Les orchidées volantes … Marie Murski

Dès les premières pages une sensation d’angoisse, de malaise, une ambiance oppressante qui nous happe et nous poursuit !!
Que se passe t-il vraiment ? Pourquoi cette boule au ventre alors que le récit semble calme ??
Et pourquoi cette chasse aux orchidées volantes ? Pourquoi cette fuite ?

Une analyse édifiante sur le comportement humain ! La puissance incontrôlée du cerveau !! Vivre à l' »Extrême » !!
Un cycle infernal et peut être sans fin … « Le bout du monde » au bout du chemin !!
Un souffle de vie exacerbé … et le temps qui s’égrènement inlassablement !!

L’auteure nous entraîne dans une Tragédie Humaine parée de sa prose, douce, vaporeuse et sublimement oppressante !
Un chef d’oeuvre de poésie !! Je suis conquise !!!

DSC_1171 1-4 Fin
p 24 « On est venu pour trouver les grandes orchidées, celles qui volent au -dessus des arbres, qui s’appuient aux cimes pour fleurir. Leurs racines flottent comme
des chevelures. Elles ne touchent plus terre et veulent coloniser le ciel. On l’a lu dans les livres et on est venu voir … On est là. On avance dans la chaleur moite, la peur
sur le dos comme une peau. On ne chante pas, on a oublié tous les chants. On compte. On compte ses pas, les nœuds dans les arbres, les bras tendus, écartelés
entre les écorces. Cerné par le végétal qui a toutes les puissances et toute la connaissance, on n’a plus rien. »

p 88 « Ludie se souvenait du jour où Gabriel avait accroché les poulies. Il lui avait raconté les orchidées volantes. Il disait que les douces pouvaient changer, s’élever, quitter
la serre. Il fallait les priver de tout et un jour, peut-être, elles monteraient, elles s’envoleraient pour échapper …
« Pour échapper à la torture ! » marmonna Ludie avec rage. Elle ne s’était pas exprimée ainsi devant son père car, ces dernières semaines, il ne lui avait plus parlé d’elles. Maintes fois, elle
avait retenu l’accusation au bord de ses lèvres : « Tu les tortures pour rien ! Elles ne s’envoleront jamais! »

DSC_1160 3 fin mini
p 107 « Les graines avaient germé et sa mère, à six heures, avait pu reprendre son tour aux petites. Paulin était allé brasser en urgence. Durant le temps de l’éclosion des graines, Ludie avait assuré seule le nourrissage
des douces, pris les tours de visite et de ratissage la nuit ainsi que des tours d’arrosage aux petites. Elle avait brassé aussi, avait traîné les brocs d’eau nouvelle … »

p 154 « Je n’ai pas vu tes gouffres parce que j’en porte un à mon cou. Moi je l’appelle précipice. Quand je baisse les yeux sur moi, je vois son vide. J’entends le vent qui s’engouffre,
des vieux échos. J’ai beau scruter le fond, je ne vois rien. Comment voir le fond d’un précipice que l’on porte à son cou ? Et les autres, tu sais, ceux qui au cou portent une médaille,
ceux qui sont du bon côté des brumes, quand je passe ils voient bien que j’ai au cou quelque chose qu’ils ne connaissent pas. Ils ne peuvent rien nommer. Je pourrais leur dire: ce que j’ai, c’est ça. Un précipice.
Mais ils ne comprendraient pas. Alors je ne dis rien.« 

Les Tenailles … Le « Bout du monde »

p 201 « Chaque nuit, après son tour dans la deuxième serre, Ludie pénètre, de trois à cinq, dans ses heures à elle, écrites sur le tableau. Les livres sont posés là, à terre; près du lit.
Elle tend les bras, les saisit, les ouvre contre sa tête qui repose enfin, muscles de son cou vaincus, évidés. Lit-elle ? Invente-t-elle ce qu’elle lit ? Les histoires
sont-elles des danseuses mécaniques actionnées par le puissant sommeil ? Elles tournent, elles miroitent en leurs cerceaux plumeux, disparaissent au moindre souffle sur les pages,
reviennent transformées, tournent encore, glissent et se soumettent aux illusoires ressemblances. »

DSC_1114 mini

p 334 « Cela lui évoquait la grande roue des foires, son centre de mécaniques bien huilées, le cercle parfait qu’elle décrit dans l’espace et les êtres qu’elle emporte dans son parcours répétitif.
« C’est tellement organisé, tellement rond … Il se peut que l’on n’ait plus jamais le désir de descendre. » Jour et nuit, Guilaine pouvait s’accrocher à leur cadence incessante, s’y tenir.
Elle se souvenait avoir écrit, lors d’une de ses premières cures ; On m’a frôlée j’ai laissé faire. On m’a baignée j’ai laissé faire. Puis on a ôté le rivage … »

http://sadnnormandie.canalblog.com/archives/2019/04/08/37243762.html

Editions : In8

Publié en 2019

Genre : Roman

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :