Arrête avec tes mensonges … Philippe Besson

Philippe Besson est adulte, il est devenu écrivain … et il se souvient !!
Après avoir beaucoup « fabulé » dans ses précédents romans il se décide à parler et raconter un moment important de sa vie !! L’auteur nous ouvre son cœur …

Une belle histoire en trois temps … trois dates … 1984 20072016 !! Trois personnages … PhilippeThomasLucas
Les années 80 … le walkman … les pulls jacquard … les jambières pour les filles … le lycée … l’année du bac … puis sa rencontre avec Thomas un amour de jeunesse, fort et inoubliable
Ils brûlent les « interdits » … les premiers ébats et émois homosexuels … le regard des autres … les secrets … « l’acceptation à sens unique »… une certaine fierté pour Philippe d’être gay … une manière d’être différent des autres … de la masse .
Philippe est fils de l’instituteur du village .. un élève brillant promu à un bel avenir … il deviendra écrivain … et assume son homosexualité avec bonheur !!
Pour Thomas Andrieu enfant de la campagne … vivant dans un petit hameau … beaucoup plus compliqué … farouche et déstabilisé par ses « pulsions » homosexuelles !!
Un amour juste avant le sidal’hécatombe !!

Une écriture précise et vive … avec des mots crus mais beaucoup de tendresse … une écriture sans tabou !!
Un livre tout en douceur et en sincérité !

L’homosexualitél’accepter .. la vivre avec bonheur … la cacher … en souffrir … l’assumer … la refouler … mais très difficile, voir impossible de la nier …

Une belle histoire d’amour … amour de jeunesse, un renoncement douloureux … vécu et qui « hante » toute une vie ou plutôt deux vies !! p 42 « Il ajoute cette phrase, pour moi inoubliable : parce que tu partiras et que nous resterons. »
Puis 2007 … rencontre avec Lucas … une ressemblance … un lien avec Thomas ?? Savoir enfin …

Un roman magique et tendre ...
Raconter enfin !! Une délivrance sans doute … pour l’auteur …

Un Beau moment de lecture … tendre et délicat …

« Philippe Besson est à un spéléologue de l’intime » Bernard Pivot

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ça sonne !! Un appel de Thomas !???

p 18 « J’ai dix-sept ans.
Je ne sais pas que je n’aurais plus jamais dix-sept ans, je ne sais pas que la jeunesse , ça ne dure pas, que ça n’est qu‘un instant, que ça disparaît et quand on s’en rend compte il est trop tard, c’est fini, elle s’est volatilisée, on l’a perdue. »

p 28 « Plus tard, donc, j’affronte la violence que provoque cette différence supposée. J’entends les fameuses insultes, au moins les insinuations fielleuses. Je vois les gestes efféminés qu’on surjoue en ma présence, les poignets cassés, les yeux qui roulent, les fellations qu’on mime. Si
je me taie, c’est pour ne pas avoir à affronter cette violence. De la lâcheté ? Peut-être. Une manière de me protéger, forcément. Mais jamais je ne dévierai. Jamais je ne penserai : c’est mal, ou : j’aurais mieux fait d’être comme tout le monde, ou : je vais leur mentir afin qu’ils m’acceptent. Jamais. Je m’en tiens à ce que
suis. Dans le silence certes. Mais un silence têtu. Fier. »
« On prétend que je « préfère les garçons ». On constate que j’ai des gestes de fille parfois. Et puis je ne suis pas bon en sport, nul en gymnastique, incapable de lancer le poids, le javelot, pas intéressé par le foot, le volley. Et j’aime les livres, je lis
beaucoup, on me voit souvent sortant de la bibliothèque du lycée, un roman entre les mains. Et on ne me connaît aucune petite amie. Cela suffit pour bâtir une réputation. »

p 37 « J’écrirai souvent, des années après, sur l’impondérable, sur l’imprévisible qui détermine les événements.
J’écrirai également sur les rencontres qu changent la donne, sur les conjonctions inattendues qui modifient le cours d’une existence, les croisements involontaires qui font dévier les trajectoires. « 

p 40 « Il dit qu’il n’a jamais fait ça avant, jamais, qu’il ne sait même pas comment il a osé, comment il s’en est senti capable, comme c’est sorti de lui, il laisse entendre toutes les interrogations, toutes les hésitations, tous les dénis par lesquels il est passé, tous les obstacles qu’il a dû surmonter, toutes les objections qu’il
a contrées; le combat intérieur, intime, silencieux qu’il a mené pour en arriver là, il ajoute qu’il y est parvenu parce qu’il n’a pas eu le choix, parce qu’il devait le faire, parce que ça s’est imposé comme une nécessité, parce que c’était devenu trop épuisant de lutter. »

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p 42 « La question s’est imposée d’elle même : pourquoi moi ?
Les images se bousculent : les lunettes du myope, le pull jacquard informe, l’élève tête à claques, les trop bonnes notes, les gestes de fille.
La question se justifie.
Il dit : parce que tu n’es pas du tout comme les autres, parce qu’on ne voit que toi sans que tu t’en rendes compte.
Il ajoute cette phrase, pour moi inoubliable : parce que tu partiras et que nous resterons.« 

p 59 « Je découvre que l’absence a une consistance. Peut-être celle des eaux sombres d’un fleuve, on jurerait du pétrole, en tout cas un liquide gluant, qui salit, dans lequel on se débattrait, on se noierait. Ou alors une épaisseur, celle de la nuit un espace indéfini,
où l’on ne possède pas de repères, où l’on pourrait se cogner, où l’on cherche une lumière, simplement une lueur, quelque chose à quoi se raccrocher, quelque chose pour nous guider. Mais l’absence, c’est d’abord, évidemment,
le silence, ce silence enveloppant, qui appuie sur les épaules, dans lequel on sursaute dès que se fait entendre un bruit imprévu, non identifiable, ou la rumeur du dehors.

