Le Purgatoire … Chuck Palahniuk

Chuck Palahniuk !!! Tout un programme !!
Un univers … une ambiance surréaliste !!
On le sait !! Ouvrir un livre de Chuck Palahniuk n’est pas sans surprise !! Néanmoins il faut un temps « d’adaptation » et essayer de se laisser emporter dans ce flot de sensations … mais des sensations pas toujours très agréables !!!

Un début de livre ou il est difficile de tout comprendre !!
Y a t’il un message derrière tout ça ?? toutes ces horreurs sur fond de « pipi-caca-zézette » !! (p 15)
Une histoire de fantômed’ectoplasme … de « nouveau-mort » … de « pré-mort » qui déambulent dans le monde des vivants !! Passant les murs … se faufilant dans les fils électriques … se glissant dans les ampoules … à la recherche de quelques vérités !!
On passe du dégoût … à l’incompréhension … de la surprise … à l’intérêt … de l’ennuie … à l’envie que tout s’arrête !!
On est à la fois bouleversé, bousculé et déstabilisé !! Un monde qui nous échappe … Doit-on se laisser attraper ou se cramponner à nos convictions … nos certitudes ??
Mais cette envie d’en savoir plus est la plus forte … Savoir ce que Chuck Palahniuk réserve à Madison … cette jeune fille de 13 ans !! Morte … « pré-morte » … ressuscitée ??? Une anaLySE des lymphes ???
Une analyse du Bien et du Mal ?? Dieu … Satan ??

Une « gastro-littérature » répugnante pour « condamner » la religion !??
Dénoncer avec fureur et écœurement la politique écologique Américaine ?? l’éducation … la « mal-bouffe » … le pouvoir de l’argent ??

On y rencontre Charles Darwin … son voyage dans « le Beagle » … référence à « l’évolution des espèces »
Une « pensée » pour Jane Austen … « Persuasion »

Une écriture qui va loin … dans l’écœurement et l’abject !!
Un dénouement très perspicace !!

Un début de livre très difficile !! Il faut attendre la moitié du livre pour que les pièces du puzzle se mette en place (p 290) et la magie commence tout doucement à opérer !!
J’ai adoré « Choke » et « Les Damnés » deux de ses précédents romans et avait hâte de découvrir ce nouveau roman … mais déception !!

« Le bien et le mal ont toujours existé. Ils existeront toujours. Seuls diffèrent les récits que nous inventons à leur sujet. »

51OyGtEV4cL._SX195_

p 15 « Autant le signaler tout de suite, j’ai toujours conçu mon esprit comme un organe digestif. Un estomac pour digérer le savoir, si tu veux. La boucle ridée qu’est le cerveau humain
ressemble indéniablement à des intestins gris, et c’est dans ces boyaux pensants que mes expériences sont divisées, consommées, de façon à former l’histoire de ma vie. Mes pensées surviennent
comme des rots ou des jets de vomis âcres. Les cartilages et les os indigestes de mes souvenirs sont expulsés sous forme de mots. »

p 16 « J’ai treize ans et je suis grosse – et je vais rester ainsi pour l’éternité. Et, oui, je connais le mot ulcérer. Je suis morte, pas ignare. Vous connaissez l’expression crise du milieu de vie ? Pour le dire simplement;
je souffre à l’heure actuelle d’une « crise du milieu de la mort« . Après quelques huit mois passés dans le monde souterrain explosif de l’Enfer, je me retrouve coincée sous forme d’esprit dans le monde physique des
vivants, une condition connue plus communément sous l’appellation de Purgatoire. C’est exactement comme de voler … et de se retrouver à faire des cercles au-dessus de l’aéroport en attendant l’autorisation d’atterrir.
Pour le dire clairement et simplement, le Purgatoire, c’est l’endroit où l’on désécrit le livre de sa vie. »

p 45 « Remarquez je vous prie, vous futurs morts, que, lorsque vous éteignez une ampoule fluorescente ou un tube cathodique et voyez une lueur résiduelle vert-photon, cette lueur, c’est un ectoplasme humain emprisonné.
Les fantômes n’arrêtent pas de se faire piéger dans des ampoules. »

