La part d’ombre … Marie-Françoise Chevallier Le Page

Tout commence par le viol, le meurtre de Marie, une jeune fille de 14 ans
et nous voilà happé par ce récit poignant et bouleversant où la même histoire est racontée à travers … trois regardstrois visions différentes,
la mère du meurtrier, la mère de la victime et la veuve K, la narratrice et « enquêtrice » …
Et pour une fois, la mère du meurtrier est entendue … on découvre une mère, une vision du meurtre sous un « angle nouveau » où il est
difficile de rester indifférent à tant de détresse, de culpabilité et de désespoir
Il y a dans ce « désastre« , cette « apocalypse » deux mamans meurtries à vie !!

L’écriture est juste et saisissante, et malgré tout, « perlée » et nimbée de poésie …

Un roman qui interroge, ébranle les convictions et où l’on comprend très vite que tout n’est pas si simple !!
Tout n’est pas Blanc ou Noir mais sans aucun doute … Nuancé

Un roman psychologique sublime de vérité … un roman sur des vies qui basculent et bousculent

p 99 « Vous savez, c’est étrange. Lorsque vous découvrez soudain, vraiment, que votre fils est, à n’en pas douter, un très grand criminel, votre première pensée n’est pas son devoir,
ni l’horreur de son crime. C’est cette effroyable, violente, brûlante certitude :
Vous sang a parlé, et il était mauvais.« 

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p 39 « Qu’ai-je fait au Bon Dieu pour mériter cela ?
Ma conscience me tourmente :
c’est vrai, même au fond de l’abîme, je pense encore à moi !
Car oui, c’est moi l’erreur …
J’ai engendré un monstre !
Enfin, un assassin. Est-ce bien différent ?
J’ai mal. Tellement mal !
J’ai mal à la victime. Car il l’a violée, la victime !
J’ai mal à mon enfant, le petit lièvre noir issu de mes entrailles.
J’ai mal d’être sa mère. Je n’ai pas su l’aimer ?
Pas pu le protéger ?
J’ai mal à l’entrecuisse,
cette porte secrète intime et inquiétante,
porteuse de nos espoirs, comme de nos désespoirs, déflorée sans respect,
déchirée sans scrupule,
obscur objet du vil désir d’un homme sans honneur ni regrets,
intimité polluée,
plaie béante infectée,
sexe donneur de vie, mais où la mort se niche,
précieux recoin de l’être
qui ne servira plus.
Oh non, ça, plus jamais ! »

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p 183 « LA HAINE !
Votre fille devant vous, couchée à moitié nue parmi les herbes folles, écartelée, et déchirée à grands coups de couteau, offerte aux yeux de tous sous les pâles reflets d’une lune stupéfiée de tant de cruauté,
c’est bien trop de douleur.
Vous êtes anéantie.
Puis, soudain, vient la haine. Elle va vous sauver, même si, peut-être, un jour, mais alors dans longtemps, vraiment dans très longtemps, après avoir compris, il faudra pardonner.
Qu’est-ce qui permet de vivre, de continuer à vivre, de respirer toujours, d’avoir un cœur qui bat, quand la mort a frappé, emportant dans le vent qui traversait la chambre le fruit de vos entrailles, la prunelle de vos yeux, votre seule raison d’être ?
Enfin, tout ce qui compte, vraiment, pour une mère. »

Les Editions de La Safranède

Publié en 2016

Genre : Roman

Illustration de couverture : Marie-Françoise Chevallier Le Page inspirée d’une photographie de Alexander Khokhlov

 

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La disparue de Saint-Guilhem-Le-Désert … Katia Verba

Une gentilhommière, où vit la famille Bourgeois de Chaville … la disparition d’Aliette, la fille cadette et nous voilà embarqués …
Hypnotisés par ce roman, qui distille « en douceur » une ambiance … une aura oppressante et angoissante
L’Impression d’être enveloppé, happé par cette inquiétude et cette attente insoutenable !! Où est Aliette ? Que
lui est-il arrivé ??

