La Route des Chiffonniers … Jeanne Sélène

Une petite aparté tout en douceur !!
Un roman tendre et … « initiatique » !!
Amélie une jeune femme proche de la « rupture » !!
Un voyage dans la campagne Normande « La Route des Chiffonniers » … des rencontres … un retour aux sources …
Pour unique compagnon … un âne … baptisé Univers !!

Une quête de soi … de la paix intérieure
La redécouverte d’un monde … de la nature … une envie de retrouver l’émerveillement !!
Des « souffrances » d’enfance qui refont surface !!
Redécouvrir à nouveau le bonheur des petites choses …
p 82 « Ainsi, on peut être adulte et avoir gardé ce fonctionnement, cet enthousiasme pour les petites choses?! »

et puis de belles rencontres … Germaine Emmanuel

Un roman « tranquille » qui se lit très facilement avec de Belles surprises …

Un petit livre de 130 pages qui fait du bien !!

Une écriture agréable

Il m’a peut être manqué un peu de « profondeur » mais ce roman est un joli petit « bonbon » littéraire à découvrir !!

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p 7  » Burn out.
J’entends d’ici les moqueries
Burn out
Je secoue la tête d’un air las.
Avec mes dix-huit heures de cours par semaine et mes deux mois de vacances estivales, je ne vais pas échapper aux sourires narquois de mes amis.
Je hais le collège. » … « Les ados me gonflent. Le bruit des chaises sur le carrelage m’insupporte. L’odeur du Velleda me fiche la nausée… Je ne veux plus y retourner. Mon cœur se serre d’angoisse à l’idée d’affronter les 3è C.
Rester stoïque face aux pitreries de Kévin… »

p 26 « -Il est probablement caché derrière le bosquet, c’est sa zone préférée, à l’abri des autres. Ce n’est pas un sociable.
Se retient-elle d’ajouter « comme toi ? ». Elle n’aurait sûrement pas tord …
En effet, derrière une touffe de noisetiers rouges, un petit âne somnole au soleil, les yeux fermés et le bout du nez posé sur le sol.
Ses pattes sont repliées contre son ventre gris-blanc.
C’est un champion de la sieste. Il faudra que tu le laisses se reposer deux fois par jour minimum si tu veux t’en faire un copain. »
… « L’animal ouvre les paupières puis se met à bâiller. Sa mâchoire inférieur part sur le côté tandis que sa langue se tend de l’autre. Je ne peux m’empêcher de rire devant cette image peu flatteuse.
Il me lance un regard outré puis se lève en s’ébrouant. Peut-il vraiment comprendre ma moquerie ?! »

p 46 « J’ai souvenir de mon prof de physique de lycée qui avait un jour dit : « La science a pour but de prouver l’inexistence de Dieu. »
Cette citation tourne un bon moment dans ma tête. Et si la science, au contraire, était la nouvelle religion de notre société ? Est-il encore permis de croire aujourd’hui sans le sceau validateur d’une recherche ?
Quand je pense qu’il a fallu que des types pondent une (voire plusieurs) étude en bonne et due forme pour reconnaitre la souffrance des bébés … Tant que la sacro-sainte Science n’avait pas donné son avis, leurs douleurs n’existaient pas.
Je frissonne. Quelles abominations ont encore cours à cet instant même ? En attente d’une preuve qui ne viendra peut-être jamais … « 

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p 75 « Il me semble que j’étais plutôt facile à vivre et pleine de gaieté lorsque j’étais enfant. Qu’a-t-il bien pu se passer pour que je devienne cette vieille fille aigrie ?
De nouveaux souvenirs remontent à la surface : une querelle avec ma meilleure amie de primaire parce que je n’avais pas bien joué à l’élastique ; la voix culpabilisante de ma mère après une interro ratée que nous avions pourtant passé si longtemps à réviser ensemble ; mon grand-père me
faisant remarquer combien c’était peu distingué pour une fillette de s’asseoir les jambes écartées ; ma grand-mère démêlant mes cheveux avec un « il faut souffrir pour être belle, serre les dents ! » ; mon père ne remarquant même pas tout le rangement effectué, mais pointant le fait que j’avais omis de nettoyer la vaisselle ; l‘angoisse à l’idée d’entamer
une nouvelle semaine de collège où les garçons riraient encore de moi …
Mon enfance m’avait toujours paru si douce et lisse. Ces petits achoppements sans importance peuvent-ils vraiment suffire à détruire une part de confiance ? »

p 79 « -Je suis sage-femme en libéral.
Merde, il est sûrement gay refoulé. En même temps que cette pensée automatique apparait dans ma tête, j’ai une furieuse envie de me coller des baffes. Comment se fait-il que mon cerveau soit ainsi conditionné pour produire de telles merdes sexistes et homophobes !? »

p 84 « Cette journée m’a semblé durer à la fois un siècle et une seconde. Elle repasse en boucle dans ma tête. Germaine, si vieille, si seule, et en même temps si joyeuse. Emmanuel, déjà veuf, mais si plein d’émerveillements. C’est quoi, leur secret ? Pourquoi je ne parviens pas à être
heureuse moi aussi ? »

p 102 « Il rit et se penche pour m’embrasser une troisième fois. Je passe une main dans ses cheveux, glisse le long de sa nuque, m’enhardit à effleurer ses lèvres de la pointe de ma langue
Ouh, j’ai chaud, j’suis un lapin dans un four à micro-ondes !
Mais flûte quoi, Oldelaf, y’a quand même plus romantique comme pensée ! Parfois, j’aimerais que mon cerveau arrête de tourner sans cesse …
… s’écarte, caresse ma joue.
– Je suis content d’avoir croisé ton chemin. C’est une belle synchronicité. J’aime la couleur de ton âne.
C’est un peu étrange comme compliment. Mais je crois que ça me plait bien alors je lui souris et j’attrape sa main. Univers à ma droite, … à ma gauche, le soleil au-dessus de nous, le sentier devant. What else ? »

