De Garance à Noir d’Aniline … Murielle Rousselin-Vaudor

Un début de roman ou l’auteure plante le décor … introduit les personnages, nombreux mais liés par la même histoire, la vie dans les Indienneries de Rouen

Un roman historique avec comme fil conducteur la famille Rondeaux , famille de notable et propriétaire d’Indienneries
Une plongée dans la fin du XIX è siecle … 30 ans d’histoires vécus à Rouen … le HoulmePissy Pôvillela Seine Inférieur …

On revit à travers les personnages quelques moments important de cette époque … l’Exposition universelle de 1867 … la guerre Franco- Prusse, l’occupation … mai 1868 la visite de Napoléon III à la cathédrale de Rouen … l’apogée de
l’industrie textile puis son déclin …
Un roman historique bien documenté et précis dans les faits, historiques et techniques de l’impression du textile …

Une belle écriture … fluide et précise
Un récit minutieux ou se côtoient, se croisent , se jaugent …les patrons … et les ouvriers !!
On découvre la vie au quotidien des notables … des patrons … des ouvriers … des fermiers … la vie rurale est omni présente …

Une belle fresque pittoresque où se mêlent sentiment et histoire
Un roman qui m’a particulièrement intéressé ayant travaillé quelques années dans un laboratoire de colorants textiles !! Teinture du textile et du cuir …

Un très bon moment de lecture …

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p 13 « De loin, l’immense bâtiment ressemble à une arène, une arène coulée dans le verre et sertie de fer. … L’imposante construction qui couvre actuellement une grande partie du Champ de Mars, non seulement
regroupe les toutes dernières inventions, les dernières avancées de la science et de la technique, mais présente également un vaste panorama des us et coutumes pratiqués un peu partout dans les autres pays. En venant ici,
tout homme né en Europe et vivant au XIX ème siècle doit pouvoir à la fois s’étonner et s’instruire, mais aussi s’amuser et découvrir d’autres manières de vivre, de penser et d’appréhender le vaste monde. Tels sont les objectifs
que se sont fixés les organisateurs de l’Exposition universelle de 1867, voulue trois ans plus tôt par Napoléon III. »

p 30 « En plus des quelques jolies choses pouvant intéresser nos affaires, indique Henry, nous avons vu au Palais, dans la Galerie des Matières Premières, un nouveau métal qui était présenté. Cette invention qui est de
couleur grise, très légère et pourtant résistante, s’appelle « aluminium« . Je pense qu’elle va être très importante dans les années qui viendront. De nombreux objets utilisés dans la vie quotidienne pourront être fabriqués
dans cette matière, car au contraire du fer, l’aluminium ne rouille pas … »

 

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p 57 « Dans le but de réorganiser l’armée, le 7 octobre, un homme politique nommé Léon Gambetta s’est enfui de Paris en ballon pour rejoindre Tours. … Mais les Prussiens continuent de gagner du terrain, malgré la résistance et la bravoure de nos soldats.
Ainsi le 27 septembre, la ville de Strasbourg qui était assiégée depuis le 20 août et qui a subi depuis cette date de lourds bombardements, a dû capituler … Le 28 septembre, des soldats prussiens ont été signalés aux environs de Mantes, une
ville près de Paris. Aux dernières nouvelles, ils ont été vus dans le département de l’Eure, ce qui veut dire qu’ils ne sont pas loin de chez nous … « 

p 85 « L’ancien à peine parti, le contremaître Picot met le jeune Deleau tout de suite dans le bain. Tout d’abord, il demande à voir son livret d’ouvrier, document que tout salarié doit avoir en sa possession sous peine
d’être considéré comme vagabond par la maréchaussée. »

p 86 « Avant de passer à l’impression, la toile doit subir toute une série de lavages et de séchages. De sa propreté et de la finesse de son grain vont dépendre la qualité du motif imprimé et sa résistance aux lavages ultérieurs.
De même, la toile n’est pas colorée directement, elle reçoit le plus souvent un traitement chimique, « le mordant« , qui va permettre de mieux fixer la couleur, puis elle est plongée dans un ou plusieurs bains de teinture. »

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p 99 « Au même moment, à quelques kilomètres de là, Henry Rondeaux et Jean Reber se trouvent dans la cuisine aux couleurs. Pour la circonstance, les deux hommes ont tombé la veste, retroussé leurs manches et ont ceint un grand tablier qui va protéger leurs
habits des taches éventuelles et autres éclaboussures. Cette cuisine aux couleurs est un laboratoire qui permet de fabriquer les colorants et les solutions servant à l’impression des toiles. C’est une grande pièce avec une double porte donnant sur la cour,
source d’aération indispensable pour évacuer le plus gros des odeurs tenaces des teintures et autres éléments chimiques. »

p 130 « –Angélie, va donc mettre le reste du lait au cellier !
– Et toi l‘Jules, au lieu d’béer aux corneilles, vas donc nous remplir les deux choquets d’cidre, c’est qu’i’fait soif ! lance le père qui s’est saisi du gros pain et du grand couteau posés sur le buffet. Il en coupe méthodiquement une grosse tranche à chacun, sauf aux
deux plus petits qui n’en auront que la moitié d’une. Ce sont eux qui arrivent enfin, courant et riant, suivis de leur grand frère, qui tient à deux mains sa casquette pleine de cerises.
– J’ai l’dessert ! Comme y avait une poule de partie de côté des Roger et qu’i’ restait des cerises dans le haut d’l’arbre qu’a les branches qui viennent cheu nous, j’me suis servi !
– T’as ben fait mon gars ! C’est pour la fourche que j’lui ai prêtée et qu’i’m’a jamais rendue ! »

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Les Rouenneries : Toile en laine ou en coton, d’abord fabriquée à Rouen, où dominent des couleurs comme le rose, le violet et le rouge et dont les dessins ou les reliefs résultent de la disposition des fils teints avant le tissage.

Première rencontre avec l’auteure … au Festival du livre et des arts dans tous ses états à Dieppe … Avril 2017

Éditions de la Rue

Genre : Roman Historique

Publié en 2014

Escales Photographiques … Stéphane L’Hôte

Une Escale photographiquecolorée … épicée … passionnée … passionnante

Un beau carnet de voyage … où l’auteur nous fait découvrir à travers ses Sublimes photos ...la Namibie, le Kenya, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Mali, le Sénégal, le Maroc, la Jordanie, l’Inde et le Vietnam …

On plonge dans un monde parfumé … où se mêlent … souvenirs de voyages … anecdotesrencontres avec la population … découverte de différentes ethnies tribus … dans des villages … au bord des fleuves … dans le désert …
ou en pleine brousse …
Une belle immersion au cœur de l’Afrique et de l’Asie …
Puis il y a ces histoires … ces rites sacrés, le site de Dafra et ses silures sacrés … ces danses au rythme du djembé … ces rituels avec la Danse des masques… ces fêtes … comme la fête du Holi …

On y découvre également LE photographe Stéphane L’Hôte (photo-journaliste) … ses envies … ses aspirations … sa passion … sa « boulimie » d’images et puis ses voyages avec Christophe Ronel un peintre ou il doit apprendre à se poser
(le peintre ayant besoin de plus de temps ) !! Observer autrement et laisser l’image venir à lui …
On ressent au fil des pages … ses moments de contemplation … d’extase … de crainte … de respect … d’étonnement …

Un Bel « album photographique » à installer confortablement dans sa bibliothèque et à feuilleter quand l’envie de s’évader se fait sentir !!! De belles sensations !!

En bonus un film portrait de Stéphane L’Hôte
« je retranscris ce que je vis, le sens du partage, le goût du rire , le sourire, la faculté de recevoir … »
« Mes photographies, bien que moins spectaculaires, racontent une histoire, mon histoire, et c’est cela qu’il faut que je continue à faire. Il y a tant de très bons photographes qui ont déjà tout fait. Il faut être soi-même,
ne pas se comparer aux autres. La photographie, comme la peinture, est une question de goût et de sensibilité. »

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« Je suis un chasseur de l’instant »

p 20 « La photographie animalière m’a toujours attiré. Quand j’étais plus jeune, je me voyais chasseur d’images, parcourant la jungle à la recherche de gros animaux.
Imprégné comme je l’étais à la fois des films de Tarzan et des récits de voyages de mon grand-père, cette découverte de l’Afrique, de ses parcs et de sa savane aura tenu toutes ses promesses. »

La Côte d’Ivoire « En acceptant cette mission, j’étais curieux de voir comment j’allais trouver un pays autrefois prospère après 10 ans de guerre et de pillage. Comment la population allait m’accueillir, moi le blanc avec mes
appareils photos. … Quand on arrive dans des villages reculés, on ne sait jamais ce qui nous attend. Ici en Côte d’Ivoire, il n’y a pas eu de touristes depuis plus de 10 ans et les jeunes enfants n’ont jamais vu un blanc. Je n’ai pas compté le nombre de fois ou ils se sont mis à hurler en voyant ma peau.
C’est fou comme la guerre peut tout bouleverser et recréer tant de barrières. »

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Belle dédicace !!

Mali « A Mopti, je fais la rencontre de Sékou, un jeune garçon plein d’idées et volontaire. La rencontre sera brève.
Il veut me présenter son oncle et discuter avec moi d’un projet qui lui tient à cœur. La rencontre a lieu et je comprends qu’il a besoin d’argent pour se lancer dans le tourisme, en marge de ses études. L’argent est le nerf de la guerre en Afrique, comme partout,
mais on vous sollicite sans cesse. Je refuse de lui donner de l’argent.
Pourtant je crois en ce jeune garçon et lui propose de l’aider à développer son activité en lui envoyant des tirages photos qu’il pourra revendre aux touristes. … Deux semaines après mon retour, il recevra une centaine de photos signées de beaux paysages et
les vendra avec un bon bénéfice. … il continue de développer ses activités de guide en menant en parallèle ses études.
Cet épisode est important, car mon attachement à l’Afrique et ma facilité de m’y intégrer sont liés à des moments comme celui là. Il est en effet primordial de toujours tenir ses promesses. Le fait de les tenir vous donne un statut particulier. La parole est quelque chose de sacré. »

« Après des heures sur le fleuve, c’est un changement total qui nous attend. Pour atteindre la mythique ville de Tombouctou, plusieurs heures de voiture sont nécessaires dans des paysages extraordinaires. Le désert du Gourma et les monts Hombori sont un plongeon dans l’univers des westerns.  »
« Fondées entre le XI e et le XIIe siècle sur la route des caravanes, Tombouctou fut pendant très longtemps une cité prospère regorgeant d’écoles et d’intellectuels.
Ses riches marchands financèrent les copies de livres de toutes sortes. Je suis stupéfait de découvrir ces manuscrits très anciens, d’une valeur intellectuelle inestimable, conservés dans une cabane comprenant quelques vitrines. »

Maroc « Il est des villes dont le nom est déjà en soi une invitation au voyage. C’est le cas de Fez et de Meknès, deux villes du Nord du Maroc, au riche passé. Pour ce périple, j’étais accompagné de mon ami et peintre Christophe Ronel, avec qui je voyage souvent. …
Quand on voyage avec un peintre, il faut savoir que ce dernier aura besoin de temps pour son travail sur le terrain. Je suis d’habitude impatient, toujours en mouvement; l’obligation d’attendre au même endroit m’aura permis de travailler d’une autre façon. En fait, j’ai appris, grâce aux séjours
avec ce peintre, à ne pas chercher une image à faire mais à attendre que l’image vienne à moi. J’ai réalisé dans les souks de Fez et Meknès parmi les plus belles images que j’ai jamais faites, tout simplement en attendant assis dans une ruelle. »

Jordanie « Ma première grande claque a eu lieu au Mont Nébo, qui offre un point de vue magnifique. C’est ici que Moïse est censé avoir contemplé la terre promise et où l’on dit que repose sont corps.
Je me rends compte que certaines terres sont si riches de symboles qu’on y ressent presque une certaine gêne. …Après Moïse et Jésus, c’est au tour de Lawrence d’Arabie de faire son apparition dans la poursuite de mon voyage. Décidément, la Jordanie restera pour moi comme le
pays du cinéma et de l’image. »

Première rencontre avec l’auteur … au Festival du livre dans tous ses états à Rouxmesnil Bouteille … avril 2016

Édition : Les Éditions du Pince – Oreille

Genre : Carnet de voyage – photographie

Publié en 2017

 

Vous n’aurez pas ma haine … Antoine Leiris

Vendredi 13 novembre 2015 Concert au Bataclan … L’imprévisible … la Barbarie … des vies basculent … la vie d’Antoine et Melvil vacillent et « s’écroulent » … Hélène ne rentrera pas !!!