Un roman tout en subtilité mais avec beaucoup de force !!
Des personnages forts et énigmatiques
Un récit palpitant et haletant … avec une écriture fluide et précise

Un « joli » moment de lecture … Un roman noir … un thriller … que j’ai dévoré en quelques heures … partagée entre connaitre l’épilogue
et rester au cœur de cette atmosphère …

p 287 « La mort tombe dans la vie comme une pierre dans un étang : d’abord, éclaboussures, affolement dans les buissons, battements d’ailes et fuites en tout sens.
Ensuite, grands cercles sur l’eau, de plus en plus larges. Enfin le calme à nouveau, mais pas du tout le même silence qu’auparavant, un silence, comment dire : assourdissant. »
Christian Bobin

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p 7 La légende du Pont du Diable « Alors que les moines de Grellone et d’Aniane ne ménagent pas leurs efforts pour la construction du pont traversant l’Hérault
au débouché des gorges sur la plaine, on constata chaque matin en abordant les lieux que les travaux réalisés la veille sont systématiquement détruits.
Les deux congrégations monastiques comprennent très vite que leur projet subit des entreprises de sabotages nocturnes et en appellent à la protection de leur saint
patron Guilhem qui, un soir, décide de se rendre seul sur les lieux pour y interpeller les éventuels malfaiteurs. Après quelques heures, posté à attendre, Guilhem constate
que le diable déguisé dans un costume de bouc noir fracasse les travaux du pont. Guilhem l’interpelle alors :
Satan, je t’ai reconnu dans ton ridicule apparat. Pourquoi dévastes-tu ainsi l’ouvrage de mes frères ? » Baron Taylor

p 33 « Mailis était oppressé, sa pensée se confondait entre le présent et le passé. » … « Un an déjà. Un an que sa fille avait disparu, corps et âme. On dit que le temps
adoucit les peines, mais il arrive parfois qu’au contraire, il l’accentue. Combien de fois avait-elle appelé l’unité de recherche qui s’occupait de sa disparition avec
le secret espoir d’obtenir ne serait-ce qu’un détail ou un témoin de la dernière heure ! Mais la réponse était toujours la même : « Rien … ». L’enquête suivait son cours. »

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p 53 « Et pourtant, le temps passait, inexorablement. Plus d’un mois s’était écoulé depuis le dernier appel de William.
Si les journées se déroulaient dans un certain calme et un semblant de sérénité, les nuits, quant à elles, étaient parfois éprouvantes : danger, noyade, ravin, couteau, pistolet,
corde et même sang dans des endroits inconnus -avec des personnes qu’elle ne connaissait pas – envahissaient ses rêves.
Une petite voix venue du ciel lui disait qu’il fallait qu’elle cherche dans la bonne direction et qu’un jour, elle saurait la vérité. Ce rêve était récurrent. »

p 94 « La pluie retombant de plus belle martela fortement le pare-brise. La fatigue se fit de plus en plus pressante.
Il fut pris, tout à coup, par une sorte de torpeur d’ours en phase d’hibernation un soir de pleine lune.
Il jugea judicieux de faire un arrêt. Il prit la décision, un peu rapide, de bifurquer sur la droite, négociant très mal son virage.
A ce moment-là, il vit une silhouette sur le bord de la route. Il ferma un infime instant les yeux, il avait certainement eu une hallucination
et quand il les rouvrit il la vit se jeter devant sa voiture. C’était une très jeune femme, les cheveux longs, les bras tendus ! »

Edition : Esneval

Genre : Roman noir

Publié en 2018

Couverture : création peinture acrylique Arlette Lacheray

 

Petit Pays … Gaël Faye

L’espoir, le désespoir, les désillusions, l’incompréhension, la haine, …
et nous voilà plongé au cœur du Burundi … et du Rwanda !
1993 … La première élection présidentielle au Burundi, puis un coup d’état !! Et l’engrenage commence …
La guerre éclate … puis s’ensuit l’exécution des Tutsi par les Hutu !! (p 10)

Ce roman retrace ce drame vu et vécu à travers les yeux d’un enfantl’insouciance et l’innocence volent alors en éclat !!
Tous ses meurtres et ses massacres aux portes des maisons …
Malgré tout, on s’accroche à l’enfance … avec des moments forts, drôles et tendres
Un témoignage poignant et déchirant … au couleur de l’Afrique !! Les odeurs … les saveurs … les sensations Africaines se dessinent au fil des pages !!

Puis Gaby ce jeune garçon découvre les livres et c’est l’Evasion !! Il retrouve le rêve et l’insouciance durant quelques heures … à l’abri dans sa chambre …
« Grâce à mes lectures, j’avais aboli les limites de l’impasse, je respirais à nouveau, le monde s’étendait plus loin, au-delà des clôtures qui nous recroquevillaient sur nous-mêmes et sur nos peurs. »
Gaby un enfant devenu adultemarqué et meurtri à vie !!

