SEUL Renaissance … Belisa Wagner

Un roman … un polar ou le personnage central Geoffrey Edelmann raconte son histoire … ses mois difficiles … à une « inconnue » !! Pourquoi son silence vis à vis d’elle !! Il se livre en espérant sans doute le pardon

Un début de livre rythmé et efficace !! La fin du tournage d’un film en Allemagne, dont Geoffrey est l’acteur principal … film qui engendre pour Geoffrey des questionnements sur son enfance … ses origines !!
puis le retour en France … et son incarcération pour le meurtre de Karine, sa femme la mère de ses deux enfants … et le rythme se ralentit !! L’enquête progresse … tranquillement … les questions et les interrogations sont nombreuses …

On découvre la vie au quotidien d’un détenu .. l’isolement … les bagarres et les brimades !! Les moments de désespoir et d’incompréhension !!

et derrière ce MEURTRE … se cache peut être … des histoires de familledes secrets … des rancœurs … des règlements de compte !! Les vieilles blessures refont surface !!

Des personnages secondaires qui « tournent en orbite » autour de Geoffrey personnage principal et très présent !! Patricia policier et ex collègue de Geoffrey, son avocate, la juge d’instruction, … et Stéphane son père !!
Puis enfin Océane ce témoin providentiel !!

Une écriture fluide et très agréable … une belle description des sentiments .. des ressenties … des émotions !! le point FORT de ce roman …

Par contre la relation entre Pascal et Karine un peu survolée !! Légère frustration !! Comment se sont ils rencontrés ?? dans quelles circonstances ??
Impression que le meurtre de Karine n’est plus très important !!!
et Florian … personnage qui arrive un peu de nulle part !! Apparition un peu déroutante !!

Beaucoup de questions restent sans réponses … sans doute à découvrir dans le Tome 2 …

Malgré quelques moments de « déroutes » … j’ai vraiment apprécié ce roman … une belle histoire et surtout une SUPERBE et AGRéABLE écriture …
Hâte de découvrir le Tome 2 … Révélations !!!

DSC_2395 1-2 final mini
Voir extrait P: 253

p 9 « Le vol AF 351 en provenance de Toronto était en train de s’immobiliser devant le terminal de Roissy pour débarquer ses passagers dont je faisais partie. Il avait atterri à 8h05 en ce vendredi 2 mai 2014 alors que j’avais quitté Vancouver la veille à 10 heures pour Paris en faisant escale à
Toronto. Mon voyage en classe Business m’avait permis de dormir un peu, mais d’un sommeil agité. Mon esprit était perturbé par la rencontre que je m’apprêtais à vivre aujourd’hui. J’avais traversé l’Atlantique pour retrouver l’homme que j’aime et que je n’avais pas rencontré depuis plus d’un an.
Autant dire que mon anxiété était grande à l’idée de le retrouver. Serait-il toujours le même ? Aurais-je du mal à le reconnaître ? Aurais-je l’envie et la patience de l’écouter, de le redécouvrir et de reprendre notre histoire là où elle s’était brutalement interrompue ? »

p 120 « Geoffrey se réveilla en sursaut en proie à un terrible cauchemar dans lequel il était irrémédiablement entrainé vers les profondeurs d’un océan déchaîné. Il se débattait, mais rien ne pouvait le faire remonter à la surface de l’eau pour qu’il puisse
reprendre son souffle. Il était trempé et très essoufflé. Il en conclut qu’il avait dû se débattre dans son sommeil, que personne ne l’avait entendu et n’était venu à son secours. Il se dégagea des couvertures et le courant d’air froid qui circulait en permanence à cet étage du bâtiment le glaça.
Il frissonna, repris les couvertures, se rallongea et essaya de se calmer en inspirant et expirant lentement et profondément. Bientôt, il se demanda depuis combien de temps il était là, endormi. Il eut l’impression que la nuit tombait, mais il n’en était pas très sûr. Si
c’était le cas, pourquoi Roche n’était-il pas venu le réveiller pour l’empêcher de récupérer complètement ? Cela ne lui ressemblait pas d’être aussi gentil. »

DSC_2485 final mini
voir extrait p : 321 « les galets » …

p 159 « Maitre Isabelle Lebrun-Valette quitta la prison, troublée par ce nouveau client qui lui était tombé du ciel. Elle avait ressenti beaucoup de sincérité dans leurs échanges et pourtant, elle avait l’impression qu’il ne lui disait pas tout. Les mensonges par omission étaient les pires, à ses yeux.
Premièrement, elle se demandait pourquoi un avocat commis d’office lui avait transmis le dossier de bonne grâce. Il n’avait pas été révoqué par son client. Cela lui paraissait très étrange. Deuxièmement, pourquoi son client voulait-il être placé en isolement ? Peu de détenus faisaient une telle requête par peur de la solitude, si
déprimante. Il est vrai qu’un ancien flic pouvait craindre des représailles, mais Geoffrey n’avait été lieutenant de police que pendant cinq ans, et cela faisait environ quinze ans qu’il avait quitté la police. Ce motif ne collait pas. Alors, que s’était-il passé en sept jours d’emprisonnement ? … Son changement de nom à ses dix-huit ans ?
Et le fait que son grand-père lui envoyait toujours de l’argent alors qu’il n’en avait absolument plus besoin ? »

p 172 « En prison, chaque jour était identique au précédent. A sept heures, chaque matin, un gardien faisait l’appel. A l’énoncé de son nom, Geoffrey répondait pour qu’il sache qu’il était encore en vie. Puis petit-déjeuner, toilette à l’eau froide dans la cellule.
Il échappait toujours à la douche collective. Mais pour combien, de temps encore ? Puis, il se recouchait et il pensait. Il réfléchissait, comme lui avait demandé Isabelle, au déroulement de cette journée du mercredi 23 octobre 2013 jusqu’à la découverte du corps inanimé de Karine. Mais rien de lui revenait. Son
esprit semblait embrumé. Jamais il ne s’était senti aussi vide. … Et si en fait c’était lui qui l’avait tuée et qu’il ne s’en souvenait plus parce qu’il était devenu totalement fou ? Cette pensée macabre le terrorisa et l’obséda toute la matinée.« 

