Des chauves-souris, des singes et des hommes … Paule Constant

Un conte satirique … empreint de fatalisme
Un village … une chauve-souris … une petite fille … Un grand singe … de jeunes garçons … une malédiction ?? de la sorcellerie ?? une épidémie ???

Un voyage au cœur de l’Afrique … au bord du fleuve Ebola … au sein de la tribu des Boutouls et des humanitaires … des religieuses …
un médecin … un sociologue … un interprète … pensant sauver des vies … dans ce décor de désolation

Des vies … des destins qui se croisent … Olympe, Agrippine, Virgile, Docteur Désir, sœur cimetière… Thomas … une errance pour tous …
une détermination qui s’effrite au cours du temps …
Des morts … une épidémie ? des phénomènes inexpliqués ? une campagne de vaccination … des manques de médicaments … de matériels …

l’auteure nous laisse réfléchir sur le bienfait de la présence occidentale en Afrique !!

Une belle écriture entre poésie et cynisme !!

Un conte ou pourquoi pas un thriller !! Avec une question … Quelle est la cause de tous ces morts ???

p 25 « Elles aiment à la même heure du jour se lever, nourrir les enfants, aller puiser l’eau, parler, parler pour écraser l’inconnu comme elles broient les graines avec leurs pilons, …
Elles permettent aux serpents de venir téter les vaches, aux vampires de saigner les troupeaux, aux caïmans de garder dans leur ventre le corps d’un enfant qui blanchit quand on le ramène à la vie.
Elles acceptent que des poissons violent les filles qui restent trop longtemps à laver leur linge sur le bord de la rivière, pour leur faire un enfant de lune aux yeux rouges, aux cheveux blancs. Mais
elles refusent qu’un étranger les pique avec une aiguille de fer pour leur inoculer une sorcellerie dont elles ne connaissent rien et dont elles n’ont pas l’antidote. »

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p 22 « Les gens qui ne voyagent pas racontent et inventent pour explorer un univers qu’ils ne connaissent pas. Ils lui donnent un commencement,
une fin et entre les deux tissent, chacun à sa façon, la toile du conte collectif. »

p 55 « Il y a toujours des césariennes le soir, expliqua la Sœur tourière. On a attendu toute la journée et on ne veut pas y passer la nuit. Vous savez ce qu’on dit, la nuit ne doit pas tomber deux fois
sur une femme qui accouche. »

p 56 « Les grands malades étaient envoyés à l’hôpital de brousse tenu avant la décolonisation par des médecins militaires et après, dans les hôpitaux de la capitale. Le
malade était convoyé dans des pirogues aux noms crépusculaires, Volonté de Dieu, Dieu est grand, Dieu sauve l’Afrique. Ceux qui le voyaient partir couché n’avaient pas grand espoir
de le voir revenir debout. »

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p 70 « … dans les années cinquante, la pensée coloniale abandonnait le paternalisme. Elle se voulait moderne et imaginait une politique de développement qui s’appuyait,
nouvelle méthode de coercition, sur la vaccination de masse. Contre l’indigène, on ne brandissait plus la pétoire mais la seringue. On lui promettait la santé et on le rendait malade.
L’empire était en pleine mégalomanie, la puissance médicale naissante confortait le politique … « 

p 89 « A la Mission, seules les Sœurs étaient enterrées, les nombreux défunts étaient emportés par leurs familles qui leur dispensaient des rites funéraires dans leurs villages.
Néanmoins le cimetière restait instructif. Aucune religieuse n’avait fait de vieux os. …
– Preuve, avança Agrippine, que les soignantes mourraient dans la même proportion que les soignés.
… – Le réservoir de virus, précisa Agrippine à l’intention de Virgile, se trouve chez les grands singes de la forêt. Les épidémies chez les singes précèdent généralement les épidémies humaines. »