L’écriture est sobre et nimbée de poésie
Un merveilleux roman où l’absurdité humaine prédomine … et cette question !!

Pourquoi toujours la guerre ?

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p 10 « Alors j’ai demandé :
– Alors entre les Tutsis et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?
– Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.
– Alors … ils n’ont pas la même langue ?
– Si, ils parlent la même langue.
– Alors, ils n’ont pas le même dieu ?
– Si, ils ont le même dieu.
– Alors … pourquoi se font-ils la guerre ?
– Parce qu’ils n’ont pas le même nez.
La discussion s’était arrêtée là. C’était quand même étrange cette affaire. Je crois que Papa non plus n’y comprenait pas grand-chose. »

p 16 « Une chaîne d’infos en continu diffuse les images d’êtres humains fuyant la guerre. J’observe leurs embarcations de fortune accoster sur le sol européen. Les enfants qui en sortent sont transis de froid, affamés, déshydratés. Ils jouent
leur vie sur le terrain de la folie du monde. […] L’opinion publique pensera qu’ils ont fui l’enfer pour trouver l’Eldorado. Foutaises ! On ne dira rien du pays en eux. La poésie
n’est pas de l’information. Pourtant, c’est la seule chose qu’un être humain retiendra de son passage sur terre. Je détourne le regard de ces images, elles disent le réel, pas la vérité. »

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p 172 « _Vous avez lu tous ces livres ? j’ai demandé.
_Oui. Certains plusieurs fois, même. Ce sont les grands amours de ma vie. Ils me font rire, pleurer, douter, réfléchir. Ils me permettent de m’échapper. Ils m’ont changée, ont fait de moi une autre personne.
_Un livre peut nous changer ?
_Bien sûr, un livre peut te changer ! Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis. »

p 64 « A l’OCAF, les voisins étaient surtout des Rwandais qui avaient quitté leur pays pour échapper aux tueries, massacres, guerres, pogroms, épurations, destructions, incendies, mouches tsé-tsé, apartheids, viols, meurtres,
règlements de compte et que sais-je encore. Comme Maman et sa famille, ils avaient fui ces problèmes et en avaient rencontré de nouveaux au Burundipauvreté, exclusion, quotas, xénophobie, rejet, boucs émissaires,
dépression, mal du pays, nostalgie. Des problèmes de réfugiés. »

p 90 « Les blancs auront réussi leur plan machiavélique. Ils nous ont refilé leur Dieu, leur langue, leur démocratie. Aujourd’hui, on va se faire soigner chez eux et on envoie nos enfants étudier dans leurs écoles.
Les nègres sont tous fous et foutus … « 
« – Nous vivons sur le lieu de la Tragédie. L’Afrique a la forme d’un revolver. Rien à faire contre cette évidence. Tirons-nous. Dessus ou ailleurs, mais tirons-nous ! »

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p 91 « Les soûlards, au cabaret, ils causent, s’écoutent, décapsulent des bières et des pensées. Ce sont des âmes interchangeables, des voix sans bouche, des battements de
cœur désordonnés. À ces heures pâles de la nuit, les hommes disparaissent, il ne reste que le pays, qui se parle à lui-même. »

p 136 « Cet après-midi là, pour la première fois de ma vie, je suis entré dans la réalité profonde de ce pays. J’ai découvert l’antagonisme hutu et tutsi, infranchissable ligne de démarcation qui obligeait chacun à être d’un camp ou d’un autre.
Ce camp, tel un prénom qu’on attribue à un enfant, on naissait avec, et il nous poursuivait à jamais. Hutu et tutsi. C’était soit l’un, soit l’autre. Pile ou face. Comme un aveugle qui recouvre la vue, j’ai alors commencé à comprendre les gestes et les
regards, les non-dits et les manières qui m’échappaient depuis toujours. »

p 185 « Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie. »

Edition : Grasset

Genre : Roman Témoignage

Publié en 2016

Couverture : Studio LGF

 

 

 

 

Le Mystère du Pont Flaubert … Pierre Thiry

J’aime la surprisel’inattendue !!
J’aime ouvrir un livre et me laisser happer par l’univers de l’auteur …
Découvrir un roman, ne rien attendre et me laisser surprendre !!
Et là c’est réussi !!
Il faut savoir lâcher prise et se laisser embarquer ….
Mais embarquer pour quoi ? Un polarun essai littéraire un hymne à Gustave Flaubert !!
A Giovanni Bottesini !! A la musique … à l’opéra … au jazz !!
Une biographie ? une fiction ?
Mais sans nul doute un conte entre Rêve et Imaginaire … entre Réalité et Vérité !

