Échec à la Reine … Valérie Valeix

Un polar … de l’action … la disparition du Papé … la mort suspect de Bouyssou et l’intrigue « s’emballe » !!
Nous sommes alors embarqués dans le monde de l’apiculture. L’ enquête de gendarmerie est lancée !
Des mystères, des interrogations se croisents’entrelacent se confondent … mais où tout semble lié !!

On y découvre, sous l’œil bienveillant d’Audrey Astier, jeune apicultrice et Auxiliaire civile de justice, un monde à part où la survie des abeilles est au centre des préoccupations de chacun …
Au milieu des conspirations … des passions, parfois destructrices … des règlements de compte, toujours un même but … la préservation des abeilles, mais … que de chemins de traverses !!

Un récit haletant où l’on y croise des personnages forts, puissants …et charismatiques !
Un puzzle dont les pièces sont distillées avec finesse !!

Un livre qui allie suspensapiculture et « guide touristique » !! Un beau cocktail … une belle « leçon » d’écologie … une prise de conscience pour la sauvegarde des Abeilles … et un voyage passionnant dans le Quercy ...
Un polar riche et fascinant … à découvrir d’URGENCE !!
Bravo !!

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« Qui dit plus de longévité dit plus d’abeilles, plus de venin et plus de gelée royale et là on a les labos sur le dos et l’Apis Dei sur les talons. »

p 14 « Janissou s’esclaffa :
– Et pourquoi pas une abeille sans dard tant qu’on y est ? Quoiqu’elle existe déjà, en Amérique du Sud; la Melipone qui ne survit sous d’autres cieux que les siens et ne produit du miel que de façon anecdotique !
Trêve de plaisanteries, tu es allée aux Etats-Unis, tu as vu où peuvent mener les croisements ! Des abeilles tueuses poursuivant leur victime sur plus d’un kilomètre, moi ça ne me fait pas rire. Et même,
ça m’inquiète que certains d’entre nous puissent jouer les apprentis-sorciers pour une poignée d’euros. »

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« Je ne vais pas vous apprendre votre métier, vous savez qu’on peut devenir subitement allergique à n’importe quoi, qui plus est au venin. On a relevé une centaine de piqûres.
Il a fait un arrêt circulatoire et comme il n’y avait personne pour le secourir… Quand on est arrivé, il était déjà mort et son corps criblé de dards. »

p 143 « Dans son château sur les hauteurs de Souillac, une femme, les mains dans le dos, faisait les cent pas dans le salon, ses escarpins vernis à hauts talons résonnant sur le parquet.
Sa bouche vermillon s’ouvrit sur une question :
– Qu’est-ce que cette fille sait au juste de nous, Frère Ambroise ? Soyez concis.
– Rien ou presque Votre Altesse. »

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p 146 « – Le nouveau gendarme en chef a suspendu les obsèques de Bouyssou et a envoyé son corps à l’autopsie.
– Et alors, en quoi cela concerne-t-il notre Ordre ? Dans l’affaire Bouyssou, tous les frères ont fait leur devoir, la justice fera le sien et en sera pour ses frais. Comme d’habitude !
– Oui, Votre Altesse, il m’a tout de même semblé important de porter ce fait à votre connaissance. » … « Puis il recula en baissant les yeux pour sortir du salon, traversa un couloir aux murs tapissés de portraits de reines d’abeilles des diverses races pures, non hybridées à la différence de celles que l’on trouvait un peu partout
maintenant; à cette idée, Frère Ambroise eut une sensation de nausée. » …  » Il fit une pause devant une estampe datée de 1819 dont il admira amoureusement l’insecte parfait, mère des Abeilles et par là même de la gente humaine via la pollinisation. Il lut
la légende qu’il connaissait par cœur ; « Abeille Noire de l’île d’Ouessant« , une Bretonne comme lui … »

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p 181 « Mais il est plus prudent de visiter une colonie en pleine après-midi, quand les butineuses étaient aux champs plutôt que le soir où l’inspection tournait généralement au pugilat; quoi, on ne pouvait même plus être tranquille chez
soi après une rude journée ! »

p 375 « – Du miel de lavande, il est excellent, meilleur même que le Manuka dont on nous rebat les oreilles. Les miels clairs sont antalgiques en plus d’accélérer la cicatrisation quand à la propolis, c’est
un puissant antibiotique naturel, qui plus est désinfectant. Tous les légionnaires romains avaient ça dans leur paquetage et que je sache, ils ont conquis une partie de l’Europe. »