DSC_2492 final mini

p 253 « Il était masqué par la végétation, mais tellement reconnaissable. Il prit soin de ne pas laisser trop de traces de son passage et lorsque sa main chercha le trou dans le mur, il fut tellement surpris d’y trouver la clef, qu’il contempla un moment ce qu’il avait au creux de sa main. Elle était encore là, comme si
Mathilde l’attendait toujours. Il introduisit la clef dans la serrure, mais il eut beau essayer de tourner, la serrure ne fonctionnait plus. Le mécanisme était totalement grippé. Après de multiples essais, il la remis dans sa cachette et décida d’aller se présenter à l’entrée. De toute façon, qu’aurait-il fait si la porte s’était
ouverte ? Une violation de domicile l’aurait mené tout droit en prison.« 

p 321 Geoffrey ouvrit les yeux et sortit. Le vent lui cingla les joues. Il aima cette sensation, la même qu’il avait ressentie le jour où il avait été emmené à l’hôpital et qu’il avait essayé de trouver un subterfuge pour rester à l’extérieur le plus longtemps possible savourant la douceur de la caresse de la brise sur son visage. Pourtant, il avait des souvenirs
si tristes, si angoissants. Pour les évacuer, il eut une envie très forte d’aller vers la plage, puis vers les vagues. Maintenant, il marchait rapidement. Stéphane ne s’en inquiétait pas. Il pensait qu’il en avait besoin pour goûter à cette liberté toute récente et
qu’il répondait juste à son désir d’évasion. Geoffrey courait à présent et il regardait ses mains. Il y voyait dessus le sang séché de sa femme. Cette image était persistante. Elle l’avait hanté au point de se demander si ce n’était pas lui qui l’avait tuée. Il arriva à la limite entre les galets et l’eau. Les vagues vinrent mouiller ses chaussures. Il regardait toujours ses mains, les yeux pleins de
larmes. Il se baissa et ramassa un galet. Il le jeta en direction de la majestueuse aiguille d’Etretat, le plus loin possible en criant faiblement d’abord, puis un deuxième, un troisième. »

DSC_2410 final mini
Baron Henri de la Mare de la Villemarque … Son château ???

https://www.belisawagner.fr/  Blog de l’auteur …

Première rencontre avec l’auteur … au salon du livre de Pitres … en décembre 2016

Édition : LPM

Genre : Polar

Publié en 2016

Quelques douceurs ? Marie-Line Bonnevalle

Moment exquis … entre douceur « érotique » et plaisir sensuel
Un voyage au pays des sens …

une Farandole de mots … un Tourbillon de rimes … aussi sur la liberté … la tristesse … les rêves d’enfants

Un joli recueil de poésieà déguster … à croquer … avec délice !! 

DSC_1829 final mini
Sous la couette ….

p 18 Fantasmes

« Avec mes fantasmes
J’ai posé un cataplasme
Sur ces douleurs
Dont l’absence creuse mon cœur.

Avec mes envies,
Me repoussent au repli,
Je ne peux m’effleurer.
Seulement rêver
Qu’à distance
Tu puisses me caresser

Avec mes fantasmes,
Mes idées embrumées,
en errance
J’entre en transe.
Tu puisses me caresser
Me toucher m’aimer.

J’atteins des sommets
Avec mes fantasmes
Un extraordinaire imaginaire orgasme »

DSC_1840 final mini

p 15 Avoir la liberté

« tant que tu as la liberté
De te faire respecter,
D’obtenir la confiance,
De pardonner les mots mauvais,
Dans les accès de colère ;
Alors tu espères
Car tant que tu as la liberté

Tendre les bras pour donner,
Les ouvrir pour recevoir
Tous les espoirs
Que comporte la vie.

Car la vie
C’est d’être en liberté,
De vivre et d’aimer. »

p 68 La racine des mots
« La racine des mots
Bien-sûr nous ne plantons pas les mots
là dans le vide, sur une feuille,
les lettres ne s’effeuillent
aucunement comme une marguerite.
Même si parfois ils sont émérites,
Les mots ne se plantent pas.
Même si nous pouvons toujours
connaître la racine,
mon fils, mon amour,
Les mots ne se plantent pas.
Si ils ont une racine,
c’est peut-être, c’est peut-être
qu’au fond de notre esprit
ils viennent naître
comme une graine,
un jour de joie, un jour de peine.
Je les dépose sur papier
comme un jardinier
plante une graine,
un jour de joie, un jour de peine
lui dans la terre,
moi je ne sus me taire !
Car ton idée, sur papier
je l’ai couché,
pour te dire oui finalement,
mon enfant :
les mots ont une racine
que je cultive comme je l’imagine ! »

Première rencontre avec l’auteur Février 2017 au … Bistrot Jem’s …. Saint Étienne du Rouvray

Éditions : Edilivre

Genre : Poésie

Publié en 2015

Le livre de nos sentiments d’Elodie Willig et Steven Vadcar

Un petit « roman » … un « parcours écrit » … un dialogue entre deux personnes, Élodie et Steven qui se découvrent et tentent de s’apprivoiser … 130 pages pour 7 mois de Bonheur !!
Une rencontre qui change leurs vies et les apaisent
Un jeune couple plein de passions … de projets … et d’ambition !!

Une belle envie de réussir … de réaliser ses rêves … et puis il y a ces blessures … ces souffrances encore difficile à dévoiler
Un manque de confiance et une «  peur des autres » du à une enfance pas toujours facile … !!

Malgré tout … Une Impression très mitigée … une lecture en demi teinte !!
De la faiblesse dans l’écriture et le récit … il m’a manqué de « la profondeur » … un peu trop superficiel … et trop de dialogues souvent pas très utile au récit !!
Des répétitions au fil des pages …

Des progrès à réaliser … en écriture … mais l’auteur à raison … il faut toujours s’accrocher à ses rêves !!! Et si l’écriture est son rêve … alors il faut foncer et savoir progresser !!

Steven Vadcar a obtenu le prix « Envie d’Agir » pour imprimer ses tous premiers livres grâce à la Seine Maritime et la région Haute-Normandie.

dsc_1718-final-mini

Une belle préface d‘Alexis Desseaux « Voilà pourquoi je tenais à faire cette préface avec Steven. Il est venu me voir sur Paris au théâtre de l’œuvre. C’est un jeune motivé et ça m’a beaucoup plu. … Ce qui est génial avec Steven c’est qu’il va vers
les médias locaux (presse papier, radios, télés, …)
et forcément on s’intéresse à lui. Il utilise bien les réseaux sociaux et il développe ses projets comme il se doit. En parallèle il écrit des poèmes et des textes, il a son style. Cela se peaufine avec le temps, ça se bonifie….
Dans ce monde, il y a deux possibilités : l’adversité, les difficultés qu’on rencontre … Soit on se laisse enfoncer
la tête dans l’eau et ça arrange tout le monde … Soit c’est le contraire et on dit « à cause des difficultés, on ne veut pas que je rentre par la porte alors je rentre par la fenêtre. »

dsc_1710-1-4-final-mini
Un Rêve !????

