Gabriel D’Esneval … Le Perce-Coeur … Gilles Leclerc

Une plongée dans … La révolution Française … pas à Paris mais dans la campagne normande, le pays Cauchois !!
Une très beau voyage dans le temps … au milieu des paysans … des nobles et de la petite bourgeoisie

Un beau roman de « cape et d’épée » … d’honneur … de servitude … d’injustice … de domination seigneuriale … de dépendance féodale … de misère … de faste … de vengeance ... !!
La destinéela vie de Gabriel d’Esneval … avec ses souffrances … ses désillusions … sa rage … et peut être sa vengeance !!

et ce héros masqué « le perce cœur » !!! mais qui est ‘il ?? Ce héros idolâtré par le peuple !!

Et enfin et surtout une écriture MAGNIFIQUE, pleine de poésie … on se laisse embarquer avec plaisir !!
Un petit passage enchanteur « typiquement » cauchois !!   p 27 « –Bon diou, Gaspârd ! … Qu’est-ce que tu fais ? Mais dépêch’ty donc et clenche vite che’porte ! … Ch’tis famelotte est bia coum u linge, on ch’doit l’entendre claqueter des dents du village ! …
Et mets-nous donc a ‘tieu lumière dans ch’maison, on y veille goutte … pesta la sage-femme toute décrépite, qui ne s’était pas rendu compte que l’abbé Terbrèque se tenait derrière
elle. »

Un clin d’œil à Rousseau / Voltaire … p 161 « – Vous ne trouvez pas, cousin, qu’il serait plus judicieux de savoir employer les hommes tels qu’ils sont ou encore
tels qu’on aurait besoin qu’ils soient ?
– Ce que je sais, c’est que l’homme est bon naturellement, et c’est notre société, qui est si mal faite, qui les rend mauvais. Mais tout ceci est masqué par les passions. »

Pas vraiment adepte des livres de « cape et d’épée » … mais je me suis laissée « séduire » par l’auteur lors d’un salon du livre … et je ne regrette pas !!  J’ai apprécié ce beau voyage …
!! De très bons moments de lecture et d’évasion … Roman à découvrir …

Roman classé 3 ème au Prix FONDCOMBE 2014

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p 11  » Il restait encore des pans de ciel bleu en cette chaude fin d’après midi, que l’on pouvait voir paraitre de l’étroite ruelle entre les rebords de toit. En ce début du mois d’octobre 1793, le soleil
qui avait brillé toute la journée dans un espace pur et limpide était déjà bas. Habituellement, à cette heure, on entendait carillonner le son lugubre du bourdon logé dans le beffroi de l’église avec ses quatre
cloches pour annoncer la fin de la journée. Mais, aujourd’hui, il en était autrement. La République avait réquisitionné le métal. Un acte de patriotisme. Un devoir civique. Comme si les canons de la République ne pouvaient
être fondus dans une autre matière que celle des vestiges du culte catholique. La révolution était le processus de libération du peuple de son joug et du fanatisme religieux.« 

15  » Repensait-il aux caresses du soleil sur son visage, à ses pupilles dilatées de vouloir regarder par-delà l’horizon, à toutes les senteurs enivrantes
qu’il humait à pleins poumons, aux splendeurs verdoyantes qui l’entouraient, au vent qui l’avait enlacé, à ce qu’il éprouvait à chaque chose nouvelle qu’il
découvrait et qui l’étonnait ? … « 

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p 23 « Dans cette ferme du chemin des Quatre-Chênes-Percés, comme dans les autres fermes du hameau de Clochecamp, on voyait une misère extrême. La plupart
des habitants couchaient sur la paille. Ils portaient des habits presque en lambeaux, ou n’étaient vêtus, hiver comme été, que de toile pourrie et déchirée, et étaient chaussés de sabots
dans lesquels ils avaient les pieds nus. Dans leurs haillons dépenaillés, ils étaient, pour la plupart, couverts de vermines, de croûtes, de plaies et de crasse avec la tête flétrie et la face vinaigrée. »

p 100 « La lumière et la chaleur des flammes de la cheminée se réfléchissaient sur la magnifique cruche en cristal bleuté ainsi que sur le verre à pied posés sur la grande table
de chêne, devant lesquels dans un large fauteuil se tenait prostré le comte d’Esneval. Du revers de sa main, il essuyait une larme qui roulait sur sa joue, tandis que dans celle qui pendait dans le vide, le bras en appui sur l’accoudoir du fauteuil, il tenait la lettre qui avait attristé et flétri son âme. »