Un témoignage … un appel … un cri ... d’un homme à la femme qu’il aime … d’un petit garçon à sa maman !!
p 63 « Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir,
vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a faits à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur. »

Pendant 10 jours … après le drame … Antoine raconte sa détresse … celle de son fils … leurs tentatives pour rester debout et tenter de vivre avec ce grand vide …
Un objectif … Se régler telle un métronome sur le rythme de bébé … et avancer … p 69

Puis cette lettre de Melvil (17 mois) à sa maman le jour de l’enterrement …

Un témoignage bouleversant … mais d’une grande tendresse …

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p 15 « Attentat au Bataclan. »
Coupure son. Je n’entends plus dans ma poitrine que mon cœur qui tente de s’échapper. Ces deux mots résonnent dans ma tête comme un écho qui semble ne jamais vouloir se terminer. Une seconde
comme une année. Une année de silence, plantée là, dans mon canapé. Ce doit être une erreur. Je vérifie que c’est là qu’elle est allée, je peux me tromper, avoir oublié. Le concert est bien au Bataclan. Hélène est au Bataclan.« 

p 23 « J’attends, moi aussi. Une sentence. Quelques hommes en colère ont fait entendre leur verdict à coups d’armes automatiques. Pour nous, ce sera la perpétuité. Mais je ne le sais pas encore. On chante avant d’aller dormir.
On se dit qu’elle va passer la porte de la chambre et reprendre avec nous le dernier couplet. On se dit qu’on va bien finir par nous appeler. On se dit qu’on va bien finir par se réveiller.
Melvil s’est endormi. Le téléphone sonne. C’est la sœur d’Hélène.
« Antoine, je suis désolée … » »

p 30 « Je le colle contre mon corps, coincé entre mes jambes, pour qu’il me ressente, qu’il me comprenne. Il a passé neuf mois dans le ventre de sa mère à l’écouter vivre, son cœur battait le rythme de ses journées, ses mouvements
étaient un voyage, ses paroles la musique de sa vie naissante. Je veux qu’il entende, l’oreille collée à ma poitrine, ma voix lui dire mon chagrin, qu’il sente mes muscles tendus par la gravité de l’instant, que les battements de
mon cœur le rassurent, que la vie continuera. »

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p 28 C’est l’histoire d’une jolie coccinelle dans un merveilleux jardin. Tous les insectes qui y butinent admirent sa bonté. C’est la plus belle et le plus sage. … Mais un jour, cette petite coccinelle se pose par hasard sur le nez crochu d’une sorcière. »

p 39 « Peu de gens comprennent que je passe si vite sur les conditions dans lesquelles Hélène a été tuée. On me demande si j’ai oublié ou pardonné. Je ne pardonne rien, je n’oublie rien, je ne passe sur rien et surtout pas si vite.
Lorsque chacun sera retourné à sa vie, nous vivrons toujours avec. Cette histoire, ce sera notre histoire. La refuser serait se renier. Même si son corps osseux a la froideur d’un cadavre, son baiser le goût du sang encore chaud
et ce qu’elle me murmure à l’oreille la beauté glaçante d’un requiem funèbre, je dois l’embrasser. Je dois entrer dans cette histoire. »

p 63 « Je pensais que si un jour la lune disparaissait, la mer se retirerait pour qu’on ne la voie pas pleurer. Que les vents cesseraient de danser. Que le soleil ne voudrait plus se lever.
Il n’en est rien. Le monde continue de tourner, ... »

p 64 « Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. … Il a dix-sept mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours,
et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus. »

p 69 « Depuis vendredi, le seul maître du temps c’est Melvil. En chef d’orchestre, il rythme nos vies à la baguette. Les réveils, les repas, les siestes, les couchers. Qu’importent les heures,
il décide quand l’univers doit se lever, et je m’y plie pour que son monde reste intact. Tous les jours, je joue la même symphonie dont il est le métronome, prenant bien soin de respecter
chaque note. Lever. Câlin. Petit déjeuner. Jeux. Promenade. Musique. Déjeuner. Câlin. Dodo. Lever. Goûter. Promenade. Courses. Musique. Bain. Soins. Dîner. Histoires. Câlin. Dodo. »

Édition : Fayard

Genre : Récit

Publié en 2016

Les Demoiselles de Beaune de Karine Lebert

Une belle histoire … Un roman historique où … dès les premières pages l’auteure plante le décor … la BourgognePhilippe Le Bon … la construction des hospices de Beaune
on découvre la vie dans les contrées … les campagnes bourguignonnes !!! les nobles … la petite bourgeoisie mais aussi les « petits gens » … les fermiers … les vignerons … les ouvriers
Une épopée historique … qui nous conte la vie … le destin des femmes au XV ème siècle … leur condition dans la société de l’époque …

Puis il y a la naissance de Balbine … le personnage central … sa vie troublée … élevée par sa mère Marguerite et son beau-père Achille. Elle découvrira en grandissant le nom de son véritable père !!
Il y aura La RochetteLes Joinville … un tournant bouleversant dans sa vie de jeune femme …
Puis Il y a sa passion et son dévouement pour les hospices de Beaune …son envie et sa vocation pour soigner et apprendre les plantes qui apaisent !!
On découvre ainsi son quotidien dans les hospices … la bonté du bienfaiteur Nicolas Rolin et de sa femme Guigone De Salins … la vie des Dames hospitalières dignes et dévouées … consacrées aux souffreteux !!
Et puis sa rencontre avec Maric Lambert le médecin des hospices !! Cette rencontre va t’elle changer son destin !? Y aura t’il une délivrance ?

Des personnages forts qui ont jalonné la vie de Balbine
Marguerite sa mère forte et volontaire
Jeanne née d’un viol … passionnée aussi par les plantes médicinales
Guillaume de Joinville … son secret lourd à porter !! Ce secret qui le hante et accélérera peut être sa perte !!
Alix … fougueuse … impêtueuse …
Hermione … une amie fidèle

Un beau roman malgré un début « tranquille » et « narratif » ou il m’a manqué de l’émotion dans l’écriture … puis le rythme s’accélère … Balbine est devenue dame – hospitalière … l’écriture se pose et là l’émotion
nous transperce … on se retrouve embarqué et envouté par cette épopée !!
Une fin surprenante et inattendue … Une « volte face »… un tournant étonnant !!

Un très bon moment de lecture … où le roman et l’histoire de France se mêlent et s’emmêlent … pour le bonheur du lecteur !!!