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p 104 « Qui suis-je aujourd’hui ? Un être désabusé? Une femme triste qui se cache sous un masque affable ?
Et si je n’étais qu’un être humain en train de jouer à cache-cache avec lui-même ? Il me semble que je me cherche depuis ma naissance sans parvenir jamais à me trouver. Ces reflets de moi n’ont toujours été que
de pâles copies. Je suis un imposteur, une comédienne. Je n’ai jusqu’à présent existé que par le prisme de mes proches : de mes parents, de mes amis, même de mes professeurs …
A quel moment ai-je vraiment rencontré mon moi intérieur ? »

p 112 « J’ai l’infinie certitude que je suis en pleine régression, je suis au creux du ventre de ma mère … Brusquement, un étau m’enserre. Non, pas maintenant ! Le moment n’est pas venu. Des douleurs intenses me broient, la peur m’emplit. Je ne suis pas prête !
J’ai mal, je panique mais ne parviens pas à bouger comme je le voudrais. Le temps s’étire … Et puis, soudain, c’est l’embellie. Une infinie douceur m’enlace. Des larmes incompréhensibles coulent alors sur mes joues. Je parviens enfin à ouvrir les paupières. »

Récit initiatique et psychologique

Aux Éditions Luciférines

Genre : Roman

Publié en 2016

Illustration couverture : Jeanne Sélène

Trois jours et une vie … Pierre Lemaitre

Histoire palpitante !! Sujet grave et poignant !! La disparition d’un enfant de 6 ans !!

Dès les premières pages … l’intrigue est lancée !! On apprend qui a tué Rémi , ce petit garçon et pourquoi !!

Tout un village se mobilise pour retrouver Rémi mais en vain …

Les heures passent … les jours …on croit connaitre l’épilogue … le dénouement !! Mais non … que de « virages » dans l’histoire …
de revirement de situation … de rebondissements …
Et Ce chien Ulysse … qui fait tout basculer !! Une vie !! Des vies !!

Les remords … les angoisses du meurtrier …la culpabilité … la conscience qui empêche de vivre normalement !!
« Telle était sa punition: purger sa peine en toute liberté au prix de son existence tout entière. »
Une espérance … une fuite … une attente … une délivrance sans doute !!!
« Hâte de se faire prendre, d’être arrêté. Hâte d’avouer. D’être enfin débarrassé. De pouvoir dormir, dormir.« 

Et puis des personnages fortscomplexes
la vie … le chômage … les ouvriers !!
Les rumeurs … les « on dit » … les suspicions … et cette tempête !!!
Beauval ce petit village … cette bourgade … du Loir et Cher plongé en pleine tourmente !!

On est happé par l’histoire … mais malgré tout … il m’a manqué du rythme et/ou de l’émotion dans l’écriture !!
L’auteur nous conte un drame … « tout simplement » …

Néanmoins Un roman à découvrir … Une « belle » histoire … un drame psychologique fort !!

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Une Montre …..

p 11 « A la fin de décembre 1999 une surprenante série d’événements tragiques s’abbatit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la
disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée,
par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir. »

p 57 « Antoine avait été ébranlé par la visite du gendarme. Il y avait chez cet homme quelque chose de pénétrant, de suspicieux …
Il ne l’avait pas cru.
Cette certitude l’étreignit. La manière dont il était resté un long moment sur le trottoir, repensant à ce qu’Antoine lui avait dit, hésitant à remonter pour lui demander des compte. »

p 70 « On vit quelques images de Beauval qui dataient un peu, des archives sans doute. Et quelques plans montrant des voitures de gendarmerie censées sillonner les alentours de la ville.
« … Et la nuit a contraint les enquêteurs à remettre à demain la poursuite de leurs recherches. »
… ne parvenait pas à se détacher de l’écran. Il ressentait une étonnante impression de déjà-vu, l’annonce d’un fait divers tragique comme il y en avait souvent, mais cette fois il était
directement concerné parce qu’il était l’assassin. »

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p 80 « En milieu d’après-midi, il s’établissait une relation très étroite entre la recherche des hommes-grenouilles là-bas, sur l’étang, et l’arrestation d’un homme sur l’identité duquel, malgré les assurances
de Théo, les avis restaient partagés. Dans cette course à la culpabilité, M. Guénot tenait la corde, mais le chauffard faisait bonne figure, celui qui avait renversé le chien de M.Desmedt
l’avant-veille. … Et justement, quelqu’un l’avait vue, cette voiture, au sortir de Beauval, une Fiat. Ou une Citroën. Bleu métallisé. Immatriculée 69, tous des chauffards là-bas. Mais était-ce le même jour ? Le chien n’a pas été
tué la veille de la disparition du petit ? Mais elle est revenue, qu’on vous dit, la Fiat ! »

p 92 « Mme Courtin était née ici, c’est ici qu’elle avait grandi et vécu, dans la ville étriquée où chacun est observé par celui qu’il observe, dans laquelle l’opinion d’autrui est un poids écrasant. Mme Courtin faisait,
en toutes choses, ce qui devait se faire, simplement parce que c’était ce que, autour d’elle, tout le monde faisait. »

p 212 « Sa vie lui parut petite, étriquée, il n’était pas un gangster ambitieux, cynique et organisé, juste un assassin ordinaire qui jusqu’ici avait eu de la chance. »

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« Le raz de marée né au fond de l’estomac le traversa de bas en haut dans un spasme foudroyant, lui broya les reins et explosa dans sa gorge en le soulevant littéralement du lit.
Il plongea la tête vers le sol en laissant échapper un cri guttural montant des tripes, un filet de bile s’allongea pendant qu’asphyxié il cherchait à retrouver l’équilibre.
Il était épuisé, son dos était une torture. A chaque mouvement de houle, son corps entier voulait s’extirper de son enveloppe, se retourner sur lui-même, se liquéfier et
s’enfuir. « 

p 213 « Tout le monde adorerait ce fait divers parce que, face à lui, chacun se sentirait merveilleusement normal. […] Le crime de Beauval exorciserait les velléités de violence
de tout un peuple, on pourrait se délecter de placer la faute sous la responsabilité d’un seul, de la satisfaction de voir quelqu’un puni pour une action dont n’importe qui serait capable. »

La vie doit toujours reprendre le dessus, elle adorait cette expression. Cela signifiait que la vie devait continuer de couler, non pas telle qu’elle était mais telle qu’on la désirait.
La réalité n’était qu’une question de volonté, il ne servait à rien de se laisser envahir par des tracas inutiles, le plus sûr pour les éloigner était de les ignorer, c’était une
méthode imparable, toute son existence montrait qu’elle fonctionnait à merveille.

