L’amour Humain … Andreï Makine

L’Angola la révolution !!
Le premier chapitre nous plonge aussitôt dans l’ambiance dure et sans pitié … des troupes révolutionnaires !!
Trois prisonniers au milieu de l’enfer …au milieu de la jungle Angolaise !! Puis ce jeune garçon avec son air menaçant coiffé d’un masque à gaz (p 34) …et cette femme Zaïroise violée devant leurs yeux pour une histoire de diamants !! (p 220)
et malgré tout … une rencontre marquante !!
Deux hommes Élias et cet instructeur Russe, le narrateur … unis durant quelques heures dans cette geôle … deux vies liées dans un même but … se battre pour la « renaissance » d’un pays !!

Ces « professionnels de la révolution » … qui se « promènent » de pays en pays … avec des idéaux … « en quête » de dictateur et de gouvernement à renverser
On y découvre les premiers pas d’Ernesto Guevara au milieu de la brousse africaine !! Ce grand révolutionnaire cubain !!
Une vie mouvementée … en plein conflit !!
Des références à Marx … Lénine l’idéologie communiste dans toute sa « grandeur » … sa « splendeur »

Un regard critique sarcastique sur les conflits … sur l’homme et ses aspirations !! Des révolutions peut être nécessaire pour une renaissance !!? Un questionnement humain … peut être philosophique … un brin pessimiste et fait de désillusions !!
Un livre avant tout … sur l’homme … l’être humain … insatiable et toujours prêt à se battre !!

Et puis il y a Moscou et cette belle rencontre avec Anna … une rencontre de toute une vie … Une force dans cet enfer
Puis ce beau souvenir apaisant qui va bercer Élias tout au long de sa vie … enfant où il aimait poser sa tête dans le creux chaud et tendre du coude de sa maman

Un voyage à travers l’Angola … le Congo … Moscou … la Sibérie
Un livre sans doute « juste » … mais surtout dérangeant, fort et implacable… teintée de beaux moments d’amour

Un beau roman … à découvrir !! Poignant !!
Une belle écriture … souvent incisive !!
J’avais aussi beaucoup aimé un autre des romans d’Andreï Makine « Le livre des brèves amours éternelles » ...

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« Il s’accroupit et cacha son visage là où ce monde embrouillé n’existait pas, dans le creux chaud et tendre du coude de sa mère. La vie y coulait, sommeilleuse, bercée par le battement du sang,une vie tout autre, sans les rictus des morts sur les routes,
sans mensonge. Dans la tiédeur lisse de ce bras durait une nuit odotante qui l’enveloppait tout entier, son visage, son corps, ses angoisses. Il entrouvait les yeux et ses cils caressaient la peau de sa mère et ce bras replié frémissait légèrement sous
la caresse. Ce bonheur-là était simple et n’exigeait aucune explication, …  » 

p 11 « Sans l’amour qu’il portait à cette femme, la vie n’aurait été qu’une interminable nuit, dans les forêts du Lunda Norte; à la frontière entre l’Angola et le Zaïre.
J’y partageais deux jours de captivité avec un confrère, un instructeur militaire soviétique, et avec ce que nous prenions pour un cadavre étendu au fond de notre geôle en glaise séchée, un Africain vêtu non pas d’un treillis, comme nous, mais
d’un costume sombre et d’une chemise blanche brunie de sang. »

p 13 « J’admirais cet homme. Il connaissais la vérité brute de la vie, sa sagesse primaire à laquelle j’étais en train d’être initié : nous ne sommes pas uniques, mais tous pareils et interchangeables, oui, des bouts de viande qui
cherchent le plaisir, souffrent, s’affrontent pour la possession des femmes, de l’argent, du pouvoir, ce qui est à peu près la même chose, et un jour les perdants et les gagnants se rejoignent dans la parfaite égalité de la putréfaction. »