Il y a bien sûre une intrigue … autour d’un vélo qui aurait disparu … une intrigue « cousue« , « brodée » d’extrait de « Madame Bovary » , de « L’éducation sentimentale« , de « Bouvard et Pécuchet » , de la belle « Salamnbô« ,
des correspondances de Gustave Flaubert avec Louise Colet … et Georges Sand ...

L’ écriture est subtile légère et pleine de poésie

Et voilà … emportée par ce polar « décalé » et fascinant ! Un saut dans le temps à la « Doc Brown »!!
Une épopée historico-fantasque ou Charles Hockolmess rôde !!

Un joli et sublime coup de cœur … qui donne envie de découvrir ou redécouvrir Gustave Flaubert !!

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p 6 « Jules Kostelos est enfermé chez lui. Assis sur son fauteuil Voltaire, il se livre à sa gymnastique préférée : la lecture. Il survole avec agilité les phrases qui s’écoulent sous ses yeux ; en savoure le rythme. Il se laisse bercer par
le flot de substantifs, verbes, adverbes et adjectifs. Bondissant de virgules en points-virgules, il pirouette sur les points finaux pleins de finesse ; admire la svelte anatomie de cette prose rendue légère par les muscles fermes de sa
ponctuation.

p 22 « – Comment ? Le pont Flaubert a disparu, s’écrie soudain Jules en s’éveillant de sa torpeur.
– Non, pas le pont ! c’est mon vélo qui a disparu ! On me l’a volé sur le pont Gustave Flaubert.
Il songe en lui-même que le vol du pont Flaubert aurait été une enquête bien plus passionnante à résoudre qu’un vulgaire vol de vélo fut-il celui d’un commissaire. » … « L’éventualité poétique d’un enlèvement dans les airs du pont tout entier faisait
pleuvoir sur Jules Kostelos une myriade d’images, un film; quel formidable thriller pourrait-on en tirer. Le fantôme de Gustave Flaubert soulevant le pont tout entier à l’aide d’un puissant hélicoptère piloté par Bouvard et Pécuchet tout en s’époumonant :
« On ne connait pas la force d’une corde, elle est plus solide que le fer …« . La scène se déroulant en pleine armada, le clou de la fête … »

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p 58 « Salammbô était une danseuse d’une grâce époustouflante, la beauté s’attachait à elle avec une évidence qu’il aurait été inutile d’essayer de comprendre. Elle bougeait un doigt, elle tournait la tête, ouvrait une porte,
s’asseyait, se levait, peu importe. Son geste, était toujours de la danse. »

p 89 « Un poète local avait même composé à l’intention du pont l’hommage du Steamer au pont élévateur des frères Seguin :
Sous le pont Saint Sever coule la Seine
Et nos tambours
Faut-il qu’il m’en souvienne ?
Mes roues labouraient la liquide plaine

Tournent mes bielles et leur moteur
Et souffle et siffle ma vapeur

Jamais le progrès ne sera une impasse
Tandis que sous
Le pont de mes roues passe
Chatouillée par mes aubes l’onde lasse
… »

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p 272 « Parmi les motos, il y en avait une – civile- pilotée par une mystérieuse femme en noir. Qui était cette femme ? Les policiers l’avaient tout d’abord prise pour une journaliste, l’une de ces intrépides reporters qui sont sur l’événement avant qu’il ait eu lieu. » …
« Cette motarde n’était autre en effet que Salammbô la conservatrice en chef de la TGMO Louise Colet.
Alors qu’il contemplait le défilé des grands voiliers en direction de La Manche, Jules entendit soudain vrombir derrière son dos une grosse moto qui avait freiné brusquement.
Salammbô triomphante, la chevauchait, … »

« Votre sourire, mademoiselle, a la force silencieuse d’un point-virgule swinguant. »