p 76 « Il dit qu’il veut me sucer, que ça ne peut pas attendre, on jurerait que ce besoin vient de surgir, qu’il n’a pas été élaboré plus tôt, qu’il ne s’est pas construit au long des jours sans moi, non, il éclate, là, il se manifeste, la seconde avant il n’existait pas.
Il me jette sur le lit, dégrafe mon jean, baisse mon caleçon, s’il le pouvait il le déchirerait, … je me laisse faire, mon sexe grossit dans sa bouche. … je le contemple, frappé par sa voracité, on dirait un enfant mort de faim à qui on vient de donner de la nourriture, et qui préfère
s’étouffer. J’ignore de quelles profondeurs vient cette nécessité d’un sexe d’homme, chez lui, je devine en revanche le refoulement, l’autocensure, qui ont précédé pareil empressement. »

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p 90 « Manière élégante de laisser entendre que le père n’a pas de mots affectueux, rassurants, pas de gestes tendres, qu’il demeure sur un quant_à-soi, que ce qu’il offre est un mélange de réserve et de fierté.
Je sais ce que c’est, d’être le fils d’un homme comme ça. Je me demande si la froideur des pères fait l’extrême sensibilité des fils. »

p 97 « Je me demande alors si « homme blessé » est un film prémonitoire ou si, au contraire, il montre les derniers feux de l’amour libre, sans contraintes, sans frayeur, sans morale. Juste avant l’Hécatombe. »

P 139 « Je sais aussi tout ce qu’on doit quitter de soi pour ressembler à tout le monde. »

p 158 « Mais surtout, nous ne retrouverons pas ce qui nous a poussés l’un vers l’autre, un jour. Cette urgence très pure. Ce moment unique. Il y a eu des circonstances, une conjonction de hasards, une somme de coïncidences, une simultanéité de désirs, quelque chose
dans l’air, quelque chose aussi qui tenait à l’époque, à l’endroit, et ça a formé un moment, et ça a provoqué la rencontre, mais tout s’est distendu, tout est reparti dans des directions différentes, tout a éclaté, à la manière d’un feu d’artifice dont les fusées explosent
au ciel nocturne dans tous les sens et dont les
éclats retombent en pluie, et meurent à mesure qu’ils chutent et disparaissent avant de pouvoir toucher le sol, pour que ça ne brûle personne, pour que ça ne blesse personne, et le moment est terminé, mort, il ne reviendra pas ; c’est cela qui nous est arrivé. « 

https://www.youtube.com/watch?v=p3PsleTb8y0

Édition Julliard

Genre : Roman autobiographie

Publié en 2017

couverture Nikki Smith/Arcangel images

Le bébé d’Adèle … Marie Murski

Un thriller pervers insidieuxbouleversant … ou l’effroi est au rendez – vous !!
Lorsque l’on ouvre un livre … on plonge dans l‘univers de l’auteur … on ressent ses angoisses … ses peines … ses douleurs … mais aussi ses joies … ses coup de cœur … ses coups de gueule … sa détresse… et là sa rage … son envie
de vérité ... Il y a Tant de Force dans ce roman !! L’auteur se jette à corps perdu dans cette histoire !! Est ce un exutoire ? une fuite en avant, folle et désespérée ?

On découvre la descente aux enfers de Sonia … sa rencontre avec Oscar Barey … son mariage … la perte de sa vie sociale … son isolement pour mieux la contrôlerles coups et les humiliations
Puis une volte face, Sonia Balassy victime …devient « bourreau » … personnage fort … déterminé, sans pitié … ou presque …
Oscar Barley personnage pervers psychopathe (p 169) … mais aussi gynécologue de renom … une immense réputation … aimé et approuvé …

Un thriller où se mêle émotions intenseshaine incompréhension .. « vengeance » et puis pour Oscar Barrey, le piège qui se referme inexorablement !!
Un thriller sur fond de Tango … cette danse passionnée … pleine de fougueflamboyante … puis il y a la peinture … cet « exutoire artistique » …

La douleur pour le lecteur devient physique !! Un abyme … un gouffre de souffrances !! Évacuer la haine et la violence à tout prix !!

Un rythme soutenu qui nous « happe » dans les Méandres du Mal !!
Une écriture précise, chaque mot choisi nous emporte dans des sentiments et des émotions multiples et contradictoires !! le Bien et le Mal !!
On se laisse guider par ce désespoir … cette fuite en avant … incontrôlable et peut être salvatrice … cette envie de vivre … cette renaissance … cette « vengeance » … ce besoin d’aveux !!

