La Fontaine Une école Buissonnière d’Erik Orsenna

Une promenade exquise dans la vie de Jean de La Fontaine … où l’on « picore » de ci de là des « anecdotes » historiques
Une biographie ou l’on découvre l’artiste, l’écrivain, le poète mais aussi l’homme, léger … fidèle en amitié … un peu « désorganisés » dans ses relations professionnelles et surtout un amoureux des femmes (p 94) …
Une belle découverte de ses contes « érotiques« , libertins et qui vont aussi courir à sa perte !! Des contes fort galants et « croustillants » …  toutes ces dames « gentilles de corsage »

Un livre joyeux avec des références pour des livres « plus complets et précis » …
Au passage … l’auteur égratigne quelques personnages … quelques personnalités mais toujours en douceur et avec le sourire (p 54)
Une biographie ciblée … on « appuie » sur ce qu’il y a de plus drôle, de plus cocasse ou de plus croustillant !! « Une analyse en acupuncture » !!!
on y découvre ÉsopePhèdreMarot
Puis sa relation familiale et amicale avec Racine
Son amitié pour Fouquet … qui lui causera de réels déboires !!

Une écriture à l’image de l’auteur … pertinenterieuseespièglecharmeuse malicieuse et un humour tout en délicatesse
Chaque chapitre son « anecdote » … sa petite histoire …
Des chapitres courts que l’on déguste avec plaisir …
Une belle plongée dans le XVII … Un beau voyage … même si Erik Orsenna a peut être, un peu, choisi la « facilité » … mais un réel plaisir de retrouver sa « plume rieuse » …

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p 13 « Le père, qu’en ce jour il faut présumer heureux, se nomme Charles de La Fontaine. Le petit Jean est son premier enfant. » … « Chez les La Fontaine, on est de bourgeoisie récente, à peine quatre générations, enrichies dans le commerce et notamment celui du drap. » …
« Au fil du temps, les La Fontaine ont acheté des terres. Ils tirent de leurs fermes l’essentiel de leurs revenus. Une charge et des fermes : on n’est pas encore tout à fait noble, mais on s’en rapproche. Encore un effort, La Fontaine !« 

p 32 « De certains livres on dirait qu’ils vous ont choisi. Dès la première phrase, le cœur vous bat.
Vous entendez une voix vous dire : « Tu veux être mon ami ? » C’est la voix du livre? Vous en pleureriez. Vous avez trouvé quelqu’un, et ce quelqu’un est un livre, quelqu’un pour vous protéger. Comme le ferait un plus âgé dans la cour de récréation.
Vous protéger, mais pas seulement. De page en page, le livre continue de vous parler : « tu es mon ami, oui ou non ? Alors aie confiance ! Et honte de rien. Et surtout pas de tes rêves. Je suis venu pour que tu oses. Pour que tu oses les accomplir. « 

Septembre 2017 … Erik Orsenna à L’Armitière à Rouen … Belle rencontre !!

p 51 « Un peu plus tard, le poète mit en mots son opinion profonde :
« Pauvres gens ! dites-moi, qu’est-ce que cocuage ?
Quel tord vous fait-il, quel dommage ?
Qu’est-ce enfin que ce mal dont tant de gens de bien
Se moquent avec juste cause ?
Quand on l’ignore, ce n’est rien ;
Quand on le sait, c’est peu de chose. »
Comme le dira plus tard Sacha Guitry, maître en la matière : « Le bonheur à deux, ça dure le temps de compter jusqu’à trois ! »
Et, encore plus pertinent pour notre histoire : « Il y a des femmes dont l’infidélité est le seul lien qui les attache encore à leur mari »

p 54 « Pour le moment, suivons le parcours accéléré de Fouquet. A peine arrivé chez l’Italien tout-puissant, il devient surintendant, c’est-à-dire ministres des Finances. L’alliance de la jeunesse et de la maitrise du Trésor public a quelque chose de fascinant
auquel personne ne résiste, et encore moins les femmes. Voyez Giscard, secrétaire d’État à trente-trois ans, ministre à trente-six …
Ne me faites pas aller au-delà de la comparaison. Personne n’a jamais douté de l’honnêteté de l’Auvergnat, qui allait devenir notre président. Tandis que le surintendant … « 

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Ma dédicace …. « Pour Véronique, Vive l’école buissonnière et que vive la liberté ! Erik Orsenna »

p 94 « La Fontaine a-t-il, un jour, aimé sa femme ?
Plutôt que tirer des plans sur d’improbables comètes, répondons à cette question par une autre : amoureux de toutes les femmes, La Fontaine avait-il en lui cette disposition particulière, et pas si fréquente, d’après ce que me disent les rares personnes franches qu’il m’ait été donné de rencontrer dans une vie déjà longue : la capacité à préférer ?« 

p 103 « Dans l’édition originale des Fables, chaque titre est suivi du nom de celui qui l’a racontée le premier. Bien loin, comme tant d’autres, d’emprunter sans se gêner puis de dissimuler ses sources, La Fontaine proclame, haut et fort, ce qu’il doit aux Anciens.
Au fond, ce voyage dans le temps fut le seul qu’il fît jamais. Honneur et merci au premier et plus grand de ses prédécesseurs : Ésope. Car c’est bien lui, ce mystérieux Ésope, l’inventeur des légendaires duos entre la cigale et la fourmi, le corbeau et le renard, le loup et l’agneau. C’est
toujours lui, Ésope, qui eut un jour l’idée de faire dialoguer la mort avec un bûcheron. »

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p 117 « L’eau, c’est le modèle de l’écrivain, surtout s’il se veut poète. Rien de plus souple que l’eau courante, de plus varié dans ses rythmes, tantôt s’emballant pour franchir des « rapides », tantôt calmée, reposée, presque immobile. Ainsi doit se faire la langue.
Ainsi doit s’enchaîner tout récit. L’eau nous apprend la liberté. Mieux, elle nous en donne le courage. »

p 135 « La Fontaine, écrivain de la métamorphose, ne sera dans sa vie que contradictions : campagnard mais très urbain, solitaire mais nourri d’amitiés, sauvage mais habitué des salons, abreuvé aux Anciens mais le plus Moderne qui soit … Ajoutons
au cocktail l’ingrédient principal : la liberté, cette liberté qu’il chérit plus que tout.« 

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Ils ( Lafontaine et Racine) savent qu’une autre réalité les rassemble, qui vaut tous les honneurs, et pour toujours : c’est la langue française. Elle est leur royaume, le lieu d’une souveraineté et d’une liberté que personne, jamais, ne pourra leur contester. Cette langue
française qui est déjà vieille de près de dix siècles quand ils la font chanter, comme personne avant eux, tout exprimer en le moins de mots qu’il est possible. Ils savent car ils commencent à l’entendre, qu’on ne cessera, dans les siècles à venir, de leur crier : merci !