 

41825_palahniukchuck17d5
Photographe : Allan Amato

p 51 « A la recherche de preuves scientifiques du désir charnel de mes parents l’un pour l’autre, lorsque j’étais une enfant pré-morte, j’épluchais le linge sale. La puanteur et la moiteur de draps humides servaient de témoignage
tangible : ma mère et mon père étaient toujours amoureux, et ces taches lubriques rendaient mieux compte de leur romance que ne l’aurait fait un poème écrit d’une main fleurie. Leurs décharges charnelles prouvaient
que tout était stable. »

p 95 « Ce n’est pas pour me vanter, mais un esprit adulte ne pourra jamais être aussi dépravé, aussi perverti que celui d’une vierge innocente de onze ans. Avant d’absorber les informations assommantes sur l’anatomie
reproductrice, encore libre du doigté et du savoir mécanique, les enfants sont capables d’imaginer des rapports sexuels avec des oursins … des zèbres … des flamands roses. »

p 144 « Plissant les yeux, je me suis penchée sur le doigt, tant et si bien que j’ai senti sa chaleur animale. J’ai regardé de si près que mon souffle faisait remuer les courts poils frisés. Je l’ai reniflé avec hésitation. Mon cerveau m’a soufflé que le « doigt »
n’était en fait pas un doigt, et j’ai été choquée par la vraie nature de cette rencontre. L’odeur était inimitable. Ce psychopathe manifeste … ce pervers sexuel … il essayait de me menacer avec une assez longue crotte de chien. »

Purgatoire_3D

p 200 « Et de cette manière, Platon a prédit que le plastique serait nourri de plastique. Une peau s’accumule par-dessus sa peau. Avec un régime abondant de cartons de jus de fruits et de couches jetables, l’ordinaire devient une abomination. »

p 229 « Tandis qu’il flotte au centre du Pacifique, avec ses membres aussi amorphes que des cadavres de noyés, le blême enfant-chose est sans vie, mais il ne cesse de grandir. Nourries de cette soupe de particules, des mèches aussi fines
que des cheveux s’allongent sur sa tête. Deux bulles grossissent et explosent pour former les pavillons de ses oreilles. Des flocons de plastique s’amassent et s’attachent pour devenir un nez, et pourtant l’enfant-chose tout mou n’est pas en vie. »

p 253 « Le résultat, je l’ai vu : ma mère shootée avec ravissement eu Démerol par intraveineuse, étalée sur une espèce de perchoir en vinyle avec des reposes-pieds spéciaux. Une styliste applique de la poudre sur son pubis méticuleusement
épilé et – voilà*– le bulbe rosâtre de ma caboche de nourrisson apparait. Chapitre un : je suis née. »

p 290 « En réponse à Leonardlintellodhades, oui, c’est vrai que je prends mon temps pour planter le décor, mais patience. »

Édition : Sonatine

Genre : Récit Fantastique Gore

Publié en 2017

Couverture : Rémi Pépin

 

Le Bonheur n’était pas dans le pré … Odile Marteau Guernion

Un roman … un polar … un meurtre … et l’on retrouve avec plaisir Anna Le Goff et son équipe pour mener l’enquête !! voir « Le tigris dans l’oreille » précédent roman de l’auteure …
Une immersion dans la campagne Bretonne … loin du tumulte de Paris !! Bien que …
Une vie à la campagne pas toujours sous de bon auspices … Une vie en communauté pas toujours simple …
Et se faire accepter par les autochtones !! Que d’obstacles … à surmonter !!