Sonia doit aussi lutter contre sa peur … ses souvenirs … ses craintes de « mal-faire » … guidée malgré elle par son amygdale cérébrale p 230
Elle se bat aussi et surtout pour « venger » toutes les victimes d’Oscar Barey !! La mort de ce bébé, dans son couffin … seul et vulnérable sous cette pile de manteaux
et Annabelle cette petite fille de 11 ans, son premier crime … son premier acte de mort … et de haine !! et la pauvre Marina

Un livre que l’on lit en apnée
Y aura t’il une délivrance au bout de cette quête ?? Avouera- t’il ses crimes ?? L’apaisement sera t-il au bout du chemin ?

ce roman m’a énormément touché par sa Puissance !! Un roman qui hante par sa Force !! Un beau et sublime coup de cœur !!
Après « Le chat silence » … « Cris dans un jardin » un réel bonheur de retrouver la sensibilité de Marie Murski une auteure pleine de talent !!

« Il avait fermé les yeux pour ne pas voir le mal sur cette terre, et c’est ainsi que le mal l’avait trouvé, sans défense. » Ernst Wiechert, Missa sine nomine

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Après la tempête … L’Apaisement !!

p 121 « -Il était toujours très gentil avec moi devant les gens. A chaque fois, je croyais qu’au fond il m’aimait, qu’il allait changer. Il me prenait dans ses bras, me parlait tendrement.
Je pensais qu’à force d’amour, j’allais le faire changer. J’oubliais qu’au bout des bras, il y avait des poings. »

p 82 : « -Tu sais, cette œuvre que tu crées, c’est vraiment beau, un peu sombre mais flamboyant avec le tango rouge sang … Tu m’avais parlé de la peinture au couteau sur l’aquarelle,
et là, le résultat, c’est étonnant. Des taches de tango ! Des éclaboussures de tango ! ça me parle évidemment. ça me crie même ! »

p 103 « Dans le cerveau d‘Oscar Barey, des stratégies nouvelles côtoyaient les anciennes, toujours dans les mêmes lieux anonymes et glacés. Elles se mesuraient. Faisaient alliance. Manœuvraient.
Il vivait seul dans sa grande maison. Depuis les accusations portés par Sonia contre lui, il arpentait ses domaines de chasse avec prudence mais n’avait, pour autant, rien perdu de sa superbe. »

p 106 « Il écrasait facilement les têtes. D’une main il saisissait les cheveux et claquait le menton contre l’évier, la paillasse ou la vasque de lavabo. Il tirait la tête en arrière et appuyait fortement le cou contre le bord émaillé, ce qui empêchait le cri.
Le corps était alors presque à genoux, pendant mollement. Oscar Barey le poussait du pied tout en maintenant le thorax avec ses cuisses. Le corps n’avait pas d’importance; et si les bras s’agitaient, il les cassait d’un coup sec du tranchant de sa main libre. »

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p 206 « Elle le regarda encore, avant de le suspendre. Il reposait sur le tapis, sur le dos, tête et pieds légèrement relevés, dans la position d’un dormeur dans un hamac. »

p 117 « La fête, elle l’avait ressentie lorsque Ludo avait pivoté, prêt à s’élancer; elle n’avait pas pu suivre, mais elle avait senti l’intention dans son corps de danseur, en son centre à lui. A l’instant où il avait compris son désir sur son bras directif,
il avait jailli pour danser avec elle, impérieux, pressant, oubliant qu’elle était à présent boiteuse ! Il s’était positionné comme avant, dans leurs plus magnifiques tangos ; pas dans la représentation, mais enfermés l’un sur l’autre, verrouillés
dans la danse. Cette sensation jamais oubliée revenait avec force. Son cœur battait d’émotion et de joie. »

p 123 « J’ai soulevé ma tête, vu mon corps nu et lui devant moi, avec son rictus ignoble. Mon sexe brûlait. Il se reboutonnait, remettait calmement sa ceinture. Je regardais mes cuisses, pensant qu’il m’avait peut-être battue alors
que je dormais. Je pensais cela de toutes mes forces car je refusais qu’une autre éventualité, bien plus terrible, n’atteigne mon cerveau. Je ne voyais aucune trace de coup sur mes cuisses, ni sur mon ventre, ni sur mes seins. Seul mon sexe brûlait. Il m’a dit
de me reposer et m’a expliqué qu’il avait fait cela pour nous protéger. Que ce n’était pas le moment pour moi d’être enceinte ! Que je n’étais pas à la hauteur, trop fragile et incapable. Il lui fallait une femme solide pour porter son enfant. »

p 127 « -Comment allez – vous ? Vous plaisez-vous bien là-bas, à Maléfices ?
– Maléfices ! reprit Sonia en sursautant. Comment ça ?
– Ah oui, vous ne pouvez pas savoir, bien sûr. C’est un tic de famille. Nous avons toujours appelé ainsi l’appartement. En fait, c’est la cour qui se nommait ainsi au siècle dernier. La cour des Maléfices. Elle a été débaptisée en 1920 … »

p 138 « Dans le registre des souffrances, et des cruautés, Oscar Barey était d’une redoutable efficacité. Il avait eu de bons résultats dans le passé, avait commis des crimes, assassinats et faux suicides, des faux accidents, et n’avaient jamais été inquiété.
Depuis son plus jeune âge, il avait su profiter du hasard et de la providence.
Son plus joli coup, un coup de maître aimait-il à penser, était le bébé d’Adèle étouffé sous les manteaux de ses invités. »