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Les plantes … les herbes médicinales …

p 18 « Certes, elle avait du mal à imaginer ce que représentaient ces fameux hospices mais elle savait déjà qu’elle n’oublierait jamais cette journée, les joues rouges d’Achille, la gaieté de sa mère,
le rire d‘Isabeau, les battements de cœur du bébé. Et même le regard insistant de l’inconnu au chaperon blanc …
Une fois devenue une très vieille dame, longtemps après, elle se le rappellerait : c’est en ce jour du 4 août 1443 que s’était jouée toute sa vie. »

p 75 « Élève douée, Balbine n’éprouva pas de difficulté à assimiler les leçons du père Henriot qui la couvrait de compliments et avec lequel elle entretenait des liens très amicaux. De même, son corps, habitué aux travaux physiques, s’acclimata vite aux leçons d’équitation
auxquelles elle prit beaucoup de plaisir. Moins aisées furent celles inculquées par Hermione, danses et bonnes manières qui malmenaient sa patience. Elle était consciente de la nécessité de savoir se tenir en société, néanmoins elle rageait du peu de considération qu’on
prêtait aux femmes et l’absence de liberté qui pouvait enlever tout éclat à leur existence. Au moins, dans son propre milieu, elles travaillaient, ce qui n’était pas le cas au sein de la bourgeoisie et de la noblesse où elles se voyaient relégués dans le rôle restreint d’épouse et de mère.
Balbine n’était pas venue ici pour se voir mariée de force à un inconnu et mettre un enfant au monde tous les ans. »

p 77 « Hermione avait marqué sa désapprobation à la voir lire de tels sujets par un échange incisif avec son beau-frère. Sa bienveillance avait laissé place à un courroux qu’elle estimait légitime, une jeune fille à la réputation sans tache n’étant pas censée se délecter de l’histoire de Tristan et Yseult
telle que la racontait Thomas d’Angleterre dans son Tristan. Toutefois, Guillaume s’était montré inflexible et la jeune femme avait dû accepter sa défaite, son avis comptant pour rien dans les décisions prises par les mâles de la famille. »

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p 81 « Sa première pensée fut de tout avouer à Hermione quand elle remonterait après le bain – ce bain qui était à l’origine du crime car Balbine avait oublié toute prudence dans le plaisir suscité par l’eau, dévoilant à Audouin sa quasi-nudité, achevant de lui faire perdre le sens commun.
Puis la jeune fille songea au scandale qui résulterait de ses accusations. … Si ce crime était rendu public, elle ne trouverait plus de mari ; pire, elle ne pourrait plus jamais prétendre à la fonction de dame hospitalière puisque ces dernières se devaient d’être chastes et
de bonne réputation. Personne aux hospices ne se porterait garant d’une femme à laquelle la virginité avait été ravie lors d’un viol dont toute la ville se ferait l’écho. »

p 143 « La nouvelle se répandit comme un souffle glacé dans la ville de Beaune : le chancelier avait rendu son âme à Dieu ! Nicolas Rolin était mort à l’âge canonique de quatre-vingt-six ans ! C’était en hiver 1462, un triste jour de janvier. Tout le mois qui suivit, aux hospices, on n’entendit
plus que larmes et prières, car les malades autant que les sœurs avaient perdu leur bienfaiteur. On disait que Guigone était éperdue de chagrin. »

p 146 « Jehan Royer avait été recruté en tant qu’apothicaire tout simplement parce que son échoppe était située sur le pont aux Chèvres, près des hospices. Ainsi, il approvisionnait l’hôpital en substances de toutes sortes, et se chargeait de leur transformation
en remèdes. Un chirurgien-barbier, maitre Symon Magnien avait également été adjoint aux hospices, mais Balbine n’était pas attirée par sa profession. Décidément, elle préférait les plantes. »

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p 166 « Balbine recula vers la porte en bredouillant un remerciement et s’éloigna dans les couloirs d’un pas vif. Jamais elle n’avait éprouvé un tel bien-être. Il lui semblait qu’elle emportait avec elle une force nouvelle, assez grande pour effacer toutes les fatigues et tous les doutes.
D’où lui venait-elle ? Peut-être devrait-elle s’en confesser au père spirituel pour l’avoir accueillie en elle, pour ne pas s’être dérobée aux regards de cet homme qui n’avait rien d’un prêtre ? »

p 169 « Depuis la mort de son père, en 1467, Charles le Téméraire était à la tête du duché de Bourgogne. Animé par de hautes ambitions, il désirait dans ses rêves les plus fous octroyer une couronne à son duché qu’il jugeait bien dérisoire. Mais en cette année 1470, Balbine
ne se doutait pas que l’accession de cet homme allait précipiter la chute de la Bourgogne. »

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p 224 « Jadis, Balbine lui avait laissé son carnet des simples. Jeanne avait ainsi mémorisé les usages des potions médicamenteuses, leurs bienfaits, leurs dangers, si bien qu’aujourd’hui elle était capable de retranscrire l’ouvrage dans sa totalité. A son inclination
pour l’exotisme et les voyages était venue se greffer cette ferveur envers les plantes médicinales. »

p 225 « C’en était fini de la grandeur bourguignonne. Après les règnes successifs des Valois, de Philippe le Hardi, de Jean sans Peur, de Philippe le Bon puis de Charles le Téméraire, d’un peu plus d’un siècle de souveraineté, de magnificence et de progrès, le désastreux siège de Nancy,
en 1477, donna lieu à une bataille sanglante, un vrai massacre pour l’armée du Duc de Bourgogne, décimée par celle du duc de Lorraine. »

Édition : Presse de la cité

Genre ; Roman historique

Publié en 2017

 

Arrête avec tes mensonges … Philippe Besson

Philippe Besson est adulte, il est devenu écrivain … et il se souvient !!
Après avoir beaucoup « fabulé » dans ses précédents romans il se décide à parler et raconter un moment important de sa vie !! L’auteur nous ouvre son cœur …

Une belle histoire en trois temps … trois dates … 1984 20072016 !! Trois personnages … PhilippeThomasLucas
Les années 80 … le walkman … les pulls jacquard … les jambières pour les filles … le lycée … l’année du bac … puis sa rencontre avec Thomas un amour de jeunesse, fort et inoubliable
Ils brûlent les « interdits » … les premiers ébats et émois homosexuels … le regard des autres … les secrets … « l’acceptation à sens unique »… une certaine fierté pour Philippe d’être gay … une manière d’être différent des autres … de la masse .
Philippe est fils de l’instituteur du village .. un élève brillant promu à un bel avenir … il deviendra écrivain … et assume son homosexualité avec bonheur !!
Pour Thomas Andrieu enfant de la campagne … vivant dans un petit hameau … beaucoup plus compliqué … farouche et déstabilisé par ses « pulsions » homosexuelles !!
Un amour juste avant le sidal’hécatombe !!