Édition : Albin Michel

Genre : Roman noir

Publié en 2016

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Le livre des brèves amours éternelles … Andreï Makine

Un roman fort ou se côtoie le Bien et le Mal la douceur et l’absurde l’amour et l’inconcevable …
Des chapitres sous forme … de courts récits … de fresques … de tableaux …

Des vies qui se percutent ... s’entrechoquent
Des rencontres magiques inoubliablesviolentestorturées … confrontées à la dure réalité de la vie … soviétique !!
La Russie … La dénonciation de l’idéologie communisteLa dictature / les censures de Brejnev … le Mur de Berlin
Les rêves … puis les désillusions d’un enfant sur les idéologies communistes !!
p 47 « Cet espoir ranima en moi mon rêve de la ville blanche, des hommes à la conscience nouvelle qui, selon notre institutrice, allaient vivre dans la société future. Oui, ces
êtres beaux, sereins qui n’accumuleraient pas et travailleraient passionnément à l' »édification de l’avenir »

Des personnages forts …
Dmitri Ress « résistant » … Une quête de l’incompréhensible … « il critiquait non pas les tares spécifiques du régime en place, dans la Russie d’alors, mais la servilité avec laquelle
tout homme en tout temps renie l’intelligence pour rejoindre le troupeau. »
Alors peut être ces questions :  Pourquoi se battre contre l’inévitable ? Pourquoi se battre contre l’homme qui, quoiqu’il arrive trouvera toujours un conflit pour
satisfaire ses instincts ?

Et Jorka l’infirme … « Parfois, je me rappelle aussi son avertissement à propos de ces premières fleurs de printemps, très délicates et dont les tiges fines et fragiles peuvent être brûlées par la chaleur brutale de notre sang.
Comme les âmes des êtres que nous aimons.« 

Un livre poignant sur « l’espèce humaine » … son ambiguïté … son côté sombre … « sa rivalité bestiale » …  son côté lumineuxses moments de grâcesa capacité à aimer malgré tout
et contre tout …
Un livre plein de sensations !! Bouleversant et à couper le souffle dans toute sa sagesse sa beauté des sentiments et son fatalisme !!! Une belle œuvre littéraire !!!
Une écriture puissante … une analyse digne d’un virtuose !!

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L’infime minorité
p 12 « Aujourd’hui, il doit y avoir dans le monde à peine une demi-douzaine de personnes à se souvenir de Dmitri Ress. Ma mémoire n’a préservé que deux
fragments, très inégaux. Deux éclats de mosaïque que, ne connaissant pas Ress, on croirait désunis.
D’abord, cette parole articulée avec une maladresse douloureuse par l’un des familiers : « Il l’aimait … comme on ne peut être aimé … qu’ailleurs que sur cette terre. »
L’autre fragment – son activité d’opposant – était d’habitude raconté avec la même hésitation confuse. Ce n’était pas le manque d’intérêt que les vivants finissent par témoigner
à un héros oublié. Non, plutôt l’incapacité de saisir la raison profonde du combat que Ress a mené jusqu’à sa mort. Une lutte à la Don Quichotte, pour certains, un suicide qui a duré vingt ans, pour les autres. …
Additionnant ses trois condamnations successives, on obtenait un total de quinze ans et quelques mois passés derrière les barbelés. La sévérité des peines tenait à l’originalité de son credo : philosophe de
formation, il critiquait non pas les tares spécifiques du régime en place, dans la Russie d’alors, mais la servilité avec laquelle tout homme en tout temps renie l’intelligence pour rejoindre le troupeau. »

p 14 « Le camp, au lieu de le faire frémir; le rendit inflexible. Libéré, il récidiva. Des dessins, des pamphlets qui tombaient déjà sous le coup d’une qualification plus lourdes: la propagande soviétique. »

p 17 « Ah, ces tribunes … En Occident, on a écrit des tonnes de gloses pour expliquer la société où nous vivons, sa hiérarchie, l’asservissement mental que subit la population … Et on n’a rien compris ! Tandis
que là, il suffit d’ouvrir les yeux. L’apparatchik en chef, on le voit d’ici, au centre de la tribune, un chapeau noir et ce visage plat comme une crêpe. Autour de lui, avec le minutieux respect des précellences, ses
sbires, plus ils sont loin de lui, moins ils sont importants. Logique. Le modèle suprême reste la tribune officielle de la place Rouge. Un peu de militaires, afin que le peuple sache sur quelle puissance repose l’autorité du Parti. »

p 20 « Un scénario de science-fiction. Demain, ce régime vermoulu s’écroule, nous nous retrouvons dans le paradis capitaliste et sur ces gradins montent des milliardaires, des stars du cinéma, des politiciens bronzés … Et vous savez ce qu’il
y a de plus cocasse ? C’est que la foule défilera comme si de rien n’était. Car peu importe de savoir qui remplit les tribunes, l’essentiel est qu’elles soient remplies. C’est ça qui donne du sens à la vie de notre fourmilière humaine. »

p 23 « Sa voix, libérée désormais du désir de contester ou de convaincre, sonna tel un écho venant d’un temps où ce qu’il
disait semblerait évident :
« Trois catégories … Les conciliants, les ricaneurs, les révoltés … Mais il y a … il y a aussi ceux qui ont la sagesse de s’arrêter dans une ruelle comme celle-ci et de regarder la
neige tomber, de voir une lampe qui s’est allumée dans une fenêtre, de humer la senteur du bois qui brûle. Cette sagesse, seule une infime minorité parmi nous sait la vivre.
Moi, je l’ai trouvée trop tard, je commence à peine à la connaitre.