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p 169 « Oscar Barey n’était pas original. Il avait nombre de semblables.
Tous les avis des spécialistes et sommités en la matière se rejoignaient : les monstres ne se remettaient jamais en question. A toute force, ils avaient raison sur le monde. Ils n’étaient donc accessibles ni aux soins, ni à la parole.
On pouvait dire que le diable existait, en secret, caché en chacun d’entre eux. Ils n’étaient pas fascinés par le Mal, ils étaient le Mal. »

p 175 « La nuit précédente, il avait mis de l’ordre. Il avait broyé, battu et torturé à mort. Les ongles de salope racoleuse au bout des doigts qui voulaient caresser, ces doigts dégoûtants avaient été arrachés, et les yeux qui suppliaient, crevés. C’était
lui qui décidait. On ne le forçait à rien. On ne lui faisait pas de chantage, pas même une miette, pas même l’ombre d’une idée de chantage. Au fond de la cave, les chairs sanglantes ne palpitaient plus. L’ordre était revenu, la bâche et son contenu évacués
comme un crachat dans l’oubliette, et l’émail de la baignoire nettoyé. »

p 183 « Au cours de ce rêve, après quelques floues péripéties, elle reçoit une somme d’argent pour avoir « débarrassé » quelque chose – elle ne sait quoi- et décide avec joie d’utiliser cet argent pour faire un voyage. Elle part alors par une ouverture
dans la chair de sa cuisse, une large incision prévue à cet effet, légèrement teintée de sang, indolore. Elle s’y introduit en se glissant sous sa propre peau qu’elle soulève. Ce qu’elle découvre est sombre, mais en même temps coloré, une grande ombre tirant vers le bleu, un long
rivage et au loin, la mer obscure et immobile. Une atmosphère de « grands espaces », d’horizon aplati car le ciel est très bas – elle est sous la peau de sa cuisse, doit la soutenir comme elle soutiendrait le ciel pour s’avancer un peu. Elle ne peut pas beaucoup.
Alors elle regarde ce paysage doux, bleuté, sombre à l’infini. Puis elle soulève à nouveau la peau sanguinolente et se glisse en arrière pour revenir. Elle ramène un petit seau d’enfant rempli de quelque chose … »

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p 230 « Elle se souvenait de ce qu’elle avait lu au sujet de l’emprise, et qu’elle s’était répété maintes fois afin de pouvoir résister, et lutter contre : « La violence a un pouvoir de sidération qui entraine la mise en place d’une mémoire traumatique … Cette mémoire reste bloquée dans un coin
du cerveau de la victime, l‘amygdale cérébrale. Elle y est hors temps. Elle va se déclencher au moindre lien rappelant les violences comme une machine à remonter le temps, avec un discours intérieur qui l’attaque et l’humilie et qu’elle pense être le sien, puisque c’est dans sa tête.
La victime, colonisée par ce discours, se croit coupable, folle, incapable, et peut même ressentir de la haine pour elle-même ... »

p 297 « elle pensa à Nietzsche à mesure qu’il l’engloutissait ; « celui qui doit combattre contre des monstres doit prendre garde de ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes dans un abîme, l’abîme regarde aussi en toi.« 

Première rencontre avec l’auteure … au salon du livre de Andé … en Octobre 2015

Édition : Cogito

Genre : Thriller

Publié en 2017

Illustration : La Plume numérique

Humour Noir et Balles à Blanc d’oeufs Tome 2 … Stéphane Maillot

Un début de livre déjanté et « dézingué » !! et puis les choses se posent … l’humour noir devient plus « intense » …

Chaque chapitre … son histoire mordante … et/ou hilarante
Il y a cette histoire de CARAMBARle « un-en-bar » … le « Double-bar » … la « mi-bar » puis le »Quart-en-bar » qui devient donc le « Carambar » !! chapitre à lire avec concentration et méthode sinon vite perdu !! p 13
cette lettre à Monsieur Bouygues Telecom … à mourir de rire … une lettre tellement réaliste !!
puis Nos amis les bêtes chapitre à la « Raymond Devos » jongleur de mots …. Une belle farandole

Une envie de « dénoncer » … avec courtoisie … en y mettant les formes … Quoique !! quelques dysfonctionnements de notre vie au quotidien … de notre société !!
Des coups de gueule .. sur nos « petits » élus locaux … le monde de l’édition … la justice …
Une belle analyse du critique d’art … plus communément appelé « furoncles » ou « excroissances inutiles » …
Un chapitre dédié au Q … tout un programme … et cette cloche qui sonne tous les matins à 7h02

Réflexions pertinentes … esprit vive et rapide
Une écriture « sportive » … une bonne endurance est nécessaire !!

Un petit coup de cœur quelque peu revendicatif !! Une belle analyse lucide de notre société !!
A la fois drôle … grinçant … mordant … cynique … sarcastique … insolent … et une belle autodérision !!
La même énergie que dans le tome 1 !! Mais un brin plus mordant !! L’auteur perdrait il patience ??