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p 153 « Gabriel, physiquement, psychologiquement, paraissait indestructible. Il se sentait prêt. Nourri du sel des souvenirs, de la brûlure des émotions, de l’amertume des injustices. Étincelant, Gabriel allait entreprendre son infatigable quête. Pas une quête
qui n’apporterait pas de réponses, mais uniquement des questions ! … Non ! … Le dessein de Gabriel, qui venait d’avoir vingt ans, était d’obtenir justice ou d’assouvir sa vengeance.« 

p 165 « L’heure de l’angélus du soir approchait, lorsqu’ils aperçurent notre homme dont la silhouette sombre leur parut refléter la couleur du ciel. Il se tenait droit sur son cheval, une cape noire jetée sur ses épaules qui ne dissimulait pas
la crosse d’un pistolet, ni l’épée dont la lame brillait. Un masque rouge cachait son regard, qui en faisait découvrir un autre à vous glacer les os et à vous pétrifier sur place.
Un regard d’outre-tombe, un regard venu tout droit des entrailles des enfers, qui vous pénètre tel l’éclat d’un poignard.« 

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p 177 « Le soleil, en ce jour de printemps, n’était pas enflammé. Il se cachait dans un enfoncement de vapeurs laineuses. Une lumière blanche tombait du ciel pâle. Après un long hiver rigoureux, la campagne s’éveillait avec ses tièdes
douceurs. L’air était parfumé de chlorophylle s’élevant de la mer de verdure qui tapissait la terre. Les arbres, gorgés de sève bouillonnante, reverdissaient. Nul souffle de vent n’agitait
leurs branches. Sur le chemin étroit et caillouteux, devant quelques masures en torchis au toit de chaume verdi de mousse, de granges délabrées, et de cahutes mal entretenues, trainaient des mioches vêtus de guenilles crasseuses, avec des
yeux qui semblaient sortir de leurs orbites. »

p 183 « Comme une ombre et avec la promptitude de l’éclair, l’homme masqué engagea sa lame avec un bond et une fente franche, avant de pousser une flanconade qui déséquilibra
son premier adversaire en le prenant à contrepied. … L’homme masqué suivit du regard son adversaire qui s’écroula en glissant contre le mur, ensuite, il fit face à l’autre.
De la pointe de son épée,il décrivit de petits cercles rapides étincelants, puis soudain, il jaillit, la lame haute. Le survivant para dans un premier temps, mais sans riposter. Ensuite, tout se passa très vite, l,homme se mit à rompre, avant
de porter une attaque au ventre. Aussitôt, l’homme au masque s’écarta en parant violemment vers l’extérieur. L’opposant trébucha, et à peine son corps avait-il touché terre que le fil de l’épée l’avait pénétré en plein cœur. »

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Première rencontre avec l’auteur … au salon du livre d’EU … Mai 2015

http://www.lesinformationsdieppoises.fr/2014/03/26/plongez-dans-la-revolution-francaise-sur-les-pas-de-gabriel-d%E2%80%99esneval/

Édition : Esneval

Genre : Roman

Publié en 2014

 

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Les putes voilées n’iront jamais au Paradis … Chahdortt Djavann

Un roman … poignant et bouleversant, à couper le souffle, avec en parallèle le témoignage de femmes … de prostituées tuées, lapidées, fouettées, pendues !!
Un Mélange de réalité et de fiction
Un livre sur la condition des femmes en Iran … des gamines, des très jeunes adolescentes , des mères de famille, des veuves … prostituées pour survivre !!
« Habiter un corps de femme, dans l’immense majorité des pays musulmans, est en soi une faute. Une culpabilité. Avoir
un corps de femme vous coûte très cher, et vous en payez le prix toute votre vie. »

Un monde d’homme … violent, vil et hypocrite … Des meurtres des assassinats sous le couvert de l’Islam …

Un monde secret … sous le Tchador !! Qui ne connait pas les Tchadors clignotants ?
« C’est très mal vu, un tchador qui s’ouvre furtivement. Indice de pute. Tchador clignotant. » p 40

On est happé par cette ambiance surréaliste et glaçante … entre roman et témoignages !!
« Pourquoi me regardez-vous comme ça avec vos yeux remplis de jugements à deux sous ? Vous croyez qu’après tout ce que j’ai subi dans ma vie, c’est votre jugement qui va me faire quoi que ce soit ? Qu’est-ce que
vous savez de la détresse des filles nées dans la misère ? La faute à qui ? La misère ne reproduit que la misère. «  p 93

Les femmes, victimes des hommes … eux mêmes victimes du système !!

« Ce n’est pas pour rien que dès que les extrémistes islamistes s’emparent du pouvoir, ils s’en prennent tout de suite au plaisir
en général et au plaisir sexuel en particulier… Pour eux, la sexualité des femmes est diabolique. Ils ne supportent pas l’idée
que leur mère ait écarté les jambes pour les fabriquer. Remarquez, elles auraient mieux fait de s’abstenir. »

Un livre à découvrir … qui ne peut laisser indifférent !! Un véritable coup de poing !!

http://www.leparisien.fr/laparisienne/societe/le-voile-est-insupportable-pour-la-romanciere-chahdortt-djavann-06-04-2016-5690883.php

« Une société qui réprime, étouffe, pend, lapide, torture, assassine sous le voile. Je ne chercherai pas à les décrire ni comme des anges, ni comme des putains,
ni comme des pures victimes. Mais comme des femmes. des Femmes Étonnantes. Et ce livre sera leur sanctuaire. Leur Mausolée. »

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p 7 « Surnommée la ville aux milles visages, située au nord-est de l’Iran, non loin de l’Afghanistan, sur la route de Gengis Khan, ville des martyrs,
des poètes, des passionnés d’astronomie, ville sacrée, haut lieu de pèlerinage qui abrite le magnifique mausolée de l’imam Reza,
dont l’immense coupole dorée, les grands jours de chaleur, reflète le soleil et éblouit le commun des croyants comme s’ils s’étaient égarés au
beau milieu des feux de l’enfer, ville sainte où affluent des millions de fervents musulmans, ville de drogue, de trafiquants, ville généreuse, accueillante,
ouverte jusqu’aux cuisses et à l’entrejambe de ses femmes, de ses putes : Mashhad est la ville où s’est déroulée cette histoire incroyable.

p 15 « -Je ne vois pas en quoi la guerre et le sang des martyrs ont un rapport avec la prostitution.
– Alors c’est bien, à votre avis ? Les braves soldats ont risqué leur vie, ils rentrent de la guerre et voient que les femmes se prostituent … et vous trouvez ça bien ?
Vous parliez des martyrs et de leur mémoire et non de ceux qui reviennent vivants.
– Vous êtes trop vieux et ne comprenez rien.
-Peut-être. Mais justement, je sais que c’est le plus vieux métier du monde et que ce qui se passe dans l’intimité entre un homme et une femme n’a jamais été contrôlable
par aucun régime depuis la nuit des temps.
-Attention à ce que vous dîtes ! Vous êtes en train d’insulter l’Islam.
L’islam dit qu’il faut assassiner des femmes ?
– Ce sont des putes !
– Et alors, l’islam dit qu’il faut assassiner les prostituées ?
– Oui !
Ah bon ?!
– Oui, l’islam dit que si après deux avertissements elles continuent à se vendre, on doit les éliminer.
Eh bien, je n’étais pas au courant. »

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p 20 « Préparer sa très jeune épouse avec des caresses et des baisers, l’exciter de sorte que son vagin fût humide et prêt à être pénétré était une vision avilissante et dégradante pour la sexualité virile des hommes de son milieu. On pénètre sa femme avec force, d’un coup, comme on enfonce une porte. Comme on viole. On pénètre
sa femme vagin sec et fermé avant qu’elle n’écarte les cuisses comme une pute.« 

p 39 « Voilà à quoi peut ressembler la prostitution dans une des villes les plus religieuses et traditionnelles d’Iran. Ces femmes
en tchador doivent être totalement invisibles, comme il se doit, et provocantes : ne pas se faire remarquer
par les agents de la morale islamique et attirer les éventuels clients. Tâche ardue et contradictoire. Elles portent le hijab le plus sévère et parviennent
à se prostituer sans montrer la plus infime parcelle de leur corps. Du grand art ! »

p 40 « C’est très mal vu, un tchador qui s’ouvre furtivement. Indice de pute. Tchador clignotant.
Tout se montre alors que tout est censé être dissimulé, caché, à l’abri des regards nâmabrâm, illicites.
Tout se montre, tout s’offre, le temps d’un regard. Indiscret. Voyeur. Voleur. Concupiscent. Le regard vole. Le regard des hommes dans cette contrée est aussi
pénétrant que leur sexe. Plus puissant que leur sexe. Dès qu’un tchador noir s’ouvre, les regards y pénètrent aussitôt.
Et le péché est déjà là. Dans le regard des hommes. Dans la démarche de la femme. Promesse d’une pénétration plus intime. Plus profonde. Plus jouissive. La peur, le danger et l’interdit aiguisent le désir. »

p 41 « Comment expliquer aux hommes occidentaux, dont les yeux se repaissent à volonté des jambes interminables des mannequins, des culs moulés dans les bikinis des filles blondes ou brunes, des nichons pigeonnants superbement mis en valeur
par des décolletés généreux … , comment expliquer à ces hommes occidentaux que dans la sainte ville de Mashhad, lorsqu’un bref instant un tchador noir s’entrouvre, le feu d’artifice s’allume dans le regard des mâles
frustrés qui ne pensent qu’à y pénétrer? »

p 42 « Le tchador est toujours là. Il entoure le corps. Le corps de la femme. Le corps dévorant. Le corps coupable. Le corps du péché.
La nuit, la souillure humide, la souillure d’entre-jambes plane sur la sainte ville et l’odeur des queues éjaculant et des cons accueillants remplit dès l’aube les narines des croyants pratiquants. »

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p 51 « Il est primordial de savoir que, selon la législation islamique en vigueur en Iran depuis l’instauration du régime
khomeinyste en 1979, la prostitution est un crime dont le châtiment est la peine de mort. Et si la prostituée est mariée, elle
est condamnée à la lapidation. Cette loi est écrite noir sur blanc et attribuée, comme toujours, à la volonté d’Allah, sans que
l’on ait demandé l’avis de ce dernier. »

p 63 « D’outre-tombe. Je vais nommer ces prostituées, assassinées dans l’anonymat, leur donner la parole pour qu’elles nous
racontent leur histoire, leur vie, leur passé, leurs sentiments, leurs douleurs, leurs doutes, leurs souffrances, leurs révoltes,
leurs joies aussi. Certaines ont été assassinées sans que nul ne déclare leur disparition, sans que nul ne réclame leur corps ou
pleure leur mort. (...)
Ces femmes parleront avec une Liberté Totale, avec une Liberté Absolue. sans la moindre crainte, puisqu’elles n’ont rien à
perdre, puisqu’elles ont déjà tout perdu: leur vie.
Assassinées, pendues ou lapidées. Je vais exhumer ces femmes et les faire exister dans votre imaginaire pour le malheur des ayatollahs, et écrire noir sur blanc qu’elles n’étaient pas des souillures, que leurs vies n’étaient pas condamnables, et que leur sang n’était pas sans valeur. Qu’elles méritaient la vie et non pas la mort. Qu’elles n’étaient pas la honte de la société. Qu’elles n’étaient pas des coupables, mais des victimes assassinées. Des femmes mal nées, malmenées, mal loties, des femmes fortes, des femmes fragiles,vulnérables, sans défense, des femmes meurtries. Des écorchées vives d’une société hypocrite, corrompue, et surtout criminelle jusque dans sa pudibonderie.

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p 128 « En tant que mollah, il s’occupait essentiellement des sighehs. Sigheh est le terme à la fois juridique et populaire dans l’islam chiite pour ce qu’on peut appeler mariage temporaire. Selon l’article 1075 du code civil de la charia iranienne, un homme marié, outre ses quatre femmes officielles, peut contracter autant de sighehs simultanés qu’il le désire. Deux…dix… vingt… quarante… Sans limite.
Excusez du peu. Très pratiqué en Iran depuis l’instauration du régime islamique, le sigheh est une sorte de CDD sexuel.
Contrat à durée déterminée, dont la durée minimale peut être seulement de quelques minutes. La femme consent, en
échange d’un prix fixé à l’avance, à servir sexuellement l’homme. Le type de pratique sexuelle, classique, fellation, sodomie…
n’est pas précisé dans le contrat. J’emploierai le mot sigheh indifféremment sous forme d’adjectif et de substantif, comme
on le fait en persan, pour désigner aussi bien le contrat de mariage temporaire lui-même que la femme qui en est l’objet.
La femme devient la sigheh de l’homme, mais aucun terme ne s’applique à l’homme qui prend une ou plusieurs femmes en
sigheh. Je m’accorderai ici, en français, le plaisir d’une fantaisie en les appelant « maris d’intérim ». Je tiens à préciser, pour
éviter toute confusion avec le terme polygamie galvaudé en Occident, qu’à l’opposé de l’homme marié, une femme mariée ne
peut avoir qu’un seul mari et aucun homme Sigheh. Toute relation sexuelle extraconjugale la condamnerait à la lapidation. »

p 184 « …L’humiliation féminine est devenue générale et nationale dans notre pays, puisque ce sont les lois elles-mêmes
qui écrasent les femmes, leur dérobent les droits les plus élémentaires et les définissent comme des sous-hommes. On est
bonne à être mariée, donc forniquer, dès neuf ans, pendue ou lapidée dès douze ans, mais à vingt ans on ne dispose pas de
son cul. Femme, vous ne disposez jamais de votre corps ni de votre vie dans ce pays. La loi vous l’interdit.

