La Route des Chiffonniers … Jeanne Sélène

Une petite aparté tout en douceur !!
Un roman tendre et … « initiatique » !!
Amélie une jeune femme proche de la « rupture » !!
Un voyage dans la campagne Normande « La Route des Chiffonniers » … des rencontres … un retour aux sources …
Pour unique compagnon … un âne … baptisé Univers !!

Une quête de soi … de la paix intérieure
La redécouverte d’un monde … de la nature … une envie de retrouver l’émerveillement !!
Des « souffrances » d’enfance qui refont surface !!
Redécouvrir à nouveau le bonheur des petites choses …
p 82 « Ainsi, on peut être adulte et avoir gardé ce fonctionnement, cet enthousiasme pour les petites choses?! »

et puis de belles rencontres … Germaine Emmanuel

Un roman « tranquille » qui se lit très facilement avec de Belles surprises …

Un petit livre de 130 pages qui fait du bien !!

Une écriture agréable

Il m’a peut être manqué un peu de « profondeur » mais ce roman est un joli petit « bonbon » littéraire à découvrir !!

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p 7  » Burn out.
J’entends d’ici les moqueries
Burn out
Je secoue la tête d’un air las.
Avec mes dix-huit heures de cours par semaine et mes deux mois de vacances estivales, je ne vais pas échapper aux sourires narquois de mes amis.
Je hais le collège. » … « Les ados me gonflent. Le bruit des chaises sur le carrelage m’insupporte. L’odeur du Velleda me fiche la nausée… Je ne veux plus y retourner. Mon cœur se serre d’angoisse à l’idée d’affronter les 3è C.
Rester stoïque face aux pitreries de Kévin… »

p 26 « -Il est probablement caché derrière le bosquet, c’est sa zone préférée, à l’abri des autres. Ce n’est pas un sociable.
Se retient-elle d’ajouter « comme toi ? ». Elle n’aurait sûrement pas tord …
En effet, derrière une touffe de noisetiers rouges, un petit âne somnole au soleil, les yeux fermés et le bout du nez posé sur le sol.
Ses pattes sont repliées contre son ventre gris-blanc.
C’est un champion de la sieste. Il faudra que tu le laisses se reposer deux fois par jour minimum si tu veux t’en faire un copain. »
… « L’animal ouvre les paupières puis se met à bâiller. Sa mâchoire inférieur part sur le côté tandis que sa langue se tend de l’autre. Je ne peux m’empêcher de rire devant cette image peu flatteuse.
Il me lance un regard outré puis se lève en s’ébrouant. Peut-il vraiment comprendre ma moquerie ?! »

p 46 « J’ai souvenir de mon prof de physique de lycée qui avait un jour dit : « La science a pour but de prouver l’inexistence de Dieu. »
Cette citation tourne un bon moment dans ma tête. Et si la science, au contraire, était la nouvelle religion de notre société ? Est-il encore permis de croire aujourd’hui sans le sceau validateur d’une recherche ?
Quand je pense qu’il a fallu que des types pondent une (voire plusieurs) étude en bonne et due forme pour reconnaitre la souffrance des bébés … Tant que la sacro-sainte Science n’avait pas donné son avis, leurs douleurs n’existaient pas.
Je frissonne. Quelles abominations ont encore cours à cet instant même ? En attente d’une preuve qui ne viendra peut-être jamais … « 

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p 75 « Il me semble que j’étais plutôt facile à vivre et pleine de gaieté lorsque j’étais enfant. Qu’a-t-il bien pu se passer pour que je devienne cette vieille fille aigrie ?
De nouveaux souvenirs remontent à la surface : une querelle avec ma meilleure amie de primaire parce que je n’avais pas bien joué à l’élastique ; la voix culpabilisante de ma mère après une interro ratée que nous avions pourtant passé si longtemps à réviser ensemble ; mon grand-père me
faisant remarquer combien c’était peu distingué pour une fillette de s’asseoir les jambes écartées ; ma grand-mère démêlant mes cheveux avec un « il faut souffrir pour être belle, serre les dents ! » ; mon père ne remarquant même pas tout le rangement effectué, mais pointant le fait que j’avais omis de nettoyer la vaisselle ; l‘angoisse à l’idée d’entamer
une nouvelle semaine de collège où les garçons riraient encore de moi …
Mon enfance m’avait toujours paru si douce et lisse. Ces petits achoppements sans importance peuvent-ils vraiment suffire à détruire une part de confiance ? »