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Écraser tous ces « désagréments » du quotidien avec élégance !!

p 6 « Est-ce parce que ce sont des hommes de l’ombre et que l’ombre est souvent noire ? Sont-ce aussi parce que les « nègres » sont traités comme des esclaves par ceux qui tirent profit, gloire et honneur
de leur pseudo talent d’écrivain ; tout en gardant à l’esprit que le « nègre » écrivain peut être aussi bien blanc que noir … Pouvait-il exister un plus bel hommage à ces laborieux et obscurs scribes inconnus
qui, pour subsister offrent avec abnégation leur temps et leur talent à des écrivains en panne d’inspiration ou à quelques « auteurs-people » de best-sellers « à la chaine » souvent incapables de trouver une
minute pour écrire entre un cocktail mondain et une séance promotionnelle de dédicace dans une grande librairie parisienne ? »

p 12 « A sa création cette friandise aurait dû s’appeler le « Un-en-bar » (prononcer « 1 en bar »). A sa toute première sortie de la machine défectueuse, il mesurait près de 28 cm de longueur. Ce qui d’entrée, posa des problèmes pour sa consommation, pour
l’emballer et surtout, pour le stocker dans une poche ou le ranger dans une cuisine. Mais, cela n’arrêta cependant pas les cupides fabricants qui le commercialisèrent tout de même. Usant d’un odieux stratagème commercial, ils eurent l’idée de le vendre dans un emballage où
se trouvait la barre de 28 cm… mais coupée en deux morceaux. Chaque morceau mesurant donc environ 14 cm de long. Vu le succès rencontré, très vite les fabricants du « Un-en-bar » eurent l’idée de l’appeler le « Double-bar« . Et devant le succès croissant des ventes
de cette nouvelle confiserie caramélisée, ils en augmentèrent progressivement le prix jusqu’à le doubler sur deux décennies. »

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p 13 « NDLA : Je fais à cet instant, une courte pause pour permettre aux lecteurs les plus lents et aux personnes souffrant de retard mental avéré pour tout ce qui concerne les mathématiques de ;
– Soit relire le début de ce chapitre pour tenter de rassembler les informations utiles à la bonne compréhension de raisonnement ci-dessus.
– Soit se faire aider par un proche ayant mieux réussi dans les études ou ayant fait une école de commerce pour tenter de comprendre la démonstration susmentionnée.
A présent que tout le monde semble avoir compris le début de ce chapitre, je poursuis donc ma narration. »

p 85 « Eh bien, ils font naturellement ce que n’importe quelle personne censée ferait dans la même situation, ils privilégient souvent -et dans l’ordre – la famille, les amis et les connaissances. Ainsi, ils savent avec qui ils vont traiter et qui ils publient.
Ce qui réduit considérablement une éventuelle prise de risque. Bien évidemment, si vous leur dites cela, ils s’offusqueront avec vigueur et protesteront avec véhémence … surtout s’ils sont en public. Et en dernier recours, pour un peu que cela vienne
d’un auteur auto édité inconnu, ils sortiront LA réponse fatale – « celle-qui-tue » – celle qu’ils assènent, sèchement, d’un ton plein de suffisance : -« Cher Monsieur, sans doute dites-vous cela parce que vous êtes amer de ne pas être vous-même publié. Au lieu de cracher ainsi votre
aigreur, vous devriez plutôt vous interroger sur le fait, cher Monsieur, que vous ayez ou non réellement du talent ?« . C’est dit !
Je ne sais pas vraiment si ces gens ont conscience que ce type de phrase peut faire des dégâts irréparables sur des personnes hypersensibles ou fragiles. Parce que dans l’Art en général, ces gens « qui décident » de « ce-qui-est-bon-ou-pas« , de ce qui mérite ou non d’être lu par le
grand public, ne vous donne qu’une seule chance ! »

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p 93 « Chacun revendique une spécificité, une unicité régionaliste, religieuse, politique, sportive, sexuelle … Mais admettons tout de même que se revendiquer sans cesse de telle ou telle catégorie de personnes
revient à ériger des murs autour de soi à une époque où l’on se devrait plutôt de construire des passerelles entre les personnes et les mondes. Il est souvent plus facile de voir ce qui sépare des êtres plutôt que ce qui les rapproche. »

Le critique d’art (ou comment se défouler et médire sur des personnes que l’on n’apprécie pas …) p 98 Il s’agit de ce que j’appellerais « les furoncles » ou « les excroissances inutiles » des milieux artistiques et du spectacle vivant. Oui car tout milieu
a le sien. C’est ainsi. Je veux évidemment parler des critiques soi-disant spécialisés. Le critique artistique ou culturel n’est qu’un vil petit étron suintant la suffisance. … La plupart du temps, il s’agit d’un type ou d’une femme qui n’ont jamais
rien produit … ni écrit ni composé … Mais qui s’estiment légitimes pour avoir un avis sur ce qu’il convient d’aimer, de regarder, de lire ou de diffuser. » … « Combien de vrais artistes ou de vrais créateurs de talent mais peu enclins aux ronds-de-jambes et aux flatteries d’usage – dont
sont friands ces faquins et fourbes personnages – combien ont vu leurs carrières brisées ou ternies par des articles assassins et destructeurs de la part de ces « écrivaillons bonimenteurs » qui trop souvent font passer leur goût personnel pour une norme à laquelle il conviendrait d’adhérer. » …
Alors que quelques prétendus « experts » en matière d’art s’arrogent le droit de définir ce qui serait « beau » ou non, ce qui serait talentueux ou ne le serait pas, ce qui serait « intéressant » ou non, « visionnaire » ou « avant-gardiste », conformiste ou « passé de mode »,
cela m’est insupportable comme l’ai-je laissé sans doute entendre depuis le début de ce chapitre. »

Première rencontre avec l’auteur en décembre 2016 … au salon du livre de Pitres

Édition 20-15

Publié en 2017

Genre : Humour

Comme une respiration … Jean Teulé

Un roman fait … De moments insolites … de moments de vie … des instants ordinairesextraordinaires … cocassescruelssurprenantsflippants ou un peu déjantés !!
Des moments insignifiants ou intenses …on oscille entre douceur et mordant

Chaque chapitre son histoire … chaque chapitre sa bouffée d’air frais !!
On retient son souffle et on attend … la suite … de cette vie au quotidien « morcelée »

Il y a Vanessa et sa balade en métro !! Éthylique ou idyllique ??
Gilles et son aventure en mer …
Ce chevreuil perdu en mer …
Cette rencontre et aventure épistolaire autour de Glux … ce petit oiseau tombé du nid …
et cette détermination … cette lettre qui change un destin !! mécanicien ou « art et dessin » !??