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Celle qui me libéra des symboles
p 29 « Ce n’était pas la première femme qui m’a ébloui par sa beauté, par la force patiente de son amour. Elle était la première, en tout cas, à me révéler qu’une femme aimante n’appartient plus à notre monde mais en crée
un autre et y demeure, souveraine, inaccessible à la fébrile rapacité des jours qui passent. Oui, une extraterrestre.
Et dire que notre rencontre a eu lieu dans des décors destinés à représenter une vie sans amour ! »

« Grâce à elle, je compris soudain ce que signifiait être amoureux : oublier sa vie précédente et n’exister que pour deviner la respiration de celle qu’on aime, le frémissement
de ses cils, la douceur de son cou sous une écharpe grise. Mais surtout éprouver la bienheureuse inaptitude à réduire la femme à elle-même. Car elle était aussi cette
abondance neigeuse qui nous entourait, et le poudroiement solaire suspendu entre les arbres, et cet instant tout entier où se laissait déjà pressentir le souffle timide du
printemps. Elle était tout cela et chaque détail dans le tracé simple de sa silhouette portait le reflet de cette extension lumineuse.« 

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Une doctrine éternellement vivante
p 81 « Notre erreur fatale est de chercher des paradis pérennes. Des plaisirs qui ne s’usent pas, des attachements persistants, des caresses à la vitalité des lianes : … Cette obsession de la durée nous fait manquer
tant de paradis fugaces, les seuls que nous puissions approcher au cours de notre fulgurant trajet de mortels. Leurs éblouissements surgissent dans des lieux souvent si humbles et éphémères que nous refusons de nous y attarder.
Nous préférons bâtir nos rêves avec les blocs granitiques des décennies. Nous nous croyons destinés à une longévité de statues. »

« Les gens qui vivront dans la société communiste auront un autre type de conscience que nous. Les magasins seront pleins et tout sera gratuit mais chacun ne prendra
que ce dont il a besoin. Pourquoi accumuler si l’on peut revenir demain ? « 

Un don de Dieu
p 133 « Cela était encore plus vrai pour ceux qui, comme nous, dans le crépuscule du messianisme soviétique, avaient envie d’oublier la gravité ankylosante de ses décors. Mes
interrogations exaltées sur la société fraternelle se trouvaient depuis longtemps rangées parmi les vieilleries poudreuses d’autres rêves enfantins. Nous avions compris : seule notre joie de vivre comptait et pour ne pas nous laisser rattraper
par les croque-morts d’une idéologie pétrifiée, il fallait courir, ailé comme un funambule sur sa corde, d’un amour à l’autre, d’un plaisir volatile au suivant … « 

Le poète qui aida Dieu à aimer
« Oui… Je la connais… C’est une femme qui… une femme qui, sans le savoir, a été aimée… comme on ne peut être aimé… qu’ailleurs que sur cette terre. »

Édition du Seuil

Genre : Roman, littérature Russe

Publié en 2011

 

L’Amer Veille de Sébastien Monod

Un roman fort et émouvantétonnant et surprenant
Un monde rude … des personnages un peu rustres … et ses courriers tendres et teintées de féminité !!
On se laisse porter … bercer … tranquillement par cette belle et on pense « banale » histoire d’amour … faite de mots et de passion !!
et puis … « suspens » et interrogations et … plus rien n’est « banal » !!

Une déclaration d’amour .. « transparente » et pure … que l’on découvre au fur et à mesure des pages et du temps … Entre douceur … tendresse … déception … espoir …
et peut être désespoir

La découverte d’une époque … d’un lieu unique l’Ile d’Ouessant et de sa petite communauté… la vie des gardiens de phare … avec … Adrien dit
« le sauvage » un homme blessé et mystérieuxMaël l’ami sincère et discret … et Eugène rustre et révolté
On est aussi plongé dans Les années 30 … les années folles … les cheveux gominés et le borsalino … les coupes à la garçonne … avec Alice toute pétillante
Adrien l’artiste et puis la guerre qui éclate … Paris envahis !!

Une belle balade en Bretagne … un somptueux roman … avec toute l’ambiguïté de l’Amour … et de la passion …

Une belle écriture … une sensibilité à fleur de peau

Je n’ai pas été sensible à un précédent roman de Sébastien Monod « Anna t’aime » … mais je sentais que j’étais passé à côté de quelques choses et j’avais l’envie de
découvrir un autre roman de l’auteur !! et là … mon intuition était bonne !! Que de belles sensations !! Bonheur et plaisir !!!
Un beau roman à découvrir …. Une petite « Mer Veille » …

« Ne demande pas ton chemin à quelqu’un qui le connait car tu ne pourrais pas t’égarer »
Rabbi Nahman (1772-1810)

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p 22 « Je me demande si cette correspondance avec vous ne tient pas de la psychanalyse. Sans vous voir, sans vous savoir à mes côtés, je peux me confier, laisser libre
court à toutes mes pensées, sans frein, sans aucune censure. Ma main est un outil qui permet de retranscrire des idées qui viennent directement de mon âme.
Tout cela n’est pas réfléchi. Si cela l’était, si j’avais pleinement conscience des lignes que vous êtes en train de lire, elles ne seraient pas si authentiques, si nues. Car
c’est bien de cela dont il est question : je me déshabille devant vous. Mon cerveau est translucide, c’est moi, moi comme je ne me vois pas moi-même, que vous découvrez.
C’est mon cerveau que vous effeuillez, ôtant tous les pétales qui, par pudeur ou par convention, cachent mes sentiments. Toutes ces feuilles retirées, que restera-t-il ?
Une simple tige, quelques sépales, des étamines et le gynécée. Au bout de quelques lettres, je serai dénudée et sans charme, mais mon cœur, lui, sautera aux yeux. Vous ne verrez plus
que lui. Et c’est cela qui importe. Ce cœur diagnostiqué trop gros par les médecins a, par conséquent, besoin de beaucoup plus d’amour que n’importe quel autre. »

