance. Il n’était plus inutile. On avait besoin de lui et il allait devoir faire avec ça. En devenant père, il a acquis des
principes et des certitudes, ce qu’il s’était juré de ne jamais avoir. Sa générosité est devenue relative. Son univers s’est rétréci. »

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Ref :Benzine – Jean François Lahorgue

p 176 « A ses questions, posées d’une voix douce et compréhensive, Louise opposait un silence hermétique. « C’est de la pudeur« , a pensé Myriam. Une façon de préserver la frontière entre
nos deux mondes. Elles a alors renoncé à l’aider. Elle avait l’affreuse impression que sa curiosité était autant de coups infligés au corps fragile de Louise, ce corps qui depuis
quelques jours semble s’étioler, blêmir, s’effacer. « 

Elle (Myriam) avait toujours refusé l’idée que ses enfants puissent être une entrave à sa réussite, à sa liberté. Comme une ancre qui entraîne vers le fond, qui tire le visage du noyé dans la boue. Cette prise de conscience l’a plongée au début dans une profonde tristesse. Elle trouvait cela injuste, terriblement frustrant. Elle s’était rendu compte qu’elle ne pourrait plus jamais vivre sans avoir le sentiment d’être incomplète, de faire mal les choses, de sacrifier un pan de sa vie au profit d’un autre.
Elle en avait fait un drame, refusant de renoncer au rêve de cette maternité idéale.

On se sent seul auprès des enfants. Ils se fichent des contours de notre monde. Ils en devinent la dureté, la noirceur mais n’en veulent rien savoir. Louise leur parle et ils détournent la tête. Elle leur tient les mains, se met à leur hauteur mais déjà ils regardent ailleurs, ils ont vu quelque chose.
Ils ont trouvé un jeu qui les excuse de ne pas entendre. Ils ne font pas semblant de plaindre les malheureux.

p 177 « Bien sûr, il suffirait d’y mettre fin, de tout arrêter là. Mais Louise a les clés de chez eux, elle sait tout, elle s’est incrustée dans leur vie si profondément qu’elle semble maintenant impossible à déloger. Ils la repoussent et elle reviendra. Ils feront leurs adieux et
elle cognera contre la porte, elle rentrera quand même, elle sera menaçante, comme un amant blessé. »

« Son cœur s’est endurci. Les années l’ont recouvert d’une écorce épaisse et froide et elle l’entend à peine battre. Plus rien ne parvient à l’émouvoir. Elle doit admettre qu’elle ne sait plus aimer.
Elle a épuisé tout ce que son cœur contenait de tendresse, ses mains n’ont plus rien à frôler. »

Édition : gallimard

Genre : Roman

Publié en 2016

Tombé hors du temps … David Grossman

Un roman … Poignant, grave, saisissant et déchirant

Une course frénétique et folle … pour comprendre … et survivre à la disparition de l’être chère … son enfant
La folie d’une quête impossible … Aller « là-bas » !!!
p 30 « Et s’il y avait un tel endroit
Un là-bas,
Mais tu sais bien qu’il n’y en a
Pas- mais s’il y en
avait un, On y serait déjà allé,
Quelqu’un se serait
Levé
Et y serait allé. Et jusqu’où
Iras-tu,
Et comment sauras-tu revenir,
Et si tu ne reviens
Pas, et quand bien même tu
Le trouverais,
Mais tu ne trouveras pas
Parce qu’il n’y a rien, … »

« L’acceptation » douloureuse de la mort en un déferlement de sanglots … et de souffrances
Une descente aux enfers … douloureuse mais peut être nécessaire et salvatrice !!

Une grande poésie … une grâce et une grande délicatesse dans l’écriture !!

ce ne sont pas des témoignages « parlés » … mais des ressentis … des émotions extrêmes … des douleurs bouleversantes de parents dévastés !!

Je me suis fait Happer par toute cette détresse !! Un texte ou l’on se laisse bercer par les mots … Une merveille !!