Édition : Grasset

Genre : Roman, Témoignage, littérature Iranienne

Publié en 2016

Kyrielle Blues … Véronique Biefnot et Francis Dannemark

Un livre comme … une friandise … un petit bonbon sucré !!

Un roman  … en « notes de musique » … ou l’on se laisse bercer … guider par ces petites bulles de bonheur

Une écriture simple, légère et poétique … Une « ballade » au gré des pages … parsemées d’aquarelles joliment dessinées par Véronique Biefnot

Des personnages tendres et attachants. Avec leurs désillusions … leur nostalgie !!
Leurs vies posées … là … en suspens !! Retrouveront ils le chemin de … l’amour ? La disparition d’un être chère leur apportera t’il la paix ?
Le chemin est long mais … espérons le ensoleillé …
Une belle balade entre le Nord, Hazebrouck et le Sud Ouest, Bordeaux !!

Un dénouement prévisible mais la magie opère … et on se laisse charmer !!

p 138
« Mais nous sommes tous l’enfant
d’un enfant perdu
dans de vieux habits trop grands.
Vient le temps
du pardon. »

Un roman à déguster « sans faim » !!! Juste pour le plaisir !!

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p 13 « En cet après midi du 18 mars, quelque chose de rosé dans la lumière fait vibrer le bel alignement des immeubles aux façades de sable et de champagne.
Le ciel se découpe en larges pans azurés au-dessus du Blue Willow. Dans quelques heures, ce sera la fête.
A l;intérieur, traversant les vitraux, la lumière vire au bleu cobalt, au vert lagune et confère à la salle une allure aquatique. Nina dépose la dernière bougie sur la seizième table du restaurant.
Sortant de la cuisine, Antoine s’arrête pour admirer son travail d’un regard circulaire. »

p 35 « Sortir de la voiture, laisser la pluie lui rincer les joues, emporter toute trace de larme. Pas évident de se tenir debout et de marcher sans céder à la tentation de la chute. Elle hésite :
va-t-elle accepter la dérobade des genoux, plonger vers ce trottoir brillant, s’y asseoir lourdement, sentir le froid humide de la pierre qui transperce sa jupe ? Est-ce qu’elle
pourrait le faire ? Est-ce que quelqu’un s’en étonnerait, l’inviterait à se relever ?
L’envie est si forte, elle est si fatiguée, s’asseoir là et ne plus bouger, laisser le monde tourner et attendre que quelqu’un vienne lui dire ce qu’il convient de faire, de penser … »

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p 118 « Ce n’est pas le moment de me chercher des excuses, je sais qui je suis, je n’ai jamais été très bon dans le monde … réel, dans la vie quotidienne. Ce que j’aimais le plus ?
M’asseoir devant les quatre-vingt-huit touches d’un piano et laisser faire mes doigts. Je n’ai jamais compris comment ça marchait mais j’ai de la chance : la magie ne s’est jamais éteinte. Même les mauvais
soirs, quand j’étais fatigué ou que le piano était une calamité, ou que le public se fichait éperdument de la musique, il y a toujours eu ce moment où … (il fait claquer ses doigts.)- et je n’étais plus là,
j’étais dans un autre monde, où tout était juste … Je n’ai jamais pris de drogues, pas besoin, la musique me suffisait amplement, aussi longtemps que je pouvais en jouer, n’importe où, un club, une arrière-salle, un studio,
la scène d’un festival.« 

p 134 « Je sais pourquoi c’est dangereux de parler : une fois qu’on commence, ça n’en finirait plus … Surtout quand on n’a jamais beaucoup parlé. » …  » Je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Le secret a duré assez longtemps, trop longtemps.
Je ne me fais aucune illusion : mon vrai cancer, c’est lui. Ce que je fais en vous parlant à tous deux maintenant, j’aurais dû le faire il y a des années. Mais il y avait ma promesse. Et ma lâcheté aussi. L’habitude du silence.
La peur de changer les choses … Et puis j’ai réfléchi. Qu’est-ce que j’avais à vous léguer en partant ? A vous léguer vraiment ?
Rien, sauf la vérité. Avec l’espoir qu’elle soit une porte qui s’ouvre sur un bonheur sans remords ni regrets, sans mensonges, une porte qui s’ouvre sur quelque chose de … plus lumineux que ce que j’ai vécu moi-même. Vous êtes jeunes,
mes enfants, et même si vous ne me croyez pas, je vous jure que la vie est devant vous. Je regrette, je regrette infiniment de ne pas avoir eu le courage de vous révéler tout ça de mon vivant.
Je n’aime vraiment pas qu’on juge les gens sur quoi que ce soit – à part leur façon de se comporter envers autrui.« 