Le Point La Fontaine c'est de l'acupuncture
Photo : Le POint … « La Fontaine c’est de l’acupuncture »

Rencontre avec Erik Orsenna en septembre 2017 … à La librairie de L’Armitière à ROUEN

Édition Stock et France Inter

Genre : Biographie, littérature française

Publié en 2017

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La Tresse … Lætitia Colombani

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.«  Mark Twain p 206
Trois destins … trois continents … trois pays … trois conditions de femmes
Trois destins qui s’imbriquent … qui s’entrelacent au fil des pages !!

Canada, Sarah grande avocate renommée et investie,
Sicile, Giulia ouvrière dans l’atelier de son père, « sa famille vit de la cascatura, cette coutume sicilienne ancestrale qui consiste à garder les cheveux qui tombent ou que l’on coupe, pour en faire des postiches ou perruques.  »
Inde, Smita « Intouchable »
Un monde « cruel » et sans pitié pour ces femmes …
Trois destins en parallèle ??
Des vies faites de combats … de sacrifices … de luttes pour préserver leur intégrité.
Il leur faudra beaucoup de force … de détermination … et beaucoup d’abnégation pour trouver un début de chemin, difficile mais où l’espoir est peut être au bout …
Il faut y croire … se battre et prendre son destin en main !! Mais la vie leur laisse t-elle le choix ??
Y a t-il un message d’espoir ??

Une écriture toute en poésie … des chapitres courts et incisifs qui donnent le rythme …

Une fin ou se mêlent émotions intensesviolentes
Un roman brillantbouleversant .. troublant … qui nous embarque … qu’on lit en apnée … jusqu’à en perdre le souffle !!
Ce livre m’a Touché en plein cœur … et m’a Bouleversé …

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p 16 « Ce panier, c’est son calvaire. Une malédiction. Une punition. C’est son darma, son devoir, sa place dans le monde. Un métier qui se transmet de mère en fille, depuis des générations. Scavenger, en anglais le terme signifie « extracteur« . Un mot pudique pour désigner une réalité qui ne l’est pas. Ce que fait Smita, il n’y a pas de
mot pour le décrire. Elle ramasse la merde des autres à mains nues, toute la journée. Elle avait six ans, l’âge de Lalita aujourd’hui, quand sa mère l’a emmenée pour la première fois. Regarde, après tu feras. »

p 25 « Giulia a grandi là, entre les cheveux à démêler, les mèches à laver, les commandes à expédier. Elle se souvient des vacances et des mercredis passés parmi les ouvrières, à les regarder travailler. Elle aimait observer leurs mains en train de s’activer telle une armée
de fourmis. Elle les voyait jeter les cheveux sur les cardes, ces grands peignes carrés, pour les démêler, puis les laver dans la baignoire fixée sur des tréteaux – un ingénieux bricolage de son père, qui n’aimait pas voir ses employées s’abîmer le dos. »

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p 47 « Elles traversent, et tout d’un coup, c’est là, maintenant, le moment de lâcher la main de sa fille de l’autre côté de la route.
Smita voudrait tant dire: réjouis-toi, tu n’auras pas ma vie, tu seras en bonne santé, tu ne tousseras pas comme moi, tu vivras mieux,
et plus longtemps, tu seras respectée. Tu n’auras pas sur toi cette odeur infâme, ce parfum indélébile et maudit, tu seras digne.
Personne ne te jettera des restes comme à un chien. Tu ne baisseras plus jamais la tête, ni les yeux. Smita aimerait tant lui dire tout ça.
Mais elle ne sait comment s’exprimer, comment dire à sa fille ses espoirs, ses rêves un peu fous, ce papillon qui bat son ventre. »

p 60 « Alors Sarah repart vers le monde, vers ses rendez-vous, ses conf calls, ses listes, ses dossiers, ses plaidoiries, ses réunions, ses notes, ses comptes rendus, ses déjeuners d’affaires, ses assignations, ses référés, ses trois enfants.
Elle retourne au front comme un bon petit soldat, remet ce masque qu’elle a toujours porté et qui lui va si bien, celui de la femme souriante à qui tout réussit. Il n’est pas abîmé, pas même fissuré. »

p 86 « A l’intérieur, elle est en miettes, mais cela, personne ne le sait. »

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p 87 « Smita ne le permettra pas. Elle a entendu une fois cette phrase de Gandhi, citée par un médecin qu’elle avait rencontré dans un dispensaire du village voisin : « Nul ne doit toucher de ses mains les excréments humains. » A ce qu’il paraît, le Mahatma avait déclaré le statut
d’Intouchable illégal, contraire à la Constitution et aux droits de l’homme, mais depuis rien n’a changé. »

p 91 « Elle sait qu’ici, dans son pays, les victimes de viol sont considérées comme les coupables. Il n’y a pas de respect pour les femmes, encore moins si elles sont Intouchables. Ces êtres qu’on ne doit pas toucher,
pas même regarder, on les viole pourtant sans vergogne. On punit l’homme qui a des dettes en violant sa femme.
On punit celui qui a frayé avec une femme mariée en violant ses sœurs. Le viol est une arme puissante, une arme de destruction massive. »

p 107 « Sarah s’inquiète parfois : que fera t’ elle de cela, cette sensibilité exacerbée qui l’expose aux plus grandes joies comme aux plus grands tourments ?
Elle voudrait tant lui dire : protège toi, blinde toi, le monde est dur, la vie est cruelle, ne te laisse pas toucher, pas abîmer, sois comme eux égoïste, insensible, imperturbable.« 

p 196 « Giulia n’est pas étonnée. Sa sœur appartient au cercle des sceptiques, de ceux qui voient le monde en noir, en gris, ceux qui répondent non avant de penser oui. Ceux qui remarquent toujours le détail qui fâche au milieu du paysage,
la tache minuscule sur la nappe, ceux qui explorent la surface de la vie à la recherche d’une aspérité à gratter, comme s’ils se réjouissaient de ces fausses notes du monde, qu’ils en faisaient leur raison d’être. »

p 73 « Le nirvana, l’ultime destination, voilà ce qu’elle espérait. Mourir près du Gange, le fleuve sacré, était son rêve. On dit qu’après, le cycle infernal de la vie s’arrête. Ne plus renaître, se fondre dans l’absolu, le cosmos, voilà le but suprême. Cette chance
n’est pas donnée à tout le monde, disait-elle. D’autres sont condamnés à vivre. L’ordre des chose doit être accepté comme une sanction divine. C’est ainsi: l’éternité se mérite.« 