Un plaisir de retrouver l’écriture aiguisée et tranchante de l’auteur à la fois fantasque, malicieuse et cruelle … on reconnait sa « patte » même si plus adoucie dans ce roman …

Ce livre peut faire souriretoucher … laisser perplexe !! Étonnant dans sa « construction » … plusieurs histoires !! Des nouvelles quoi !!

Ce livre ne m’a pas autant embarqué que les autres romans de l’auteur … un agréable moment néanmoins … mais une préférence pour le « Jean Teulé » plus glauque et plus déjanté !!

Une fin sur une note pleine d’émotion !! et oui Jean Teulé sait être tendre ...

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p 7 « C’est une maison qui chante. Au printemps, elle devient miraculeuse. J’en fais souvent le tour. Mésanges charbonnières, bleues, huppées, nonnettes… hirondelles, alouettes, rouges-gorges, tous ensemble se partagent
joyeusement les murs de la demeure historique. Ça tire-lire là-dedans, turlute, carcaille. Ça siffle, pépie, zinzinule, dans toutes les langues d’oiseaux migrateurs ou endémiques. »

p 16 « D’après des dessins de Dubout, une gigantesque dorade aux lèvres pulpeuses tente d’avaler par les jambes puis le buste un petit mari (quelle pipe! ) alors que sa grosse épouse, paraissant crier « chéri, reviens!  » le tire par la barbe . À côté, l’équivoque charmeuse
de serpent, presque dénudée, ôte de sa bouche une clarinette pour contempler avec gourmandise le crotale érectile dressant la tête. Après avoir frôlé un hercule de foire, allongé sur le ventre, qui appuie sur ses paumes pour s’ élever entièrement par la force des
bras (faut le faire ! ) puis un illusionniste glissant un cerceau tout le long du corps d’une femme en lévitation (alors ça! ) , je croise un couple de phoques en habit de bal dansant
langoureusement puis tant d’autres féerie. Je sors de ce bâtiment. Il y a dehors d’autres automates à peau humaine mus par des mécanismes intérieurs compliqués sans doute intéressants aussi à visiter avec leur cœur, leur cerveau, et démerde – toi avec ça,! »

p 14 « Dans ce bled de l ‘Eure je suis comme dans la vie.J’y entre par la rue Coupe-gorge.Je poursuis le long de la rue Sauve-qui-peut. Ah, rue d’Amour! J’ai cru que je n’allais jamais la trouver , celle- là »

p 33 « C’est la paix, loin des chaînes d’infos bruyantes pour un temps oubliées dans la beauté, l’équilibre, et le silence d’un oriental dessin invisible qui se fait alors que l’artiste lui murmure à l’oreille d’une voix suave : « On considère la respiration d’un calligraphe
comme un acte sexuel. Avec
le corps de la lettre, il fait l’amour. Dans le corps de la lettre et le corps humain réside la même sensualité. Le roseau est l’instrument le plus ancien de l’écriture et du graphisme. »

p 49 « Déambuler dans un sens et puis l’autre avec de l’eau seulement juste au-dessus des chevilles avant que de progresser plus loin mais pas trop car on ne sait pas nager. En avoir jusqu’à la taille, presque au milieu du torse. Sentir sous les genoux le balancement tranquille d’une lame
de fond emportant au retour des grains de sable qui vous picotent la peau. Trouver ça doux. Vouloir revenir en marchant mais à chaque pas se retrouver en fait tiré un peu en arrière. S’étonner du niveau de la mer maintenant aux épaules, au milieu de la gorge.  »
Dire : « Oh là là je crois que je m’en vais …  » à son ami resté près du bord et persuadé que vous plaisantez. En avoir jusque sous le nez. Sautiller pour respirer mais retomber contre les talons un peu plus loin. Renversez sa tête en arrière mais en avoir au ras des yeux qui regardent
le ciel immensément bleu, les cocotiers ensoleillés bordant la plage déserte. Agiter les jambes puis se retrouver debout, en apnée, entièrement sous l’eau où vous ne savez que faire. S’y débattre mais en articulant sans doute les gestes inverses d’un nageur et continuer à être déplacé sur le côté. Quel destin de crabe. … »

 

Main sortie de terre !!

p 54 « Le curé affirme : « c’était bon mais le service était trop long ».
– C’est comme moi, réplique Nathalie, quand je vais à la messe, je trouve çà trop long mais je ferme ma gueule.
– Nathalie…. soupire Dominique
Oh, bon, écoute, de temps en temps, çà fait du bien. »

p 81 « Il n’était pas prévu que vous filiez dans une chute de quarante-trois mètres en compagnie d’une mocheté pareille. « Quelle tronche de conne ! Ah oui, avec une telle gueule, on comprend l’envie de se foutre en l’air mais pas quand je passe ! C’est simple à comprendre, non ? »

p 98 « Quand vous dites « coucou« , ils comprennent « gougou« , le nom du diable dans l’islam malékite des nomades, alors ils pensent que vous leur annoncez que vous êtes le démon« .