p 79 « -Je suis sage-femme en libéral.
Merde, il est sûrement gay refoulé. En même temps que cette pensée automatique apparait dans ma tête, j’ai une furieuse envie de me coller des baffes. Comment se fait-il que mon cerveau soit ainsi conditionné pour produire de telles merdes sexistes et homophobes !? »

p 84 « Cette journée m’a semblé durer à la fois un siècle et une seconde. Elle repasse en boucle dans ma tête. Germaine, si vieille, si seule, et en même temps si joyeuse. Emmanuel, déjà veuf, mais si plein d’émerveillements. C’est quoi, leur secret ? Pourquoi je ne parviens pas à être
heureuse moi aussi ? »

p 102 « Il rit et se penche pour m’embrasser une troisième fois. Je passe une main dans ses cheveux, glisse le long de sa nuque, m’enhardit à effleurer ses lèvres de la pointe de ma langue
Ouh, j’ai chaud, j’suis un lapin dans un four à micro-ondes !
Mais flûte quoi, Oldelaf, y’a quand même plus romantique comme pensée ! Parfois, j’aimerais que mon cerveau arrête de tourner sans cesse …
… s’écarte, caresse ma joue.
– Je suis content d’avoir croisé ton chemin. C’est une belle synchronicité. J’aime la couleur de ton âne.
C’est un peu étrange comme compliment. Mais je crois que ça me plait bien alors je lui souris et j’attrape sa main. Univers à ma droite, … à ma gauche, le soleil au-dessus de nous, le sentier devant. What else ? »

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p 104 « Qui suis-je aujourd’hui ? Un être désabusé? Une femme triste qui se cache sous un masque affable ?
Et si je n’étais qu’un être humain en train de jouer à cache-cache avec lui-même ? Il me semble que je me cherche depuis ma naissance sans parvenir jamais à me trouver. Ces reflets de moi n’ont toujours été que
de pâles copies. Je suis un imposteur, une comédienne. Je n’ai jusqu’à présent existé que par le prisme de mes proches : de mes parents, de mes amis, même de mes professeurs …
A quel moment ai-je vraiment rencontré mon moi intérieur ? »

p 112 « J’ai l’infinie certitude que je suis en pleine régression, je suis au creux du ventre de ma mère … Brusquement, un étau m’enserre. Non, pas maintenant ! Le moment n’est pas venu. Des douleurs intenses me broient, la peur m’emplit. Je ne suis pas prête !
J’ai mal, je panique mais ne parviens pas à bouger comme je le voudrais. Le temps s’étire … Et puis, soudain, c’est l’embellie. Une infinie douceur m’enlace. Des larmes incompréhensibles coulent alors sur mes joues. Je parviens enfin à ouvrir les paupières. »

Récit initiatique et psychologique

Aux Éditions Luciférines

Genre : Roman

Publié en 2016

Illustration couverture : Jeanne Sélène

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Trois jours et une vie … Pierre Lemaitre

Histoire palpitante !! Sujet grave et poignant !! La disparition d’un enfant de 6 ans !!

Dès les premières pages … l’intrigue est lancée !! On apprend qui a tué Rémi , ce petit garçon et pourquoi !!

Tout un village se mobilise pour retrouver Rémi mais en vain …

Les heures passent … les jours …on croit connaitre l’épilogue … le dénouement !! Mais non … que de « virages » dans l’histoire …
de revirement de situation … de rebondissements …
Et Ce chien Ulysse … qui fait tout basculer !! Une vie !! Des vies !!

Les remords … les angoisses du meurtrier …la culpabilité … la conscience qui empêche de vivre normalement !!
« Telle était sa punition: purger sa peine en toute liberté au prix de son existence tout entière. »
Une espérance … une fuite … une attente … une délivrance sans doute !!!
« Hâte de se faire prendre, d’être arrêté. Hâte d’avouer. D’être enfin débarrassé. De pouvoir dormir, dormir.« 

Et puis des personnages fortscomplexes
la vie … le chômage … les ouvriers !!
Les rumeurs … les « on dit » … les suspicions … et cette tempête !!!
Beauval ce petit village … cette bourgade … du Loir et Cher plongé en pleine tourmente !!