Édition : Grasset

genre : Roman

Publié en 2017

 

Mademoiselle RÊVE … Pierre Luneval

Un début de livre tranquille ou l’auteur plante le décors et campe les personnages …
La vie étudiante … les « Amours » de ces jeunes adultes !! Les « fils à papa » et ceux qui travaillent tout en étudiant !!
Une balade sur le campus … l’UCBN (université de Caen Basse Normandie)
Les jours passent … à chacun sa vie … ses aspirations … ses envies
puis il y a cette jeune étudiante Luciesecrète, tourmentée, perturbée par ses cauchemars !! où serait-ce des prémonitions ??? Une jeune fille captivante et intrigante !!
Un professeur séduisant, charismatique, au cours envoûtant et passionnant … une analyse, une approche de la conscience, de la  psychologie différente et innovante !!

Et puis ces expériences bien étranges dans le laboratoire de ce professeur Renoir !!
Pourront ils aider Lucie à comprendre et analyser ses cauchemars et/ou ses prémonitions …
L’existence d’un autre monde ???
Y a t’il quelques choses après la mort !! Des questions existentielles métaphysiquesphysiologiques ?
Le koinos kosmos ?? un monde où l’on se libère de ses démons … de ses peurs … de ses angoisses ? p 151

Mais, plus terre à terre il y a aussi les jalousies … la haine … l’amour … l’égoïsme !!
Et puis ce meurtre ?? Pourquoi ??
et pourquoi pas un rebondissement ? Mystère !!

Une belle poésie dans l’écriture …
Des passages … avec des phrases courtes qui donnent du rythme !!

Une fin comme un « album de famille » … chacun son chemin .. chacun son futur
Un livre qui interpelle !! qui questionne !!
Une belle plongée dans le conscientl’inconscientle subjectif … un roman à découvrir !!

J’avais aussi eu un vrai coup de cœur pour « La Vénule » un précédent roman de Pierre Luneval !!! A découvrir aussi !!

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p 12 « C’était le professeur le plus jeune de l’université. Symbole irritant de réussite qui infirmait la règle selon laquelle la connaissance n’appartenait qu’à quelques élus décatis. Évidemment, sa popularité faisait des jaloux.
A chaque gloire sa rançon … Ce qui plaisait surtout à ses étudiants, c’était la fantaisie avec laquelle il présentait des thèmes réputés « imbitables » sous un nouvel éclairage. C’en était presque jouissif. Son cours portait
sur l’étude de la conscience. Et de ses différents perceptions. Rien que le titre, il y avait de quoi faire demi-tour et s’engager dans la vie active, non ? D’ailleurs, lors des inscriptions, il n’avait pas fait l’unanimité. C’était venu progressivement. »

p 22 « Lucie se retire dans la salle de bains. Agitée de tremblements. Sa tête tourne. Elle a la nausée. Elle connait bien ces sensations. … Inutile de lutter. Ce qui la gêne, surtout, c’est que ça se passe ici. Dans cette maison. Parmi tous ces gens. Elle
s’assoit sur le rebord de la baignoire. Face au miroir qui surplombe le lavabo. Ferme les yeux. S’abandonne au flux qui inonde son esprit avec violence … »

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p 219 « Elle se trouve dans un désert de sable fin et blanc. Cernée à perte de vue par des dunes qui dessinent des courbes alanguies dans le paysage. L’air est doux. Chargé de senteurs envoûtantes. … Des oiseaux multicolores sillonnent l’horizon
en poussant de petits cris aigus. Au loin,comme une pulsion régulière, le chant rythmé d’une derbouka. La forme imprécise d’une silhouette en contre-jour se dirige vers elle. »

p 33 « -Si personne n’éteint l’interrupteur de l’amphithéâtre et que tout le monde est sorti, la lumière brûle-t-elle toujours ? Qu’en penses-tu, Yannick ?
– Ben … C’est ma rétine qui transformera ces ondes en lumière, non ?
– Exactement ! Si tes yeux ne sont plus là pour la voir, la lumière existera-t-elle ? Je veux dire, indépendamment de toi ?
– C’est pas un peu égocentrique, comme conception ?
– C’est une approche du caractère subjectif du monde qui nous environne, en tout cas. »

p 41 « Nébuleux. Le visage flou apparaît dans l’entrebâillement de la porte. Il fait sombre. L’homme sue. De peur. En face de lui, un carreau de lumière pâle danse dans l’obscurité. L’angoisse est en lui. Face à lui. Autour de lui. Il n’est plus qu’une extension
de cette angoisse. Tendu. Vibrant. Le cœur battant dans sa poitrine. Ses yeux – mon dieu ! qu’ils sont beaux ! se dit-elle – ses yeux témoignent, au delà de la peur, d’une volonté implacable. La vitre se brise. Une fois, deux fois, dix fois. Elle veut crier mais n’y
parvient pas. Le carreau explose en mille éclats de verre. Au milieu de la pièce, il y a le bureau. Et la salle qui s’allonge. Ses murs n’en finissent plus de se prolonger. De se dilater. Comme pour l’empêcher d’atteindre son but. L’autre se tient assis. Immobile.
Au centre. Derrière le bureau. Un mauvais sourire se dessine sous sa barbe. Le sourire forcé de celui qui brave la mort.« 