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p 8  » – Ta voix.
– C’est revenu. La tienne aussi.
– Ta voix m’a tellement manqué.
– J’ai cru que nous … que plus jamais –
– Plus que ma voix, c’est la tienne qui me manquait.
– Mais c’est quoi là-bas, dis-moi. Un tel endroit n’existe pas, il n’y a pas de là-bas !
– Si on va là-bas, il y a un là-bas.
– Et on ne revient pas de là-bas, personne n’en est encore revenu.
Parce que seuls les morts y sont allés.

p 18 « Nous avons tu
Cette nuit-là
Pendant cinq ans.
Tu es devenue muette la première,
Puis se fut mon tour.
Le silence t’as fait
Du bien, et moi
Il m’a saisi
A la gorge. L’un
Après l’autre les mots
Ont expiré, et nous avons ressemblé
A une maison
Où petit à petit s’éteignent
Toutes les lumières, jusqu’à ce que tombe
Un silence obscur– »

p 34 « Notre cœur va se briser,
Nous allons peut-être mourir instantanément,
comme lui,
Ou alors rester suspendus
Devant lui, à nous balancer
Entre les morts
Et les vivants –
Mais ça, nous en avons
L’habitude, cinq ans,
Un échafaud de manque – »

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p 68  » «Quelqu’un
Qui habitait un pays lointain m’a raconté
Un jour que dans sa langue
On dit de celui qui est mort
A la guerre qu’il est « tombé ».
Ainsi de toi : Tu es tombé
Hors du temps, le temps
Dans lequel je demeure
Passe
Devant toi : Une silhouette seule
Sur un débarcadère
Par une nuit
Dont le noir
S’est échappé
Jusqu’à la dernière goutte.
Je te vois
Mais je ne te touche pas.
Je ne te sens pas
Avec mes
Capteurs de temps. »

p 128 « Et cependant suspends ta course, inspire, expire, sens la
brûlure de l’air dans tes poumons, lèche ta lèvre supérieure, goûte le sel de la sueur saine, un prurit de vie,
et dis de tout ton cœur ; Je
(Bon dieu, je le comprends maintenant :
Même ce pronom
S’est perdu puis est mort
Avec toi, et tu ne m’as laissé
Que les « il« , « tu« ,
« Nous« , et plus personne ne
Dira « je »
Avec ta voix. »

p 133 « Et pardonne-moi, je te prie, pour cette question
Qui te paraîtra peut-être stupide et peu banale, mais
Je dois te la poser
Parce que cela fait cinq ans qu’elle
Dévore mon âme
Comme une maladie :
Qu’est-ce que la mort, mon fils ?
Qu’est-ce
Que
La mort ?

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p 134 « En fait, je voulais
Te demander comment c’est,
Ma fille, quand on est mort.
Et comment c’est pour toi.
Là-bas.
Et qui tu es
Là-bas. »

p 139 « S’ils te permettaient,
Là-bas …
Si la possibilité t’était donnée
De choisir –
Tu reviendrais ?
Tu reviendrais ici ?
Tu me reviendrais ? »

 

Edition : Seuil

Genre : Roman, littérature Israélienne

Publié en 2012

Traduit de l’ Hébreu par Emmanuel Moses

L’Origine de nos amours … Erik Orsenna

Une « farce » … amoureusedrôletendre attachante … teintée de cynisme … de nostalgie …. de souvenirs d’enfance … et qui oscille entre réalité et fiction

Un roman ? Une autobiographie ? et si c’était tout simplement … « Il était une fois... » …
p 123 « – Papa, arrête de me sourire et regarde-moi. Parfait. Allons plus loin. Qu’avons-nous donc, toi et moi, dans l’oreille qui nous donne de si fort et si permanent besoin
d’histoires ? Les femmes ont un clitoris …
– Eric, je t’en prie !
– Et nous ? N’aurions-nous pas dans le famille, de père en fils, une petite excroissance anatomique qui s’excite dès que résonnent les quatre mots magiques, il était une fois ? « 

Un amour profond et tendre entre un père et un fils !! Une belle complicité !! Une déclaration d’amourde l’auteur pour son père !

Et puis Les déboires de deux séducteurs !! Que de malchance et d’amour raté !! Une malédiction génétique ??? Une fatalité père/fils ?? Un mal venu de Cuba ??

Et cet amour démesuré pour les femmes … ou ne serait ce que du désir !!!