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p 42 « Comme j’aimerai être sur votre île. … Je crois que j’adorerais assister à une tempête ! Comme celles de romans de Jules Verne. Je me rends compte que j’ai utilisé le verbe « assister »;
j’imagine cela comme un spectacle, en réalité, cela doit être effrayant. La vie ne doit pas être calme et linéaire, elle se doit de comporter des moments plus violents, il faut le vent, il faut
la houle et l’impétuosité des sentiments pour apprécier la douceur du sable sous les pieds et la caresse des rayons du soleil sur la peau. »

p 57 « J’eus envie de rire, et ce rire d’ailleurs m’aurait fait le plus grand bien ! Je me pinçais alors pour qu’ils ne voient pas ma bouche se tordre. Enceinte ! Pour cela, il aurait fallu qu’il y ait un
contact entre mon promis et moi, chose que j’avais toujours écartée, différée, repoussée aux calendes grecques !
Pourquoi donc, vous demanderez-vous ? Je ne sais comment le dire … Faire la chose avec Arsène, cela eût été vous tromper un peu. Car, oui, je pensais à vous, le rêve de la veille le prouvait. »

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p 61 « Il (Adrien) n’avait jamais été gardien en mer, et ça, c’était le sujet qui fâchait. Tous les auxiliaires débutaient leur carrière en enfer – c’était ainsi qu’on nommait les phares en mer !
C’était le passage obligé : il fallait avoir vécu les situations extrêmes de vie en ces phares-là pour connaitre vraiment le métier. Ensuite, on demandait une mutation, car peu d’hommes, il fallait l’avouer, étaient faits pour cette existence-là. »

p 73 « Je lui avais foutu sa raclée, au petit Malgorn. Il a eu ce qu’il méritait. Eh quoi ? Défendre le « sauvage », quelle mouche l’avait piqué ? N’était-il pas des nôtres ? Bon, c’est vrai,
je ne l’ai pas raté. Les autres, ils m’ont dit que je devais mieux mesurer ma force, que je faisais le double du poids du gamin. C’est vrai. Disons qu’il s’agissait d’un avertissement.
S’il s’obstinait à causer à l’autre, s’il continuait à préférer sa compagnie à la nôtre, au moins il savait à quoi s’attendre. Bon sang, on ne se moque pas d’un Le Floc’h, famille honorable, gardiens de phare de père en fils depuis plus de soixante
ans !« 

p 73 « C’est à cette époque que Kernoa est devenu « le sauvage » à cette époque. Il s’est replié sur lui-même. Déjà qu’il était peu causant avant ! En 1940, la nuit est tombée et elle a duré plus que de raison ; les Boches
ont éteint tous les phares de l’île. La même année, une partie de la France a été placée sous le régime de Pétain, Ouessant n’a pas fait exception et est aussi passée sous l’administration de Vichy. Nous autres,
électromécaniciens, gardiens, maîtres de phare, avons été réquisitionnés, on était à la disposition des Allemands pour les différents travaux autour de la signalisation en mer.
Pas question de compter sur moi pour parler de cette période ! D’ailleurs aucun de nous n’en parlera jamais. Il est des évènements dont on préfère taire jusqu’au nom. L’oubli, oui, c’est ça. Ou plutôt tenter l’oubli.« 

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p 76 « Paris, 11 novembre 1939, Cher Adrien,
Cette année, nous ne commémorerons pas l’armistice de 1918, la fin des combats de la Première Guerre mondiale, la paix. Quand une nouvelle guerre a commencé, il ne peut être question de fête. Je vois à nouveau les hommes de mon
âge partir. Je leur dis « au revoir » tout en priant pour que ce ne soit pas un « adieu » déguisé. Je les embrasse fort et les serre dans mes bras, ma façon à moi de les retenir un peu plus longtemps quand eux y voient un encouragement,
une marque d’affection. »

p 99 « Je (Maël) pris place à ses côtés et posai la main sur son épaule. Une tape fraternelle. Virile. Un homme ne prenait pas un autre dans ses bras. C’était pourtant le geste qui aurait dû être fait. Je ne le fis pas. Je lui frottai énergiquement le dos, comme pour le réchauffer. Pourtant, il n’avait pas froid.
Il s’était habillé et la température dans la pièce était normale. C’était l’âme qui avait besoin de l’être, réchauffée. Adrien était glacé de l’intérieur. Une pierre cueillie dans les profondeurs du Fromveur, voilà à quoi il me fit penser, le voyant là, presque enroulé sur lui-même.
Que de souffrances contenues en cet homme. »

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p 148 « Je ne pris pas le chemin pour Bouguezen, mais poursuivis vers la pointe de Pern. Je croisais sur ma gauche l’aigle abandonné par les Nazis, cette roche monumentale qui ressemblait à leur emblème et qu’ils avaient décidé de voler. Hélas pour eux, la pierre
n’avait jamais voulu décoller. Ils l’avaient hissée sur une carriole qui avait fait quelques mètres avant de se briser. L’aigle demeure sur le bord du chemin de terre, sentinelle de pierre qui rappelle aux hommes qu’il faut toujours veiller à ne pas avoir de rêves trop grande.« 

p 157 « Le printemps ne va pas tarder à éclore. Autant je ne crois pas aux souhaits trop vite envolés du nouvel an, autant j’ai foi en ce renouvellement de la nature, de la vie. Lui
est réel, c’est du concret. Aucune déception à attendre de sa part ! »

Première rencontre avec l’auteur … au salon du livre d’Igoville … le 25 janvier 2015

Éditions Des deux Anges

genre : Roman

Publié en 2016

Illustration couverture : photo de Sébastien Monod

Chanson douce … Leïla Slimani

Un roman … qui pourrait être un fait divers !!
Chanson douce ou … chant funeste !!
Myriam et Paul … Un jeune couple aisé et « presque » heureux, qui découvre la vie stressante et angoissante de jeunes parents !! La difficulté de concilier vie privée … vie
professionnelle sur un rythme effréné !! …

et Louise … une nounou désœuvrée,malheureuse … qui se cache derrière une vie terne , « creuse » et sans intérêt !!
un mal être palpable au fil des pages … et une descente aux enfers lente … progressive …  insinueuse ….