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p 151 « Le ballon éclate en un million de poussières minuscules. Un million de lucioles qui s’évanouissent. C’est très beau, et elle se sent libérée d’un poids. Celui de son égo ? »

p 54 « – Comprenez-moi bien : la lumière a envahi l’obscurité. Ce n’est pas l’inverse qui s’est produit. L’ombre ne sait pas, ne peut en aucun cas envahir une pièce éclairée. C’est un mouvement à sens unique. L’obscurité, la nuit,la pénombre ne sont là que pour révéler l’absence
de clarté. …
– Je me suis alors demandé s’il en allait de même pour d’autres ambivalences. Telles que le silence et la musique. Le mouvement et l’inertie. La vie et la mort … « 

p 55 « – Que signifie, selon vous, une absence de vie ? interrogea une voix, au fond de la salle.
– Cette absence signifie simplement … un déplacement dans la présence. La vie est toujours là. Mais ailleurs. Ou alors, on ne peut pas la percevoir. Cela pourrait être un essai de définition du concept de mort. Car s’il est avéré que le silence nourrit la musique
et que l’ombre met en perspective la lumière, alors, je crois sincèrement que c’est la mort qui donne du sens à notre vie. »

p 219 « Et si l’obscurité n’était effectivement que de la lumière en devenir ? »

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p 85 « Une larve blanchâtre jaillit tout à coup d’une orbite creuse. Bientôt suivie d’une autre, et d’une autre encore. Lucie se recule brusquement et se retrouve accumulée, dos au mur. Une forte odeur de moisissure en émane, provenant d’un mélange de plâtre
et de papier-peint en décomposition. Et le pantin continue de se balancer. Imperturbable. Les bras plaqués le long du corps. Les poignets légèrement fléchis vers l’intérieur. Ses doigts se sont doucement repliés sur eux-mêmes. Ses doigts … »

Postface de l’auteur : « Je ne sais pas ce qui restera de ce livre. Ni s’il s’agit du dernier. Cela ne me regarde plus, de toute façon, maintenant qu’il est publié. Finalement, le rôle de l’auteur est d’esquisser des pistes. Une trame. Nourrie pour moitié de l’imaginaire du lecteur. …
C’est à lui de ressusciter mes personnages, à l’aide de son paysage intérieur. A lui de creuser les contrastes, de raviver les couleurs. Belle responsabilité : il lui appartient désormais de faire en sorte que l’ombre se transforme en lumière. A chaque page. »

Première rencontre avec l’auteur … au Salon Cité Polar à Louviers … en décembre 2015

Édition : COGITO

Genre : Polar

Publié en 2016

Couverture : Olivier Soury; Photographe : Céline Niesawer; Modèle :Déborah Krey

La Maudite de Valognes … Katia Verba

« Si quelqu’un t’a offensé, ne cherche pas à te venger. Assieds-toi au bord de la rivière et bientôt tu verras passer son cadavre.«  Lao-Tseu
Un début de livre qui plante le décors …

Valognes … un hôtel particulier … une jeune veuve April, belle, voluptueuse, énigmatique, mystérieuse … une veuve qui intrigue et que les gens du coin appelle « La Maudite de Valognes« , mais aussi
une artiste peintre au talent reconnu et apprécié …
Puis une rencontre, Matt … ce bel inconnu … inquiétant et pourtant si attirant !!

Des actes de vandalismes , d’intrusion, d’agression … Mais que veut on à cette belle veuve ??
Une histoire d’amour … de passion ??
Un roman mi-polar … mi – fleur bleue ??
April … trois mari décédé ! Y a t’il un mystère derrière tout ça ?
A t- on toujours des choses à regretter ?? des secrets à cacher ? Le passé peut il toujours nous rattraper ??
Une angoisse permanente …

Un rythme assez soutenu qui nous embarque
Une belle écriture ou l’on se laisse bercer par les mots … puis le rythme s’accélère … et la narration, en fin de roman se fait plus « expéditive » … Dommage !

Une intrigue bien ficelée …
Un dénouement assez inattendu mais peut être pas assez original au vue de l’intrigue …
En tout cas quel plaisir, cette balade dans le Cotentin Valognes … Saint Vaast La Hougue … Cherbourg … puis Coutances
Un polar où la beauté, la sensualité mais aussi l’incompréhension (pourquoi cet acharnement contre April?)  nous guident … Un roman à découvrir !!

Katia Verba est aussi auteure dramatique et metteur en scène … envie de découvrir son univers théâtral !!

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p 13 « La nature l’avait gratifié d’une taille supérieure à la moyenne. Elle était particulièrement fière de sa ligne et de ses jambes parfaites qu’elle savait mettre en valeur. Ses yeux verts, en amande,
étaient bordés par des cils très noirs. »… »Belle, elle ne l’était pas, elle était mieux que cela. Elle possédait incontestablement un charme fou et une allure de reine. »

p 16 « April, qui dormait seule dans sa chambre, fut réveillée en sursaut par le bruit d’un choc énorme. Elle découvrit son mari au bas de l’escalier, en sang. Elle appela le docteur
Mirjack, qui habitait à Saint-Sauveur-le Vicomte, « … »On ne sut jamais pourquoi April avait appelé le médecin, qui résidait assez loin, plutôt que les pompiers qui seraient
intervenus beaucoup plus vite sur le lieu du drame. Xavier succomba à ses blessures peu de temps après l’arrivée du docteur Mirjack. Celui-ci avait cru percevoir dans un râle au moment de mourir ; « April, non, pourquoi ? »
Mais il n’était pas complètement certain … »

p 21 « Elle se réveilla, au bout d’un certain temps, légèrement ivre avec une sensation de malaise ; ce qui n’était pas étonnant vu les circonstances. Son regard erra dans la pièce. Mais,
à cet instant précis, elle ne pouvait soupçonner que sa vie allait prendre une tournure bien différente de ses attentes. Le passé nous rattrape toujours, un jour ou l’autre. Inexorablement … »

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Magnifique couverture !! Pastel de Nicole VENTURA

p 66 « Les rondins de châtaigner se consumaient sous la corniche sculptée de la cheminée, exhalant une odeur de noisette grillée. Elle attrapa les pincettes pour
arranger les bûches, qui s’écroulaient désordonnées dans l’âtre, mais aussi pour se donner une contenance. Elle apprit qu’il était ingénieur et qu’il venait du Sud,
de la région de Millau. Il était muté au cap de la Hague à la Cogéma pour une durée déterminée, probablement un an ou deux, souligna-t-il. Il ajouta qu’il avait
trouvé une maison à louer à Saint-Vaast-la-Hougue. Elle se sentit envahie d’une joie aussi subite qu’inattendue, quand elle comprit qu’il allait rester un moment
dans la région et qu’elle aurait sans doute l’occasion de le revoir. »

p 93 « Elle lui fit signe d’entrer son imposante voiture dans la propriété. Elle referma la grille aussi vite. Il s’arrêta de l’autre côté et ouvrit la porte du passager.
Elle s’y engouffra. Les essuie-glaces semblaient se battre contre le pluie diluvienne. Installée depuis quelques instants, elle discerna un grognement. Le bruit sourd
retentit à nouveau mais, cette fois, plus marqué. Elle ressentit comme une présence derrière elle. Elle se retourna brusquement et vit un énorme chien derrière son siège. Elle sursauta. Un
troisième grognement survint. Elle ne comprenait pas que Matt n’intervienne pas. Il souriait. A quoi jouait-il ? »

p 115 « L’automne s’était éclipsé et l’hiver s’installait. Les paysans l’avaient prédit froid et neigeux. Ils voyaient cela à la peau des oignons : plus elle était épaisse, plus il ferait froid. « Oignons à
trois pelures, signe de froidure », disait Ivy. »

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p 123 « Les mains avides de Matt parcouraient son corps. Elle pencha la tête en arrière. Sa chevelure auburn inonda en cascade ses épaules dans un geste d’une sensualité inattendue.
Soudain, il se raidit. Son visage se figea en un masque de pierre et, avec la même force qu’il avait pris ses lèvres, il la repoussa si violemment qu’elle tomba sur son fauteuil. Ses yeux bleu acier parurent
se rétrécir et se charger d’une lueur menaçante. Il grimaça et son visage prit soudain un air diabolique. Il semblait maintenant complètement imperméable à son charme.
Cette évidence lui fit l’effet d’un verre d’eau glacé reçu en plein visage. »

p 183 « Constatant que cette colère était les prémisses d’une véritable crise de nerfs, il lui attrapa le poignet gauche, les yeux injectés de sang et lui assena une gifle
qui lui ébranla la tête. Il la gifla à toute volée par deux fois. Le souffle lui manqua. Elle hoqueta. Elle tint tout de même debout, car il la maintenait par le poignet.
Elle ferma les yeux, il allait la tuer … Plus aucun son ne lui parvenait aux oreilles … Le regard de Matt devint indéfinissable. Il était impossible de savoir s’il avait le moindre
regret. Quoi qu’il en soit, il pâlit et recula de trois pas. April constata qu’il tremblait légèrement. Il était tendu comme un arc prêt à rompre. Le coup avait été si violent !
Elle se tenait debout, hagarde, les cheveux en bataille, ses yeux vers lançant des éclairs. Cette fois-ci, elle savait qu’elle finirait par le haïr pour de vrai. Aucun homme ne l’avait jamais frappée. »

https://www.katiaverba.fr/

Édition : AuPaysRêvé

Genre : Polar

Publié en 2014

Couverture : Pastel de Nicole Ventura

La Bête ne meurt jamais … Jean Lidon

1764 , 1767 … La Bête du Gévaudan,
« Entre avril 1764 et juin 1767, une ou plusieurs bêtes sauvages ravagèrent l’Auvergne et le Gévaudan, en s’attaquant principalement à des femmes et à des enfants. On compta plusieurs dizaines de victimes. » p:11

Trois siècles plus tard … Son retour …
Une bête … un loup …
Des « accidents » de la route en pleine campagne, avec comme victimes des femmes et des enfants …
Des références à La Bête !! Pourquoi ?? Puisqu’il s’agit « d’accident » de la route !!
Sans doute du à ces lettres, signées « le Loup » …

Après l’incompréhension … la stupéfaction … la peur … les forces de l’ordre prennent les choses en main mais …
l’enquête s’éternisent, piétinent … les politiques s’en mêlent … la tension est palpable …… On veut des résultats et vite !!
La Bête du Gévaudan est toujours présente dans les mémoires et les vieilles angoisses refont surface !!

Les enquêteurs se succèdent … locaux … puis venant de Rouen puis de Paris avec leurs nouvelles techniques …
Trois enquêteurs, trois méthodes !! Des résultats ??
La politique sur fond d’affaire criminelle …Une guerre des polices ??
Serait ce Une douce mascarade ???

Une écriture simple et efficace
Un rythme qui s’accélèrent au fil des pages …
Des personnages forts et « marquants » …
Néanmoins un début de livre ou l’on ne demande vraiment où l’auteur veut nous emmener …

Un dénouement très étonnant
Une fin très imprévisible …
Un livre … un brin politique ?? un brin réaliste ?? où l’on y côtoie avec certitude … le Bien et le Mal !!!

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p 55 « Il savait, surtout à une heure si tardive, qu’il n’avait que peu de chances de croiser une proie. Il ne sentirait sans doute pas ce soir la voluptueuse violence d’un corps percuté dans la nuit. C’était presque secondaire. Comme
pour la plupart des plaisirs, l’essentiel se réalisait dans l’expectative. Il aurait faim. Il aimait ça. »

p 11 « – Écoutez Duhamel, je sais combien vous vous êtes impliqué dans cette affaire. Je sais que vous avez tout tenté, je sais aussi combien vos analyses ont été précieuses, c’est vous qui avez pressenti ce qui se passait
vraiment, mais vous comprenez, je n’ai rien pu faire. Maintenant ils veulent des résultats, surtout depuis que le président en a parlé, on s’impatiente, l’opinion publique, la presse, vous comprenez ? …
Je comprends … C’est tout ce qu’il pouvait dire « je comprends ». Il paraît que c’est ce qu’il faut dire quand il n’y a plus rien à comprendre …« 

p 19 « Duhamel pensait à la brume qui l‘enveloppait ce matin-là et qui devait planer aussi dans les bois du Bourdonnais. Il aimait cette forêt lointaine dont les arbres étaient suffisamment distants les uns des autres
pour se déployer majestueusement, depuis toujours peut-être, vers le ciel. On disait que certains d’entre eux avaient deux cent cinquante ans. L’image d’une petite fille jetée dans un fossé, gisant dans une marre de
sang au cœur de cette cathédrale naturelle lui parut incongrue, ou tout droit sortie d’un conte de Perrault. Il n’y a pourtant plus d’ogres dans la forêt de Tronçais. »

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p 61 « – Messieurs nous allons changer de méthodes. Si un schizophrène paranoïde se prend pour un dompteur de loups du dix-huitième siècle, et en déduit que ça lui donne le droit d’assassiner en province d’obscu …d’innocentes
victimes ce n’est pas une raison pour le pourchasser avec des méthodes d’époque Louis XV. Ce que je propose, ce n’est pas d’utiliser les méthodes du passé, mais celles du présent et de l’avenir. La police, et particulièrement la police
scientifique, dispose de tous les moyens pour débusquer ce criminel. »

p 101 « -En tout cas la presse étrangère elle n’hésite plus, poursuivit Morangiès, qui s’était remis de ses émotions et dont le ton était devenu plus cassant. La presse allemande se demande si la France est revenue au moyen-âge
et la presse anglaise se demande si elle l’a jamais quitté. Je vous épargne l’éditorial du New-York Times qui titre, en français je vous prie : Le béret, la baguette et la bête. Il y a aussi un très bon chemin, je ne sais plus où en Amérique latine, où on vous
voit Duhamel, à moins que ce ne soit Denneval, où est-il passé celui là d’ailleurs ? … à la recherche d’une deux-chevaux avec des hélicoptères de combat. Bruxelles nous accuse de ne pas avoir mis en œuvre les réformes structurelles
nécessaires pour maîtriser la situation et moderniser nos territoires ! Elles auraient probablement consisté à vider la région de ses populations. »

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p 134 « Il semble choisir ses victimes au hasard, même si nous savons qu’il s’agit dans plusieurs cas de femmes et principalement d’enfants, mais ils semblent n’avoir aucun rapport entre eux. Il y a t-il entre eux un point commun qui nous aura échappé ?
S’agit-il chez lui d’une obsession ? Ou simplement d’une commodité parce que, les enfants sont des victimes plus faciles. A-t-il une méthode dans le choix de ses victimes ? C’est ce qui nous appartient de découvrir. »

p 176 « Quand ils eurent raconté ce qu’ils pouvaient raconter sur le loup, ce qui se montaient finalement à assez peu de choses, les journaux s’intéressèrent quelques temps aux victimes. C’était un bon matériau, le déchaînement de violence qui s’était abattu sur
des gens si ordinaires. Des écoliers qui allaient à l’école en rêvant à leur prochain vélo, des mères de familles qui faisaient leurs courses, des courageuses infirmières qui travaillaient de nuit. Puis il restait à évoquer les familles endeuillées, les enfants qui ne
reverraient pas leur mère, les mères qui ne reverraient pas leurs enfants. »

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p 205 « Devant lui il y avait l’obscurité transpercée de branches acérées comme des griffes. Et il entendait dans son dos le bruit des pas et le souffle noir de la bête monstrueuse qui le suivait depuis des heures. » … « La bête était maintenant tapie dans son dos,
prête à bondir. La chaumière était de celles qu’on pouvait s’attendre à trouver dans un rêve, au coin d’un bois, à ceci près qu’elle était de la taille d’un vaste château, à moins que ce ne soit lui qui avait rapetissé, de peur peut-être.
Il frappait frénétiquement à la porte de la chaumière. La bête grondait derrière lui. Paralysé de peur, il ne pouvait pas savoir si elle était encore accroupie dans les herbes, ou si elle fendait déjà les airs, fondant sur lui toutes griffes dehors. »

Éditions des Monts D’Auvergne

Genre : Polar

Publié en 2014

 

La Moisson des Ténèbres … Cécile Delacour-Maitrinal

Une « balade » dans Rouen et ses environs … la Cathédrale Notre_Dame au centre du mystère … la foire Saint Romain qui cache ses secrets … la forêt du Rouvray apaisante mais qui peut devenir inquiétante et effrayante …
Une légende … une malédiction et nous voilà plongé dans un monde fantastique
Du mystère … des ombres qui planent … des disparitions étranges et sanguinolentes au environ et pendant la foire Saint Romain.
Entre rêve et réalité … un monde peuplé de gargouilles … de monstres …de chérubins … mais aussi un voyage dans le temps … une légende puis la naissance d ‘une malédiction …

Des personnages touchants et lucides malgré tout !! Lucie une photographe … qui aime se promener et se ressourcer en forêt du Rouvray… et espère enfin trouver la paix …
Et ce jeune homme bien étrange … qui se bat avec acharnement, contre quoi ??
On y croise la Mort, la Guerre, la Famine et la Conquête … les quatre Cavaliers de l’Apocalypse !!

Une écriture tranquille et fluide
Un rythme plus soutenu en fin de livre … il m’a manqué du rythme au début !!

Quelques anecdotes et moments d’histoire sur la ville de Rouen … p 30 et 43
Un petit message sur l’évolution de l’homme … moins de spiritualité … Est ce alors une bonne chose ?? p 196 « Disons que la conjoncture actuelle, la foi toujours plus faible des êtres humains, l’égoïsme, le mensonge, etc, tout cela fait que … »
Puis un questionnement !! Et si chacun était lié à un destin … à son propre destin ?

Je ne suis pas toujours adepte des livres fantastiques … moins sensible à cette littérature mais j’ai néanmoins passé un bon moment …
Après ce livre, notre regard sur Rouen et sa cathédrale change !! une nouvelle façon s’aborder Rouen … Fascinant !!!
Un livre qui interpelle …

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p 261 « Quand ils furent interrogés après les évènements tragiques de ce jour-là, les promeneurs près de la cathédrale décrivirent la présence d’un énorme nuage noir et menaçant qui stagnait au-dessus du clocher. Tous s’accordèrent à dire qu’ils
avaient trouvé étrange qu’il ne bouge pas, qu’il ne suive pas le sens du vent. Car le vent se leva en début d’après midi. De fortes bourrasques amenèrent même les passants à presser le pas.
Des Américains, en voyage à Rouen, allèrent même jusqu’à dire qu’ils avaient cru qu’un ouragan allait s’abattre sur la Normandie. Venant de la Louisiane, le temps leur avait rappelé les signes avant-coureurs de Katrina … »

p 27 « Elle cligna des yeux, essayant de comprendre ce qui se passait et où elle était. Si elle avait pleinement conscience qu’elle rêvait, son esprit cotonneux oscillait dangereusement entre réalité et hallucinations.
D’un pas glissant, elle marcha sur le sol dallé aux pierres irrégulières, qui semblaient très anciennes. Le poids des ans se ressentait dans chaque recoin de cet endroit. Au loin, elle crut reconnaitre quelques accords
plaqués sur des orgues. Une odeur d’encens lui chatouilla les narines. L’atmosphère était calme et empreinte de sérénité, propice au recueillement. Elle réalisa soudain qu’elle se trouvait dans la nef de la cathédrale
de Rouen. Comment était-elle arrivée ici ? »

p 29 « Les mois passant, elle s’était persuadée que ce n’était pas une coïncidence si Clément avait disparu pendant la foire. » … « Dans le cadre de ses recherches, elle avait constaté que bon nombre d’adolescents et de jeunes adultes avaient disparu en
2012, à la même période que son frère. On en avait retrouvé un petit nombre, dans les semaines ou les mois qui avaient suivi, décédés des mêmes blessures que Clément. Mais la plupart avaient tout simplement été rayés de la carte. »