L’auteur a écrit ce livre, le sourire aux lèvres … Quel Bonheur !!
Les Echos, critique presse « Avec sa malice habituelle, Erik Orsenna tisse un récit qui cavale, pétarade, ébouriffe. »

Un joli coup de cœur … qui réchauffe … qui vous emporte … vous bouleverse … vous ébouriffe … et vous fait sourire
p 49 « Écrire et tricoter ont la même utilité : donner de la chaleur aux gens. »

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p 11 « Et puis un jour, j’avais vingt-huit ans, lui cinquante, nous avons divorcé la même semaine.
Je suis parti seul me refaire une santé dans notre île de Bréhat. Pour retrouver des forces, rien ne vaut la proximité de la mer. Peut-être parce que toute vie vient d’elle. Il doit
nous rester une très lointaine mémoire de cette énergie première. »

p 14 « Faute de mieux, j’avais décidé d’écrire.
Que faire de mon amour mort ?
Le jeter dans la rue, pour qu’il soit emporté par les éboueurs et puis brûlé dans l’incinérateur ?
Trop triste, trop bête, inutile.
Autant le recycler en livre.

J’ai ouvert la fenêtre. L’air sentait le chèvre-feuille. Allons, la vie repart. Au travail ! C’est alors que la porte du petit jardin de curé s’est ouverte en grinçant.
Les portes ont des complicités particulières avec les écrivains. Elles savent quand nous voulons du calme. Elles résistent à l’intrusion , elles égarent les clefs, elles se bloquent.
Et lorsqu’elles sont bien forcées de céder à la poussée de l’importun, elles grincent. Au moins pour avertir. »

p 19 « Je te propose un examen de bonheur.
– En ce moment, ça va être difficile !
– Attends que je t’explique. Chaque soir, avant de t’endormir, tu vas revivre la journée passée.
– Quelle horreur !
– Et tu vas y récolter les bonheurs, même les plus ténus, les plus fragiles, une lumière sur l’eau, un chat qui passe, une main sur l’épaule.
– Et alors ?
– Tu verras que, dans toute la journée, même la pire de toutes les journées, il arrive que la vie sourie.
– Je ne te crois pas. »

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p 38 « Hélas, je ne suis pas une femme. Je ne peux pas me repérer dans les années avec la date de mes grossesses. Je dois m’inventer d’autres repères.
Par exemple les vainqueurs du Tour de France. Si Jacques Anquetil n’avait pas encore gagné, c’est que 1957 était toujours à venir. Donc j’avais huit ou neuf ans. »

p 44 « – Dis, mamie, pourquoi grand-père est si gros ?
– Je ne sais pas.
– Tu crois qu’il lit trop de livres ? Tu crois qu’il y a trop d’histoires en lui ?
– C’est peut-être ça.
– Mais notre professeur nous a dit que lire nous agrandit.
– Oui, mais ton grand-père a beau être ton grand-père, il ne grandit plus. D’ailleurs, tu as vu comme il est petit.
– Et alors ?
Alors les histoires en lui s’accumulent dans le sens de la largeur.
– Mamie, tu te moques de moi ?
– Peut-être bien. »

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p 119 « Et mon cauchemar commençait.
Toutes les trois minutes en moyenne (j’ai calculé), une passante capturait l’attention de mon père. Pour une raison le plus souvent compréhensible par lui seul. …Alors que l’élue de son regard finissait par disparaître, ce n’est qu’à grand
regret qu’il revenait vers moi. Tu as vu ces jambes ? Tu as aimé ce port de tête ? Je suis sûr que tu n’as pas remarqué sa manière, enfantine, de balancer son sac. J’aime tant la gaieté chez une femme, pas toi ? Quelques temps plus tard, une autre créature se présentait.
Noire ou rousse. Petite ou grande. Replète, élancée, rieuse ou sévère … « 

p 188 « Julien Gracq avait raison : je pensais à cette étrange de l’âme dont nous faisons si grand cas et que nous avons appelée les sentiments. Je pensais à nos sentiments à nous, humains. Pourquoi ne seraient-ils pas
gouvernés par les mêmes mouvements que ceux de notre planète ? Pourquoi la géologie ne dicterait-elle pas sa loi à la psychologie ? Les femmes que j’avais aimées jusqu’à présent s’étaient éloignées peu à peu. Nous avions dérivé, comme les continents,
comme l’Amérique s’éloigne de l’Afrique. »