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p 111 « Et pendant que les petites Sœurs procéderaient à la vaccination, Agrippine consulterait avec l’aide de Thomas. Elle verrait des malades si anciens qu’ils seraient
devenus la maladie, toute la maladie comme incrustée dans un corps dont elle s’était emparée et qu’elle ne lâcherait plus, moins pour en venir à bout et le tuer que pour
rester accrochée sur l’individu qui la transmettrait. Il n’y a rien que les maladies aiment tant que d’être transportées d’hôpital en hôpital mais quand elles n’en ont pas
l’occasion, de village en village. Elles ne sont pas contre les balades en forêt et les croisières en pirogue. Les maladies souffrent de solitude, un malade n’est pas assez.
Elles adorent les rêves-parties. »

p 119 « Bien sûr, partout où elle était allée, elle avait croisé des enfants merveilleux, seuls, malades, abandonnés ou simplement offerts par leur mère, les bras tendus.
Bien sûr, elle avait été tentée de les emporter, de les sauver, de les cacher. Et chaque fois, se raisonnant, au nom de quoi ? de la loi ? de ce qui se fait ou ne se fait pas, aussi ridicule et révoltant que les principes d’un guide de bonnes manières à l’usage des humanitaires,
elle les avait laissés dans l’entassement d’un orphelinat, seuls sur le trottoir, dans les bras d’une mère qui n’en pouvait plus, et dans le meilleur des cas au bord de la mort sur un lit d’hôpital dont le drap
leur servirait de linceul. »

http://www.franceinfo.fr/emission/le-livre-du-jour/2015-2016/le-livre-du-jour-2015-2016-du-09-05-2016-09-05-2016-06-57

Édition : Gallimard

Genre : Roman, Conte, Thriller

Publié en 2016

Le Balcon … Cécile Delile

Une belle histoire … autour de la célèbre toile … Le Balcon … de Manet.
La relation entre Édouard Manet et Berthe Morisot … tout en finesse … en subtilité … en suggestion …
Un peintre et son modèle … un maitre et son élève … un amant et sa maitresse ?     Une complicité et une passion

Puis l’ ascension fulgurante de Berthe Morisot … la première femme peintre impressionniste

Un beau roman ou nous croisons aussi … de grands personnages … ZolaBaudelaireMonetRenoirFautin-Latour
Une plongée dans le monde des impressionnistes ... du café Guerbois … des conversations d’artistes … des rancœurs … des jalousies
on découvre la grande amitié qui unissait Manet et Baudelaire

L’amour et la complicité de Berthe Morisot pour sa sœur Edma !!

Du plaisir et de la poésie … ou l’on se laisse porter au gré des pages dans le monde « enchanteur » et incompris
des débuts de l’impressionnisme

Une écriture fluide, poétique et envoutante

Un magnifique roman à découvrir

et qui m’a donné envie d’en savoir plus sur cette période … en faisant un tour à Giverny (76)  dans la maison
de Monet ou deux belles toiles de Berthe Morisot sont exposées (dans la chambre de Monet) … et d’aller découvrir l’exposition au Musée des Beaux-Arts de Rouen
sur « Manet, Renoir, Monet et Morisot …  » (jusqu’au 26 septembre 2016) …

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p 32 « Zola entra en soulevant son chapeau sous les applaudissements et les cris de ses amis.
La langue que parle Manet est une langue nouvelle, faite de simplicité et de justesse, vous n’avez qu’à suivre, dit-il avec éloquence.

p 49 « Soleil acide, ciel bleu, mer identique, quelques bateaux se reposent après la pêche animée du matin, dans le port de Lorient. C’est dans cette lumière froide et saturée qu’Edma
s’est installée pour poser, les nuages mouchetés assortis aux plis de sa robe. En face, Berthe aspire la mer, les odeurs, les voiles, les coques et les briques des murets.
Elle avale les formes avec une souplesse et une agilité qui l’étonnent elle-même, …
Elle retourne vite à sa palette, les bleus, les ocres se fondent à son désir et les noirs prennent vie miraculeusement au milieu de l’eau, entre les barques rangées comme des petits soldats.
Quelle belle journée ! »

Le balcon
« Le Balcon » de … Manet

p 66 « La musique de la rue était perceptible à travers la vitre, l’homme était en jaquette et la femme nue. La peau claire, le brun de sa chevelure, marquaient violemment sa présence au milieu des bouquets éparpillés.
Il fit tomber sa jaquette et le bruit du dehors laissa la place au mouvement de deux corps amoureux.
Berthe se rhabilla, elle rajusta les plis de sa robe, fit patiemment le tour de la pièce et se dirigea d’un souffle léger vers le sofa grenat? Les bras dépliés prête à s’envoler, le soulier pointé et le regard troublé, elle offrit au peintre l’éclat
de sa beauté. »

p 70 « Pourquoi lui cacher, Berthe chassait de son esprit tous ses embêtements, elle avait le don de transformer le réel dès qu’elle entrait dans une pièce et donnait à chacun l’envie violente de lui appartenir. Peu
d’êtres en sont capables, seul ce tendre Baudelaire à travers la force de leur amitié l’avait autant touché, dans la « décrépitude » de son art comme dans son intimité.
Il était mort en septembre et Berthe était apparue quelques semaines après, comme si la lumière de cet ami avait resurgi sous sa robe. Baudelaire et femme à la fois, voilà ce qu’il aimait chez elle. »