Editions Palémon

Genre : Polar

Publié en 2017

 

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Les jumelles et les mystères de La Hague … Christine Lebel

Quel délice de retrouver Amandine, Salomé, Tom et leur nouveau compagnon Gabriel … et quel bonheur de déambuler à Omonville -la-Petite dans le Cotentin ...
Une nouvelle aventure qui nous emmène dans les sentiers de La Hague …Les falaises du Nez de Jobourg … de la baie d’Ecalgrain
Une grotte … une caisse … des légendes … des « malédictions » et nous voilà happé !!
Que se passe t-il dans ce tunnel, près des falaises ?
Pourquoi cette malle cachée là ?
On se laisse captiver par cet ambiance mi réel mi légende !!

Des personnages tendres et attachants mais pour certains … peu scrupuleux !!
Une belle intrigue et un dénouement étonnant !!
Une écriture agréable et fluide

Un vrai plaisir de retrouver son âme d’enfant durant quelques heures … avec un petit voyage dans le temps très agréable …
Un beau roman jeunesse à faire découvrir absolument à nos jeunes lecteurs !!!

Voir la chronique « Les jumelles et la maison Berkman » précédente histoire des Jumelles …

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p 49 « Le quatuor avança dans le noir. Les faisceaux des lampes éclairèrent le sol bétonné jonché de mégots de cigarettes et de petites flaques d’eau, dues aux infiltrations. Ils progressèrent presque à tâtons au milieu d’une obscurité inquiétante.
Gabriel continua de parler pour détendre l’atmosphère.
« Il ne faut pas flipper, mais parfois il y a des squatters ou des chauves-souris, enfin, rien de vraiment méchant.
– Ah bon ? répondit Tom en riant, ce n’est pas très rassurant ce que tu nous dis. »
Amandine de plus en plus tétanisée, enfonça ses ongles dans le bras de sa soeur qui râla :
« Aïe ! Tu me fais mal, il ne faut pas abuser quand même ! Quelle trouillarde ! »

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p 66 « Amandine, enfin réveillée, fit irruption derrière eux, et Tom lui expliqua leur intention de faire du camping.
« Est-ce qu’on peut emmener Floups ? supplia la jeune fille.
– Oui, on va le prendre, lui répondit son cousin. Par contre, il nous faut trouver des tentes, des sacs de couchage et prévoir un repas pour le soir. »

p 7 « La Hague, septembre 1938.
Victorine courait à perdre haleine. La fillette vêtue de sa robe en lin et de ses sandalettes fonçait à toute allure sur les chemins. La brume venait de tomber sur la lande du hameau de la Laye. Les bruyères, les
ajoncs, les fougères lui brûlaient les pieds et lui arrachaient une grimace de douleur à chacun de ses pas. Enfin, elle s’immobilisa et regarda autour d’elle. Le brouillard enveloppait le paysage et elle ne voyait plus à un mètre. Il
lui était maintenant impossible de regagner le petit sentier qui l’aurait ramenée à sa maison. … »

 

p 11 « Salomé boudait dans la voiture. Toute la famille avait été invitée au mariage de Paul et Lola qui allait se dérouler au village d’Omonville-la-Petite, un endroit charmant de La Hague. ... « 

 

p 53 « Mais où sommes-nous ? questionna Salomé.
– Au-dessus des anses du nez de Jobourg. C’est superbe n’est-ce-pas ? »
Tom et sa cousine approuvèrent. La mer d’un bleu turquoise plongeait en contrebas, le paysage était aussi somptueux que sauvage. A leur gauche, une étroite carrière entourée de roches formait une couche. Les vagues s’échouaient sur
les falaises et sur les petites criques. »