p 38 « Il y a quelque chose que je commence à comprendre. Quelque chose qui nous rapproche Élodie et moi. C’est ce passé compliqué. Oui j’insiste là-dessus car il occupe nos esprits, il est constamment présent. Et peu importe les difficultés, je suis prêt. Je
ne suis pas quelqu’un qui fuit ou qui abandonne parce que ça me fait du mal. Je pense qu’il faut affronter le mal pour le détruire au plus profond. Cela fait partie d’un chemin qu’on se doit de tracer. Une sorte de ligne droite. Pour y parvenir, il faut être là, tout le temps, à chaque minute.
Malgré la douleur. Car on se souvient toujours d’une personne qui reste auprès de nous.
Se confier sur les blessures du passé n’est pas une chose facile, tant pour Élodie que pour moi. Les souvenirs les plus durs remontent et cela concerne parfois des gens, des choses qui nous empêchent d’avancer. Car en fait, on prend l’habitude de vivre avec ça dans nos têtes.
Des fois ça part, des fois souvent ça revient. On pense s’en être débarrassé puis cela nous retombe dessus, comme ça. Non pas parce qu’on l’a demandé mais parce qu’on a besoin de souffrir pour réussir. »

p 72 « La première, c’est que je n’ai pas un parcours facile. Manque d’argent, difficultés à s’en sortir (avec ma mère on surmonte tout ce qui nous semble insurmontable) et parce que chaque anniversaire je choisis de ne pas les fêter par respect pour ma maman justement.
Car elle se bat seule pour s’en sortir. A vrai dire, on ne demande jamais rien à personne. Par fierté sûrement, mais parce que les gens nous demandent souvent un retour. (Ce n’est pas la meilleure façon d’attirer l’amour des autres.) »

dsc_1713-final-mini

p 76 « Comme quoi dans la vie, les choses mettent du temps (beaucoup parfois) mais les plus belles sont à venir si on ne lâche pas. »

p 104 « Tout le message est là. Il ne faut jamais abandonner un rêve dans la vie. Beaucoup essaient de nous décourager dans notre quotidien, mais combien observent notre façon d’avancer, notre parcours …Petit à petit, au fur et à mesure que le temps
passe, les gens arrêteront et tu auras plus de fierté. »

Première rencontre avec les auteurs … au salon du livre de Pitres … en Décembre 2016

Édition : Vadcar Éditions

Genre : Témoignage, « parcours écrit »

Fleur de Tonnerre … Jean teulé

Une plongée dans les années 1800 …la vie dans les campagnes et villages bretons … au milieu des croyances … des superstitions !!
Des fées maléfiques … des sorcières … des rituels … des coutumes … des menhirs

Et Hélène Jégado enfant du Morbihan devenue Fleur de Tonnerreénigmatique, effrayante et sans pitié … qui grandit et tente d’apprivoiser ce monde « curieux » …
p 9 « -Ah mais ne cueille pas ça, Hélène, c’est une fleur de tonnerre. Tiens, c’est ainsi que je devrais t’appeler dorénavant : « Fleur de tonnerre » ! Ne tire pas sur cette tige non plus, c’est celle d’une fleur à vipère. On raconte qu’une femme qui en avait confectionné un bouquet est
devenue venimeuse et que sa langue s’est fendue en deux. »

Une balade dans cette Bretagne … on traverse des villes et des villages .. Guern .. LocminéAuréVannesLorient … ou les morts s’égrènent au fil des pages ..

et ces deux pauvres perruquiers normands perdus et « déboussolés » … p 130 « – Quel temps pourri ! On est autant entourés d’eau que de poissons. A force, il va nous pousser des écailles ! Mais qu’est-ce qu’on est venus foutre dans cette Bretagne de merde ?! »

Dans ce monde étrange … mais qui est l’Ankou ? L’ouvrier de la Mort !! Le carnage ...

Une écriture un peu crueglauque … et à la fois poétique

Un Roman … un « Conte » étrangement fascinant … fantastiquement « noir » !!! A découvrir !!!

Et si nos frayeurs pouvaient déterminer notre vie !!!

couverture-fleur-de-tonnerre-de-jean-teulc3a9-pocket

p 21 « -Pourquoi l’Ankou fait-il mourir les gens ?
– Pourquoi ? … Il n’a pas besoin de raison, l’Ankou, avec sa charrette dont l’essieu grince toujours : « wik … wik … » Il croise ou s’introduit chez les êtres, ne se fâche jamais après quiconque. Il les fauche, c’est tout. De maison à maison, c’est
son travail, à l’Ouvrier de la Mort. »

p 57 « Fleur de tonnerre, pensive face à l’océan, éprouve en elle un abîme de vide. La vue de cet infini stérile l’attriste aux larmes. Là-bas, des îles ressemblent à des baleines endormies et, plus près de la côte, les îlots rugueux aux colorations somptueuses
semblent être des bijoux sertis par l’écume argentée des vagues. Quand elles sont hautes, des rayons de lumières les traversent avec des frissonnements qui s’entrecroisent et les cormorans se glissent dans le lit du vent. Leur cri de poulie répond à la secrète inquiétude émise par Yann :
-Aurons-nous cette nuit du gibier de mer ?… »

p 58 « Devant les sourcils froncés de la splendide Morbihannaise qui semble ne pas trop comprendre ce qui se trame, Yann, des Côtes-du-Nord, justifie :
Une prérogative ducale nous a donné le droit de bris, donc l’autorisation de se servir dans les épaves rejetés sur le rivage. Mais comme finalement les naufrages naturels près des côtes sont plutôt rares, il nous faut bien forcer un peu le destin. Vive
la fatalité organisée et hue ! lance-y-il ensuite à la vache au cou qui ploie sous le poids de fanal éblouissant mais se met en branle. »

p 64 « Pendant que la confiture refroidit, l’amoureux de Fleur de tonnerre s’échauffe :
– La séduction que tu exerces est si soudaine et si impérieuse … Le sortilège de ton sourire a quelque chose de plus troublant encore. Un pollen de sensualité flotte autour de toi. Tu embaumes l’air.
Tiens, voilà que le naufrageur devient sentimental. Il ajoute : « Tes prunelles sont comme des fleurs bleues dans du lait« , enfin ce genre de conneries, puis propose :
Sais-tu qu’on serait bien encore, nous deux, dans le secret de cette voile ? »

Déborah François

p 73 « – Ce saint (Saint Yves) est si souvent distrait, paresseux ou revêche, qu’il n’agit que sous la menace des coups.
– Taisez-vous donc ! ordonne le curé. Et cessez d’avoir cette crédule de Basse-Bretagne. Tout ce qui n’est pas strictement, exclusivement, éperdument de l’église catholique romaine doit être jeté aux latrines !
Quelqu’un d’autre proteste ;
Abbé Le Drogo, voilà une fâcherie louable et indigne à la fois. C’est bien pour le prêtre mais c’est mal de la part d’un Breton. En voulant supprimer cette croyance vous diminuez d’autant l’âme celtique. Vous jetez au vent, avec la poussière de Saint Yves,
notre coutume. »

p 88 « Pendant que la belle cuisinière blonde, chapelet entre les doigts, poursuit son énumération : « Marguerite André, Françoise Jauffret … « , la sœur de son employeur se lève brutalement. Elle paraît ressentir une violente brûlure intérieure que douze pots de lait ne sauraient apaiser. Elle se
jette d’un côté et de l’autre, se dresse, se replie, c’est déchirant à voir. Elle se retourne. Sa bouche est béante et ses yeux très fiévreux. On dirait que toutes les ruses d’une grossière fourberie produisent en son ventre des effets incroyables. Elle chie sous elle. Ses chevilles sont
inondées de diarrhée qui coule dans les souliers. Heureusement que sa jupe plissée est déjà brune parce que sinon … Tachycardie, mydriase, hyperthermie, hallucinations, délire, agitation, sa mort survient par paralysie des voies respiratoires. « 

p 98 « Elle passe et repasse devant la lumière de la fenêtre qui découpe à chaque fois sa jolie ombre sur le parquet de la chambre et relate à la souffrante une légende : celle d’un cavalier qui, revenant de voyage, trouva une femme grelottante de fièvre au bord de la route. Il la prit
sur sa monture et l’emmena en ville. C’était la peste. »