Une écriture précise et vive … avec des mots crus mais beaucoup de tendresse … une écriture sans tabou !!
Un livre tout en douceur et en sincérité !

L’homosexualitél’accepter .. la vivre avec bonheur … la cacher … en souffrir … l’assumer … la refouler … mais très difficile, voir impossible de la nier …

Une belle histoire d’amour … amour de jeunesse, un renoncement douloureux … vécu et qui « hante » toute une vie ou plutôt deux vies !! p 42 « Il ajoute cette phrase, pour moi inoubliable : parce que tu partiras et que nous resterons. »
Puis 2007 … rencontre avec Lucas … une ressemblance … un lien avec Thomas ?? Savoir enfin …

Un roman magique et tendre ...
Raconter enfin !! Une délivrance sans doute … pour l’auteur …

Un Beau moment de lecture … tendre et délicat …

« Philippe Besson est à un spéléologue de l’intime » Bernard Pivot

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ça sonne !! Un appel de Thomas !???

p 18 « J’ai dix-sept ans.
Je ne sais pas que je n’aurais plus jamais dix-sept ans, je ne sais pas que la jeunesse , ça ne dure pas, que ça n’est qu‘un instant, que ça disparaît et quand on s’en rend compte il est trop tard, c’est fini, elle s’est volatilisée, on l’a perdue. »

p 28 « Plus tard, donc, j’affronte la violence que provoque cette différence supposée. J’entends les fameuses insultes, au moins les insinuations fielleuses. Je vois les gestes efféminés qu’on surjoue en ma présence, les poignets cassés, les yeux qui roulent, les fellations qu’on mime. Si
je me taie, c’est pour ne pas avoir à affronter cette violence. De la lâcheté ? Peut-être. Une manière de me protéger, forcément. Mais jamais je ne dévierai. Jamais je ne penserai : c’est mal, ou : j’aurais mieux fait d’être comme tout le monde, ou : je vais leur mentir afin qu’ils m’acceptent. Jamais. Je m’en tiens à ce que
suis. Dans le silence certes. Mais un silence têtu. Fier. »
« On prétend que je « préfère les garçons ». On constate que j’ai des gestes de fille parfois. Et puis je ne suis pas bon en sport, nul en gymnastique, incapable de lancer le poids, le javelot, pas intéressé par le foot, le volley. Et j’aime les livres, je lis
beaucoup, on me voit souvent sortant de la bibliothèque du lycée, un roman entre les mains. Et on ne me connaît aucune petite amie. Cela suffit pour bâtir une réputation. »

p 37 « J’écrirai souvent, des années après, sur l’impondérable, sur l’imprévisible qui détermine les événements.
J’écrirai également sur les rencontres qu changent la donne, sur les conjonctions inattendues qui modifient le cours d’une existence, les croisements involontaires qui font dévier les trajectoires. « 

p 40 « Il dit qu’il n’a jamais fait ça avant, jamais, qu’il ne sait même pas comment il a osé, comment il s’en est senti capable, comme c’est sorti de lui, il laisse entendre toutes les interrogations, toutes les hésitations, tous les dénis par lesquels il est passé, tous les obstacles qu’il a dû surmonter, toutes les objections qu’il
a contrées; le combat intérieur, intime, silencieux qu’il a mené pour en arriver là, il ajoute qu’il y est parvenu parce qu’il n’a pas eu le choix, parce qu’il devait le faire, parce que ça s’est imposé comme une nécessité, parce que c’était devenu trop épuisant de lutter. »

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p 42 « La question s’est imposée d’elle même : pourquoi moi ?
Les images se bousculent : les lunettes du myope, le pull jacquard informe, l’élève tête à claques, les trop bonnes notes, les gestes de fille.
La question se justifie.
Il dit : parce que tu n’es pas du tout comme les autres, parce qu’on ne voit que toi sans que tu t’en rendes compte.
Il ajoute cette phrase, pour moi inoubliable : parce que tu partiras et que nous resterons.« 

p 59 « Je découvre que l’absence a une consistance. Peut-être celle des eaux sombres d’un fleuve, on jurerait du pétrole, en tout cas un liquide gluant, qui salit, dans lequel on se débattrait, on se noierait. Ou alors une épaisseur, celle de la nuit un espace indéfini,
où l’on ne possède pas de repères, où l’on pourrait se cogner, où l’on cherche une lumière, simplement une lueur, quelque chose à quoi se raccrocher, quelque chose pour nous guider. Mais l’absence, c’est d’abord, évidemment,
le silence, ce silence enveloppant, qui appuie sur les épaules, dans lequel on sursaute dès que se fait entendre un bruit imprévu, non identifiable, ou la rumeur du dehors.

p 76 « Il dit qu’il veut me sucer, que ça ne peut pas attendre, on jurerait que ce besoin vient de surgir, qu’il n’a pas été élaboré plus tôt, qu’il ne s’est pas construit au long des jours sans moi, non, il éclate, là, il se manifeste, la seconde avant il n’existait pas.
Il me jette sur le lit, dégrafe mon jean, baisse mon caleçon, s’il le pouvait il le déchirerait, … je me laisse faire, mon sexe grossit dans sa bouche. … je le contemple, frappé par sa voracité, on dirait un enfant mort de faim à qui on vient de donner de la nourriture, et qui préfère
s’étouffer. J’ignore de quelles profondeurs vient cette nécessité d’un sexe d’homme, chez lui, je devine en revanche le refoulement, l’autocensure, qui ont précédé pareil empressement. »

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p 90 « Manière élégante de laisser entendre que le père n’a pas de mots affectueux, rassurants, pas de gestes tendres, qu’il demeure sur un quant_à-soi, que ce qu’il offre est un mélange de réserve et de fierté.
Je sais ce que c’est, d’être le fils d’un homme comme ça. Je me demande si la froideur des pères fait l’extrême sensibilité des fils. »

p 97 « Je me demande alors si « homme blessé » est un film prémonitoire ou si, au contraire, il montre les derniers feux de l’amour libre, sans contraintes, sans frayeur, sans morale. Juste avant l’Hécatombe. »