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p 30 « En se levant ce matin-là, Lucie décida d’aller faire un tour aux abords des quais bas de la rive gauche de Rouen. C’était à cet endroit que,cette année encore, la fête foraine prendrait ses quartiers.
L’événement, d’abord nommé la foire du Pardon en souvenir d’une obscure légende du VIIe siècle que la jeune femme n’avait pas retenue, faisait partie de la tradition de la ville. Dès le XIe siècle, elle se tenait à l’emplacement de l’actuelle église
Saint-Godard. Peu à peu, les marchands avaient cédé la place aux spectacles forains. Ce n’est qu’en 1983 que la foire Saint Romain avait quitté les boulevards pour rejoindre les quais. »

p 32 « L’ombre guettait une nouvelle proie. Pourtant, elle était inquiète. Tout ne se déroulait pas comme d’habitude. L’héritier était trop faible encore pour vraiment être une menace. Mais elle sentait qu’un élément dans l’ordre des choses avait changé.
Les cartes semblaient avoir été redistribuées.
Toutefois, le jeu pouvait encore tourner en sa faveur. Il fallait juste qu’elle empêche l’héritier de comprendre la source de son pouvoir avant que l’heure de la moisson ne soit venue. »

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p 43  » Arrivée dans la rue Saint Romain, qui longeait la cathédrale Notre-Dame, elle délaissa quelques instants son appareil photo et admira, une fois de plus, les maisons à pans de bois. Avec amusement, elle se rappela qu’un de ses professeurs
d’histoire, quand elle était au collège, leur avait expliqué la raison pour laquelle le premier étage de ces habitations empiétait généralement sur la rue et avait une surface plus importante que le rez-de-chaussée. En effet, au Moyen Age, l’impôt
se payait selon la surface au sol. Ainsi, les Rouennais construisaient des maisons avec des rez-de-chaussée plus petits que les étages supérieurs pour payer moins d’impôt !
En résultait cette architecture surprenante … Les Normands tenaient peut être de là leur réputation de personnes économes … »

p 51 « L’ombre était repue. Elle avait rompu avec toutes ses habitudes de chasse. Mais, avec la Grande Moisson qui approchait, elle devait prendre des forces, beaucoup de forces. Elle attendait ce moment depuis des siècles. Bientôt, elle
verrait enfin l‘accomplissement de ce pourquoi on l’avait envoyée dans le monde des Hommes. Bientôt, les êtres humains seraient asservis et l’ombre serait enfin débarrassée de cette mission qui avalait toute son énergie.
Elle plana encore un peu au-dessus de son habituel terrain de jeu afin de se retirer dans son antre.
Son heure ne tarderait pas à venir et cela la mettait en joie ! »

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p 204 « Pourtant, plus les jours passaient, plus toutes ses certitudes s’effondraient. Avait-il vraiment eu le choix une seule fois dans sa vie ? Sa grand-mère disait souvent que l’existence était faite de rencontres. Celles-ci influençaient souvent le cours de
votre vie, de vos décisions, des opportunités qui s’offraient à vous. »

p 212 « – Et voici qu’apparut à mes yeux un cheval noir; celui qui le montait tenait à la main une balance, et j’entendis comme une voix, du milieu des quatre Vivants, qui disait : « Un litre de blé pour un denier, trois litres d’orge
pour un denier ! Quant à l’huile et au vin, ne les gâche pas ! » récita Gabrielle. Eh bien, Famine n’a pas tardé à rejoindre ses frères ! »

Édition : Cogito

Genre : Roman Fantastique

Publié en 2016

Couverture : Charlie Varin

ASyLUM … Denis Brillet

Un Thriller psychologique oppressant !!
Tout commence par … Un salon littéraire … une célébration pour le centenaire de la capital du Tredjeck, une centaine d’écrivains du monde entier présents … et des rencontres à venir durant quelques jours !!
Une belle soirée, les écrivains se retrouvent tous autour d’une table … le président du Tredjeck, Mordjick , très controversé, fait son discours … l’ambiance est joviale … optimiste … le « gratin »
de la littérature international est réunis !!
puis l’Imprévu arrive … « Le Désastre » …
Une tempête violente, et tout bascule … Tout s’effondre ...
Les invités se retrouvent coincésensevelis sous des tonnes de gravât !! L’affolement est à son comble … Le chacun pour soi est de rigueur !!
Puis un espoir … qui tourne vite au Cauchemar !! Et l’impensable … L’ enfermement … où chacun réagit à sa manière !!
Le découragementl’apathie … la peur l’inespoir … le désespoir …la haine … la soumission pour certains … les choses s’organisent plus ou moins !! L’homme « évolue » et s’adapte … comme il peut !!

On est happé par l’ambiance et l’atmosphère pesante !!
Au delà du désespoir … de l’attente… des souvenirs,des moments de vie, des regrets … remontent à la surface !! Une rétrospective … une introspection !!

Un récit angoissant où il est difficile de décrocher ! Il ne se passe pourtant pas grand chose … les minutes .. les heures …les jours s’étirent, interminables mais l’angoisse est tellement palpable que l’on est transporté et subjugué !!
Un livre troublant !! Un sujet … un thème qui effraie. Être enfermé …à la merci d’autrui … il y a aussi la promiscuitél’insalubrité l’inespérancel’incertitude !!