Puis cette construction d’usine qui divise tout le monde !! Est ce lié au meurtre ??
Des personnages étranges, rustres et surtout peu bavards
Edgar Pelat une victime … un brin exécrable et autoritaire
La ferme du Paou … au centre des préoccupations !!
Y aurait-il un secret derrière tout ça ??
Puis au milieu de cette agitation …un « vieux couple », Juliette et Paul ... Un moment fort et touchant !! Une vie heureuse … une fin apaisée !!

Une écriture agréable et fluide …Un rythme soutenu !!
Une intrigue « tranquille » mais prenante … avec un dénouement assez inattendu !!
Un agréable moment de lecture …

DSC_0916 final mini

p 5 « Edgar et Maryse Pelat étaient installés depuis presque cinq ans dans une ferme dotée de plusieurs hectares de terrain en Bretagne Nord, baptisée la ferme de Paou. Ils n’étaient pas très loin de la côte et cela les avait enchantés. La ferme se trouvait sur
la commune de Tréveneuc, à une vingtaine de kilomètres de Saint Brieuc.
Pourtant ce projet ne fut pas si simple à mettre en œuvre. Maryse n’étant pas convaincue, Edgar dut faire preuve de persuasion pour la décider. Cela provoquait un complet changement de mode de vie, ils étaient devenus des néo-ruraux comme on les appelle dans le village. »

p 35 « Des bruits se firent entendre au fond de la salle, on distingua des cris. La porte venait d’être forcée. Une foule excitée prit possession des lieux en hurlant. Deux hommes censés assurer la sécurité furent rapidement débordés.
Des pancartes apparurent avec des slogans écrits en rouge : NON A LA DESTRUCTION DU LITTORAL ou ALLEZ POLLUER AILLEURS ou alors S.E.M.I = SOCIÉTÉ D’EMMERDES MASSIFS INCONTRÔLÉS.
La poignée de manifestants investit rapidement la salle en se faufilant entre les rangées de chaises. Les invités quittèrent les lieux par une porte de sécurité. Sylvain Guénolé tenta de dialoguer mais les intrus n’étaient pas dans cette disposition d’esprit. Les
mots volaient bas, les insultes fusaient.
– Mesdames et messieurs, veuillez vous calmer, si vous voulez rester, asseyez-vous !
Salauds, bandes de salauds ! Vous allez bousiller notre campagne, polluer nos rivières, allez vous faire foutre avec votre putain d’usine, cria un homme avec une barbe imposante et un bonnet de marin sur la tête. »

DSC_0919 final mini

p 101 « – Vous venez au sujet de la mort d‘Edgar Pelat ? Vous savez qu’il y a eu des pressions pour l’achat des terrains. Et puis Edgar, il avait du caractère, à mon avis il ne se serait pas laissé faire. Les Guivarch, moi, je les connais, ils sont pleins aux as et vivent comme des pauvres.
Le fiston, il va pouvoir se coucher sur un bon matelas quand les vieux vont disparaitre. Et nous, on gratte comme des malades pour trois fois rien ! Enfin, j’dis ça ! Le cafetier avait parlé tout bas dans un élan de confidence. Une fois qu’il eut lâché son venin, il fit
volte face et s’en retourna derrière son bar. »

p 101 « Pendant ce temps, un homme s’était introduit dans la ferme du Paou. A son arrivée la ferme était déserte, il n’avait pas eu de difficulté à ouvrir la porte d’entrée. Réfugié au grenier, il s’était assis sur le plancher, le dos calé contre un mur d’allège. »