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p 93  » – Non, ce n’est pas une bonne idée, dit Salomé, on risque d’avoir des problèmes; c’est du vandalisme. Cette porte fait partie du tunnel et on ne sait pas à qui appartient ce site.
– Exact, répondit son cousin, on ne doit rien casser. Tant pis, il vaut mieux faire demi-tour. Nous surveillerons ce soir … » « …
– Nous pourrions nous rendre près des grottes voir s’il y a une entrée, ou quelque chose qui mènerait à cet endroit, proposa Salomé.
– C’est trop compliqué. Les sentiers sont escarpés et l’on ne peut guère descendre qu’en rappel ou alors, il faut arriver par la mer, lui répliqua Gabriel. »

Première rencontre avec l’auteure … en septembre 2017 … au Quai des livres à Rouen …

Edition : Minerve et Bacchus

Genre : Roman jeunesse 

Publié en 2018

La dernière séance … Chahdortt Djavann

Peut-on se battre contre son destin ?
Peut-on se battre contre son pays, sa naissance ?

Chahdortt Djavann l’auteure nous embarque dans ce récit, dans la vie de Donya cette jeune Iranienne … dans ses moments de vie qui s’enlacent et s’entrechoquent !!
Un chemin tortueux et « fracassant » vers la liberté ...
Nous sommes happés par cette leçon de vie ou de mort … par ce regard dur et glaçant, sur son pays, l’Iran. Ce pays qu’elle ne cessera de fuir !!
L’auteure nous plonge aussi … dans la psychanalyse qu’elle égratigne avec « délice » …

Une claque … une fougue … et une justesse dans l’écriture !!
Une ode à la langue française … où la poésie à sa place …

Un coup de poing … littéraire !!
Un coup de cœur que j’ai « croqué » et « mordu » avec bonheur !!

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p 17 « Sa vie devint un supplice.
Il paraît que le chemin le plus difficile dans la vie est celui qu’on mène vers soi. Pavé d’embûches et de désillusions, il passe par le renoncement à « l’idéal du moi ». Et, lorsqu’on s’y aventure,
on découvre que des affirmations à cent pour cent contradictoires peuvent coexister et se révéler toutes exactes. De contradictions, elle en était bourrée. »

p 129 Un adage persan dit:  » Vis chaque jour de ta vie à la fois comme si c’était la veille de ta mort et comme si tu étais immortel ». Celui qui a inventé cette maxime avait vraiment le sens de la contradiction. »

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p 184 « Hier soir j’ai mordu tant de mots
sous mes dents craquaient leurs syllabes
j’ai mâché lettre par lettre chaque mot
leurs sens fondaient dans ma bouche
j’avalai leur essence
j’ai mangé tant de mots hier soir
des mots sucrés acides amers tendres poivrés salés durs
frais fanés
des mots erronés. »

p 374 « Le problème, c’est qu’aux yeux des Occidentaux il suffit de boire de l’alcool ou de porter une minijupe pour être opposant. Ils ne savent pas que le régime est capable, comme le KGB
autrefois, de mettre des putes dans le lit des Occidentaux pour les espionner. Il suffit qu’un mollah donne sa bénédiction pour que la prostitution devienne halal.« 

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p 64 « Quelle hypocrisie abjecte. Et puis, c’est insensé : depuis la nuit des temps, les humains s’entre-tuent dans des guerres aussi barbares qu’absurdes, on a inventé des mines antipersonnel qui tuent des enfants même longtemps
après la guerre, mais lorsque quelqu’un veut se donner la mort en paix, tout le monde se fait moraliste. Quelle hypocrisie abjecte. Eh bien, ceux qui prennent plaisir à vivre, ils n’ont qu’à continuer,
et ceux qui veulent mourir devraient avoir la liberté de se donner la mort sans souffrir. On massacre dans l’impunité totale des centaines de milliers d’humains qui veulent vivre mais lorsque quelqu’un
ne supporte plus de vivre tente de se donner la mort, on l’enferme et on l’oblige à vivre. »

p 77 « Je suis ahurie par la vanité et l’arrogance des gens qui disent : « Je suis fier de mes origines, de mes parents… Je suis fier d’être français… américain… »
On peut être fier de ce qu’on a accompli, mais pas de sa naissance ou de ses origines; on n’y est vraiment pour rien.
On peut de trouver chanceux d’être né dans un pays démocratique plutôt que dans une dictature, ou dans une famille aimante, responsable, et pourquoi pas riche et cultivée …
Mais fier, je ne vois pas pourquoi. »