P 139 « Je sais aussi tout ce qu’on doit quitter de soi pour ressembler à tout le monde. »

p 158 « Mais surtout, nous ne retrouverons pas ce qui nous a poussés l’un vers l’autre, un jour. Cette urgence très pure. Ce moment unique. Il y a eu des circonstances, une conjonction de hasards, une somme de coïncidences, une simultanéité de désirs, quelque chose
dans l’air, quelque chose aussi qui tenait à l’époque, à l’endroit, et ça a formé un moment, et ça a provoqué la rencontre, mais tout s’est distendu, tout est reparti dans des directions différentes, tout a éclaté, à la manière d’un feu d’artifice dont les fusées explosent
au ciel nocturne dans tous les sens et dont les
éclats retombent en pluie, et meurent à mesure qu’ils chutent et disparaissent avant de pouvoir toucher le sol, pour que ça ne brûle personne, pour que ça ne blesse personne, et le moment est terminé, mort, il ne reviendra pas ; c’est cela qui nous est arrivé. « 

https://www.youtube.com/watch?v=p3PsleTb8y0

Édition Julliard

Genre : Roman autobiographie

Publié en 2017

couverture Nikki Smith/Arcangel images

Le bébé d’Adèle … Marie Murski

Un thriller pervers insidieuxbouleversant … ou l’effroi est au rendez – vous !!
Lorsque l’on ouvre un livre … on plonge dans l‘univers de l’auteur … on ressent ses angoisses … ses peines … ses douleurs … mais aussi ses joies … ses coup de cœur … ses coups de gueule … sa détresse… et là sa rage … son envie
de vérité ... Il y a Tant de Force dans ce roman !! L’auteur se jette à corps perdu dans cette histoire !! Est ce un exutoire ? une fuite en avant, folle et désespérée ?

On découvre la descente aux enfers de Sonia … sa rencontre avec Oscar Barey … son mariage … la perte de sa vie sociale … son isolement pour mieux la contrôlerles coups et les humiliations
Puis une volte face, Sonia Balassy victime …devient « bourreau » … personnage fort … déterminé, sans pitié … ou presque …
Oscar Barley personnage pervers psychopathe (p 169) … mais aussi gynécologue de renom … une immense réputation … aimé et approuvé …

Un thriller où se mêle émotions intenseshaine incompréhension .. « vengeance » et puis pour Oscar Barrey, le piège qui se referme inexorablement !!
Un thriller sur fond de Tango … cette danse passionnée … pleine de fougueflamboyante … puis il y a la peinture … cet « exutoire artistique » …

La douleur pour le lecteur devient physique !! Un abyme … un gouffre de souffrances !! Évacuer la haine et la violence à tout prix !!

Un rythme soutenu qui nous « happe » dans les Méandres du Mal !!
Une écriture précise, chaque mot choisi nous emporte dans des sentiments et des émotions multiples et contradictoires !! le Bien et le Mal !!
On se laisse guider par ce désespoir … cette fuite en avant … incontrôlable et peut être salvatrice … cette envie de vivre … cette renaissance … cette « vengeance » … ce besoin d’aveux !!

Sonia doit aussi lutter contre sa peur … ses souvenirs … ses craintes de « mal-faire » … guidée malgré elle par son amygdale cérébrale p 230
Elle se bat aussi et surtout pour « venger » toutes les victimes d’Oscar Barey !! La mort de ce bébé, dans son couffin … seul et vulnérable sous cette pile de manteaux
et Annabelle cette petite fille de 11 ans, son premier crime … son premier acte de mort … et de haine !! et la pauvre Marina

Un livre que l’on lit en apnée
Y aura t’il une délivrance au bout de cette quête ?? Avouera- t’il ses crimes ?? L’apaisement sera t-il au bout du chemin ?

ce roman m’a énormément touché par sa Puissance !! Un roman qui hante par sa Force !! Un beau et sublime coup de cœur !!
Après « Le chat silence » … « Cris dans un jardin » un réel bonheur de retrouver la sensibilité de Marie Murski une auteure pleine de talent !!

« Il avait fermé les yeux pour ne pas voir le mal sur cette terre, et c’est ainsi que le mal l’avait trouvé, sans défense. » Ernst Wiechert, Missa sine nomine

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Après la tempête … L’Apaisement !!

p 121 « -Il était toujours très gentil avec moi devant les gens. A chaque fois, je croyais qu’au fond il m’aimait, qu’il allait changer. Il me prenait dans ses bras, me parlait tendrement.
Je pensais qu’à force d’amour, j’allais le faire changer. J’oubliais qu’au bout des bras, il y avait des poings. »

p 82 : « -Tu sais, cette œuvre que tu crées, c’est vraiment beau, un peu sombre mais flamboyant avec le tango rouge sang … Tu m’avais parlé de la peinture au couteau sur l’aquarelle,
et là, le résultat, c’est étonnant. Des taches de tango ! Des éclaboussures de tango ! ça me parle évidemment. ça me crie même ! »

p 103 « Dans le cerveau d‘Oscar Barey, des stratégies nouvelles côtoyaient les anciennes, toujours dans les mêmes lieux anonymes et glacés. Elles se mesuraient. Faisaient alliance. Manœuvraient.
Il vivait seul dans sa grande maison. Depuis les accusations portés par Sonia contre lui, il arpentait ses domaines de chasse avec prudence mais n’avait, pour autant, rien perdu de sa superbe. »

p 106 « Il écrasait facilement les têtes. D’une main il saisissait les cheveux et claquait le menton contre l’évier, la paillasse ou la vasque de lavabo. Il tirait la tête en arrière et appuyait fortement le cou contre le bord émaillé, ce qui empêchait le cri.
Le corps était alors presque à genoux, pendant mollement. Oscar Barey le poussait du pied tout en maintenant le thorax avec ses cuisses. Le corps n’avait pas d’importance; et si les bras s’agitaient, il les cassait d’un coup sec du tranchant de sa main libre. »