– Vous voudriez travailler chez moi ? Avez-vous bien compris qu’à « La Sirène », vous n’auriez pas seulement à récurer les casseroles ?
– Que voulez-vous que je comprenne, mon cher monsieur ?
– Dans une taverne-bordel militaire se mijote aussi un peu l’amour. Y seriez-vous disposée ?
– Je ne suis pas ennemie d’un tout petit brin de fleurette.

illustration-principale-helene-jegado-1200x675

p 137 « _ Mais alors avec votre Léon Napo, là […] , la France est devenue très, très grande…
_ Il l’a laissée plus petite que quand il est arrivé au pouvoir.
_ C’est loin d’ici, la France?
_ Nous sommes en France, Hélène.
_ Mais non, ici, c’est la Bretagne. Oh, mon pauvre monsieur, ça ne va plus du tout! »

.Wik. Wik...
– Ce n’est pas le son d’une carriole qui s’approche et va me dépasser. Je l’aurais entendu venir de loin.
Wik! Wik!…
Le grincement criard est de plus en plus bruyant et plus proche. Assourdissant, il résonne même si près.
Wik!!! Wik!!! ...
– Est-ce la karriguel de l’Ankou ?
La fille de Plouhinec se retourne. Rien derrière elle. La domestique reprend sa route.
– Ah ben non, c’est moi.

p 150 « Lui la découvre, de dos, dans le reflet d’un miroir accroché au mur d’en face. Les épaules de la douce, sa taille fine, son cul élargi parce que assis sur les talons, dessinent la silhouette d’une guitare. En haut de cet instrument à plaisir, une chevelure blonde bascule d’avant en
arrière et lui la saisit par les cheveux pour imprimer un rythme. Beau vainqueur lumineux, pur comme un ange, avec l’aurore qui arrive il lui égoutte dans la bouche un adieu transparent. Des larmes pâles aux reflets irisés ruissellent à des commissures féminines. »

Édition : Julliard

Genre : Roman

Publié en 2013

Sans effraction … Dominique Julien-Labruyère

Un roman …Une visite guidée des domaines et châteaux de la Haute Vallée de Chevreuse

L’intrigue se déroule tranquillement … l’enquête nous entraine au Château de Lussac … de Bréhaut … de Vertbois … au parc naturel régional de la Haute Vallé de Chevreuse

Qui a pu voler ces quatre œuvres d’art ? La même nuit … dans quatre domaines différents !!! Mystère !!!
Un trafic d’œuvres d’art ?? Une histoire de famille ??

Des personnages « rustiques » néanmoins « parés » de noblesse … Des relations nimbées de charme … et tous ces hommes et leurs fantasmes autour de Sabine Jolivet
cette belle et attirante experte venue enquêter pour la compagnie d’assurance !! Un trouble palpable tout au long du roman …
L’auteur serait-il sensible à la beauté féminine … au charme féminin …

Une belle Poésie dans l’écriture … des descriptions précisent … détaillées et historiques

Une belle balade dans l’Ouest de Paris mais il m’a néanmoins manqué de la « profondeur » et du « relief » … dans le récit … on survole l’intrigue,l’enquête au détriment de la « visite touristique  » de la Haute Vallée de Chevreuse …

L’auteur, un des principaux fondateurs du parc naturel Régional de la Haute Vallée de Chevreuse … est un passionné et si je n’ai pas été transportée par l’intrigue … il m’a néanmoins donné envie d’aller découvrir cette belle région …
donc Pari gagné !!!

Roman A découvrir … en perspective de belles visites et de belles randonnées …

dsc_1687-final-mini

p 21 « Sabine quitta son appartement vers 9 heures, la journée s’annonçait aussi douce que la veille, elle prit sa Fiat 500 blanche pour joindre l’autoroute de l’Ouest. En entrant dans Versailles, elle fut baignée dans les ors
du château, réfléchis par le soleil du matin. Elle eut du mal à trouver son correspondant, car Régis Fresneau était installé dans une aile du vieux bâtiment du XVIIe siècle, avenue de Paris, réservé à la police nationale, et son petit bureau se
trouvait au fond d’un couloir sombre où personne ne passait.
Régis dépendait de l’OCBC1, il accompagnait les inspecteurs lorsqu’ils devaient constater les vols. Il relevait tous les éléments nécessaires à une bonne saisie sur sa base de données informatiques TREIMA, comportant la description
de plus de 35000 œuvres d’art volées dans le monde. Cette saisie permettait de lancer, au plus vite, les recherches à tous les niveaux, nationaux et internationaux, via INTERPOL, et les services des douanes. Ensuite, le principal de
son activité consistait à repérer sur cette base de données les photos des objets d’art volés avec leurs coordonnées, qu’ils aient été retrouvés ou non. »

p 22 « La notion de Haute Vallée indique simplement que l’on est proche des sources. En réalité, il n’y a aucune rivière qui s’appelle Chevreuse, il s’agit d’un nom générique qui s’adresse à toute la région. C’est un ensemble de quatre vallées parallèles, la
Mérantaise, le Rodhon et le ru des Vaux de Cernay qui se jettent dans la quatrième, l’Yvette; on devrait donc parler d’une vallée de l’Yvette mais elle n’est connue que comme Vallée de Chevreuse ! »

p 23 « Quand elle rencontrait un inconnu, Sabine commençait toujours, sans s’en rendre compte, par tester l’effet qu’elle allait produire sur lui. Adulée depuis sa plus tendre enfance, elle acceptait de bon gré cet hommage, sans avoir pris conscience
des éventuelles conséquences. Son physique l’aidait, mais en même temps, il l’isolait, l’éloignait des autres en créant autour d’elle un halo douceâtre qui la rebutait. En fait elle doutait d’elle-même, et là, elle voyait un homme apparemment insensible à son
charme, cela la rassurait, elle pouvait échanger sans arrière-pensées. Elle se savait belle femme, bien sûr, mais cette beauté ne la concernait pas, elle se sentait piégée, comme un miroir où se reflétaient les émotions des autres. Les hommes en premier lieu,
mais aussi les femmes qui voyaient en elle une rivale potentielle. Le pire c’était les hommes en groupe, elle souffrait de voir certains de ces interlocuteurs incapables de deviser sereinement avec elle, la communication tournait court, les allusions sexuelles prenaient le dessus, alors
elle se fermait comme une huitre en attendant la fin des discussions. »