On est happé par l’histoire … mais malgré tout … il m’a manqué du rythme et/ou de l’émotion dans l’écriture !!
L’auteur nous conte un drame … « tout simplement » …

Néanmoins Un roman à découvrir … Une « belle » histoire … un drame psychologique fort !!

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Une Montre …..

p 11 « A la fin de décembre 1999 une surprenante série d’événements tragiques s’abbatit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la
disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée,
par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir. »

p 57 « Antoine avait été ébranlé par la visite du gendarme. Il y avait chez cet homme quelque chose de pénétrant, de suspicieux …
Il ne l’avait pas cru.
Cette certitude l’étreignit. La manière dont il était resté un long moment sur le trottoir, repensant à ce qu’Antoine lui avait dit, hésitant à remonter pour lui demander des compte. »

p 70 « On vit quelques images de Beauval qui dataient un peu, des archives sans doute. Et quelques plans montrant des voitures de gendarmerie censées sillonner les alentours de la ville.
« … Et la nuit a contraint les enquêteurs à remettre à demain la poursuite de leurs recherches. »
… ne parvenait pas à se détacher de l’écran. Il ressentait une étonnante impression de déjà-vu, l’annonce d’un fait divers tragique comme il y en avait souvent, mais cette fois il était
directement concerné parce qu’il était l’assassin. »

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p 80 « En milieu d’après-midi, il s’établissait une relation très étroite entre la recherche des hommes-grenouilles là-bas, sur l’étang, et l’arrestation d’un homme sur l’identité duquel, malgré les assurances
de Théo, les avis restaient partagés. Dans cette course à la culpabilité, M. Guénot tenait la corde, mais le chauffard faisait bonne figure, celui qui avait renversé le chien de M.Desmedt
l’avant-veille. … Et justement, quelqu’un l’avait vue, cette voiture, au sortir de Beauval, une Fiat. Ou une Citroën. Bleu métallisé. Immatriculée 69, tous des chauffards là-bas. Mais était-ce le même jour ? Le chien n’a pas été
tué la veille de la disparition du petit ? Mais elle est revenue, qu’on vous dit, la Fiat ! »

p 92 « Mme Courtin était née ici, c’est ici qu’elle avait grandi et vécu, dans la ville étriquée où chacun est observé par celui qu’il observe, dans laquelle l’opinion d’autrui est un poids écrasant. Mme Courtin faisait,
en toutes choses, ce qui devait se faire, simplement parce que c’était ce que, autour d’elle, tout le monde faisait. »

p 212 « Sa vie lui parut petite, étriquée, il n’était pas un gangster ambitieux, cynique et organisé, juste un assassin ordinaire qui jusqu’ici avait eu de la chance. »

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« Le raz de marée né au fond de l’estomac le traversa de bas en haut dans un spasme foudroyant, lui broya les reins et explosa dans sa gorge en le soulevant littéralement du lit.
Il plongea la tête vers le sol en laissant échapper un cri guttural montant des tripes, un filet de bile s’allongea pendant qu’asphyxié il cherchait à retrouver l’équilibre.
Il était épuisé, son dos était une torture. A chaque mouvement de houle, son corps entier voulait s’extirper de son enveloppe, se retourner sur lui-même, se liquéfier et
s’enfuir. « 

p 213 « Tout le monde adorerait ce fait divers parce que, face à lui, chacun se sentirait merveilleusement normal. […] Le crime de Beauval exorciserait les velléités de violence
de tout un peuple, on pourrait se délecter de placer la faute sous la responsabilité d’un seul, de la satisfaction de voir quelqu’un puni pour une action dont n’importe qui serait capable. »

La vie doit toujours reprendre le dessus, elle adorait cette expression. Cela signifiait que la vie devait continuer de couler, non pas telle qu’elle était mais telle qu’on la désirait.
La réalité n’était qu’une question de volonté, il ne servait à rien de se laisser envahir par des tracas inutiles, le plus sûr pour les éloigner était de les ignorer, c’était une
méthode imparable, toute son existence montrait qu’elle fonctionnait à merveille.