« Ils n’avaient pas besoin de faire l’effort pour se comprendre, ils se comprenaient sans se comprendre et tout en déployant beaucoup d’énergie pour se comprendre, ils savaient tous deux qu’il était inutile de se triturer l’esprit pour se comprendre… »

« C’est un livre, un vieux livre en papier, un vrai livre. Il porte en lui le parfum de toutes les bibliothèques dans lesquelles il a séjourné. »

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Première rencontre avec l’auteur … au salon du livre de Mesnil Esnard … Avril 2018

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Photo de Fred Afdp 

Edition : BOD

Genre : Polar historique, littérature française, …

Publié en 2012

Photo de couverture : Pierre Thiry

Confession d’un pot de miel … Valérie Valeix

Un polar !! Une nouvelle enquête d ‘Audrey Astier, jeune apicultrice et Auxilliaire civile de justice pour la gendarmerie !!
La vie continue pour Audrey, et nous voilà embarqués dans son nouveau périple, entourée d’Antoine Steinberger, son compagnon !!
Un périple dans le monde viticole, le château de Haut Briac et toujours au centre de l’intrigue, l’apiculture
Une enquête en huit clos … où plusieurs destins semblent liés …
Et Pourquoi le châtelain a t- il été assassiné ? Empoissonné avec du verre pilé et … ?

Des personnages forts et pour certains, fantasques !!
Des phrases longues qui ralentissent peut être un peu le rythme …
Un livre riche sur l’apiculture, l’œnologie, le monde viticole … l’auteure a de belles connaissances !!

J’ai néanmoins été un peu perdue, malgré une bonne intrigue, sans doute le fait de ne pas connaitre les précédentes aventures d’Audrey et Antoine … Beaucoup de références aux enquêtes précédentes …
Un polar vraiment surprenant avec cette enquête « tranquille » un peu à la Miss Marple et en parallèle des tueurs, l’Api dei , l’Afganistan
Deux univers diamétralement opposés !!
Déroutant mais pourquoi pas !!

Un univers à découvrir …

A butiner entre Rose et Aconitum napellus …

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p 69 « J’ai le retour des analyses toxicologiques, je vous passe les détails techniques, hein, le défunt avalait depuis des mois pèle-mêle, du verre pilé …
Audrey et Lebel se récrièrent :
– Du verre pilé ?
– Affirmatif, dans son pot de miel et pas que ! De l’atropine issue de belladone … »

p 25 « – Après la chute du Mur, soit environ dix ans après la mort de mon frère, j’ai eu besoin d’aller voir là où il avait péri, une sorte de pèlerinage, morbide, je vous l’accorde, mais nécessaire à mon âme
slave. En Afghanistan, j’ai appris une chose qui échappe encore à tous les gouvernements : l’idée de nation est totalement étrangère aux Afghans, c’est un assemblage de tribus aux origines politico-culturelles diverses
et variées. Quand à la religion musulmane, elle divise; les chiites sont des radicaux et les sunnites plus tolérants; pour ces derniers, état et religion doivent être séparés. Ce qui ne les empêche pas, parfois, de s’allier aux
djihadistes pour des postes politiques. Il y a aussi des chrétiens, persécutés …
Dans ces conditions, difficile de faire bloc contre le régime des talibans ou l’Etat islamique. »

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p 30 « Les vignes de château Haut-Briac s’étalaient à perte de vue. Situé à une douzaine de kilomètres de Bergerac, ce vignoble de trente hectares avait
le privilège de faire partie du cercle très fermé de l’appellation d’origine contrôlée « Montbazillac ».
Ancien relais de chasse d’Henri IV, le manoir en belle pierre blonde avait été remanié par un proche de Marie-Antoinette; un fronton et un cartouche dans le plus pur style du siècle
des Lumières y avaient été ajoutés. On y accédait par une allée sablée bordée d’ifs majestueux taillés en taupière. Stein remonta l’allée prudemment et gara le Range Rover un
peu à l’écart sur la terrasse, où il ne déparerait pas dans le paysage baigné d’un soleil de plomb qui ne tarderait pas à tourner à l’orage. »

p 35 « Son ancienne élève lui avait bien expliqué vouloir développer le concept du spa apicole mais n’avait pas parlé d’y ajouter une note mystique. Après tout, pourquoi pas ? Les adeptes du tout bio apprécieraient
certainement ce style … »

p 51 « Il sourit et empoigna leurs bagages. Alors qu’ils atteignaient le vestibule du rez-de-chaussée, un cri retentit à travers l’une des portes donnant sur le bureau de Robart. Alexia en sortit dans une grande envolée
de soie mauve. Décomposée, elle hoqueta :
C’est papa, je crois bien qu’il est mort, il ne bouge plus et il a du sang plein la bouche. »