dsc_1671-final-mini

p 25 « A l’instant même où elle quitta l’agglomération, le paysage devint champêtre, dénué d’habitations où seuls les platanes longeant la route explosaient d’une épaisse couche mouvante d’un feuillage vert tendre nimbé de reflets jaunes. Elle évoluait maintenant dans un monde de nulle part,
où chaque recoin possédait un charme particulier. Les champs cultivés, les pépinières, les coteaux boisés, puis les lacets de bitume descendant en fond de vallée, rien ne correspondait à l’idée qu’elle avait de la proche banlieue parisienne. Le musée des Granges de Port-Royal des Champs se
découvrit au loin dans un écrin émeraude, la forêt s’imposait, puis la route se perdait au fond d’une petite vallée marécageuse, un léger goût d’aventure se mêlait au plaisir de l’œil. »

p 63 « La grille s’ouvrit, commandée à distance par la présidente après l’appel des deux visiteurs ; le domaine, vendu à la mort de comte Phillip et devenu depuis une institution pour femmes trisomiques,gardait cette grille fermée, car des résidentes venaient souvent se coller aux barreaux pour regarder passer
les voitures. Une longue allée bordée de tilleuls débouchait sur une statue de Diane chasseresse et sur le corps principal du château. Il s’agissait d’une grosse demeure, du même style que le pavillon d’entrée, composée de briques et de pierres agrémentées de longues fenêtres à petits carreaux avec un
grand toit d’ardoises entrecoupés de mansardes. Un escalier monumental menait à un grand vestibule où les pensionnaires avaient l’habitude de se regrouper. La visite de Sabine et Georges troublait l’équilibre fragile de cet univers clos et les regards étonnés des malades donnaient une
touche de vie toute particulière à l’ensemble. »

p 71 « La vente aux enchères d’une toile de Claude Monet, Meules de foin, par le P-D-G du groupe IXOS avait lieu ce dimanche à l’hôpital Drouot. C’est en feuilletant la gazette spécialisée que Sabine découvrit cette information, alors qu’elle prenait son petit-déjeuner sur la terrasse de son
appartement sous un soleil ardent, annonciateur d’une nouvelle journée de chaleur. Elle tenait ce document de son assistante à qui elle avait demandé de se le procurer. Elle ne connaissait pas grand-chose aux ventes aux enchères, elle voulait voir comment on y participait et qui on y trouvait et surtout peut-être voir son P-D-G. dans
un autre cadre. Bien sûr, il n’était pas question, pour elle, des quatre œuvres d’arts volées en Haute Vallée de Chevreuse, mais Sabine était une grande curieuse et tout ce qui pouvait la sortir de l’ordinaire l’attirait. »

dsc_1676-final-mini

p 72 « Un tapement répété, comme un léger coup de marteau donné sur une des fenêtres, la surprit. Elle s’approcha, une grande libellule bleue se cognait à intervalles réguliers la tête contre la vitre pour tenter une sortie impossible. Cet insecte magnifique se trouvait là, piégé dans cette salle légendaire où il n’avait rien à y faire.
En examinant le bleu métallique de ses ailes, son corps effilé, ses grands yeux globuleux et son port de reine, Sabine rêveuse, voyait la fée Clochette. Elle s’identifiait, sans le savoir, à cette fée mystérieuse, insaisissable et unique. Ce mythe collait à son tempérament, elle, la femme brillante, ambitieuse,
séductrice et manipulatrice, éternellement insatisfaite, derrière son obsession de paraître et de le réussite, elle puisait sa force dans cet imaginaire. Sabine ouvrit un des battants de la fenêtre, la belle bleue disparut prestement en ne laissant que son souvenir. Ce geste
anodin compta beaucoup pour celle qui entretenait si fidèlement sa phobie de la mort. »

p 102 « Le curé, un très beau jeune homme, pour lequel Sabine, en le voyant, ne put s’empêcher de penser, que c’était bien dommage car il était perdu pour les femmes, les attendait à l’intérieur de l’édifice, bâti en croix entre le XIIIe et le XVe siècle, avec deux chapelles
et une abside semi-circulaire. Il leur montra les fresques murales, récemment restaurées, les dessins et les couleurs employées, surtout les tons rouges qui conservaient une fraîcheur particulière. Sur le mur ouest on pouvait y lire des scènes de la vie du Christ comme l’Annonciation,
la Crucifixion, la déposition de croix et la mise au tombeau. Sur l’autre versant, on voyait un Jugement dernier avec des damnés dans les flammes, des bienheureux en prière et les trompettes, annonciatrices de l‘Apocalypse, ainsi qu’une peinture pouvant représenter Marguerite d’Antioche, protectrice
des femmes enceintes, s’extirpant du ventre du dragon. En examinant le bas-relief, le curé leur montra là où il comptait l’installer, en ajoutant qu’il serait ici enfin à sa vraie place ! »

p 125 « Les grandes fougères au vert cru poussant au pied de ces arbres séculaires l’attirèrent au-delà de ce qu’elle aurait pu imaginer. Elle s’arrêta soudain, comme envoûtée, Georges le sentit, se retourna, elle se jeta sur lui, posa ses lèvres sur les siennes. Un moment interloqué, il l’enlaça en retour.
Elle se laissa fondre dans ces hautes fougeraies en se dénudant totalement, une nymphe immaculée dans cette nature idyllique s’éveilla au regard de Georges qui ne put y résister. Sabine éprouva pour la première fois une extase quasi mystique, surnaturelle, une jouissance extrême qu’elle n’avait
jamais connue. La chaleur sèche imposante, énorme, les grands arbres, le soleil en damier, les fougères accueillantes et surtout l’homme en elle, Sabine voguait dans les limbes d’une béatitude extatique. »

http://www.parc-naturel-chevreuse.fr/destination-parc/visites/chateaux

Édition : Publibook

Genre : Roman policier

Publié en 2016

Aussi noir que le charbon … Eric Dupuis

Que sont devenus les enfants du bassin minier ?

Tout commence par cette belle amitié entre deux enfants … Iwan, polonais fils de mineur et François-Xavier fils d’un puissant industriel …un monde où tout s’oppose …

Un Roman noir … Un Polar sur la folie meurtrière et pervers
Un cocktail explosif où se mélange … Amitié trompée... Amour bafouémeurtresagressions sexuellesrèglements de comptedes flash-backune affaire vieille de trente ans non élucidée … la drogue …
tout cela tenu d’une main de maître … par l’auteur !!
Il nous guide dans ce labyrinthe … nous plonge dans un abîme de sensations fortes … il distille avec précision ses indices et ses révélations … on y côtoie la noirceur humaine

Sur fond de misère sociale, Le Nord-Pas de Calais … la fermeture des mines … les corons … les industriels et leur nouveau projet sur les énergies renouvelables …

Des personnages fortscomplexes au passé trouble et tourmenté !!