« Durant toute sa vie, il aurait l’impression de se rappeler chaque minute passée avec elle, chaque angle de rue qu’ils tourneraient, chaque aquarelle des nuages au-dessus de leurs têtes. Et pourtant, dans les moments les
plus proches de la mort, donc les plus vrais, c’est cet instant-là qui reviendrait avec la patiente douleur de son amour : la senteur amère de la neige, le silence d’une chute du jour et ces yeux qui l’avaient retenu debout.« 

p 27 « Dans ma jeunesse, je croyais que l’Histoire avait un sens et que notre vie devait y répondre par un engagement. Je pensais qu’il existait le Bien et le Mal et que leur lutte, dans les temps modernes, prenait la forme de la lutte des classes. Et qu’il
fallait choisir son camp, aider les faibles et les pauvres (c’est exactement ce que je croyais en venant, tout jeune encore, en Angola), et qu’alors la vie, même douloureuse et pénible, aurait une justification, devenant un destin cohérent, construit
d’une étape à l’autre. Présenté ainsi, tout cela à l’air bien naïf, et pourtant j’ai vécu des années guidé par cette naïveté. Et je ne me souviens même plus à quel moment j’ai perdu la foi, pour parler pompeux. »

L-amour-humain

p 28 « Un rappel encore plus lointain me vient à l’esprit, cette toute première image de l’Afrique, dans un livre d’enfant: un éléphant dépecé. Son énorme tête qu’un chasseur blanc foule de sa botte, la trompe, les pieds, le tronc qu’entourent des Noirs souriants et presque nus.
Je me souviens du trouble qu’a provoqué en moi l’aspect très technique de ce découpage. Oui, un grand corps devenu un tas de chair dans laquelle chacun se découpera un morceau. Plus tard, l’Afrique elle-même me rappellera souvent ce grand animal débité par les fauves humains. »

p 34 « En vingt-cinq ans, je n’ai pas trouvé où placer, au milieu de nos belles théories, ce jeune être humain qui avait déjà violé et tué et qui me regarde souvent, dans mes rêves, à travers les verres cassés de son masque à gaz.
Non, je n’ai jamais eu la prétention de comprendre l’Afrique. »

p 55 « «On peut donc tuer un être humain sans lui enlever la vie», pensait Élias en observant cette masse de corps à peine couvert de lambeaux. Pas besoin de les vider de leur sang, de les démembrer. Il suffisait de les affamer, de mélanger femmes et hommes, vieux
ou jeunes, de les obliger à faire leurs besoins devant les autres, de les empêcher de se laver, de leur interdire la parole. En fait, d’effacer tout signe d’appartenance au genre humain. Un cadavre était plus vivant qu’eux car, dans un mort, on reconnaît toujours un
homme. »

p 83 « Il y avait, nota Élias, deux peuples : l’un, glorifié dans les discours, ces « masses travailleuses » dont on préparait l’entrée triomphale dans le paradis du communisme, un peuple idéal en quelques sorte, et puis ce peuple-là, qui, par son encroûtement miséreux,
déshonorait le grand projet révolutionnaire. »

p 106 « A présent elle appelait à propager la flamme de la révolte sur d’autres continents … sa voix se coupait quand elle citait Ernesto Guevara. … Son corps était robuste mais sans grâce. La corpulence d’une fille de bonne famille, (nourriture abondante, équitation,
vacances dans une vaste maison de campagne), une fille qui voulait à tout prix dépenser ces avantages de jeunesse bourgeoise dans des aventures au bout du monde, au milieu des peuples affamés, des soubresauts et des luttes. »

 

p 118 « Tu sais, je n’ai jamais pensé que notre combat était parfait et que les gens qui les menaient étaient des saints. Mais j’ai toujours cru à la nécessité d’un monde différent. Et j’y crois encore. »

p 128 « Le monde est régi par le désir des humains de dominer leurs semblables. L’exploitation de l’homme par l’homme. Marx avait raison ! »

p 165 « Cette intimité du vrai, à la fois poignante et lumineuse, le frappa plus que tout le reste à Sarma. Dès le premier regard que lui adressa la mère d’Anna. Elle leur ouvrit la porte, les entoura de ses bras, sans verbiage, sans curiosité. Une certitude calme,
absolue se transmit à Élias : il pourrait pousser cette porte dans dix ans, il serait attendu. »

p 220 « Devant la tombe de la Zaïroise et de l’enfant, une idée de fouilles archéologiques, comme dans un mauvais songe, m’est passée sur la tête; que penseraient de notre civilisation les archéologues du lointain en découvrant ce squelette de femme avec quelques éclats
de diamants dans la bouche et celui d’un enfant masqué ? »

Éditions du Seuil

Genre : Roman Français et Russe

Publié en 2006

Couverture : Françoise Lacroix/panoptika

 

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