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p 93  » Elle savent seulement que le défunt se passionne, du moins se passionnait, pour les vins anciens. Morzinni a très peur, dans ces conditions, d’être soupçonné du meurtre … – Lebel esquissa une grimace – et après
tout, ça collerait pas mal pour l’empoisonnement, il avait Robart à portée de main … Quand au mobile, vieux comme le monde ; crapuleux. De plus, il a contre lui son passé d’ancien cambrioleur, bref, c’est un suspect tout à fait honorable. »

p 181 « Lebel s’exclama :
Nom d’une chouette mal empaillée, elle se prend pour qui, Julie la rousse ?
– Pour mademoiselle Robart, héritière du domaine Haut- Briac, à laquelle rien ne résiste ou presque. Antoine pense qu’elle a probablement hérité de la fragilité psychique des Robart père et fils.
– Je connais un excellent remède qui a guéri le gamin turbulent que j’étais, remède prescrit par un ponte de Vannes qui avait écrit sur l’ordonnance « Pour soigner votre affreux jojo : 3 coups de pied au cul le matin, 3 l’après midi et 3
autres au coucher. Augmenter la dose si nécessaire. »

Première rencontre avec l’auteure … au salon du livre de Pierre (28) … dimanche 18 février 2018

Edition : Palémon, collection Crimes et Abeilles 

Genre : Polar

Publié en 2018

 

Le Gendre Idéal … Gilles Delabie

Dès les premières pages nous sommes happés par cette ambiance … par ce saut dans le temps !!
Les années 60 … la guerre d’Algérie, enfin, les « événements » d’Algérie !! (p 30)
Ces « événements » vu de la Normandie, de Rouen puis … en parallèle tous ces meurtres qui s’enchaînent …

On se laisse embarquer par une écriture pertinente et vive
Un récit ou les protagonistes s’entrechoquent … et se percutent !!
Un monde où l’on se remet tout doucement de la grande guerre … où les « Boches » sont encore bien présents dans les esprits !!
Une « balade » entre roman historique … « conflit » politique … et polar !!

Une « dénonciation » de la haine … de l’abject … de la bêtise humaine … du « patriotisme fou » … avec un brin de fatalisme !! ou de réalisme !??
Un livre fort qui bouscule les convictions …
avec un petit clin d’œil au « Radeau de la méduse » de Géricault !!

Quel vrai bonheur de retrouver le style très particulier de Gilles Delabie !!
Je me suis délectée de cette rage … et de cette indignation !!

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p 29 « Il s’était même mis à en bricoler tout seul du malheur, et du comme il faut. Son mariage avec Clémence par exemple … L’union de la bourgeoisie et du fonctionnaire.
Ce n’est pas beau l’amour des fois. Ça vous tire une de ces gueules. Trente-trois ans … Il y avait eu du malheur, mais c’est le pire qui les avait lessivés, essorés, achevés. Ils avaient dû rendre les armes avec un divorce de convenance.
Quelle importance ? Leur fils Marc était mort. Cette mort-là les avait contaminés. Elle pesait de tout son vide comme un souffle phtisique, un vent mauvais qui soufflait à tous les points cardinaux de leur existence, il leur fallait se maintenir, s’accrocher
au pont, coûte que coûte. Pour Marianne leur fille, qui tissait son fil invisible, ultime cordon les rattachant à un quotidien pas trop bancal. Elle leur épargnait le désastre. »