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p 446 « J’avais un copain en Iran, mais ce régime et le voile ont fait que, même aux yeux des hommes les plus modernes, une femme qui désire, qui veut connaitre du plaisir sans vouloir s’engager dans une relation qui aboutirait au mariage, c’est
une pute. Et ils appellent ça la pudeur, l‘honneur. Une fille bien cherche un connard pour mari et rien d’autre.
Sous ce régime infâme, habiter un corps de femme est devenu en soi une honte qu’il faut dissimuler ; alors imagine une fille qui dit haut et fort son droit au plaisir dans les bras d’un amant : ce serait un crime. On la lapide sur-le-champ. »

Edition : Fayard Roman

Publié en 2013

Genre : Roman

Couverture : Cheeri / Photographie : D.R.

Treize en Amérique … Patrick Morel

Des nouvelles … des histoires posées … des moments de vie sordides et absurdes, avec en commun … un moment clé, un moment où, tout bascule
le cauchemar !! le surréalisme !!!
On plonge dans un monde où les « belles » émotions … les « beaux » sentiments n’ont pas leur place !! La folie et le « morbide » se cachent derrière chaque mot !!
Des « faits divers » contés avec efficacité et pragmatisme

L’écriture est précise et ciselée
Des nouvelles courtes et rythmées où dans la noirceur, peut être … un peu de poésie … un soupçon de sensualité
Un vrai moment de plaisir quand on aime le frisson !!

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Gouttes de … sang etsensualité …         p 107 « Sur un cri de surprise, le canon s’insinua entre les lèvres offertes de la fille. Un couinement de petite souris effarouchée teinté de plaisir. Ses yeux de jade brillaient d’excitation, émanation
du magma en fusion qui embrasait son corps offert. Au-dessus d’elle, Cody, plus viril que jamais dans les ors du couchant, arma le chien. »

Amayak !!
p 30 « A votre bras, je perçois une surprise. Vous vous attendez à croiser un être de chair et je vous sers avec emphase une vision rampante, un mythe en habits de lumière.
Cependant, avant tout jugement hâtif, prenez le temps de vous attarder sur les formes élancées de ses courbes, la majesté de son port, la fluidité de ses attaches, son regard
aux reflets subtils d’aigue-marine et l’ondoyante chevelure qui cascade gracieusement en boucles éphémères, dans la pénombre bleutée des voûtes de notre refuge.
Une évocation épurée du temps qui doit fatalement nous rapprocher … »

Boulder Bridge !!
p 67 « Je pourrais mourir pour ces photos volées. Tant d’autres ont trépassé pour moins que ça. Ils fumaient devant chez eux, marchaient, téléphonaient ou restaient assis à regarder les bagnoles passer.
Les rues foisonnent de ces chapelles dédiées à la mémoire de ces anonymes tombés sous le feu du désespoir. La ville ne manque pas d’autels improvisés au pied de baraques en ruine. De fleurs fanées
déposées entre des bouteilles d’alcool vides et des bougies depuis trop longtemps consumées. »

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Epargne et moi
p 51 « J’ai bougé la tête … Et j’ai aussitôt regretté mon audace, car mon cou portait lui aussi sa croix, ses vertèbres grippées et ses muscles froissés.
Où étais-je donc ?
Finalement, c’est la main qui est lentement remontée jusqu’à mes yeux. Animée d’un tremblement perceptible. D’une gêne parasite annonciatrice de catastrophes.
Mes doigts en corolle s’agrippaient à une fleur sur le point d’éclore. Noire. Dentelle torturée portant le deuil. Fleur du mal aux épines griffant une mémoire sur le retour.
Encore fragile. Hésitante. Et puis ma main s’est ouverte et l’attribut féminin s’est déplié tel un parachute affriolant pris au piège de mon index. »

Première rencontre avec l’auteur … Espace Culturelle Leclerc … Septembre 2014

Editions-Exaequo

Genre : Nouvelles

Publié en 2018

La part d’ombre … Marie-Françoise Chevallier Le Page

Tout commence par le viol, le meurtre de Marie, une jeune fille de 14 ans
et nous voilà happé par ce récit poignant et bouleversant où la même histoire est racontée à travers … trois regardstrois visions différentes,
la mère du meurtrier, la mère de la victime et la veuve K, la narratrice et « enquêtrice » …
Et pour une fois, la mère du meurtrier est entendue … on découvre une mère, une vision du meurtre sous un « angle nouveau » où il est
difficile de rester indifférent à tant de détresse, de culpabilité et de désespoir
Il y a dans ce « désastre« , cette « apocalypse » deux mamans meurtries à vie !!