La découverte « très technique » des rouages d’une enquête criminelle…
Une plongée dans la vie quotidienne de la brigade criminelle et la brigade des mineurs
et puis les heures pénibles … épuisantes … stressantes d’une GAV (garde à vue) !! les minutes transformées en heures !!

Un clin d’oeil « noir » à La commedia Dell’arte, théâtre populaire italien !! Pantalone, la Sorcière, Colombine, Arlequin …

Des pièces « infernales » qui s’imbriquent doucement pour un puzzle sans fin …
un rythme a la fois calme et effréné qui tient en haleine … et distillé à petites doses par des chapitres longs … des chapitres longs ou il est difficile de décrocher !!!
Des rebondissements … des surprises jusqu’à la dernière page !!! Un dénouement « Sublissime » !!
Le lecteur est sous l’emprise de l’auteur !!

Une écriture sobre, efficace, tranchante, ciblée … et ciselée

Et si le vieille adage se trompait « le crime parfait n’existe pas » ????

Un magnifique moment de lecture … une belle découverte …

Prix 2016 « Sang pour Sang Polar » au salon du livre de Franqueville Saint Pierre …AMPLEMENT MéRITé !!!

dsc_1141-final-mini

p 9 « Deux enfants de 6 ans s’amusent en grimpant l’un derrière l’autre sur le terril surplombant leur village. Au premier coup d’œil, on pouvait se rendre compte que ces deux gamins n’étaient pas du même monde.
En tête, le fils de Polonais, Iwan Kaczmarek, habillé comme un « loqueteux« , chemise aussi décousue et rapiécée que son pantalon à l’ourlet maintes fois réajusté, agitait un long morceau de bois, suivi de près par François-Xavier
de Montjarrieux, un gosse de riche, comme on disait dans la région. Guindé tel un prince, il arborait une superbe épée de chevalier en plastique. Iwan, prédisposé aux activités sportives, savait, avant même de donner le signal, qu’une fois de plus, il arriverait en haut le premier.
Pourtant, il laissait sa chance à son ami en ralentissant l’allure. Le temps qu’il regagne du terrain, il accélérait juste la distance nécessaire pour lever les bras au sommet en guise de victoire. Comme d’habitude, le noir de charbon recouvrait le bas de leurs jambes, avec ce sol
meuble, composé de schistes, où chacun de leurs pas s’enfonçait et laissait échapper des nuages de poussière novice. »

p 99 « – Bon, les gars, écoutez s’il vous plait ! Ce que je vais vous dire peut sans doute nous aiguiller sur le profil du ou des tueurs. Bob a effectué des recherches et nous a laissé un descriptif. Sachez que l’origine des masques sur les visages des victimes est La commedia dell’arte,
le théâtre populaire italien. Je commencerai par l’industriel de Montjarrieux, dont le visage était recouvert par le masque de « Pantalone« . Ce personnage principal de la commedia, traditionnellement marchand vénitien, était très riche. Surnommé « le Maître« , il exerçait son autorité et représentait la
bourgeoisie. Malgré son âge avancé, il pouvait se montrer vif et extrêmement dur. Concernant Mme de Montjarrieux, rien de très original puisque son masque représente l’épouse de « Pantalone ». Jusque-là, les criminels ont respecté une certaine cohérence. Par contre, pour recouvrir la tête de leur troisième
victime, la grand-mère de l’avocat, ils ont utilisé celui de « la Sorcière« , décrite comme un personnage inquiétant, une femme aux pouvoirs mystérieux et dotés de puissances surnaturelles. Prenez des notes, les gars, au lieu de glousser.
J’avoue que c’est étrange mais qui sait, on finira peut-être par en tirer quelque chose … L’avenir nous le dira. Et pour finir, lors du meurtre de Bérangère de Montjarrieux, les tueurs ont fait le choix du masque de « Colombine« , humble servante ou soubrette éveillée. Selon Bob, elle incarnait tour à tour le rôle de fille, de femme ou celui de
maîtresse. Belle et très malicieuse, elle menait par le bout du nez son amoureux Arlequin mais également Pantalone. »

dsc_1150-final-mini

p 117 « Devant l’étonnement de son collègue, Kaczmarek se décida à lui en donner les explications. Tout d’abord, Berthelot, toujours en activité, ne pouvait se permettre de se lancer dans une telle « chasse aux sorcières » au risque de trahir son devoir de réserve et de se voir radié de la police nationale. Si près de la retraite, son dévouement à la cause été trop absurde. D’autre
part, Rupper, chroniqueur judiciaire à La Voix de Nord, qui avait couvert ces meurtres comptait relancer l’enquête dans les années 1985, en publiant un roman qui reprendrait l’affaire dans sa globalité. C’était un acharné, un professionnel qui ne lâchait rien. Et à force de s’impliquer, il avait fini par croiser la route de Berthelot, nouvellement affecté à la brigade des mineurs
de Lens, aussi passionné que lui par cette enquête. Au fil du temps, la complicité entre les deux hommes s’était transformée en véritable amitié. »

p 121 « Décidé à agir, selon ses habitudes en méthodes d’interrogatoire, « la hyène intraitable« , surnom attribué par ses effectifs, ne lâcherait pas sa proie avant d’avoir gain de cause. Sa méthode pour faire craquer le fils de Montjarrieux consistait à ne lui laisser aucun répit. Le fatiguer à outrance, lui accorder des
pauses ou lui faire espérer du repos, des cigarettes, et au final, rompre le contrat pour le ré auditionner à toute heure de la journée ou de la nuit. A force de lui faire perdre ses repères, de l’exténuer et de l’accaparer de toutes parts, l’avocat finirait par craquer
et lâcher le morceau. Des plus durs que lui avaient fini par capituler. Ce n’était qu’une question d’heures. »

p 129 « Les baisers voluptueux s’enchaînèrent naturellement, preuve qu’ils étaient vivants. L’envie fut si soudaine que les vêtements furent arrachés dans la seconde qui s’ensuivit, sans même avoir le temps de profiter de quelques prémices. L’alcool aidant, l’ardeur et les sentiments s’entrechoquèrent à une rapidité effrénée,
poussant FX à prendre sa partenaire avec une ferveur sans pareille. A en croire son extase, il comprit rapidement qu’elle aimait être dominée, voire brutalisée. Alors il continua de plus belle, »… »Le rapport de force prit soudain une étrange tournure avec des maintiens et des frappes à la limite du soutenable. …se faisait violenter par
un de Montjarrieux qui ne se rendait plus compte de sa force. Malgré les quelques suffocations lors d’étranglements trop poussifs, la partenaire ne manifesta aucune objection et aurait même souhaité que l’étreinte se prolonge. Hélas, à force de repousser l’instant fatidique, l’état de grâce surgit soudain en les réunissant simultanément dans l’orgasme. »