DSC_0930 final mini

p 105 « Il y avait maintenant presque trois semaines qu’Edgar Pelat avait été retrouvé assassiné et aucun indice ne permettait de savoir qui avait souhaité sa mort. Les habitants de la ferme n’étaient pas très loquaces. Anna désespérait de résoudre ce meurtre.
Focalisée sur le projet de construction de l’usine, elle se disait qu’elle passait à côté d’éléments importants. L’arbre cachait la forêt, pensait-elle. On a oublié quelqu’un ou quelque chose. Mais quoi ou qui ? Qui était ce type qui avait traversé le jardin de la ferme du Paou
la veille? Que faisait-il là ? Gérôme Couturier serait-il revenu à la ferme chercher quelque chose ? Mais quoi ? Et pour quelle raison en catimini ? Il n’avait qu’à en parler aux intéressés. »

p 106 « Dans le petit matin frileux, les pelleteuses et les camions éclairaient de leurs phares jaunes la campagne glaciale. Il avait été décidé de commencer par abattre les bâtiments réservés aux poulets. Les moteurs grondaient. La gendarmerie était arrivée sur place
pour interpeler les opposants. Ceux-ci se mirent à envoyer des projectiles sur les camions, tout ce qui leur tombait sous la main commença à voler en direction des véhicules en action. »

DSC_0936 final mini

p 114 « Paul son amour de toujours, qui, petit à petit avait perdu la mémoire. Qui se mettait en colère contre le monde entier parce qu’il n’arrivait plus à faire ce qu’il faisait auparavant avec tant de facilité ou ne se souvenait plus d’un mot ou d’un visage. Quand
il ne parvint plus à lire le journal, son humeur changea laissant la place à une tristesse profonde. Puis, la colère avait cédé, les mots s’en étaient allés, l’angoisse avec. Non, Juliette ne voulait pas qu’il souffre davantage, ne souhaitait pas se séparer de cet homme avec qui elle avait partagé toutes ces années. »

P 134 « Le lieu où la voiture avait été retrouvée, Anna y était retournée à plusieurs reprises, elle avait passé tout au peigne fin. La moindre brindille n’avait pas échappé à sa sagacité. Dans la voiture, qu’y avait-il dans la voiture ? Des tas d’objets, des
vêtements. Anna tenta de se remémorer les différents sachets rangés et étiquetés. Est-ce qu’on avait bien tout regardé ? Elle avait demandé à Alexandre de vérifier, il ne lui avait rien dit. Anna, prise d’une subite envie de tout contrôler, s’habilla et quitta la maison. Elle
fila au commissariat, il y avait sûrement quelque chose qui lui avait échappé. »

Édition EDilivre

Genre : Polar

Publié en 2017

Couverture : Laureline Guernion

 

 

L’amour Humain … Andreï Makine

L’Angola la révolution !!
Le premier chapitre nous plonge aussitôt dans l’ambiance dure et sans pitié … des troupes révolutionnaires !!
Trois prisonniers au milieu de l’enfer …au milieu de la jungle Angolaise !! Puis ce jeune garçon avec son air menaçant coiffé d’un masque à gaz (p 34) …et cette femme Zaïroise violée devant leurs yeux pour une histoire de diamants !! (p 220)
et malgré tout … une rencontre marquante !!
Deux hommes Élias et cet instructeur Russe, le narrateur … unis durant quelques heures dans cette geôle … deux vies liées dans un même but … se battre pour la « renaissance » d’un pays !!

Ces « professionnels de la révolution » … qui se « promènent » de pays en pays … avec des idéaux … « en quête » de dictateur et de gouvernement à renverser
On y découvre les premiers pas d’Ernesto Guevara au milieu de la brousse africaine !! Ce grand révolutionnaire cubain !!
Une vie mouvementée … en plein conflit !!
Des références à Marx … Lénine l’idéologie communiste dans toute sa « grandeur » … sa « splendeur »

Un regard critique sarcastique sur les conflits … sur l’homme et ses aspirations !! Des révolutions peut être nécessaire pour une renaissance !!? Un questionnement humain … peut être philosophique … un brin pessimiste et fait de désillusions !!
Un livre avant tout … sur l’homme … l’être humain … insatiable et toujours prêt à se battre !!