Deux mondes qui se jaugent … qui s’observent mais ne se mélangent pas !!
On se croise mais on ne se confie pas !!

et puis la mort des deux enfants … une mort annoncée dès la première page !!

On vit le livre au rythme des angoisses … des non dits … des bonheurs … des désarrois … des tourments … des égarements mais le suspens n’est plus !!

Une belle écriture …des détails subtils qui nous plongent dans l’horreur de la situation !! et des chapitres courts qui donnent du rythme !!

Malgré tout je ne dirait pas que j’ai aimé ce livre !!
peut être trop de clichés !!!

et un sujet mille fois exploité !!

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p 13 « Le bébé est mort. Il a suffit de quelques secondes. Le médecin a assuré qu’il n’avait pas souffert.
On l’a couché dans une housse grise et on a fait glisser la fermeture éclair sur le corps désarticulé qui flottait au milieu des jouets.
La petite, elle, était encore vivante quand les secours sont arrivés. Elle s’est battue comme un fauve. »

p 16 « Quelques jours auparavant, alors que Myriam discutait de ses recherches avec son amie Emma, celle-ci s’est plainte de la femme qui gardait ses garçons. « La nounou
a deux fils ici, du coup elle ne peut jamais rester plus tard ou faire des baby-sittings. Ce n’est vraiment pas pratique. Penses-y quand tu feras tes entretiens. … le discours d’Emma l’avait gênée.
Si un employeur avait parlé d’elle ou d’une autre de leurs amies de cette manière, elles auraient
hurlé à la discrimination. Elle trouvait terrible l’idée d’évincer une femme parce qu’elle a des enfants. « 

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p 44 « Une tension érotique légère, piquante, lui brûle la gorge et les seins. Elle passe sa langue sur ses lèvres. Elle a envie de quelque chose. Pour la première fois
depuis longtemps, elle éprouve un désir gratuit, futile, égoïste. Un désir d’elle-même. Elle a beau aimer Paul, le corps de son mari est comme lesté de souvenirs. Lorsqu’il la pénètre, c’est dans
son ventre de mère qu’il entre, son ventre lourd, où le sperme de Paul s’est si souvent logé. Son ventre de replis et de vagues, où ils ont bâti leur maison, où ont fleuri tant de soucis et tant de joies. »

p 81  » Louise sait combien cet instant est fugace. Elle voit bien que Paul regarde avec gourmandise l’épaule de sa femme. … Myriam pose sa joue sur l’épaule de son mari. Louise sait qu’ils vont s’arrêter, dire au revoir, faire semblant d’avoir sommeil. Elle voudrait les retenir, s’accrocher à eux,
gratter ses ongles sur le sol en pierre. Elle voudrait les mettre sous cloche, comme deux danseurs figés et souriants, collés au socle d’une boîte à musique. Elle se dit qu’elle
pourrait les contempler des heures sans se lasser jamais. Qu’elle se contenterait de les regarder vivre, d’agir dans l’ombre pour que tout soit parfait, que la
mécanique jamais ne s’enraie. Elle a l’intime conviction à présent, la conviction brûlante et douloureuse que son bonheur leur appartient. Qu’elle est à eux et qu’ils sont à elle.

p 121 « A cette époque, Paul s’est senti pris au piège, accablé d’obligations. Ils s’est éteint, lui dont tout le monde admirait l’aisance, le rire tonitruant, la confiance en l’avenir. …
Les enfants étaient là, aimés, adorés, jamais remis en cause, mais le doute s’était insinué partout. Les enfants, leur odeur, leurs gestes, leur désir de lui, tout cela
l’émouvait à un point qu’il n’aurait pu décrire. Il avait envie, parfois, d’être un enfant avec eux, de se mettre à leur hauteur, de fondre dans l’enfance. Quelque chose était
mort et ce n’était pas seulement la jeunesse ou l’insouciance. Il n’était plus inutile. On avait besoin de lui et il allait devoir faire avec ça. En devenant père, il a acquis des
principes et des certitudes, ce qu’il s’était juré de ne jamais avoir. Sa générosité est devenue relative. Son univers s’est rétréci. »

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Ref :Benzine – Jean François Lahorgue

p 176 « A ses questions, posées d’une voix douce et compréhensive, Louise opposait un silence hermétique. « C’est de la pudeur« , a pensé Myriam. Une façon de préserver la frontière entre
nos deux mondes. Elles a alors renoncé à l’aider. Elle avait l’affreuse impression que sa curiosité était autant de coups infligés au corps fragile de Louise, ce corps qui depuis
quelques jours semble s’étioler, blêmir, s’effacer. « 

Elle (Myriam) avait toujours refusé l’idée que ses enfants puissent être une entrave à sa réussite, à sa liberté. Comme une ancre qui entraîne vers le fond, qui tire le visage du noyé dans la boue. Cette prise de conscience l’a plongée au début dans une profonde tristesse. Elle trouvait cela injuste, terriblement frustrant. Elle s’était rendu compte qu’elle ne pourrait plus jamais vivre sans avoir le sentiment d’être incomplète, de faire mal les choses, de sacrifier un pan de sa vie au profit d’un autre.
Elle en avait fait un drame, refusant de renoncer au rêve de cette maternité idéale.