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p 30 « Si la vie n’était pas toujours de la tarte, on se dépêchait, malgré tout d’éliminer les convives qui réclamaient leur part. Et quand il y avait trop de clients devant la pâtisserie, on faisait de la guerre pour préserver la vitrine … Gros
ou demi-gros, dans l’abattage, faut que ça débite. Sauf qu’aujourd’hui, on nommait ça autrement … Comment appelaient-ils cela déjà ? Ah oui ! Des « événements »! Les mômes partaient faire deux ou trois ans d’événements, là-bas, dans la France de derrière la Méditerranée.
On y mourrait tout pareil que quand ça s’appelait guerre, sauf que c’était pas de la guerre vu que c’étaient des « événements » … ou bien du « maintien de la paix« . Parfait ! Épatant ! Avec « maintien de la paix », on appréciait le sens salutaire de la mission,
dans l’esprit garde-champêtre oriental. C’était plus rassurant. Et puis … on conservait le côté boy-scout de l’expédition. Si le projet paraissait ludique pour les générations d’anciens troufions « qui en avaient bavé pour de vrai », il demeurait instructif pour
leurs fistons, dans le registre « les voyages forment la jeunesse …« . Ah oui! Une sacrée aventure qu’on leur avait organisée à nos jeunots ! »

p 41 « Aussi braves soient-ils, les homosexuels ne pouvaient prétendre à une existence paisible. » … « On pouvait les rejeter, les bannir, les moquer, les déporter, les interner, avec une bonne conscience, non dénuée d’un certain
humanisme -humanisme pétri de morale chrétienne et de rigueur scientifique.
D’éminents psychiatres décrivaient, avec grande précision, les tares psychiques responsables de leur déviance. Si le diagnostic était établi, le traitement restait à pourvoir. Le mariage était à l’évidence le meilleur remède. Le Petit séminaire s’avérait également curatif. »
… « Ces désaxés devaient songer à ne pas entacher la réputation de leurs proches, la morale l’exigeait. Dans leur grande majorité, tous s’y employaient. Il fallait leur reconnaître cette qualité : les pédérastes demeuraient des êtres éminemment sensibles. Fussent-ils sujets
à tous les calembours, moqueries et autres railleries ... Car le rire est le propre de l’homme, n’est-ce pas ? Ils n’en demeuraient pas moins forts discrets. Des « vieux garçons » inoffensifs. »

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p 115 « Legendre abandonnait sa posture de directeur. Sous son costume amidonné, son ton devint presque humain, de cette humanité dont sont dépourvus pics et sommets de toute hiérarchie.
Il faut qu’il soit fou … Comprenez-vous ? La police se doit d’appréhender un aliéné, ce qu’il est d’ailleurs. Si possible en douceur, mais au grand jour … Ainsi le public en sera informé comme il convient.
– Comme il convient …
– Je ne vais pas vous apprendre la vie, Bouvier ! Lorsqu’on a de la merde jusqu’au cou, le problème n’est pas de savoir qui vient de chier, mais de vidanger proprement …
Legendre devenait poète.
– Torcher le cul de la République a toujours été notre affaire …, ajouta Bouvier.
L‘allégorie n’était décidément pas le fort de la Maison.
– Officiellement, un de nos hommes a perdu les pédales et il convient à nos services de faire le nécessaire.
– Je comprends … »

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p 311 « – Sauf que là, c’est nous les Boches ! C’est moi ! Ce sont mes hommes … On applique les mêmes méthodes pour tous ces bougnoules … Ce ne sont pas des tendres non plus, vous savez … Ils ont tué mon fils à petit feu; lorsqu’on l’a retrouvé,
il ne pesait pas plus de trente kilos et son corps était couvert de plaies. L’armée a fait sceller son cercueil par égard pour sa mère. Oui, ils sont comme ça les Arabes, durs et sournois. Au fond d’eux, ils ne pensent qu’à nous crever …
Jeunes ou vieux, le bonhomme et sa moukère, ils n’ont que la haine dans la peau …
Il faut dire qu’on ne s’est pas toujours bien comportés … Quand on a eu besoin d’eux sur le front, on était bien contents qu’ils se prennent du plomb à notre place et il paraît que ce n’étaient pas les plus dégonflés … Mais c’est une sale race, je peux vous le dire …
Entre eux aussi, ils se comportent comme des rats… »

https://www.francebleu.fr/emissions/france-bleu-et-vous-l-invite/normandie-rouen/gilles-delabie-le-gendre-ideal-editions-cogito

Edition : Cogito

Publié en 2018 

Genre : Polar 

Illustration Nicolas Koch 2018/ Fotolia

Le frisson de l’ange … Céline Ruquiet Gaudriot

Un polar qui nous transporte en Normandie
Un début de livre où l’auteure plante le décor, tisse l’intrigue !!
L’enquête progresse, nous sommes tout de suite embarqués, il règne néanmoins un sentiment de « distance », une enquête presque sans état d’âme, les sentiments … semblent futiles !!
C’est précis, concis et efficace
Puis les sentiments, les sensations apparaissent … avec subtilité !!
Aurais-je « décrypté » l’univers … de l’auteure ?