p 236 « De même que nous ne sommes pas joueurs, dans la famille, de même nous ne ressentons pas le besoin d’enivrement. Dieu nous ayant fait cadeau de vies passionnantes mais compliquées, enchevêtrés et déchirées à souhait, l’excitation à les vivre nous suffit. »

http://www.rtl.fr/culture/arts-spectacles/erik-orsenna-j-avais-envie-de-raconter-cette-relation-particuliere-avec-mon-pere-7782249865

Edition : Stock

Genre : Roman

Publié en 2016

Louise des Ombres …Yvan Michotte

Agréable de retrouver Pastorius et sa jag !! Même si Pastorius n’est pas au top de sa forme !!
et Une belle rencontre avec Agathe !!

Premier Chapitre … cinglant et percutant !! ça démarre plutôt fort !!

Et puis L’histoire se met en place … tranquillement … peut être un peu trop … néanmoins on sent que les choses vont s’accélérer !!!
et l’intrigue démarre en trombe !!

Des phrases courtes … qui donnent le tempo !!
Une écriture agréable … et des dialogues percutants et … drôles !!   p 243 « Tu crois que j’ai besoin de ma pétoire pour lui ratisser le dentier à ta gaufrette suédoise ? »

Et puis s’ensuivent toutes ces questions … sans réponses !!
Pourquoi Jacques Verdier s’est-il suicidé ? Que cherche Louise … une quête du passé !! ses racines !!?
Pourquoi cette boite de nuit incendiée avec le « propriétaire » des lieux …
Deux histoires ??
Un lien avec le passé ?

Et ce carton retrouvé dans le grenier de Marina ?? que cache – t’il ?

Des personnages attachants et d’autres beaucoup moins …

Un voyage en NOrmandie … Le Havre … Quillebeuf-Sur-Seine … Le Cotentin

Un polar « comme un diesel » …
avec de l’action … des brutes … des règlements de compte … des complots … des trafics … mais aussi de la tendresse , de la mélancolie, du désespoir,
de l’amour … et même une petite référence à Mozart « Petite musique de nuit » ou « Petite musique de lui » ?

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p 6 « Un fusil de chasse entre les mains, ou bien un flingue. Vu l’endroit insolite, Pastorius penchait plutôt pour cette hypothèse. La corde, peu probable. Quand
on veut se tuer, on fait simple, on a le sens pratique.
Ses mains étaient-elles moites ? Et son front ? Mal au ventre ? Il pensait à quoi ? Ses clés de bagnole, dans sa poche ?
Ses factures, il les avait payés ? Il se pissait dessus peut-être, avait peur d’être repéré, de se louper, de manquer de cran.
Petit joueur ? Gros client ? Non ! Elles devaient être fermes et sèches, ses mains. Il était prêt. On ne vient pas là, dans un endroit pareil sans être certain d’aller au bout.« 

p 21 « Pastorius était désespéré. Qu’est-ce qu’ils avaient tous à s’en prendre à lui ? Qu’est-ce qu’il leur avait fait à la fin à ces excités du bulbe ? »

p 22 « – Ne vous fiez pas au décorum un peu austère princesse, à vos premières impressions, creusez, découvrez qui était vraiment votre papa et on verra après
si le minable est aussi minable que vous le dites.               – Non ! Je crois que je vais m’arrêter là ! Je suis fatiguée, usée, vraiment pas bien dans ce repère de paumés.
– Si ça peut vous consoler, dit le privé, je suis dans le même état que vous. Je caresse les crabes, je suis au fond de l’eau.
– Qu’est-ce qui vous est arrivé ?
– Rien, je ne partage pas les drames, merci. »