Édition : Albin Michel

Genre : Roman noir

Publié en 2016

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Le livre des brèves amours éternelles … Andreï Makine

Un roman fort ou se côtoie le Bien et le Mal la douceur et l’absurde l’amour et l’inconcevable …
Des chapitres sous forme … de courts récits … de fresques … de tableaux …

Des vies qui se percutent ... s’entrechoquent
Des rencontres magiques inoubliablesviolentestorturées … confrontées à la dure réalité de la vie … soviétique !!
La Russie … La dénonciation de l’idéologie communisteLa dictature / les censures de Brejnev … le Mur de Berlin
Les rêves … puis les désillusions d’un enfant sur les idéologies communistes !!
p 47 « Cet espoir ranima en moi mon rêve de la ville blanche, des hommes à la conscience nouvelle qui, selon notre institutrice, allaient vivre dans la société future. Oui, ces
êtres beaux, sereins qui n’accumuleraient pas et travailleraient passionnément à l' »édification de l’avenir »

Des personnages forts …
Dmitri Ress « résistant » … Une quête de l’incompréhensible … « il critiquait non pas les tares spécifiques du régime en place, dans la Russie d’alors, mais la servilité avec laquelle
tout homme en tout temps renie l’intelligence pour rejoindre le troupeau. »
Alors peut être ces questions :  Pourquoi se battre contre l’inévitable ? Pourquoi se battre contre l’homme qui, quoiqu’il arrive trouvera toujours un conflit pour
satisfaire ses instincts ?

Et Jorka l’infirme … « Parfois, je me rappelle aussi son avertissement à propos de ces premières fleurs de printemps, très délicates et dont les tiges fines et fragiles peuvent être brûlées par la chaleur brutale de notre sang.
Comme les âmes des êtres que nous aimons.« 

Un livre poignant sur « l’espèce humaine » … son ambiguïté … son côté sombre … « sa rivalité bestiale » …  son côté lumineuxses moments de grâcesa capacité à aimer malgré tout
et contre tout …
Un livre plein de sensations !! Bouleversant et à couper le souffle dans toute sa sagesse sa beauté des sentiments et son fatalisme !!! Une belle œuvre littéraire !!!
Une écriture puissante … une analyse digne d’un virtuose !!

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L’infime minorité
p 12 « Aujourd’hui, il doit y avoir dans le monde à peine une demi-douzaine de personnes à se souvenir de Dmitri Ress. Ma mémoire n’a préservé que deux
fragments, très inégaux. Deux éclats de mosaïque que, ne connaissant pas Ress, on croirait désunis.
D’abord, cette parole articulée avec une maladresse douloureuse par l’un des familiers : « Il l’aimait … comme on ne peut être aimé … qu’ailleurs que sur cette terre. »
L’autre fragment – son activité d’opposant – était d’habitude raconté avec la même hésitation confuse. Ce n’était pas le manque d’intérêt que les vivants finissent par témoigner
à un héros oublié. Non, plutôt l’incapacité de saisir la raison profonde du combat que Ress a mené jusqu’à sa mort. Une lutte à la Don Quichotte, pour certains, un suicide qui a duré vingt ans, pour les autres. …
Additionnant ses trois condamnations successives, on obtenait un total de quinze ans et quelques mois passés derrière les barbelés. La sévérité des peines tenait à l’originalité de son credo : philosophe de
formation, il critiquait non pas les tares spécifiques du régime en place, dans la Russie d’alors, mais la servilité avec laquelle tout homme en tout temps renie l’intelligence pour rejoindre le troupeau. »

p 14 « Le camp, au lieu de le faire frémir; le rendit inflexible. Libéré, il récidiva. Des dessins, des pamphlets qui tombaient déjà sous le coup d’une qualification plus lourdes: la propagande soviétique. »

p 17 « Ah, ces tribunes … En Occident, on a écrit des tonnes de gloses pour expliquer la société où nous vivons, sa hiérarchie, l’asservissement mental que subit la population … Et on n’a rien compris ! Tandis
que là, il suffit d’ouvrir les yeux. L’apparatchik en chef, on le voit d’ici, au centre de la tribune, un chapeau noir et ce visage plat comme une crêpe. Autour de lui, avec le minutieux respect des précellences, ses
sbires, plus ils sont loin de lui, moins ils sont importants. Logique. Le modèle suprême reste la tribune officielle de la place Rouge. Un peu de militaires, afin que le peuple sache sur quelle puissance repose l’autorité du Parti. »