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p 206 « Elle le regarda encore, avant de le suspendre. Il reposait sur le tapis, sur le dos, tête et pieds légèrement relevés, dans la position d’un dormeur dans un hamac. »

p 117 « La fête, elle l’avait ressentie lorsque Ludo avait pivoté, prêt à s’élancer; elle n’avait pas pu suivre, mais elle avait senti l’intention dans son corps de danseur, en son centre à lui. A l’instant où il avait compris son désir sur son bras directif,
il avait jailli pour danser avec elle, impérieux, pressant, oubliant qu’elle était à présent boiteuse ! Il s’était positionné comme avant, dans leurs plus magnifiques tangos ; pas dans la représentation, mais enfermés l’un sur l’autre, verrouillés
dans la danse. Cette sensation jamais oubliée revenait avec force. Son cœur battait d’émotion et de joie. »

p 123 « J’ai soulevé ma tête, vu mon corps nu et lui devant moi, avec son rictus ignoble. Mon sexe brûlait. Il se reboutonnait, remettait calmement sa ceinture. Je regardais mes cuisses, pensant qu’il m’avait peut-être battue alors
que je dormais. Je pensais cela de toutes mes forces car je refusais qu’une autre éventualité, bien plus terrible, n’atteigne mon cerveau. Je ne voyais aucune trace de coup sur mes cuisses, ni sur mon ventre, ni sur mes seins. Seul mon sexe brûlait. Il m’a dit
de me reposer et m’a expliqué qu’il avait fait cela pour nous protéger. Que ce n’était pas le moment pour moi d’être enceinte ! Que je n’étais pas à la hauteur, trop fragile et incapable. Il lui fallait une femme solide pour porter son enfant. »

p 127 « -Comment allez – vous ? Vous plaisez-vous bien là-bas, à Maléfices ?
– Maléfices ! reprit Sonia en sursautant. Comment ça ?
– Ah oui, vous ne pouvez pas savoir, bien sûr. C’est un tic de famille. Nous avons toujours appelé ainsi l’appartement. En fait, c’est la cour qui se nommait ainsi au siècle dernier. La cour des Maléfices. Elle a été débaptisée en 1920 … »

p 138 « Dans le registre des souffrances, et des cruautés, Oscar Barey était d’une redoutable efficacité. Il avait eu de bons résultats dans le passé, avait commis des crimes, assassinats et faux suicides, des faux accidents, et n’avaient jamais été inquiété.
Depuis son plus jeune âge, il avait su profiter du hasard et de la providence.
Son plus joli coup, un coup de maître aimait-il à penser, était le bébé d’Adèle étouffé sous les manteaux de ses invités. »

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p 169 « Oscar Barey n’était pas original. Il avait nombre de semblables.
Tous les avis des spécialistes et sommités en la matière se rejoignaient : les monstres ne se remettaient jamais en question. A toute force, ils avaient raison sur le monde. Ils n’étaient donc accessibles ni aux soins, ni à la parole.
On pouvait dire que le diable existait, en secret, caché en chacun d’entre eux. Ils n’étaient pas fascinés par le Mal, ils étaient le Mal. »

p 175 « La nuit précédente, il avait mis de l’ordre. Il avait broyé, battu et torturé à mort. Les ongles de salope racoleuse au bout des doigts qui voulaient caresser, ces doigts dégoûtants avaient été arrachés, et les yeux qui suppliaient, crevés. C’était
lui qui décidait. On ne le forçait à rien. On ne lui faisait pas de chantage, pas même une miette, pas même l’ombre d’une idée de chantage. Au fond de la cave, les chairs sanglantes ne palpitaient plus. L’ordre était revenu, la bâche et son contenu évacués
comme un crachat dans l’oubliette, et l’émail de la baignoire nettoyé. »

p 183 « Au cours de ce rêve, après quelques floues péripéties, elle reçoit une somme d’argent pour avoir « débarrassé » quelque chose – elle ne sait quoi- et décide avec joie d’utiliser cet argent pour faire un voyage. Elle part alors par une ouverture
dans la chair de sa cuisse, une large incision prévue à cet effet, légèrement teintée de sang, indolore. Elle s’y introduit en se glissant sous sa propre peau qu’elle soulève. Ce qu’elle découvre est sombre, mais en même temps coloré, une grande ombre tirant vers le bleu, un long
rivage et au loin, la mer obscure et immobile. Une atmosphère de « grands espaces », d’horizon aplati car le ciel est très bas – elle est sous la peau de sa cuisse, doit la soutenir comme elle soutiendrait le ciel pour s’avancer un peu. Elle ne peut pas beaucoup.
Alors elle regarde ce paysage doux, bleuté, sombre à l’infini. Puis elle soulève à nouveau la peau sanguinolente et se glisse en arrière pour revenir. Elle ramène un petit seau d’enfant rempli de quelque chose … »

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p 230 « Elle se souvenait de ce qu’elle avait lu au sujet de l’emprise, et qu’elle s’était répété maintes fois afin de pouvoir résister, et lutter contre : « La violence a un pouvoir de sidération qui entraine la mise en place d’une mémoire traumatique … Cette mémoire reste bloquée dans un coin
du cerveau de la victime, l‘amygdale cérébrale. Elle y est hors temps. Elle va se déclencher au moindre lien rappelant les violences comme une machine à remonter le temps, avec un discours intérieur qui l’attaque et l’humilie et qu’elle pense être le sien, puisque c’est dans sa tête.
La victime, colonisée par ce discours, se croit coupable, folle, incapable, et peut même ressentir de la haine pour elle-même ... »

p 297 « elle pensa à Nietzsche à mesure qu’il l’engloutissait ; « celui qui doit combattre contre des monstres doit prendre garde de ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes dans un abîme, l’abîme regarde aussi en toi.« 

Première rencontre avec l’auteure … au salon du livre de Andé … en Octobre 2015

Édition : Cogito

Genre : Thriller

Publié en 2017

Illustration : La Plume numérique

Humour Noir et Balles à Blanc d’oeufs Tome 2 … Stéphane Maillot

Un début de livre déjanté et « dézingué » !! et puis les choses se posent … l’humour noir devient plus « intense » …

Chaque chapitre … son histoire mordante … et/ou hilarante
Il y a cette histoire de CARAMBARle « un-en-bar » … le « Double-bar » … la « mi-bar » puis le »Quart-en-bar » qui devient donc le « Carambar » !! chapitre à lire avec concentration et méthode sinon vite perdu !! p 13
cette lettre à Monsieur Bouygues Telecom … à mourir de rire … une lettre tellement réaliste !!
puis Nos amis les bêtes chapitre à la « Raymond Devos » jongleur de mots …. Une belle farandole

Une envie de « dénoncer » … avec courtoisie … en y mettant les formes … Quoique !! quelques dysfonctionnements de notre vie au quotidien … de notre société !!
Des coups de gueule .. sur nos « petits » élus locaux … le monde de l’édition … la justice …
Une belle analyse du critique d’art … plus communément appelé « furoncles » ou « excroissances inutiles » …
Un chapitre dédié au Q … tout un programme … et cette cloche qui sonne tous les matins à 7h02

Réflexions pertinentes … esprit vive et rapide
Une écriture « sportive » … une bonne endurance est nécessaire !!