Chaque émotions et sensations est « disséquées » par l’auteur … un vrai travail d’orfèvre !!
Une belle plume … qui nous transmet l’émotion et les sensations … le frisson est au rendez vous …
Des personnages forts … des valeurs sûre de la littérature … et pourtant, sont ils plus armés, pour cette « aventure cauchemardesque » ? p 105

Et enfin la délivrance … peut être !! Un dénouement en tout cas très inattendu !! Une fin à couper le souffle !!

On découvre à travers ce livre une « vérité » sur l’homme … une plongée au cœur de l’âme humaine …. sa force … ses failles … ses blessures … son obstination … son instinct de survie
Une très belle surprise littéraire … à découvrir au plus vite !!

p 194 « ps : Dépouillé de tt, je ne suis même pas sûr qu’il me reste encore un peu de dignité. Cette question me hante. A partir de quand, de quel seuil, perd-t-on le dignité qui fait de soi un être humain?« 

Citation dans « L’amour Humain » d’Andrei Makine … «On peut donc tuer un être humain sans lui enlever la vie». Pas besoin de les vider de leur sang, de les démembrer. Il suffisait de les affamer, de mélanger femmes et hommes, vieux
ou jeunes, de les obliger à faire leurs besoins devant les autres, de les empêcher de se laver, de leur interdire la parole. En fait, d’effacer tout signe d’appartenance au genre humain. Un cadavre était plus vivant qu’eux car, dans un mort, on reconnaît toujours un
homme. »

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p 17 « A présent, tout cela était impossible. Maud s’éveillait toujours à trois heures du matin – du moins le supposait-elle car sa montre avait rendu l’âme – et scrutait l’obscurité de sa cellule. Pas d’autre choix. La nuit, ils coupaient
l’électricité et la ventilation. Si un besoin pressant
se faisait sentir, c’était à tâtons que l’on se rendait aux toilettes. Surtout, bien prendre ses précautions avant l’extinction des feux à vingt-deux heures sous peine de se retrouver à patauger dans la pisse ou pire encore. »

p 63 « C’était un coup terrible porté au moral. Derrière le discours édulcoré de Mordjick s’esquissait une réalité terrifiante encore assombrie par l’éventualité de ne plus jamais revoir la lumière du soleil, de dépérir lentement
au fond de cet immonde cul-de-basse-fosse, à l’insu des vivants. L’enfer.
… Certains commencèrent à pleurer, à s’arracher les cheveux, le public eut même droit à quelques jolies crises de nerfs … La plupart des auteurs demeurèrent un moment tétanisés, figés dans l’hébétude, attendant
que les rouages secrets de leur cerveau se débloquent et reprennent le fil d’une pensée rationnelle….
Ce fut le cas pour quelques-uns, mais beaucoup se découvrirent en état de mort cérébrale provisoire (toutes les lignes sont occupées, merci de renouveler votre appel) et, après un passage à vide employé à tourner sur eux-mêmes,
migrèrent vers leur cellule, la mort dans l’âme … »

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p 78 « Il ne parlait jamais de son travail d’écriture, … ». » C’était son domaine réservé, une part de sa vie fermée aux autres. Si d’aventure quelqu’un le questionnait sur son travail, il avait toutes les peines du monde à fournir une réponse.
Que dire ? Il était partagé entre le sentiment qu’on cherchait à s’emparer d’une partie de lui-même et que sa parole dénaturait la trame de l’histoire, la vidait de sa substance. Il répugnait à s’épancher sur l’écriture proprement dite, tout cela n’avait de sens que pour lui.
Ce qui comptait, disait-il, c’est le livre, le lecteur se fiche du reste. Le reste n’a d’intérêt que pour son auteur. »

p 95 « Cela tant, ce n’était pas sans une certaine appréhension que les écrivains avaient enregistré la nouvelle. Leur crainte ne se fondait pas tant sur la menace de la faim que sur celle de voir chavirer un quotidien auquel ils s’accrochaient désespérément,
qu’ils avaient appris bon gré mal gré à amadouer. Chaque jour était une réplique de précédent, avec le lot de connu et de prévisible qui les rassurait. Tout changement, même infime, était source d’inquiétude. »

p 103 « Evgueni prétendait que c’était du bœuf, du corned-beef plus exactement, celui que contenaient les milliers de rations entreposées dans le local cuisine. Il disait certainement vrai, c’était filandreux comme du bovin, toutefois Sven
ne pouvait s’empêcher de penser en la voyant au vieux film de Fleischer, Soleil vert, du nom donné à la nourriture fabriquée avec des cadavres humains. Dans le monde de fous où ils se trouvaient … il n’aurait pas été étonné d’apprendre qu’ils devaient leur
survie à un scénario identique. Trente-cinq de leurs compagnons d’infortune étaient morts et ils ne savaient pas ce qu’ils étaient devenus. »

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p 105 « En effet, les bonnes manières s’effaçaient au profit de gestes et d’attitudes de plus en plus frustres et agressives, dictées par la stricte nécessité de se maintenir en vie. Le vernis de l’éducation et de la civilité se craquelait chaque jour davantage
face au chacun pour soi. Comme si l’urgence portait sur la satisfaction des besoins fondamentaux tels que manger, dormir et chier, avant toute autre considération.
Sven avait constaté très tôt – quelques jours seulement après le Désastre – un relâchement général. Ce n’étaient alors que des écarts de langage, insignifiants pour la plupart, mais perceptibles tout de même aux oreilles d’écrivains attentifs au bien parler. »

p 191 « Passé le premier effroi, Lillian rendit les cadavres à l’obscurité avant de refermer la porte. » … « Elle n’était pas sans savoir que l’ignominie était à la mesure de l’univers, infinie, mais elle ne s’était pas attendue à cela. Cela, c’était une brèche sur un passé pas si
lointain, celui des camps de la mort, de la déportation, des chambres à gaz. Un passé qui lui sautait brutalement à la gorge, tel un chien enragé. C’était insupportable, au sens réel du terme. »

p 217 « C’était comme une masse dure et charbonneuse impossible à digérer, tout hérissée de piquants. Cela lui faisait un mal de chien. La haine était une amie de longue date (dans ses souvenirs, elle était déjà là dans son berceau), il se frottait souvent à elle,
avec volupté, elle lui procurait des sensations très, très douces et bienfaisantes ; elle lui chantonnait de jolis refrains au creux de l’oreille. »

Édition : Cogito

Genre : Thriller psychologique

Publié en 2017

Illustration ; La Plume Numérique