p 20 « Un scénario de science-fiction. Demain, ce régime vermoulu s’écroule, nous nous retrouvons dans le paradis capitaliste et sur ces gradins montent des milliardaires, des stars du cinéma, des politiciens bronzés … Et vous savez ce qu’il
y a de plus cocasse ? C’est que la foule défilera comme si de rien n’était. Car peu importe de savoir qui remplit les tribunes, l’essentiel est qu’elles soient remplies. C’est ça qui donne du sens à la vie de notre fourmilière humaine. »

p 23 « Sa voix, libérée désormais du désir de contester ou de convaincre, sonna tel un écho venant d’un temps où ce qu’il
disait semblerait évident :
« Trois catégories … Les conciliants, les ricaneurs, les révoltés … Mais il y a … il y a aussi ceux qui ont la sagesse de s’arrêter dans une ruelle comme celle-ci et de regarder la
neige tomber, de voir une lampe qui s’est allumée dans une fenêtre, de humer la senteur du bois qui brûle. Cette sagesse, seule une infime minorité parmi nous sait la vivre.
Moi, je l’ai trouvée trop tard, je commence à peine à la connaitre.

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Celle qui me libéra des symboles
p 29 « Ce n’était pas la première femme qui m’a ébloui par sa beauté, par la force patiente de son amour. Elle était la première, en tout cas, à me révéler qu’une femme aimante n’appartient plus à notre monde mais en crée
un autre et y demeure, souveraine, inaccessible à la fébrile rapacité des jours qui passent. Oui, une extraterrestre.
Et dire que notre rencontre a eu lieu dans des décors destinés à représenter une vie sans amour ! »

« Grâce à elle, je compris soudain ce que signifiait être amoureux : oublier sa vie précédente et n’exister que pour deviner la respiration de celle qu’on aime, le frémissement
de ses cils, la douceur de son cou sous une écharpe grise. Mais surtout éprouver la bienheureuse inaptitude à réduire la femme à elle-même. Car elle était aussi cette
abondance neigeuse qui nous entourait, et le poudroiement solaire suspendu entre les arbres, et cet instant tout entier où se laissait déjà pressentir le souffle timide du
printemps. Elle était tout cela et chaque détail dans le tracé simple de sa silhouette portait le reflet de cette extension lumineuse.« 

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Une doctrine éternellement vivante
p 81 « Notre erreur fatale est de chercher des paradis pérennes. Des plaisirs qui ne s’usent pas, des attachements persistants, des caresses à la vitalité des lianes : … Cette obsession de la durée nous fait manquer
tant de paradis fugaces, les seuls que nous puissions approcher au cours de notre fulgurant trajet de mortels. Leurs éblouissements surgissent dans des lieux souvent si humbles et éphémères que nous refusons de nous y attarder.
Nous préférons bâtir nos rêves avec les blocs granitiques des décennies. Nous nous croyons destinés à une longévité de statues. »

« Les gens qui vivront dans la société communiste auront un autre type de conscience que nous. Les magasins seront pleins et tout sera gratuit mais chacun ne prendra
que ce dont il a besoin. Pourquoi accumuler si l’on peut revenir demain ? « 

Un don de Dieu
p 133 « Cela était encore plus vrai pour ceux qui, comme nous, dans le crépuscule du messianisme soviétique, avaient envie d’oublier la gravité ankylosante de ses décors. Mes
interrogations exaltées sur la société fraternelle se trouvaient depuis longtemps rangées parmi les vieilleries poudreuses d’autres rêves enfantins. Nous avions compris : seule notre joie de vivre comptait et pour ne pas nous laisser rattraper
par les croque-morts d’une idéologie pétrifiée, il fallait courir, ailé comme un funambule sur sa corde, d’un amour à l’autre, d’un plaisir volatile au suivant … « 

Le poète qui aida Dieu à aimer
« Oui… Je la connais… C’est une femme qui… une femme qui, sans le savoir, a été aimée… comme on ne peut être aimé… qu’ailleurs que sur cette terre. »

Édition du Seuil

Genre : Roman, littérature Russe

Publié en 2011