On se sent seul auprès des enfants. Ils se fichent des contours de notre monde. Ils en devinent la dureté, la noirceur mais n’en veulent rien savoir. Louise leur parle et ils détournent la tête. Elle leur tient les mains, se met à leur hauteur mais déjà ils regardent ailleurs, ils ont vu quelque chose.
Ils ont trouvé un jeu qui les excuse de ne pas entendre. Ils ne font pas semblant de plaindre les malheureux.

p 177 « Bien sûr, il suffirait d’y mettre fin, de tout arrêter là. Mais Louise a les clés de chez eux, elle sait tout, elle s’est incrustée dans leur vie si profondément qu’elle semble maintenant impossible à déloger. Ils la repoussent et elle reviendra. Ils feront leurs adieux et
elle cognera contre la porte, elle rentrera quand même, elle sera menaçante, comme un amant blessé. »

« Son cœur s’est endurci. Les années l’ont recouvert d’une écorce épaisse et froide et elle l’entend à peine battre. Plus rien ne parvient à l’émouvoir. Elle doit admettre qu’elle ne sait plus aimer.
Elle a épuisé tout ce que son cœur contenait de tendresse, ses mains n’ont plus rien à frôler. »

Édition : gallimard

Genre : Roman

Publié en 2016

Tombé hors du temps … David Grossman

Un roman … Poignant, grave, saisissant et déchirant

Une course frénétique et folle … pour comprendre … et survivre à la disparition de l’être chère … son enfant
La folie d’une quête impossible … Aller « là-bas » !!!
p 30 « Et s’il y avait un tel endroit
Un là-bas,
Mais tu sais bien qu’il n’y en a
Pas- mais s’il y en
avait un, On y serait déjà allé,
Quelqu’un se serait
Levé
Et y serait allé. Et jusqu’où
Iras-tu,
Et comment sauras-tu revenir,
Et si tu ne reviens
Pas, et quand bien même tu
Le trouverais,
Mais tu ne trouveras pas
Parce qu’il n’y a rien, … »

« L’acceptation » douloureuse de la mort en un déferlement de sanglots … et de souffrances
Une descente aux enfers … douloureuse mais peut être nécessaire et salvatrice !!

Une grande poésie … une grâce et une grande délicatesse dans l’écriture !!

ce ne sont pas des témoignages « parlés » … mais des ressentis … des émotions extrêmes … des douleurs bouleversantes de parents dévastés !!

Je me suis fait Happer par toute cette détresse !! Un texte ou l’on se laisse bercer par les mots … Une merveille !!

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p 8  » – Ta voix.
– C’est revenu. La tienne aussi.
– Ta voix m’a tellement manqué.
– J’ai cru que nous … que plus jamais –
– Plus que ma voix, c’est la tienne qui me manquait.
– Mais c’est quoi là-bas, dis-moi. Un tel endroit n’existe pas, il n’y a pas de là-bas !
– Si on va là-bas, il y a un là-bas.
– Et on ne revient pas de là-bas, personne n’en est encore revenu.
Parce que seuls les morts y sont allés.

p 18 « Nous avons tu
Cette nuit-là
Pendant cinq ans.
Tu es devenue muette la première,
Puis se fut mon tour.
Le silence t’as fait
Du bien, et moi
Il m’a saisi
A la gorge. L’un
Après l’autre les mots
Ont expiré, et nous avons ressemblé
A une maison
Où petit à petit s’éteignent
Toutes les lumières, jusqu’à ce que tombe
Un silence obscur– »

p 34 « Notre cœur va se briser,
Nous allons peut-être mourir instantanément,
comme lui,
Ou alors rester suspendus
Devant lui, à nous balancer
Entre les morts
Et les vivants –
Mais ça, nous en avons
L’habitude, cinq ans,
Un échafaud de manque – »

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p 68  » «Quelqu’un
Qui habitait un pays lointain m’a raconté
Un jour que dans sa langue
On dit de celui qui est mort
A la guerre qu’il est « tombé ».
Ainsi de toi : Tu es tombé
Hors du temps, le temps
Dans lequel je demeure
Passe
Devant toi : Une silhouette seule
Sur un débarcadère
Par une nuit
Dont le noir
S’est échappé
Jusqu’à la dernière goutte.
Je te vois
Mais je ne te touche pas.
Je ne te sens pas
Avec mes
Capteurs de temps. »

p 128 « Et cependant suspends ta course, inspire, expire, sens la
brûlure de l’air dans tes poumons, lèche ta lèvre supérieure, goûte le sel de la sueur saine, un prurit de vie,
et dis de tout ton cœur ; Je
(Bon dieu, je le comprends maintenant :
Même ce pronom
S’est perdu puis est mort
Avec toi, et tu ne m’as laissé
Que les « il« , « tu« ,
« Nous« , et plus personne ne
Dira « je »
Avec ta voix. »

p 133 « Et pardonne-moi, je te prie, pour cette question
Qui te paraîtra peut-être stupide et peu banale, mais
Je dois te la poser
Parce que cela fait cinq ans qu’elle
Dévore mon âme
Comme une maladie :
Qu’est-ce que la mort, mon fils ?
Qu’est-ce
Que
La mort ?