« Lorsqu’au téléphone elle m’avertit qu’elle viendra le lendemain pour le règlement, alors là, je suis content. Je me dis « Ah, ça y est, je vais la revoir ! » Quand elle repart, je déplore: »
« Et merde, vieux con, tu te retrouveras encore un mois tout seul comme un âne ! » Mon garage, j’aurais dû lui louer à la semaine…

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p 107  » -Alors moi, docteur, je suis venu vous dire que vous pouvez remballer votre arsenal chimio et autres amuse-gueules. J’ai déjà donné il y a dix ans et j’en ai suffisamment chié de ce truc qui, en plus, m’a collé le cul rouge. Il n’est pas question que je refasse un tour du maudit
manège. J’ai une fois attrapé la queue du Mickey. Une seconde fois ce serait abuser. »
p 121 « Et puis un jour, dans la boîte aux lettres, une enveloppe beige sur laquelle on lit: –Art et dessin-, rue madame, adressée à votre nom. Se retrouver le souffle coupé. (…)
Cette lettre… Savoir immédiatement qu’elle sera la plus importante que vous aurez jamais reçue. La plaquer contre son cœur, vouloir la garder toujours en ignorant
qu’il faudra la laisser lors de l’inscription mais avoir conservé son emballage. Alors que , plus grand, on jettera tout, avoir continuellement épargné cette enveloppe où on a un jour trouvé la clé de sa vie. »

Jean Teulé en parle si bien !!

https://www.youtube.com/watch?v=D9JOBNja2fA

Éditions de Noyelles

Genre : Roman Nouvelles

Publié en 2016

La Malebête de Jean Paul Croizé

Un roman fait de fantasmes … et d’envie de possession !!
Une promenade entre réalitésurréalismesurnaturellelégendescontes

On entre dans le livre avec douceur … un doux « murmure » des mots … une découverte de ce beau pays d‘Auvergne, ces montagnes … ces causses … puis TOUT bascule !!

Tout commence par … une séparation … une envie d’oublier … de tourner la page ..
Quitter Paris et retrouver l’Auvergne … la beauté des Gorges de l’Allier
Puis une rencontre .. là dans cette petite ville de Monistrol … ET tout bascule

Qui est cette jeune femme, toute de noire vêtue … accompagnée de ses énormes et immenses « bêtes » …
Quelle est donc cette malédiction ???? Vieille de « plusieurs générations » !! Y a t’il un lien avec La bête du Gévaudan ???
Y aura t’il une délivrance ??

Ce héros, emprisonné par cette quête … cette angoisse … cet « état d’urgence » … cette obsession

Et puis Des faucons … des vautours … des aigles … une vieille bâtisse … un fauconnier, un éleveur bien étrange … aux intentions et pouvoirs maléfiques suivant les rumeurs !!
et ces immenses « bêtes » … ces « chiens de guerre » … mi-chien  mi-loup !!

Un livre à la fois angoissanttorturémystique … Une obsession … une quête de l’absolu … une impression de passer de l’autre côté du miroir
Une écriture en « vagues ondulantes » …
un rythme soutenu qui « oppresse » … une fuite en avant …

Ce livre m’a « angoissé » … de drôles de sensations … « sentiment de malaise » !!! Est ce la « Malebête » cachée derrière ces lignes ?? Impressions bien mitigées !!!
Le dénouement malgré tout, une belle surprise … le malaise s’est apaisé puis a disparu … pour retrouver enfin la sérénité !!

Bien loin du romantisme et de la sensualité des précédents romans de l’auteur …

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p 13 « Nous en étions devenus conscients ensemble. Je ne savais même pas qui, d’elle ou de moi, avait décidé le premier
qu’il valait mieux arrêter. Nous étions simplement tombés d’accord, sans cris, sans larmes. Ou presque. Il n’y avait plus d’amour, mais il restait tout de même
quelque chose à préserver : le respect de l’autre. Ce n’était pas de sa faute, ni de la mienne. C’était comme ça, tout simplement. Il y avait, peut-être, malgré tout, un soupçon de regret
que cet avenir commun, certainement confortable, ne soit pas le nôtre.
Cela nous avait fait pleurer quelques instants sur tout ce qui ne nous arriverait pas. Nous avions décidé de ne pas rester amis. On ne peut pas éprouver de l’amitié pour un échec. Je
ne le regrettais pas, même si d’une certaine manière elle me manquait encore. Il faudrait du temps pour que s’effacent de moi les habitudes que j’aurais pu prendre avec elle. »

p 14 La rencontre « Elle était belle, presque trop, presque trop irréelle pour être vraie, sans que je puisse expliquer d’où venait cette impression.
Elle avait ces yeux immenses, intenses, qui, je ne sais pas pourquoi, me faisaient penser à ceux d’une guerrière mythique, ou alors d’un animal sauvage, une louve, ou un oiseau de proie, peut-être un de ces gerfauts dont le vol fait rêver lorsqu’on l’aperçoit planer au dessus des
causses. C’était un regard fier, minéral, comme celui que posent parfois sur vous ces grands seigneurs des montagnes présentés lors de spectacles consacrés à la fauconnerie. Un de ces regards intenses qui vous disent que, contrairement aux apparences, ces
oiseaux ne sont pas apprivoisés, qu’ils restent libres de s’envoler, de ne pas revenir vers leur maître s’ils le décident, si autre chose les appelle.
Elle avait ce regard dans lequel on voit passer en une seconde mille choses que nous ne comprenons pas, mais qui nous appellent, mélange de sagesse, d’indépendance, de savoir qui semble inaccessible aux autres, mais que l’on a instantanément envie de mériter.
Un regard indomptable qui amenait à réaliser que l’homme n’est pas complètement le maître du monde, pas l’être définitivement supérieur à toutes ces autres formes de vie que nous croyons pouvoir asservir. »