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p 175 « Dix heures du matin quand Antoine se réveille. Il garde les yeux fermés pour essayer de rattraper les dernières bribes d’un rêve mais c’est un rêve vif et lisse comme une loutre, il lui échappe, ne reste
dans sa main qu’une sensation de chaleur. »

p 196 « A la sortie du cimetière, frissonnant, il s’engouffre dans sa voiture mais ne se décide pas à démarrer. Aller où ? Chez lui, dans la grande maison vide ?
A Bordeaux où coule la Garonne qui emmène vers la mer tous les souvenirs, tristes et joyeux, vrais et faux ou inventés ?
Quand enfin il lance le moteur, c’est pour prendre la direction de la frontière belge. Filer vers la côte, retrouver La Panne, Coxyde, Oostduinkerke.
Marcher au bord de l’eau comme il le faisait enfant avec sa mère. Parfois, sans raison, sans explication, elle lui disait : « Viens, on s’en va, on va voir la mer. »
Il se souvient qu’elle marchait sans dire un mot, les pieds dans les vagues froides, et qu’il tournait autour d’elle, ramassant des coquillages aux reflets nacrés.« 

p 221 « – J’ai vécu si longtemps au royaume du silence ..., dit-il. Il y avait des mots, des phrases, mais la règle, c’était que le silence est d’or et qu’afficher ses sentiments
est une forme de faiblesse. Je sais à présent pourquoi c’était ainsi, tu connais toute l’histoire …
– Moi, je n’ai jamais oublié ce que mon père m’a dit un jour quand j’avais une quinzaine d’années ; les gens qui n’expriment pas leurs véritables sentiments mériteraient de
ne pas en avoir. Les mots, ce n’est pas facile, mais sans eux les gens ne seraient rien. Mieux vaut se tromper et recommencer que se taire. »

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Aquarelles de véronique Biefnot …

Édition : Le Castor Astral

Genre : Roman

Publié en 2016

 

La septième fonction du langage … Qui a tué Roland barthes … Laurent Binet

Une satyre humoristique sur le monde des intellectuels, des philosophes, des politiciens, ….
Un roman, un thriller, une biographie, un essai ??? En tout cas … Un brin déjanté !!

Mettre un pied dans ce monde fermé des « intellos » … n’est pas toujours très simple … à comprendre … à décoder …

Sans Jacques Bayard le commissaire des Renseignements généraux qui mène l’enquête
et Simon Herzorg son « interprète » (maître de conférence en linguistique) je me serais sans doute perdue !!!
Ce policier apporte une note sarcastique et on se sent moins seul de ne pas tout saisir !! « Bayard n’a pas compris le dialogue mais il a compris l’idée. »
Il y a certains passages qui m’ont néanmoins semblé « indigestes » !!

On découvre qui a tué Roland Barthes et pourquoi ?? Pourquoi Althusser a tué Hélène sa femme ? Qu’est-ce que le Logos Club ? Les « secrets » qui entourent
la campagne électorale « Giscard/Mitterrand » !! Mais est ce bien la vérité ???
« Simon, pensif, demande à Bayard : « C’est quoi, pour toi, le réel ? » Comme Bayard ne comprend évidemment pas où il veut en venir, Simon précise : « Comment tu sais que tu n’es pas dans un roman ? Comment tu sais que tu ne vis pas à l’intérieur d’une fiction ? Comment tu sais que tu es réel ? »
Bayard considère Simon avec une curiosité sincère et lui répond sur un ton d’indulgence : « T’es con ou quoi ? Le réel, c’est ce qu’on vit, c’est tout. »

On comprend aussi que le langage a sans doute plus de pouvoir que l’on ne croit !! Méfiance !!