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« Le repos » … Berthe Morisot de … Manet

p 75 « Finir un tableau est toujours un moment qu’il attend avec impatience et qu’il redoute aussi. Il panique, ses mains transpirent, son souffle s’accélère, son visage se crispe, débordé par un insatiable désir de perfection et perdu
dans sa passion. C’est comme si tout était à recommencer à la prochaine toile, une immense vague balayant les formes, les objets et laissant le vide ressurgir jusqu’au moment où la couleur renaîtra de sa main. Le charme
de la peinture n’est-il pas fait d’indécision et d’hésitation ? Sans la beauté de Berthe aurait-il goûté à ce double enchantement ? »

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p 87 « Le modèle est nu et la toile est vide. Berthe s’est déshabillée sans réfléchir dans un geste pressé pour le suivre, lui appartenir, que son regard la pénètre des pieds jusqu’à la chevelure. Elle attend impatiente,
quelques gouttelettes glissent sur son front et sa cheville tremble, mais elle garde la pose assise sur le tabouret de l’atelier. »

p 134 « – Vous semblez accablée mon cher, pourtant les Tuileries sont si gaies ce matin.
– C’est Baudelaire, la musique me rappelle sa compagnie et ses douces paroles. Il aimait cet endroit où nous discutions autour des tables rondes pendant des heures. Enivrez-vous mon ami, me disait-il, «  Il faut être
toujours ivre, tout est là, c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve … De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise mais enivrez-vous ! »
– Vous l’avez peint ici, cherchez bien derrière les buissons, vous allez le trouver. Je sais qu’il n’est pas loin. »

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« Une femme à la toilette » de … Berthe Morisot

http://www.ouest-france.fr/bretagne/becherel-35190/portrait-de-femme-le-balcon-de-cecile-delile-4126107

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Éditions du petit Pavé

Genre : Roman

Publié en 2015

La plume de ma vie … Anne-M’Harry

Un Témoignage grave, poignant et touchant ! Une émotion à fleur de peau !
Une enfance saccagée … un début de vie cauchemardesque … avec un père, un « géniteur » destructeur … et dévastateur !

Un parcours « au milieu » .. des services sociaux … des gendarmes …
Un destin torturé … néanmoins jalonné de belles rencontresun papy et une mamie … une « sœur de cœur » … des éducateurs … Un professeur …

Une écriture fluide et agréable en début de livre … malheureusement plus « précipitée » en fin de livre !!
Les évènements se précipitent et le récit devient un peu moins précis !!
De très Belles Illustrations que l’on découvre au fil des pages …

Un Témoignage saisissant de Vérité

Une vie au bord du précipice !!!!

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p 17  » Et si ...
Et si j’avais eu une enfance dite »normale », vivre dans l’insouciance en laissant glisser les jours heureux. Accueillir mon père les bras ouverts en courant vers lui « Papa !!! » …
Et si j’avais été tout simplement aimée
On n’y pense pas mais l’amour c’est important pour un enfant, c’est la base d’une vie. Se sentir protégé, rassuré, consolé, épaulé, écouté, bref, des petites choses de tous
les jours si banales et pourtant si importantes.
« Et si j’avais eu des copines qui venaient à la maison pour jouer avec moi, partager mon gâteau d’anniversaire … » oups ! Mes mots d’enfance s’échappent de ma plume.
Et si ...
Et si mon enfance avait été comme cela, serais-je qui je suis ?
Aurais-je mon recul pour vous écrire ?
Aurais-je ma sensibilité ?
Nul ne le sait …
Et si ...
Avec des « si » je réécrirais mon histoire tout en gardant mon savoir, je profiterais de ces instants d’insouciance, de rires, de joies et surtout d’amour … »