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p 39 « Quel bonheur de se savoir seul dans l’arrondi paisible des montagnes que l’on voit onduler jusqu’à l’horizon, comme un étrange océan immobile, lorsque l’on marche sur un causse d’Auvergne. Ces vues infinies
caractérisent si fort la Lozère, et peut-être encore plus, ici, le Gévaudan, pays toujours aussi réel, …Je me suis toujours senti attiré par cette région de la Haute Loire à la puissance étrange, peut-être chargée de mystère parce qu’elle est
connue dans la France entière pour sa sinistre « Bête » qui a terrorisé sa population pendant plus de quatre ans, voici deux siècles et demi. J’ai toujours été intrigué par ce monstre dont la véritable identité n’a jamais pu être établie »

p 69 « Et je revoyais également, avec un reste de terreur, les deux énormes chiens qui accompagnaient ma jeune femme en noir. Ces animaux éveillaient au plus profond de moi une sorte de répulsion ancestrale, comme s’ils avaient symbolisé une épouvantable malédiction. Cela
m’était venu à l’esprit; ils étaient la « Malebête« , la bête féroce, inhumaine, celle qui, bien avant celle du Gévaudan, avait depuis la nuit des temps représenté pour l’homme la crainte de l’obscur, du sortilège qui va se trouver un soir face à vous, au détour d’un chemin oppressant, et va chercher à vous
emporter pour vous infliger la grande punition. »

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p 85 « il n’y avait heureusement plus beaucoup de chiens de ce genre dans la région où ils avaient suffisamment causé de malheur dans le passé. Elle m’avait expliqué qu’il s’agissait d’un mélange de loup, effectivement, et de très gros molosses, des mâtins de Naples, qui étaient autrefois élevés en
Auvergne et dans les Cévennes pour être vendus comme animaux de garde des troupeaux, ou de défense des domaines chez les riches et les nobles. Ils avaient également été utilisés comme chien de guerre, bardés d’une carapace avant d’être lancés contre
les ennemis qu’ils faisaient fuir, terrorisés par ces monstres réputés non seulement pour posséder un caractère extrêmement féroce, mais pour représenter l’incarnation de Diable. »

p 97 « Pour mieux souligner qu’à l’époque le Gévaudan restait une région particulièrement reculée et imprégnée de surnaturel, l’ouvrage rappelait les multiples légendes qui avaient couru ici pendant des siècles et des siècles,
avant ou après l’époque de la « Bête« . C’était une de ces histoires qui venait de ma frapper. Elle rappelait le triste sort d’une très jeune femme qui n’avait pas pu épouser l’homme qu’elle aimait parce qu’elle avait été promise par ses parents à un riche éleveur de la région, un presque vieillard cruel, qui pratiquait le dressage de faucons et de chiens dont il
faisait commerce bien au-delà du seul Gévaudan. »

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p 129 « Je ne parvenais pas à imaginer ce qui allait se passer quand je me trouverai en face de l’éleveur. Allait-il me laisser lui parler ? Allait-il vouloir m’abattre avant même que je puisse lui dire ces premiers mots que je cherchais toujours inconsciemment, avec une angoisse qui me revenait à plein ? Peut être allais-je
mourir dès mon arrivée devant chez lui. A moins qu’il décide de m’enfermer dans son repère pour me supprimer d’une manière que je n’osais pas imaginer. Je ne voulais pas être de nouveau dévoré vivant par des becs et des crocs acérés. »

p 187 « Puis, quand le parfum salé de son dos où je verrai naître des frissons sera devenu un goût de désir sous mes lèvres, je sais que le moment de l’amour sera revenu. Elle partagera de nouveau ce besoin de nous étreindre, avec une force, avec une passion qui, comme à chaque fois, m’apportera cette
même sensation d’absolu. Je sais comment elle s’arrêtera de marcher pour se coller contre moi, avec une force qui me dira oui. Je sais comment elle se prêtera à ces premières caresses que nous échangerons, quand j’aurai plaqué mes mains
sur son ventre, avant de les remonter vers sa poitrine que je voudrai serrer, puis mordre. Je sais qu’elle se fera de plus en plus lascive, de plus en plus consentante dans mes bras avant de se retourner enfin vers moi, avec le regard une flamme fauve qui m’emmènera vers le ciel. Je sais que nous basculerons de nouveau
dans le plaisir qui prendra une ampleur sauvage dans cette nature où personne d’autre que les oiseaux ne nous verra, où nous serons libres de nous retrouver face à face, où nous pourrons nous aimer couchés dans l’herbe, nus et chauffés par le soleil. »

Édition :  Ovadia

Genre : Roman

Publié en 2017