« Est-ce que la septième fonction est un mode d’emploi ? Un sortilège ? Un manuel de l’usager ? Une chimère hystérisant les petits milieux politiques et intellectuels
qui voient en elle le jackpot suprême pour celui qui mettra la main dessus ?« 

Et en prime un petit retour dans les années 80 … le walkman, la bouteille de Banga, la R16, Supertramp, Abba, … Mourrousi, … Borg, McEnroe

ainsi que Lang, Badinter, Attali, Debray, Fabius, Julia Kristeva, Sollers, BHL, Umberto Eco, …, Giscard, Miterrand, …

Je n’ai pas été embarquée mais … intriguée et curieuse … j’ai aimé ce brin de folie et ce dénouement très surprenant !!!!!

Roman A découvrir … en sachant que tout ne s’explique pas toujours … clairement !! Le principal étant de saisir … l’idée !! 

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p 17 « Le coup de génie de Barthes est de ne pas se contenter des systèmes de communication mais d’élargir son champ d’étude aux systèmes de signification. … Comme
pourrait dire Umberto Eco : pour communiquer, la langue, c’est parfait, on ne peut pas faire mieux. Et cependant, la langue ne dit pas tout. Le corps parle, les objets parlent,
l’Histoire parle, les destins individuels ou collectifs parlent, la vie et la mort nous parlent sans arrêt de mille façons différentes. L’homme est une machine à interpréter et, pour peu
qu’il ait un peu d’imagination, il voit des signes partout ; … »

p 19 « Jusque-là, rien dans le dossier ne justifie qu’on dépêche un enquêteur, et encore moins un commissaire des Renseignements généraux. La présence de Jacques Bayard
ne s’explique en réalité que par un détail : lorsque Roland Barthes s’est fait renverser, le 25 février 1980, il sortait d’un déjeuner avec François Mitterrand, rue des Blancs-Manteaux. »

p27 « Mais ce Collège de France, qu’est-ce que c’est ? Fondé par François 1er, d’accord, il a lu ça à l’entrée. Et ensuite ? Des cours ouverts à tout le monde qui n’intéressent que des chômeurs gauchistes, des retraités,
des illuminés ou des profs qui fument la pipe; des matières improbables dont il n’a jamais entendu parler … Pas de diplômes, pas d’examens. Des gens comme Barthes et Foucault payés pour raconter des trucs fumeux.
Bayard est déjà sûr d’une chose ; ce n’est pas ici qu’on apprend un métier. Épistémè, mon cul. »

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p 32 « Bayard tire sur sa gitane, avale une gorgée, tourne les pages. Au bar, il entend le serveur expliquer à un client pourquoi la France va sombrer dans la guerre civile si Mitterrand est élu.
« Première leçon : Quelques éléments de conversation.
1 – Comment t’énonces-tu, toi ?
Français : Quel est votre nom ?
2 – Je m’énonce L.
Français : Je m’appelle William. »
Bayard comprend à peu près l’intention satirique et aussi qu’il devrait a priori se sentir en phase avec les auteurs du pastiche mais il se méfie. Pourquoi, en « R.B. » (en Rolland Barthes), « William »
se dit-il « L. » ? Pas clair. Enculés d’intellos.« 

p 145 « Jacobson a, par ailleurs, synthétisé le processus de communication sous la forme d’un schéma qui comporte les pôles suivants : l’émetteur, le récepteur, le message,
le contexte, le canal et le code. C’est à partir de ce schéma qu’il a dégagé les fonctions du langage.
Jacques Bayard n’a pas envie d’en savoir plus mais, pour les besoins de l’enquête, il est nécessaire qu’il comprenne, au moins dans les grandes lignes. »
– la fonction « référentielle » est la première fonction du langage et la plus évidente. On utilise le langage pour parler de quelque chose. …

– la fonction dite « émotive » ou « expressive » vise à manifester la présence et la position de l’émetteur par rapport à son message : … C’est la
fonction du « Je ».

– la fonction « conative » est la fonction du « Tu ». Elle est dirigée vers le récepteur. …

– la fonction « phatique » est la plus amusante, c’est la fonction qui envisage la communication comme une fin en soi. Quand vous dites « allô » au téléphone, vous ne dites
rien d’autre que « je vous écoute », c’est à dire « je suis en situation de communication ». Quand vous discutez des heures au bistro avec vos amis, quand vous parlez du temps
qu’il fait ou du match de foot de la veille, vous ne vous intéressez pas vraiment à l’information en soi, mais vous parlez pour parler, sans autre objectif que d’entretenir la
conversation. Autant dire qu’elle est la source de la majorité de nos prises de parole.