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p 134 « En fait, je voulais
Te demander comment c’est,
Ma fille, quand on est mort.
Et comment c’est pour toi.
Là-bas.
Et qui tu es
Là-bas. »

p 139 « S’ils te permettaient,
Là-bas …
Si la possibilité t’était donnée
De choisir –
Tu reviendrais ?
Tu reviendrais ici ?
Tu me reviendrais ? »

 

Edition : Seuil

Genre : Roman, littérature Israélienne

Publié en 2012

Traduit de l’ Hébreu par Emmanuel Moses

L’Origine de nos amours … Erik Orsenna

Une « farce » … amoureusedrôletendre attachante … teintée de cynisme … de nostalgie …. de souvenirs d’enfance … et qui oscille entre réalité et fiction

Un roman ? Une autobiographie ? et si c’était tout simplement … « Il était une fois... » …
p 123 « – Papa, arrête de me sourire et regarde-moi. Parfait. Allons plus loin. Qu’avons-nous donc, toi et moi, dans l’oreille qui nous donne de si fort et si permanent besoin
d’histoires ? Les femmes ont un clitoris …
– Eric, je t’en prie !
– Et nous ? N’aurions-nous pas dans le famille, de père en fils, une petite excroissance anatomique qui s’excite dès que résonnent les quatre mots magiques, il était une fois ? « 

Un amour profond et tendre entre un père et un fils !! Une belle complicité !! Une déclaration d’amourde l’auteur pour son père !

Et puis Les déboires de deux séducteurs !! Que de malchance et d’amour raté !! Une malédiction génétique ??? Une fatalité père/fils ?? Un mal venu de Cuba ??

Et cet amour démesuré pour les femmes … ou ne serait ce que du désir !!!

L’auteur a écrit ce livre, le sourire aux lèvres … Quel Bonheur !!
Les Echos, critique presse « Avec sa malice habituelle, Erik Orsenna tisse un récit qui cavale, pétarade, ébouriffe. »

Un joli coup de cœur … qui réchauffe … qui vous emporte … vous bouleverse … vous ébouriffe … et vous fait sourire
p 49 « Écrire et tricoter ont la même utilité : donner de la chaleur aux gens. »

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p 11 « Et puis un jour, j’avais vingt-huit ans, lui cinquante, nous avons divorcé la même semaine.
Je suis parti seul me refaire une santé dans notre île de Bréhat. Pour retrouver des forces, rien ne vaut la proximité de la mer. Peut-être parce que toute vie vient d’elle. Il doit
nous rester une très lointaine mémoire de cette énergie première. »

p 14 « Faute de mieux, j’avais décidé d’écrire.
Que faire de mon amour mort ?
Le jeter dans la rue, pour qu’il soit emporté par les éboueurs et puis brûlé dans l’incinérateur ?
Trop triste, trop bête, inutile.
Autant le recycler en livre.

J’ai ouvert la fenêtre. L’air sentait le chèvre-feuille. Allons, la vie repart. Au travail ! C’est alors que la porte du petit jardin de curé s’est ouverte en grinçant.
Les portes ont des complicités particulières avec les écrivains. Elles savent quand nous voulons du calme. Elles résistent à l’intrusion , elles égarent les clefs, elles se bloquent.
Et lorsqu’elles sont bien forcées de céder à la poussée de l’importun, elles grincent. Au moins pour avertir. »

p 19 « Je te propose un examen de bonheur.
– En ce moment, ça va être difficile !
– Attends que je t’explique. Chaque soir, avant de t’endormir, tu vas revivre la journée passée.
– Quelle horreur !
– Et tu vas y récolter les bonheurs, même les plus ténus, les plus fragiles, une lumière sur l’eau, un chat qui passe, une main sur l’épaule.
– Et alors ?
– Tu verras que, dans toute la journée, même la pire de toutes les journées, il arrive que la vie sourie.
– Je ne te crois pas. »

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p 38 « Hélas, je ne suis pas une femme. Je ne peux pas me repérer dans les années avec la date de mes grossesses. Je dois m’inventer d’autres repères.
Par exemple les vainqueurs du Tour de France. Si Jacques Anquetil n’avait pas encore gagné, c’est que 1957 était toujours à venir. Donc j’avais huit ou neuf ans. »

p 44 « – Dis, mamie, pourquoi grand-père est si gros ?
– Je ne sais pas.
– Tu crois qu’il lit trop de livres ? Tu crois qu’il y a trop d’histoires en lui ?
– C’est peut-être ça.
– Mais notre professeur nous a dit que lire nous agrandit.
– Oui, mais ton grand-père a beau être ton grand-père, il ne grandit plus. D’ailleurs, tu as vu comme il est petit.
– Et alors ?
Alors les histoires en lui s’accumulent dans le sens de la largeur.
– Mamie, tu te moques de moi ?
– Peut-être bien. »

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p 119 « Et mon cauchemar commençait.
Toutes les trois minutes en moyenne (j’ai calculé), une passante capturait l’attention de mon père. Pour une raison le plus souvent compréhensible par lui seul. …Alors que l’élue de son regard finissait par disparaître, ce n’est qu’à grand
regret qu’il revenait vers moi. Tu as vu ces jambes ? Tu as aimé ce port de tête ? Je suis sûr que tu n’as pas remarqué sa manière, enfantine, de balancer son sac. J’aime tant la gaieté chez une femme, pas toi ? Quelques temps plus tard, une autre créature se présentait.
Noire ou rousse. Petite ou grande. Replète, élancée, rieuse ou sévère … « 

p 188 « Julien Gracq avait raison : je pensais à cette étrange de l’âme dont nous faisons si grand cas et que nous avons appelée les sentiments. Je pensais à nos sentiments à nous, humains. Pourquoi ne seraient-ils pas
gouvernés par les mêmes mouvements que ceux de notre planète ? Pourquoi la géologie ne dicterait-elle pas sa loi à la psychologie ? Les femmes que j’avais aimées jusqu’à présent s’étaient éloignées peu à peu. Nous avions dérivé, comme les continents,
comme l’Amérique s’éloigne de l’Afrique. »

p 236 « De même que nous ne sommes pas joueurs, dans la famille, de même nous ne ressentons pas le besoin d’enivrement. Dieu nous ayant fait cadeau de vies passionnantes mais compliquées, enchevêtrés et déchirées à souhait, l’excitation à les vivre nous suffit. »

http://www.rtl.fr/culture/arts-spectacles/erik-orsenna-j-avais-envie-de-raconter-cette-relation-particuliere-avec-mon-pere-7782249865

Edition : Stock

Genre : Roman

Publié en 2016