Et puis il y a Moscou et cette belle rencontre avec Anna … une rencontre de toute une vie … Une force dans cet enfer
Puis ce beau souvenir apaisant qui va bercer Élias tout au long de sa vie … enfant où il aimait poser sa tête dans le creux chaud et tendre du coude de sa maman

Un voyage à travers l’Angola … le Congo … Moscou … la Sibérie
Un livre sans doute « juste » … mais surtout dérangeant, fort et implacable… teintée de beaux moments d’amour

Un beau roman … à découvrir !! Poignant !!
Une belle écriture … souvent incisive !!
J’avais aussi beaucoup aimé un autre des romans d’Andreï Makine « Le livre des brèves amours éternelles » ...

DSC_1739 Final mini
« Il s’accroupit et cacha son visage là où ce monde embrouillé n’existait pas, dans le creux chaud et tendre du coude de sa mère. La vie y coulait, sommeilleuse, bercée par le battement du sang,une vie tout autre, sans les rictus des morts sur les routes,
sans mensonge. Dans la tiédeur lisse de ce bras durait une nuit odotante qui l’enveloppait tout entier, son visage, son corps, ses angoisses. Il entrouvait les yeux et ses cils caressaient la peau de sa mère et ce bras replié frémissait légèrement sous
la caresse. Ce bonheur-là était simple et n’exigeait aucune explication, …  » 

p 11 « Sans l’amour qu’il portait à cette femme, la vie n’aurait été qu’une interminable nuit, dans les forêts du Lunda Norte; à la frontière entre l’Angola et le Zaïre.
J’y partageais deux jours de captivité avec un confrère, un instructeur militaire soviétique, et avec ce que nous prenions pour un cadavre étendu au fond de notre geôle en glaise séchée, un Africain vêtu non pas d’un treillis, comme nous, mais
d’un costume sombre et d’une chemise blanche brunie de sang. »

p 13 « J’admirais cet homme. Il connaissais la vérité brute de la vie, sa sagesse primaire à laquelle j’étais en train d’être initié : nous ne sommes pas uniques, mais tous pareils et interchangeables, oui, des bouts de viande qui
cherchent le plaisir, souffrent, s’affrontent pour la possession des femmes, de l’argent, du pouvoir, ce qui est à peu près la même chose, et un jour les perdants et les gagnants se rejoignent dans la parfaite égalité de la putréfaction. »

« Durant toute sa vie, il aurait l’impression de se rappeler chaque minute passée avec elle, chaque angle de rue qu’ils tourneraient, chaque aquarelle des nuages au-dessus de leurs têtes. Et pourtant, dans les moments les
plus proches de la mort, donc les plus vrais, c’est cet instant-là qui reviendrait avec la patiente douleur de son amour : la senteur amère de la neige, le silence d’une chute du jour et ces yeux qui l’avaient retenu debout.« 

p 27 « Dans ma jeunesse, je croyais que l’Histoire avait un sens et que notre vie devait y répondre par un engagement. Je pensais qu’il existait le Bien et le Mal et que leur lutte, dans les temps modernes, prenait la forme de la lutte des classes. Et qu’il
fallait choisir son camp, aider les faibles et les pauvres (c’est exactement ce que je croyais en venant, tout jeune encore, en Angola), et qu’alors la vie, même douloureuse et pénible, aurait une justification, devenant un destin cohérent, construit
d’une étape à l’autre. Présenté ainsi, tout cela à l’air bien naïf, et pourtant j’ai vécu des années guidé par cette naïveté. Et je ne me souviens même plus à quel moment j’ai perdu la foi, pour parler pompeux. »