– la fonction « métalinguistique » vise à vérifier que l’émetteur et le récepteur se comprennent, c’est-à-dire utilisent bien le même code. « Tu comprends ? », « Tu vois ce que je
veux dire ? », « Qu’est-ce que ça signifie ? » etc. Tout ce qui concerne la définition d’un mot ou l’explication d’un développement, … Un dictionnaire n’a pas d’autre fonction que métalinguistique.

– enfin la dernière fonction est la fonction « poétique ». Elle envisage le langage dans sa dimension esthétique. Les jeux avec la sonorité des mots, les allitérations, assonances,
répétitions, effets d’écho ou de rythme, relèvent de cette fonction. On la trouve dans les poèmes, évidemment, mais aussi dans les chansons, dans les titres des journaux,
dans les discours oratoires, dans les slogans publicitaires ou politiques… Par exemple, « CRS=SS » utilise la fonction poétique du langage.

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p 334 « (…) elle s’intéresse à la performativité en ce qu’elle soupçonne le pouvoir patriarcal d’avoir recours à une forme sournoise de performatif pour naturaliser la
construction culturelle qu’est le modèle de couple monogame hétéro normé : en clair, d’après elle, il suffit que le mâle blanc hétéro déclare que cela est, pour cela soit.
La performativité, ce n’est pas seulement l’adoubement des chevaliers, c’est aussi cette entourloupe rhétorique qui consiste à transformer le résultat d’un rapport de
forces en évidence immémoriale. … Le mythe d’Adam et Eve, en un sens, est le performatif originel : à partir du moment où on décrète que la femme vient après l’homme,
qu’elle est crée à partir d’un bout d’homme et que c’est elle qui fait les bêtises en croquant la pomme, que c’est elle, la salope, et qu’elle a bien mérité d’enfanter dans la
douleur, évidemment, c’est foutu pour elle. Manquerait plus qu’elle refuse de s’occuper des gosses.

p 364 « Bayard profite de son absence pour demander à Judith de lui expliquer la différence entre illocutoire et perlocutoire. Judith lui dit que l’acte de discours illocutoire est lui-même la chose qu’il effectue, alors que l’acte perlocutoire
entraîne certains effets qui ne se confondent pas avec l’acte de discours. « Par exemple, si je vous demande : « Pensez-vous qu’il y a des chambres libres à l’étage ? », la réalité illocutoire objective
contenue dans la question est que je vous drague. En posant cette question, je vous drague. Mais l’enjeu perlocutoire se joue à un autre niveau : est-ce que, sachant que je vous drague, ma proposition vous
intéresse ? L’acte illocutoire sera réussi (« performed with success ») si vous comprenez mon invitation. Mais l’acte perlocutoire ne sera réalisé que si vous me suivez dans une chambre. La nuance est subtile, n’est-ce pas ? D’ailleurs, elle n’est pas
toujours stable. »

p 396 « La sémiologie, ça permet de comprendre, d’analyser, de décoder, c’est défensif, c’est Borg. La rhétorique, c’est fait pour persuader, pour convaincre, pour vaincre, c’est offensif, c’est McEnroe. »

http://www.pileface.com/sollers/spip.php?article1633

Edition : Grasset

Genre : Roman, Polar, …

Publié en 2015

Fragments d’un discours amoureux … Roland Barthes

Impossible de lire « Qui a tué Roland Barthes ?  » La septième fonction du langage … de Laurent Binet
sans lire et découvrir avant … Roland Barthes
Je me suis donc lancée dans ce livre « Fragment d’un discours amoureux » !!
J’ai tenté de m’imprégner de ce beau discours amoureux !! j’ai capté l’ambiance … l’essence de l’amour selon Roland Barthes !!

L’amour … le sujet amoureux … sont « décortiqués a la loupe » !! Les mots … les attitudes … les gestes … le ressenti …
Une certaine souffrance du sujet amoureux est palpable …

Une agréable découverte … littéraire …

« Roland Barthes est un homme qui a passé son temps à traquer les signes ! … D’ailleurs, il était le maître d’une science qui s’appelle la sémiologie, c’est-à-dire la science des signes. »

« Décrivant son projet pour Fragments d’un discours amoureux, Barthes précise que « tout est parti du principe qu’il fallait faire entendre la voix de l’amoureux ».
Ici, pas de théorisation de ce discours amoureux, mais sa seule expression. « C’est un portrait qui est proposé, mais ce portrait n’est pas psychologique » ;
il se fait l’écho de « quelqu’un qui parle en lui-même, amoureusement, face à l’autre – l’objet aimé -, qui ne parle pas ». Un texte si juste qu’il retentit en chacun,
longuement… »

barthes scianna

(suite…)