L’écriture est juste et saisissante, et malgré tout, « perlée » et nimbée de poésie …

Un roman qui interroge, ébranle les convictions et où l’on comprend très vite que tout n’est pas si simple !!
Tout n’est pas Blanc ou Noir mais sans aucun doute … Nuancé

Un roman psychologique sublime de vérité … un roman sur des vies qui basculent et bousculent

p 99 « Vous savez, c’est étrange. Lorsque vous découvrez soudain, vraiment, que votre fils est, à n’en pas douter, un très grand criminel, votre première pensée n’est pas son devoir,
ni l’horreur de son crime. C’est cette effroyable, violente, brûlante certitude :
Vous sang a parlé, et il était mauvais.« 

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p 39 « Qu’ai-je fait au Bon Dieu pour mériter cela ?
Ma conscience me tourmente :
c’est vrai, même au fond de l’abîme, je pense encore à moi !
Car oui, c’est moi l’erreur …
J’ai engendré un monstre !
Enfin, un assassin. Est-ce bien différent ?
J’ai mal. Tellement mal !
J’ai mal à la victime. Car il l’a violée, la victime !
J’ai mal à mon enfant, le petit lièvre noir issu de mes entrailles.
J’ai mal d’être sa mère. Je n’ai pas su l’aimer ?
Pas pu le protéger ?
J’ai mal à l’entrecuisse,
cette porte secrète intime et inquiétante,
porteuse de nos espoirs, comme de nos désespoirs, déflorée sans respect,
déchirée sans scrupule,
obscur objet du vil désir d’un homme sans honneur ni regrets,
intimité polluée,
plaie béante infectée,
sexe donneur de vie, mais où la mort se niche,
précieux recoin de l’être
qui ne servira plus.
Oh non, ça, plus jamais ! »

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p 183 « LA HAINE !
Votre fille devant vous, couchée à moitié nue parmi les herbes folles, écartelée, et déchirée à grands coups de couteau, offerte aux yeux de tous sous les pâles reflets d’une lune stupéfiée de tant de cruauté,
c’est bien trop de douleur.
Vous êtes anéantie.
Puis, soudain, vient la haine. Elle va vous sauver, même si, peut-être, un jour, mais alors dans longtemps, vraiment dans très longtemps, après avoir compris, il faudra pardonner.
Qu’est-ce qui permet de vivre, de continuer à vivre, de respirer toujours, d’avoir un cœur qui bat, quand la mort a frappé, emportant dans le vent qui traversait la chambre le fruit de vos entrailles, la prunelle de vos yeux, votre seule raison d’être ?
Enfin, tout ce qui compte, vraiment, pour une mère. »

Les Editions de La Safranède

Publié en 2016

Genre : Roman

Illustration de couverture : Marie-Françoise Chevallier Le Page inspirée d’une photographie de Alexander Khokhlov

 

La disparue de Saint-Guilhem-Le-Désert … Katia Verba

Une gentilhommière, où vit la famille Bourgeois de Chaville … la disparition d’Aliette, la fille cadette et nous voilà embarqués …
Hypnotisés par ce roman, qui distille « en douceur » une ambiance … une aura oppressante et angoissante
L’Impression d’être enveloppé, happé par cette inquiétude et cette attente insoutenable !! Où est Aliette ? Que
lui est-il arrivé ??