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p 19 « Roger et Henriette ont changé ma vie ; enfin j’avais un papy et une mamie qui m’aimaient, je n’étais plus seule, je pouvais compter sur quelqu’un. Une complicité était née entre nous au plus grand bonheur de Maman.
Après ma journée d’école, je partais chez Henriette pour faire mes devoirs, mon goûter m’attendait à table, c’était tout simple, un petit pain au lait, trois bonbons de couleurs pour les yeux et le nez et deux gâteaux en guise d’oreilles.
Je n’avais jamais eu un quatre heures original, une souris faite maison avec un bol de chocolat.« 

p 31 « Mme Ball (professeur au collège) avait signalé ma détresse aux services sociaux, ce qui n’arrangeait rien puisque mon tendre père disait que je faisais cela pour faire mon intéressante. …
L’année scolaire recommença au collège … et je n’avais plus ma prof en cours, ça me rendait triste. A mon avis, elle a dû se sentir trop investie par mon cas et avait voulu se protéger en m’éloignant, chose que je comprends maintenant. A cette
époque je ne comprenais pas et je me sentais abandonnée …. « 

p 28 « Le lendemain matin, je me levai difficilement, j’avais des douleurs de partout. On m’accusait d’avoir frappé Maman, j’étais sur le « cul » car la veille on m’accusait d’avoir caché une bouillotte….Plus rien n’était
comme avant, entre le cousin qui me violait et le géniteur qui me tabassait, je me murais dans mon silence. Je ne voulus plus parler à personne ... »

p 41 « Au début je croyais que j’étais juste abusée, or lors d’un reportage télé sur le sujet, je compris que j’étais victime de viols. Les gendarmes ont effectué une enquête … Lors de mon audition, j’ai été filmée car j’étais mineure ;
sur la vidéo je décrivais mon calvaire, les détails, les lieux. Bref tout …
La gynécologue avait constaté que mon hymen avait été arraché et que j’avais une longue cicatrice suite à un déchirement vaginal. On était accompagné par une gendarme et maladroitement,
Maman avait dit : »Ah, c’est vrai quand même ! ». Sur le coup cela m’avait vexée car je croyais qu’elle doutait toujours de ma parole. »

p 61 « Un soir, en revenant du poulailler, je vis Maman arriver en pleurs de la laiterie. Sur le coup je me demandai ce qu’elle avait et je courus vers elle afin de savoir ce qui c’était passé.
Le fou l’avait poussée violemment dans le caniveau, elle était tombée et avait failli heurter de la tête une barre de fer. Ce soir-là Maman avait vraiment eu peur pour sa vie. Elle me dit : « je ne sais pas ce qui lui a pris … il devient fou ! »
Je ne savais pas comment la consoler, j’étais partagée entre peine et colère. »

Genre : Témoignage

Publié en 2016

Goélands … Pierre Leseigneur …

Il y a tous les ingrédients pour un beau voyage … une très belle couverture … une belle histoire, le dernier voyage au bord de mer d’un grand père avec sa petite fille Kasia … une belle écriture poétique
mais … La magie n’opère pas !!

Une impression de « grande concentration » de l’auteur pour bien faire … pas de « laissé aller » !! trop de retenue !! trop de technique !!
pas assez d’émotions !! Tellement dommage !! Mais c’est aussi un premier roman …

il y a aussi des incohérences … le grand père alité et qui soudain marche … des personnages qui arrivent et disparaissent par miracle … un spectacle de cirque bien étrange …
des sauts dans le temps déroutants !!
Si lors du dénouement … l’auteur avait choisi le rêve … « le grand père a eu des hallucinations ou fait un beau rêve  » … on comprenait toutes ses incohérences … mais non c’est un voyage bien réel !!

Un roman … une lettre d’amour pour un grand père … ou je n’ai pas ressenti la sensibilité de l’auteur !!

« … j’ai décidé que je ne me lèverais pas aujourd’hui. Comme depuis des semaines. Non, je n’ai pas envie de me porter sur mes jambes. Mon dos se complait à l’horizontale. Même si ce lit demeure celui funeste de mes derniers jours approchant. Je m’amuse à en souiller les draps par la sueur de mes cauchemars fiévreux … j’attends la visite de ma petite-fille chérie … « 