L’écriture est fluide … subtile avec, juste une pointe de poésie savamment dosée … où les personnages, les relations humaines y sont dépeint avec « parcimonie »
Le rythme est soutenu … l’ intrigue est très bien ficelée, on est happé par cette ambiance où rôde,  un secret de famille bien étrange ??

On découvre aussi avec fascination, Sotteville les Rouen …son histoire … son château … son marché , cette micro société avec ses codes …

Une belle surprise littéraire !!

Un polar entre finesse et efficacité !!

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p 24 « Cécile regarde par la fenêtre, ses yeux sont rivés sur le bal d’un oiseau qui tournoie dans le ciel, un goéland peut-être, un goéland venu du Havre et
qui continue sa course vers Paris. Tous les éléments de l’enquête sont là dans sa tête et ses yeux vagues cherchent une piste dans le ciel blanc de ce mois d’avril :
un homme roux qui ne l’était pas, un homme malade qui marche alors qu’il ne le devrait pas, un mot, un prénom, Masséo, qui ne fait référence à rien, du plomb, un
minuscule pavé de céramique bardé de signes runiques … et un homme qui se meurt …« 

p 33 « Le lieu est fascinant, on a l’impression de plonger dans des temps reculés, voire même dans un monde décalé et fantastiques. C’est le noir absolu, le
faisceau de la lampe torche balaie les parois creusées il y a plus de 500 ans. Certains silex qui affleurent sont comme des gargouilles grimaçantes.
Ce qui surprend le plus, c’est le silence, un silence humide et profond, rien ne bouge. Tobbias se sent entouré par des présences anciennes qui se révèlent à lui grâce aux mots gravés sur les parois … »

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p 49 « Un quartier sur un marché, c’est une zone délimitée par les étals, une sorte de micro société qui se crée au fil du temps. Les commerçants s’inventent une nouvelle famille
composée des proches voisins d’étal. Et, plus on s’éloigne de son étal, plus on sort du cœur de son quartier, moins l’on se sent chez soi, même si des fils sont tendus entre différents quartiers. »

p 66 « Je sais, affirme Cécile, c’est l’ancien parc des Marettes dont une partie est occupée maintenant par le Bois de la Garenne. Regarde, on voit le château ici, il a été détruit en 1961, je le sais car c’est l’année de mariage de mes parents.
ça a été quelque chose à l’époque, je crois. Et la place de l’Hôtel de ville date de cette époque, tu vois le château était en bas vers la rue Garibaldi. Le magnifique parc arboré autour de la bâtisse faisait vingt-huit hectares au XVIIe,
au moment de sa construction. Je ne sais pas si tu te souviens, mais on a abattu en 2011 un platane sur la place car il était attaqué par un champignon. Eh bien, cet arbre faisait partie du parc ! »

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p 83 « Maman est née en 1932 à Sotteville. Ses parents tenaient une boutique, place de l’ancienne mairie. Elle me racontait qu’elle adorait aider les commerçants à installer leur étal les jours de marché, en échange d’une pièce. Elle aimait
l’ambiance et l’effervescence qui s’en dégageaient. Puis, vint la guerre, avec son lot de destructions, de peur, de flammes, de trahisons et de misère. Sotteville a été gravement touchée, les bombardements dans la nuit du 18 au 19 avril 1944 furent les
plus terribles. La ville était méconnaissable, la place n’était plus qu’un trou béant, la maison de Jeanine a été complètement soufflée. »

p 125 « Il lève sa main droite, celle qui n’est pas en contact avec Cécile et l’avance vers le visage de la lionne dans ses draps blancs. Il replace une petit mèche qui tombe sur son front et en profite pour lui caresser graduellement la joue.
Il sent la délicate carnation de sa peau, elle frémit sous ses doigts. Cécile ferme les yeux. Ce geste ne dure que quelques instants, l’un et l’autre en savourent chaque millisecondes. Un long picotement les transperce de là où leur peau
se touche jusque vers leur ventre, il y surgit une volée d’étincelles ... »

Edition : Yübi

Publié en 2017

Genre : Polar

Illustration couverture : Céline Ruquier Gaudriot