dsc_1157-final-mini

p 132 « 1975 Année noire. » « Le Nord-Pas-de-Calais se remettait difficilement de la tragédie ayant touché le bassin minier lors de l’explosion de la mine de Liévin le 27 décembre 1974. Un bilan très lourd. A deux jours de Noël, les habitants des corons apprenaient que quarante-deux mineurs étaient restés au fond, suite à l’inflammation
du poussier – poussière de charbon en suspension – suivie du coup de grisou, faisant s’écrouler plusieurs galeries souterraines en r’muchant pour l’éternité les gueules noires qui y travaillaient. Ce drame n’allait pas arranger les tensions sociétales sur la région depuis la fermeture progressive des sites. La précarité gagnait l’ensemble des
corons, telle une gangrène, en alimentant un climat très austère envers le patronat et la rhétorique habituelle sur la lutte des classes. En cette période mouvementée survient une affaire criminelle, celle de Burry-en-Artois qui défraya la chronique et enflamma les esprits.
Le soir du 7 mars 1975, les services de police retrouvaient Corinne Plocinizak, fille de mineur polonais, âgée de 15 ans, sur la bas-côté du terril situé à proximité du coron. »

p 204 « Vous vous rendez bien compte de vos propos, monsieur Kaczmarek ? De l’histoire bon enfant de ces deux gamins jouant sur leur terril de Vourroy aux premières bagarres derrière l’église, en passant par vos virés en mobylette et vos amourettes en commun,
le tableau s’est ensuite assombri sur la fin. Surtout quand vous avez abordé la descente en enfer de votre ami François-Xavier de Montjarrieux, à base d’alcool, de fumettes de shit et snifs de coke … sans compter ses relations sexuelles tumultueuses et autres abus en tout genre qui l’ont,
selon vous, conduit droit dans le mur. »

seance-de-dedicaces-a-la-maison-de-la-presse_773849_516x343

p 225 « De nos jours, sans équivoque, les enquêteurs parleraient de « l’oeuvre » d’un serial killer. Or, en France, au début de XXe siècle, plusieurs victimes avaient déjà été dépecées, découpées ou brûlées par les mêmes criminels sans que le terme « tueur en série » ne
soit employé. Plus couramment utilisé outre-Atlantique, et plus précisément
aux États-Unis, l’appellation anglo-saxonne serial killer n’eut jamais cours au sein des différentes polices criminelles européennes. Une cinquantaine d’année plus tard, dans les années 1970, les inspecteurs ou les gendarmes ne s’efforçaient toujours pas de regrouper
les affaires, et quand bien même, si des points de convergence pouvaient les relier,
ils rompaient toute concordance à la moindre variante du mode opératoire. Ces enquêtes du bassin minier furent donc traitées individuellement puisque la violence ou les actes commis par le ou les criminels sexuels semblaient différents. L’emplacement de la culotte
étant l’un des éléments déterminants.« … « L’ADN ne commencerait à faire son apparition qu’en 1986, pour vraiment prouver son efficacité en France dans les années 1995. Lorsque plusieurs affaires criminelles imputées à des seriel killer aux Etats-Unis firent
enfin écho en France dans les années 1980, les médias imaginèrent que ce genre de série criminelle aurait déjà pu se produire sur le territoire national. »

p 265 « … ils se dissimulaient derrière des personnages de toutes conditions sociales représentés dans la commedia dell’arte. En « citadins vieillards« , avec Pantalone, Cassandre et le Docteur, ou en « soldats », en Capitan et Coviello, ou encore en « amoureux » comme
Isabella, Lélio et Colombine, ou en « zannis« , les valets du petit peuple, avec Arlequin, Scaramouche et Brighella ... »

Première rencontre avec l’auteur … au salon du livre de Pitres en décembre 2016

Édition : Ravet-Anceau

Genre : Polar

Publié en 2016

Ô Verlaine de Jean Teulé

Un Roman fort … Les Derniers mois de la vie de Paul Verlaine
Un poète extravagant qui passe du sublime au plus sordide !!

Un roman qui nous emporte et nous transporte dans un Paris de l’époque … un Paris « malfamé » … la rue Descartes aux « rencontres et odeurs douteuses » … puis le Quartier Latin avec ses étudiants éblouis par les vers de Verlaine !!

Et tous ses personnages et amis de Verlaine hallucinants et fantasques Henri-Albert Cornuty le passionné et « ange gardien » ou plutôt « ange vengeur » de VerlaineBibi La Purée le jeune mendiant … Frédéric Auguste Cazals, dessinateur …
Jean François Deschamps avocat …
Des rencontres … Vanier libraire …  Mallarmé poète … Tailhade critique littéraire … Coppée poète et romancier

Paul Verlaine ou aussi appelé « Pauvre Lilian » … (anagramme) … poètemaladealcoolique … « lubrique » et néanmoins un génie de la prose …

Et Verlaine, bigame  … Philomène Boudin dites Esther par ses clients, Jeune prostituée … et Eugénie Krantz dites Nini -Mouton une « mégère » des bas fonds, danseuse oubliée !!

Sa maladie au fil des pages … sa déchéance … et ses vers qui valent de l’or !! La magie dès qu’il saisit sa plume
Une tombée au enfer ponctuée de moments magiques … presque féeriques
Idolâtrés dans le monde entier …

L’auteur est passionné et ça se ressent … une grande sensibilité …. un vrai Plaisir …
Une écriture subtile et sublime … une vraie poésie des mots ...

Un beau roman que j’ai adoré … une « téléportation littéraire » exquise !!!

p 12 « Alors ça, avec lui, comment savoir ? Paul Verlaine est un très grand poète mais c’est aussi quelqu’un de fort singulier. Il peut être le plus gentil des hommes mais, dame … il a ses mauvais jours. ça dépend.
– Où habite-t-il ?
– Rue Descartes, au 18, à l’Hôtel de Montpellier, ou alors au 39. ça aussi, ça dépend … »