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p 106 « La voiture passa la Seine, gagna le centre-ville. Louise se disait qu’elle avait échappé à cette ville toute grise durant ses jeunes années. Si elle avait vécu chez son père,
elle serait venue régulièrement ici, le samedi après-midi, pour faire du shopping. ça aurait été la grande sortie. Elle aurait fait ses études au Havre, ne serait allée à Paris qu’occasionnellement, en ayant du mal
à se repérer, comme les provinciaux. Serait-elle devenue costumière ? Peu probable. Elle aurait peut être fini coiffeuse, vendeuse de fringues dans une boutique minable. La fille du commandant de navire aurait côtoyé des fils de marins.
Inconcevable. Vivre avec un type comme Rémi, stratosphérique ! »

p 139 « Un fauteuil près de la fenêtre. Elle y prit place. La brume se levait. Elle la voyait établie, posée, assise pour la journée, mais non. Elle montait doucement, faisant apparaître les
eaux sombres qui s’agitaient mollement. Le bac était à quai, attendait. Elle comprit qu’il n’avait pas pu naviguer avant dans cette purée de pois. De rares voitures passaient.
Quillebeuf-Sur-Seine était un cul de sac à l’intérieur d’un méandre. On venait ici parce qu’on y habitait ou pour le bac, guère pour autre chose. »

p 171 « La Clio filait à 150. Agathe ne pouvait pas aller plus vite sous peine de passer le pied à travers le plancher.
– Et les flingues, ça te branche ? fit Pastorius.
– Pas vraiment, mais j’ai rien contre.
Et foutre des bourre-pifs à des clampins ?
– C’est le foire aux questions à ce que je vois.
– Alors, les bourre-pifs, motivée ?
– Pas spécialement mais faut voir. Mais pourquoi cet interrogatoire ? »

p 176 « Il faisait nuit sur la Seine. Ciel opaque. Louise était assise sur le muret le long du fleuve. Les lettres passaient, repassaient dans sa tête. Elle n’avait pas pu continuer à les lire, avait dû fuir, se viser, respirer, s’éloigner.
Horizon de cheminées, flamme de la torchère. Ce lieu glauque la dévastait. Elle ne cessait de se demander pourquoi son père en était arrivé au suicide. Questions lancinantes : pour quelle raison avait-il quitté sa mère ? Que s’était-il passé entre eux ? »

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p 222 « Il devait pleuvoir en ce jour pour coller à la triste réalité. Pourtant non, un beau soleil irradiait la plage de Havre.
Agathe avait laissé Garrot, s’était assise devant les galets. Rien n’avait changé. Les cargos étaient à l’heure sur leur ligne d’horizon. Les gamins jouaient. Les terrasses bondées,
débordaient de sourires. Agathe était comme eux la dernière fois qu’elle était venue ici, avec Louise et sa mère. Elle avait vu le ciel d’un bleu très vif, d’une pureté fantastique. Elle avait surtout vu une mère et sa fille vivre un moment merveilleux.« 

p 231 « Tu connaîtras toujours plus ou moins le macchabée sur qui tu dois enquêter. Tu ne peux pas faire marcher la machine à sanglots toutes les cinq minutes. Y’a rien de différent dans cette histoire, il faut que tu changes de braquet.
– Il me faut quand même un peu de temps pour digérer !
Pastorius sourit, l’embrassa sur le front.
– Je te titille pour ton bien, juste pour éviter que tu tombes dans le gouffre. Il faut avoir du cœur mais il faut aussi savoir se le garder au chaud.
– Parce que toi, tu ne tombes jamais dans le précipice monsieur le cœur malheureux ? Si tu me dis que ce n’est pas pareil, je te fais bouffer ta chemise, ta ceinture, tes godasses et tout le reste.

p 237 « Agathe découvrit une belle demeure de pierre sur un bout de côte rocailleux se terminant en une grande plage.
– Plutôt chouette, le nid d’amour.
– Je confirme. La baie d’Ecalgrain est un des plus beaux endroits du monde, du moins c’est mon avis.
Au bout du Cotentin, plein Ouest, face au large, la baie encaissait les tempêtes déferlant sur le cap de la Hague. »

 

Première rencontre avec l’auteur … au Salon du livre d’Igoville … Janvier 2015

Édition : Le Cargo Imaginaire  http://www.lecargoimaginaire.fr/auteurs/

Genre : Polar

Publié en 2016