Un roman tout en subtilité mais avec beaucoup de force !!
Des personnages forts et énigmatiques
Un récit palpitant et haletant … avec une écriture fluide et précise

Un « joli » moment de lecture … Un roman noir … un thriller … que j’ai dévoré en quelques heures … partagée entre connaitre l’épilogue
et rester au cœur de cette atmosphère …

p 287 « La mort tombe dans la vie comme une pierre dans un étang : d’abord, éclaboussures, affolement dans les buissons, battements d’ailes et fuites en tout sens.
Ensuite, grands cercles sur l’eau, de plus en plus larges. Enfin le calme à nouveau, mais pas du tout le même silence qu’auparavant, un silence, comment dire : assourdissant. »
Christian Bobin

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p 7 La légende du Pont du Diable « Alors que les moines de Grellone et d’Aniane ne ménagent pas leurs efforts pour la construction du pont traversant l’Hérault
au débouché des gorges sur la plaine, on constata chaque matin en abordant les lieux que les travaux réalisés la veille sont systématiquement détruits.
Les deux congrégations monastiques comprennent très vite que leur projet subit des entreprises de sabotages nocturnes et en appellent à la protection de leur saint
patron Guilhem qui, un soir, décide de se rendre seul sur les lieux pour y interpeller les éventuels malfaiteurs. Après quelques heures, posté à attendre, Guilhem constate
que le diable déguisé dans un costume de bouc noir fracasse les travaux du pont. Guilhem l’interpelle alors :
Satan, je t’ai reconnu dans ton ridicule apparat. Pourquoi dévastes-tu ainsi l’ouvrage de mes frères ? » Baron Taylor

p 33 « Mailis était oppressé, sa pensée se confondait entre le présent et le passé. » … « Un an déjà. Un an que sa fille avait disparu, corps et âme. On dit que le temps
adoucit les peines, mais il arrive parfois qu’au contraire, il l’accentue. Combien de fois avait-elle appelé l’unité de recherche qui s’occupait de sa disparition avec
le secret espoir d’obtenir ne serait-ce qu’un détail ou un témoin de la dernière heure ! Mais la réponse était toujours la même : « Rien … ». L’enquête suivait son cours. »

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p 53 « Et pourtant, le temps passait, inexorablement. Plus d’un mois s’était écoulé depuis le dernier appel de William.
Si les journées se déroulaient dans un certain calme et un semblant de sérénité, les nuits, quant à elles, étaient parfois éprouvantes : danger, noyade, ravin, couteau, pistolet,
corde et même sang dans des endroits inconnus -avec des personnes qu’elle ne connaissait pas – envahissaient ses rêves.
Une petite voix venue du ciel lui disait qu’il fallait qu’elle cherche dans la bonne direction et qu’un jour, elle saurait la vérité. Ce rêve était récurrent. »

p 94 « La pluie retombant de plus belle martela fortement le pare-brise. La fatigue se fit de plus en plus pressante.
Il fut pris, tout à coup, par une sorte de torpeur d’ours en phase d’hibernation un soir de pleine lune.
Il jugea judicieux de faire un arrêt. Il prit la décision, un peu rapide, de bifurquer sur la droite, négociant très mal son virage.
A ce moment-là, il vit une silhouette sur le bord de la route. Il ferma un infime instant les yeux, il avait certainement eu une hallucination
et quand il les rouvrit il la vit se jeter devant sa voiture. C’était une très jeune femme, les cheveux longs, les bras tendus ! »

Edition : Esneval

Genre : Roman noir

Publié en 2018

Couverture : création peinture acrylique Arlette Lacheray

 

Petit Pays … Gaël Faye

L’espoir, le désespoir, les désillusions, l’incompréhension, la haine, …
et nous voilà plongé au cœur du Burundi … et du Rwanda !
1993 … La première élection présidentielle au Burundi, puis un coup d’état !! Et l’engrenage commence …
La guerre éclate … puis s’ensuit l’exécution des Tutsi par les Hutu !! (p 10)

Ce roman retrace ce drame vu et vécu à travers les yeux d’un enfantl’insouciance et l’innocence volent alors en éclat !!
Tous ses meurtres et ses massacres aux portes des maisons …
Malgré tout, on s’accroche à l’enfance … avec des moments forts, drôles et tendres
Un témoignage poignant et déchirant … au couleur de l’Afrique !! Les odeurs … les saveurs … les sensations Africaines se dessinent au fil des pages !!