9782260018056
Entrer une légende

p 42 « Le poète présenta Henri-Albert à Cazals : « Parti d’une ferme près de Béziers, il est venu à pied en mangeant mes livres. »
– Ah bon ? Et comment découvre-t-on Verlaine quand on habite là-bas ?
– Mon oncle m’a envoyé Les Poèmes saturniens et Jadis et Naguère pour mon anniversaire. »
… « Le dessinateur au grand sourire, posant son carton à dessins sur une chaise, observa le maigre Cornuty au pantalon trop court, veston étroit, qui montraient qu’il était en pleine crise de croissance.
– Tu aurais mieux fait de bouffer du Hugo. La Légendes des siècles – huit cents pages- , t’aurais été plus gros. »

p 47 « Frédéric-Auguste, allait vers la table de Paul, émit des doutes quant à l’intégrité de Tailhade : « Une critique de cet empereur de la Décadence, plus qu’avec tout autre, c’est … courir un risque ! Tu peux gagner mais tu peux perdre. »
Verlaine ne le contredit pas en s’asseyant sur le lit pour écrire, au crayon, une affectueuse dédicace dans le livre destiné au critique littéraire de L’Echo de Paris :
– Bah … Ils ne sont plus si nombreux ceux de ma génération pour qui j’existe encore. Lui, Stéphane Mallarmé, le pauvre Villiers de l’Isle Adam, Léon Bloy et puis ? »

p 81 « Le Diable – blonde un peu voûtée et les épaules remuantes – sortit d’un porche, prit le poète par le bras et l’entraîna vers le rue Descartes.
– Tiens, Philomène Boudin
– Les clients m’appellent Esther !
– I prefer Philomène. »
… « La jeune catin de Lacan – dix-neuf ans – exhiba un insolent chapeau et fit tinter ses bracelets comme une mule espagnole agite ses grelots un jour de fête. »

p 163 « Cornuty s’approcha d’un Verlaine blème ; » … « Henri-Albert prit le quotidien et lut à voix haute : Villiers de L’Isle-Adam est mort. » … « Il (Verlaine) s’enferma dans un tel mutisme que tous comprirent qu’il fallait s’en aller. Seul Henri-Albert resta et se glissa sans bruit dans le lit du Mort. » …
« Verlaine murmura :
Tu nous fuis comme fuit le soleil sous la mer ...  »
« Le petit convoyeur de sang aux abattoirs de la Villette trouva du papier – des bulletins d’inscription de l’Assistance publique – mais pas de crayons. Un éclat de verre, provenant de la fiole d’absinthe cassée, brillait près d’une plinthe. Il s’en empara et s’entailla une veine du poignet
tout en se rongeant l’ongle d’un pouce. De ses jeunes incisives, il fendit la rognure et commença à écrire sous la dictée, faisant des pleins et des déliés, des éclaboussures rouges.
Tu nous fuis, comme fuit le soleil sous la mer,
Derrière un rideau lourd de pourpres léthargiques,
Las d’avoir splendi seul sur les ombres tragiques
De la terre sans verbe et de l’aveugle éther …
Des dents pincèrent des lèvres et des larmes coulèrent vers les oreillers dans la salle Lassègue. Plus tard, Verlaine en fut à :
Nous restons pour encore un peu de temps ici,
Conservant ta mémoire en notre espoir transi,
Tels des mourants qui savou …
Le poème terminé, Henri-Albert souffla la chandelle. »

p 180 « Un soir, qu’il était rentré très ivre dans le gourbi de la cour Saint – François où il vivait avec sa mère, il exigea des ors : « Je veux des milliards pour retourner boire des millions de pintes. Maman, donnez-moi des milliards sinon je tue vos enfants.«  »… « et il
ouvrit la porte d’une armoire, dernier vestige de l’histoire d’une famille dont le père, militaire, était mort de chagrin dix ans plus tôt. Sur l’étagère du haut, trois bocaux où la mère conservait pieusement – quelle idée, aussi ! – baignant dans l’alcool les fœtus de ses trois
fausses couches avant la naissance de Paul-Marie, l’enfant poète. Les récipients luisaient dans la lueur du candélabre et les fœtus flottaient dans l’eau-de-vie. Ce fut hallucinant. Paul décrocha du mur le sabre de son père, capitaine du génie : « Au diable, les bocals ! »
Il en attaqua deux dans l’armoire, sabre au clair, bu l’alcool à même les bocaux éclatés. Tête renversée, parmi les débris de verre, ça ruissela partout sur son visage, coula dans ses vêtements. Des bébés lui tombèrent sur les lèvres. Un autre (une fille) attendait son tour, flottant comme dans un rêve derrière sa paroi de verre. »

p 216 « Le vent du boulevard plaqua les pans de la robe de la jolie petite Ardennaise contre ses fesses que Verlaine contempla en grognant ; « Quand mes couilles tapent contre son cul, je crois entendre sonner les cloches de mon pays mais … »
Derrière lui, Eugénie prit son bras :
– … Avec elle, ce sera toujours pareil. Elle te trompera et tu seras malheureux …
Le poète détailla la terrible figure de Nini Mouton engoncée dans les épaules de son manteau sombre. Sa face plate, large et convulsée, sous la lumière verticale des réverbères, ressemblait à celle d’une gargouille. »

p 218 « Il s’assit à sa table de travail, alluma sa lampe à pétrole. La tête de hibou en verre luit de reflets dorés. Il souffla sur ses doigts puis plaqua ses paumes contre le tube de la lampe pour les réchauffer. Plus de bois dans le panier près de la cheminée …
La feuille de papier huilé recouvrant le carreau cassé de la fenêtre avait dû se déchirer pendant son absence. On avait cloué à la place un calendrier des Postes dont les pages en battant secouaient les dates. Un drap recouvrait la cage de l’oiseau. Du tranchant de la lame de son canif à cran d’arrêt,
Verlaine gratta l’encre séchée d’une plume en fer rouillé qu’il trempa ensuite dans l’encrier :
POUR VOTRE FÊTE, MA CHèRE
Le poète n’est pas très riche !
… alors
Il se contente avec remords
De vous offrir, non pas des ors

Ni même d’humbles rangs de perles,
Mais son petit air pépié,
Comme le plus humble des merles. »

index

p 263 « – Rimbaud !
Paul avait été sa « vierge folle » et, après avoir tenté de le tuer de deux coups de revolver, était sorti très mystique de la prison belge de Mons. Il avait voulu retrouver l’Arthur en Allemagne pour tenter de le convertir au catholicisme. Celui-ci raconta leur dernière entrevue terrestre en ricanant ; « Verlaine est arrivé ici
l’autre jour, un chapelet aux pinces … Trois heures après, on avait renié son Dieu et fait saigner les 98 plaies de Notre Seigneur. » Et il l’avait laissé sous le lune, exsangue au bord d’un fleuve allemand, pour s’en aller mourir, lui, d’un cancer dans la lumière d’Afrique. »

p 266 «  »Lui (Verlaine), né dans la bourgeoisie de Metz, n’en revenait pas de sa dégringolade : « Ah, quand même, c’est emmerdant la misère lorsqu’on a su ce que c’est d’être un peu à son aise … « 

p 281 « Verlaine tourna vers François ses yeux mongols puis il eut un étonnant visage d’enfant ; « Tu sais, quand j’avais à peu près ton âge, un jour, j’écoutais le chant d’une bouilloire … Et j’ai plongé ma main dans la belle eau d’argent bouclée qui faisait une si jolie musique. Résultats, une brûlure effroyable. Depuis,
c’est toute ma vie que j’ai plongé dans une eau bouillante … J’ai vécu une existence d’eau bouillante ! »

Édition : Julliard

Publié en 2004

Genre : Roman