Un petit coup de cœur quelque peu revendicatif !! Une belle analyse lucide de notre société !!
A la fois drôle … grinçant … mordant … cynique … sarcastique … insolent … et une belle autodérision !!
La même énergie que dans le tome 1 !! Mais un brin plus mordant !! L’auteur perdrait il patience ??

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Écraser tous ces « désagréments » du quotidien avec élégance !!

p 6 « Est-ce parce que ce sont des hommes de l’ombre et que l’ombre est souvent noire ? Sont-ce aussi parce que les « nègres » sont traités comme des esclaves par ceux qui tirent profit, gloire et honneur
de leur pseudo talent d’écrivain ; tout en gardant à l’esprit que le « nègre » écrivain peut être aussi bien blanc que noir … Pouvait-il exister un plus bel hommage à ces laborieux et obscurs scribes inconnus
qui, pour subsister offrent avec abnégation leur temps et leur talent à des écrivains en panne d’inspiration ou à quelques « auteurs-people » de best-sellers « à la chaine » souvent incapables de trouver une
minute pour écrire entre un cocktail mondain et une séance promotionnelle de dédicace dans une grande librairie parisienne ? »

p 12 « A sa création cette friandise aurait dû s’appeler le « Un-en-bar » (prononcer « 1 en bar »). A sa toute première sortie de la machine défectueuse, il mesurait près de 28 cm de longueur. Ce qui d’entrée, posa des problèmes pour sa consommation, pour
l’emballer et surtout, pour le stocker dans une poche ou le ranger dans une cuisine. Mais, cela n’arrêta cependant pas les cupides fabricants qui le commercialisèrent tout de même. Usant d’un odieux stratagème commercial, ils eurent l’idée de le vendre dans un emballage où
se trouvait la barre de 28 cm… mais coupée en deux morceaux. Chaque morceau mesurant donc environ 14 cm de long. Vu le succès rencontré, très vite les fabricants du « Un-en-bar » eurent l’idée de l’appeler le « Double-bar« . Et devant le succès croissant des ventes
de cette nouvelle confiserie caramélisée, ils en augmentèrent progressivement le prix jusqu’à le doubler sur deux décennies. »

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p 13 « NDLA : Je fais à cet instant, une courte pause pour permettre aux lecteurs les plus lents et aux personnes souffrant de retard mental avéré pour tout ce qui concerne les mathématiques de ;
– Soit relire le début de ce chapitre pour tenter de rassembler les informations utiles à la bonne compréhension de raisonnement ci-dessus.
– Soit se faire aider par un proche ayant mieux réussi dans les études ou ayant fait une école de commerce pour tenter de comprendre la démonstration susmentionnée.
A présent que tout le monde semble avoir compris le début de ce chapitre, je poursuis donc ma narration. »

p 85 « Eh bien, ils font naturellement ce que n’importe quelle personne censée ferait dans la même situation, ils privilégient souvent -et dans l’ordre – la famille, les amis et les connaissances. Ainsi, ils savent avec qui ils vont traiter et qui ils publient.
Ce qui réduit considérablement une éventuelle prise de risque. Bien évidemment, si vous leur dites cela, ils s’offusqueront avec vigueur et protesteront avec véhémence … surtout s’ils sont en public. Et en dernier recours, pour un peu que cela vienne
d’un auteur auto édité inconnu, ils sortiront LA réponse fatale – « celle-qui-tue » – celle qu’ils assènent, sèchement, d’un ton plein de suffisance : -« Cher Monsieur, sans doute dites-vous cela parce que vous êtes amer de ne pas être vous-même publié. Au lieu de cracher ainsi votre
aigreur, vous devriez plutôt vous interroger sur le fait, cher Monsieur, que vous ayez ou non réellement du talent ?« . C’est dit !
Je ne sais pas vraiment si ces gens ont conscience que ce type de phrase peut faire des dégâts irréparables sur des personnes hypersensibles ou fragiles. Parce que dans l’Art en général, ces gens « qui décident » de « ce-qui-est-bon-ou-pas« , de ce qui mérite ou non d’être lu par le
grand public, ne vous donne qu’une seule chance ! »

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p 93 « Chacun revendique une spécificité, une unicité régionaliste, religieuse, politique, sportive, sexuelle … Mais admettons tout de même que se revendiquer sans cesse de telle ou telle catégorie de personnes
revient à ériger des murs autour de soi à une époque où l’on se devrait plutôt de construire des passerelles entre les personnes et les mondes. Il est souvent plus facile de voir ce qui sépare des êtres plutôt que ce qui les rapproche. »

Le critique d’art (ou comment se défouler et médire sur des personnes que l’on n’apprécie pas …) p 98 Il s’agit de ce que j’appellerais « les furoncles » ou « les excroissances inutiles » des milieux artistiques et du spectacle vivant. Oui car tout milieu
a le sien. C’est ainsi. Je veux évidemment parler des critiques soi-disant spécialisés. Le critique artistique ou culturel n’est qu’un vil petit étron suintant la suffisance. … La plupart du temps, il s’agit d’un type ou d’une femme qui n’ont jamais
rien produit … ni écrit ni composé … Mais qui s’estiment légitimes pour avoir un avis sur ce qu’il convient d’aimer, de regarder, de lire ou de diffuser. » … « Combien de vrais artistes ou de vrais créateurs de talent mais peu enclins aux ronds-de-jambes et aux flatteries d’usage – dont
sont friands ces faquins et fourbes personnages – combien ont vu leurs carrières brisées ou ternies par des articles assassins et destructeurs de la part de ces « écrivaillons bonimenteurs » qui trop souvent font passer leur goût personnel pour une norme à laquelle il conviendrait d’adhérer. » …
Alors que quelques prétendus « experts » en matière d’art s’arrogent le droit de définir ce qui serait « beau » ou non, ce qui serait talentueux ou ne le serait pas, ce qui serait « intéressant » ou non, « visionnaire » ou « avant-gardiste », conformiste ou « passé de mode »,
cela m’est insupportable comme l’ai-je laissé sans doute entendre depuis le début de ce chapitre. »

Première rencontre avec l’auteur en décembre 2016 … au salon du livre de Pitres

Édition 20-15

Publié en 2017

Genre : Humour