Puis Gaby ce jeune garçon découvre les livres et c’est l’Evasion !! Il retrouve le rêve et l’insouciance durant quelques heures … à l’abri dans sa chambre …
« Grâce à mes lectures, j’avais aboli les limites de l’impasse, je respirais à nouveau, le monde s’étendait plus loin, au-delà des clôtures qui nous recroquevillaient sur nous-mêmes et sur nos peurs. »
Gaby un enfant devenu adultemarqué et meurtri à vie !!

L’écriture est sobre et nimbée de poésie
Un merveilleux roman où l’absurdité humaine prédomine … et cette question !!

Pourquoi toujours la guerre ?

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p 10 « Alors j’ai demandé :
– Alors entre les Tutsis et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?
– Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.
– Alors … ils n’ont pas la même langue ?
– Si, ils parlent la même langue.
– Alors, ils n’ont pas le même dieu ?
– Si, ils ont le même dieu.
– Alors … pourquoi se font-ils la guerre ?
– Parce qu’ils n’ont pas le même nez.
La discussion s’était arrêtée là. C’était quand même étrange cette affaire. Je crois que Papa non plus n’y comprenait pas grand-chose. »

p 16 « Une chaîne d’infos en continu diffuse les images d’êtres humains fuyant la guerre. J’observe leurs embarcations de fortune accoster sur le sol européen. Les enfants qui en sortent sont transis de froid, affamés, déshydratés. Ils jouent
leur vie sur le terrain de la folie du monde. […] L’opinion publique pensera qu’ils ont fui l’enfer pour trouver l’Eldorado. Foutaises ! On ne dira rien du pays en eux. La poésie
n’est pas de l’information. Pourtant, c’est la seule chose qu’un être humain retiendra de son passage sur terre. Je détourne le regard de ces images, elles disent le réel, pas la vérité. »

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p 172 « _Vous avez lu tous ces livres ? j’ai demandé.
_Oui. Certains plusieurs fois, même. Ce sont les grands amours de ma vie. Ils me font rire, pleurer, douter, réfléchir. Ils me permettent de m’échapper. Ils m’ont changée, ont fait de moi une autre personne.
_Un livre peut nous changer ?
_Bien sûr, un livre peut te changer ! Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis. »

p 64 « A l’OCAF, les voisins étaient surtout des Rwandais qui avaient quitté leur pays pour échapper aux tueries, massacres, guerres, pogroms, épurations, destructions, incendies, mouches tsé-tsé, apartheids, viols, meurtres,
règlements de compte et que sais-je encore. Comme Maman et sa famille, ils avaient fui ces problèmes et en avaient rencontré de nouveaux au Burundipauvreté, exclusion, quotas, xénophobie, rejet, boucs émissaires,
dépression, mal du pays, nostalgie. Des problèmes de réfugiés. »

p 90 « Les blancs auront réussi leur plan machiavélique. Ils nous ont refilé leur Dieu, leur langue, leur démocratie. Aujourd’hui, on va se faire soigner chez eux et on envoie nos enfants étudier dans leurs écoles.
Les nègres sont tous fous et foutus … « 
« – Nous vivons sur le lieu de la Tragédie. L’Afrique a la forme d’un revolver. Rien à faire contre cette évidence. Tirons-nous. Dessus ou ailleurs, mais tirons-nous ! »

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p 91 « Les soûlards, au cabaret, ils causent, s’écoutent, décapsulent des bières et des pensées. Ce sont des âmes interchangeables, des voix sans bouche, des battements de
cœur désordonnés. À ces heures pâles de la nuit, les hommes disparaissent, il ne reste que le pays, qui se parle à lui-même. »

p 136 « Cet après-midi là, pour la première fois de ma vie, je suis entré dans la réalité profonde de ce pays. J’ai découvert l’antagonisme hutu et tutsi, infranchissable ligne de démarcation qui obligeait chacun à être d’un camp ou d’un autre.
Ce camp, tel un prénom qu’on attribue à un enfant, on naissait avec, et il nous poursuivait à jamais. Hutu et tutsi. C’était soit l’un, soit l’autre. Pile ou face. Comme un aveugle qui recouvre la vue, j’ai alors commencé à comprendre les gestes et les
regards, les non-dits et les manières qui m’échappaient depuis toujours. »

p 185 « Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie. »

Edition : Grasset

Genre : Roman Témoignage

Publié en 2016

Couverture : Studio LGF