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p 24 « La vie est un regard terrestre : elle dépend de celui porté vers le ciel et de ce que l’on décide d’y voir. « Si tu te perds quelque part dans la vie,
surtout, n’oublie jamais ma petite, que même si les jours sont trop pâles, chaque nuit il y aura toujours des étoiles« , … Le regard ne doit pas s’arrêter aux nuages, puisque derrière, le soleil demeure toujours quelque part.
L’aube revient toujours, c’est inévitable. »

p 47  « C’est un certain mois de février que la grande dame en noir est venue prendre Debbie sous son manteau, pour l’abriter de la pluie qui inonde le chemin vers l’au-delà. Li m’a fallu des années pour accepter le fait de ne plus jamais
la revoir. »

p 61 « Les flocons en lambeaux, par la fenêtre, ressemblent de plus en plus à de petits pingouins voletant au gré du vent comme des feuilles mortes. Ni neige, ni flocon et encore moins pingouins … Je pense pouvoir affirmer que la morphine me donne des hallucinations.« 

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p 102 « Nous échangeons un regard entendu, souligné d’un sourire en coin plein de malice. Nous avons tous deux la même chose en tête : ce qui s’est passé la nuit dernière appartient à la nuit dernière ; là, nous
nous apprêtons à reprendre nos droits virils en faisant suer la peau de femmes, êtres divins, aux allures d’anges délurés, mais à l’âme démoniaque, envoûtant les hommes de leurs corps charmeurs, telles des sirènes sans queue. La nuit va être à la fois si longue et si courte …

p 117 « L’air qui caresse ma barbe naissante m’insuffle une nouvelle vie. J’aimerais que le temps s’arrête là. Que le soleil reste dans l’entrebâillement de l’horizon pour seulement tiédir l’atmosphère. Un soupçon de poésie assaisonné de tranquillité, ajoutez une noisette de tendresse dans le cœur et vous obtenez la cerise sur le gâteau de la plénitude.
Et je reste convaincu que l’air marin est le mode de cuisson idéal. »

p 130 « Le souffle de la faucheuse est revenu me faire frémir une ou deux fois alors que je dormais. Cette sensation est difficile à décrire. C’est comme si, l’espace de quelques secondes, une ombre sans forme, sans couleur, sans matière essayait de rentrer dans ma peau. ….
j’ai la sensation que ce souffle me suit, l’air de rien. Il m’arrive même de me retourner, pensant la voir me regarder de ses yeux invisibles. »

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Première rencontre avec l’auteur … au salon du livre d’Evreux … en Novembre 2015

Édition : Le Mistemboir (propose des formats de livres non classiques …  carrés  18X18 cm)

Couverture : Julien Robic d’après une photo de Charlotte Leseigneur

Genre : Roman

Publié en 2015

MosaïQ … Christian Zimmermann

Un moment poétiqueartistiquephilosophique .. et apaisant
Des Haïkus mélodieux … aussi légers qu’un souffle
une rêverie … faite de lettres et de graphisme
Un bonheur à « humer » ...

« en caressant cette pensée :
la découverte
d’un grain de folie« 

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Préface « La règle du haïku exige qu’il ne soit pas plus long-mais pas moins- qu’une respiration. L’œuvre de Christian Zimmermann se passe le temps d’un souffle,
léger, profond-subtil et discret séisme intérieur ; un haïku et un souffle, un fragment et une fraction de l’être. »

« Pour éclairer
les coins les plus obscurs
on n’a qu’une langue de poche »

« l’acteur
s’habille de paroles et frisonne
dans une autre nudité« 

« l’idéal : délai
pour le réaliser
sans jamais l’atteindre »

« la réalité
ne se laisse pas comme ça
tirer par les « je veux«  »

« enfant j’avais hâte
de pouvoir voler
de mes propres illusions« 

« mieux vaut
ne pas briser le silence
dans lequel on se reflète« 

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Christian Zimmermann est poète, donc aussi philosophe.
Ses rêveries comme ses méditations prennent forme dans les lettres qui, sur la trace visible des instances, des couleurs intérieures qui “ creusent la question “, lui transmettent une musique et des signes qu’il nous donne à voir dans l’aplat d’un tableau, parfois musicien, d’un volume mis en signes.
Dans tous les cas une belle rêverie philosophique qui relève de l’essentiel.

https://www.youtube.com/watch?v=7tRQ4X9Cfn0

Une belle rencontre avec l’auteur … et le marionnettiste  Christian Dherbécourt (mise en scène des textes de Christian Zimmermann) … au salon du livre de Pont de L’Arche … en Juillet 2016

Édition : Caractères

Publié en 2014

Les Âmes blessées … Boris Cyrulnik

Pas adepte de biographie et encore moins d’autobiographie … j’ai néanmoins été … intriguée et fascinée par … Boris Cyrulnik … lors d’une émission télévisée ou
il parlait de son livre et de son expérience en psychiatrie

Malgré un début de livre … un peu abstrait … centré sur ses rencontres … ses homologues … éthologue, psychiatre, psychanalyste, neurobiologiste, neuropsychiatre,  …
avec un nombre impressionnant de noms de spécialistes …Lacan, Freud, Tinbergen, Edouard Zarifian, spitz, Huguenard, Lorenz,….
Xavier Emmanuelli, …

au fur à mesure des pages … on découvre « des choses fascinantes et hallucinantes »
les débuts de l’anesthésie … la découverte des psychotropes … la fin de la criminelle lobotomie … les débuts de l’accouchement sans douleur …
la prise en charge de la douleur … et un sujet qui tient particulièrement à cœur à Boris Cyrulnik … la résilience !!
« Au premier Congrès mondial sur la résilience, à Paris en juin 2012, on a vu apparaitre un accord sur la définition. Nous
connaissons enfin l’objet de nos réflexions : il s’agit de se remettre à vivre après un trauma psychique. »

Un bond énorme en psychiatrie ces 50 dernières années !! « La morale de cette histoire, car c’est ainsi qu’il faut conclure, m’a invité à extraire de cinquante années de pratique une leçon tirée de mes rencontres avec cet objet étrange
que l’on appelle « psychiatrie ». »

Une « étude  » … une observation sur le comportement humain … sur la compréhension ou l’incompréhension de la folie
« Rien n’est plus expliqué que la folie, ce qui prouve qu’on n’y comprend rien. »

Les idées culturelles … ou il est difficile de changer les choses … et de donner de nouvelles explications … « Les idées qui triomphent dans une culture ne sont pas forcément les meilleures,
ce sont celles qui on été les mieux défendues par un appareil didactique. Tout innovateur
est un transgresseur puisqu’il met dans la culture une pensée qui n’y était pas avant lui. Il est donc admiré par ceux qui aiment les idées nouvelles, et détesté par ceux qui
se plaisent à réciter les idées admises. « 

Un livre de découverte … et de questionnement … à découvrir !!

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C’est trop facile de penser que seuls les monstres peuvent commettre des actes monstrueux. Je me disais qu’après tout le Diable avait été un ange et que Dieu
avait permis Auschwitz.
[…]
J’ai pensé que le Diable était un ange devenu fou, et qu’il fallait le soigner pour ramener la paix. Cette idée enfantine m’a engagé dans un voyage de
cinquante ans, passionnant, logique et insensé à la fois. Ce livre en est le journal de bord.

p 87 Alexandre Minkowski « Les principaux adversaires de ce projet furent les universitaires qui récitaient le dogme du darwinisme social : »il ne faut pas s’occuper des prématurés, de façon à ce que la nature sélectionne les plus forts et élimine
ceux dont la vie aurait été sans valeur. » Le nazisme avait perdu la guerre des armes, mais pas le combat des idées. »

p 116 « Le cerveau des lobotomisés ne peut que percevoir une information présente, mais il ne peut plus aller chercher dans le passé l’origine de la trace. Ni futur ni passé, le cerveau ne sait plus conjuguer ! La structure
même des phrases devient contextuelle : pas de virgules pour scander le temps, pas de digression pour échapper à la linéarité qui enchaine les idées, pas d’association pour rassembler
les souvenirs éparpillés et en faire une représentation cohérente. Quelques réponses au présent, deux ou trois mots, pas plus : le cerveau ne sait plus faire de la grammaire ! »

p 133 « Dans les années 1950, il y eut une campagne sanitaire en faveur du brossage de dents. Vous n’allez pas me croire quand je vous dirai que plusieurs associations se sont créées pour s’y opposer. …La nouveauté provoque l’indignation quand on n’en comprend pas l’utilité. »

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Entrer une légende

p 150  » La folie déclenche la peur qu’on éprouve devant une force occulte qu’on ne comprend pas et qui nous possède . « Et si c’était contagieux ? Et si ça m’arrivait ? » Quand
les médicaments dits « psychotropes » ont été trouvés, ils ont diminué la souffrance des patients qui s’est exprimée moins violemment. En quelques mois, les fous nous ont fait moins peur et les soignants en ont profité pour tenter
de les comprendre au lieu de les isoler. »

p 252 «  »Comment est-il possible que certains enfants s’en sortent et deviennent des adultes épanouis, alors qu’en toute logique ils auraient dû être définitivement fracassés ? » …
Emmy Werner baptisa ce processus « résilience« . A la métaphore d’une barre de fer qui tient le coup, je préfère l’image agricole qui dit qu’un sol est résilient quand, dévasté par un incendie ou une inondation, toute vie a disparu jusqu’au moment où l’on voit resurgir une autre flore, une autre faune. »

p 322 « Mai 68 a donné naissance à la psychiatrie qui, elle aussi, a connu ses trente glorieuses : l’ouverture des hôpitaux, l’apparition des médicaments, l’essor de la psychanalyse et la découverte de l’importance des causes sociales pour expliquer, soulager et parfois guérir les souffrances psychiques.
Trente années de progrès, de découvertes, de rencontres, de lectures, de voyages, d’amitié et de conflits inévitables : quelle belle aventure ! »

https://www.youtube.com/watch?v=s_zbLMv5H-Y

« Ce long chemin m a conduit à tenter d’expliquer, de soulager et parfois de guérir les souffrances psychiques. Il m’a donné le plaisir de comprendre et le bonheur de
soigner les âmes blessées. »

Genre : Autobiographie

Édition : Odile Jacob

Publié 2014

 

Je voudrais pas crever … Boris Vian

Après Émile Zola, Eugène Sue, Georges Sand, Albert Camus, … Roland Barthes … Je découvre Boris Vian

Et oui je suis une lectrice « contrariée » par la « grande littérature Française » … J’ai longtemps pensé que lire du Maupassant, Pagnol, Colette, Zola, Hugo, Balzac … était ennuyeux !!
Jamais compris que jeune lectrice … aimant « dévorer » les livres je m’ennuyais « grave » en cours de Français au collège et au lycée !!
Et j’ai découvert au cours de mes « rencontres littéraires » que je n’étais malheureusement  pas la seule !!
Mais depuis quelques temps j’ai décidé de changer les choses et de découvrir ces grands noms de la littérature française !! Il n’est jamais trop tard !!
Et il y a de bonnes surprises bien sûre !!

Dont Boris Vian … son écriture « décalée » … « déjantée » … et ses raisonnements étonnants !!
p 111 « Je sens, cher ami, qu’à ce stade, non seulement vous, mais d’autres lecteurs aurez du mal à suivre les méandres de ma pensée, et comme je vous comprends, mais
c’est la conséquence d’un vœu, et je me suis aperçu que lorsque j’écris un article ou une chronique, il me faudrait trois ans pour arriver à la version définitive et ordonnée.
C’est une tare, j’ai le mental discontinu. Ponctuel et non pas linéaire. Vous me le pardonnez, je n’ai pas chaque fois trois ans. »

Ces poèmes désabusés

« La vie, c’est comme une dent
D’abord on y a pas pensé
On s’est contenté de mâcher
Et puis ça se gâte soudain
Ça vous fait mal, et on y tient
Et on la soigne et les soucis
Et pour qu’on soit vraiment guéri
Il faut vous l’arracher, la vie« 

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« Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d’égout

Je voudrais pas mourir
Sans qu’on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur

Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d’avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu’est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir goûté
La saveur de la mort... »

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p 45 : Un poète
« Un poète
C’est un être unique
A des tas d’exemplaires
Qui ne pense qu’en vers
Et n’écrit qu’en musique
sur des sujets divers
Des rouges et des verts
Mais toujours magnifiques« 

p 47 : Si les poètes étaient moins bêtes
« Si les poètes étaient moins bêtes
Et s’ils étaient moins paresseux
Ils rendraient tout le monde heureux
Pour pouvoir s’occuper en paix
De leurs souffrances littéraires.

Ils construiraient des maisons jaunes
Avec de grands jardins devant
Et des arbres pleins de zoizeaux
De mirliflûtes et de lizeaux
Des mésongres et des feuvertes
Des plumuches, des picassiettes
Et des petits corbeaux tout rouges
Qui diraient la bonne aventure

Il y aurait de grands jets d’eau
Avec des lumières dedans
Il y aurait deux cents poissons
Depuis le croûsque au ramusson
De la libelle au pépamule
De l’orphie au rara curule
Et de l’avoile au canisson

Il y aurait de l’air tout neuf
Parfumé de l’odeur des feuilles
On mangerait quand on voudrait
Et l’on travaillerait sans hâte
A construire des escaliers
De formes encore jamais vues
Avec des bois veinés de mauve
Lisses comme elle sous les doigts

Mais les poètes sont très bêtes
Ils écrivent pour commencer
Au lieu de s’mettre à travailler
Et ça leur donne des remords
Qu’ils conservent jusqu’à la mort
Ravis d’avoir tellement souffert
On leur donne des grands discours
Et on les oublie en un jour
Mais s’ils étaient moins paresseux
On ne les oublieraient qu’en deux. »

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Illustration: Paul Delvaux

Y AVAIT UNE LAMPE DE CUIVRE

« Y avait une lampe de cuivre
Qui brûlait depuis des années
Y avait un miroir enchanté
Et l’on y voyait le visage
Le visage que l’on aurait
Sur le lit doré de la mort
Y avait un livre de cuir bleu
Où tenaient le ciel et la terre
L’eau, le feu, les treize mystères
Un sablier filait le temps
Sur son aiguille de poussière
Y avait une lourde serrure
Qui crochait sa dure morsure
A la porte de chêne épais
Fermant la tour à tout jamais
Sur la chambre ronde, la table
La voûte de chaux, la fenêtre
Aux verres enchâssés de plomb
Et les rats grimpaient dans le lierre
Tout autour de la tour de pierre
Où le soleil ne venait plus

C’était vraiment horriblement romantique. »

Ces « Lettres au collège de Pataphysique »

Définition de la Pataphysique : Le Collège en propose plusieurs définitions. De la plus directe, « la science des solutions imaginaires », à la plus complexe : « La ‘Pataphysique
est à la métaphysique
ce que la métaphysique est à la physique », voire « la plus vaste et la plus profonde des Sciences, celle qui d’ailleurs les contient toutes en elle-même, qu’elles le
veuillent ou non », ou bien encore : « La ‘Pataphysique est l’équivalence des contraires » ; pour résumer : « La ‘Pataphysique est la substance même de ce monde.»

p 78 AXIOME
« Retirez le Q de la coquille : vous avez la couille, et ceci constitue précisément une coquille.
Je laisse à cet axiome, monsieur, le soin de perforer lui-même, de son bec rotatif à insertions de patacarbure de wolfram,
les épaisses membranes dont s’entoure, par mesure de prudence, votre entendement toujours actif. Et je vous assène,
le souffle repris, ce corollaire fascinant :
Et ceci est vrai, que la coquille initiale soit une coquille de coquillage ou une coquille d’imprimerie, bien que la coquille
obtenue en fin de réaction soit toujours (à moins de marée extrêmement violente) une coquille d’imprimerie en même temps qu’une couille imprimée.
Vous entrevoyez d’un coup, je suppose, les conséquences à peine croyables de cette découverte. La guerre est bien loin.
… Bref, partons d’une coquille. La suppression du Q entraîne presque
immédiatement la mutation du minéral inerte en un organe vivant et générateur. Et dans le cas d’une coquille initiale d’imprimeur, le résultat est encore plus spectaculaire,
car la coquille en question est essence et abstraction, concept, être de raison, noumène. Le Q ôté permet le passage de l’essence à l’existence non seulement existante mais
excitable et susceptible de prolongements.« 

Sa Lettre à sa Magnificence Le Baron Jean Mollet
Vice-Curateur du collège de Pataphysique sur les truqueurs de la guerre.
p 91 « Je me garderai d’insister sur le danger psychologique de ce triste état de choses : il est précis, colossal, obligatoirement, plus ou moins l’idée qu’elle n’était pas dangereuse. Ceci
concourt à l’échec de la suivante, et ne fait pas prendre au sérieux les guerres en général. Mais ce ne serait rien. Le combattant qui ne s’est pas fait tuer garde en lui-même une mentalité de raté; il aura à cœur de compenser cette
déficience et contribuera donc à préparer la suivante; or comment voulez-vous qu’il la prépare bien, puisqu’il s’est tiré de la précédente et que par conséquence, du point de vue de la guerre, il est disqualifié ?« 

Préface et notices par Noël Arnaud

Edition : Fayard/Pauvert 1962