L-amour-humain

p 28 « Un rappel encore plus lointain me vient à l’esprit, cette toute première image de l’Afrique, dans un livre d’enfant: un éléphant dépecé. Son énorme tête qu’un chasseur blanc foule de sa botte, la trompe, les pieds, le tronc qu’entourent des Noirs souriants et presque nus.
Je me souviens du trouble qu’a provoqué en moi l’aspect très technique de ce découpage. Oui, un grand corps devenu un tas de chair dans laquelle chacun se découpera un morceau. Plus tard, l’Afrique elle-même me rappellera souvent ce grand animal débité par les fauves humains. »

p 34 « En vingt-cinq ans, je n’ai pas trouvé où placer, au milieu de nos belles théories, ce jeune être humain qui avait déjà violé et tué et qui me regarde souvent, dans mes rêves, à travers les verres cassés de son masque à gaz.
Non, je n’ai jamais eu la prétention de comprendre l’Afrique. »

p 55 « «On peut donc tuer un être humain sans lui enlever la vie», pensait Élias en observant cette masse de corps à peine couvert de lambeaux. Pas besoin de les vider de leur sang, de les démembrer. Il suffisait de les affamer, de mélanger femmes et hommes, vieux
ou jeunes, de les obliger à faire leurs besoins devant les autres, de les empêcher de se laver, de leur interdire la parole. En fait, d’effacer tout signe d’appartenance au genre humain. Un cadavre était plus vivant qu’eux car, dans un mort, on reconnaît toujours un
homme. »

p 83 « Il y avait, nota Élias, deux peuples : l’un, glorifié dans les discours, ces « masses travailleuses » dont on préparait l’entrée triomphale dans le paradis du communisme, un peuple idéal en quelques sorte, et puis ce peuple-là, qui, par son encroûtement miséreux,
déshonorait le grand projet révolutionnaire. »

p 106 « A présent elle appelait à propager la flamme de la révolte sur d’autres continents … sa voix se coupait quand elle citait Ernesto Guevara. … Son corps était robuste mais sans grâce. La corpulence d’une fille de bonne famille, (nourriture abondante, équitation,
vacances dans une vaste maison de campagne), une fille qui voulait à tout prix dépenser ces avantages de jeunesse bourgeoise dans des aventures au bout du monde, au milieu des peuples affamés, des soubresauts et des luttes. »

 

p 118 « Tu sais, je n’ai jamais pensé que notre combat était parfait et que les gens qui les menaient étaient des saints. Mais j’ai toujours cru à la nécessité d’un monde différent. Et j’y crois encore. »

p 128 « Le monde est régi par le désir des humains de dominer leurs semblables. L’exploitation de l’homme par l’homme. Marx avait raison ! »

p 165 « Cette intimité du vrai, à la fois poignante et lumineuse, le frappa plus que tout le reste à Sarma. Dès le premier regard que lui adressa la mère d’Anna. Elle leur ouvrit la porte, les entoura de ses bras, sans verbiage, sans curiosité. Une certitude calme,
absolue se transmit à Élias : il pourrait pousser cette porte dans dix ans, il serait attendu. »

p 220 « Devant la tombe de la Zaïroise et de l’enfant, une idée de fouilles archéologiques, comme dans un mauvais songe, m’est passée sur la tête; que penseraient de notre civilisation les archéologues du lointain en découvrant ce squelette de femme avec quelques éclats
de diamants dans la bouche et celui d’un enfant masqué ? »

Éditions du Seuil

Genre : Roman Français et Russe

Publié en 2006

Couverture : Françoise Lacroix/panoptika

 

Tragique Escapade … William H.Appleton

Les premiers chapitres … l’auteur nous présente les personnages ! Un Curriculum vitae détaillé et efficace !
Puis on plonge avec curiosité dans l’univers des « gentlemens drivers« , de leurs voitures de collection belles et rutilantes
Jaguar MK II … Rolls Royce Silver Cloud … Citroen SM Maserati … cabriolet Peugeot 403 … Austin Healey … Panhard … Triumph GT …

Un roman policier mais aussi Une balade historiquetouristiqueculinaire et culturelle riche en découvertes …
Un récit avec quelques pointes d’humour … ponctué de blagues « savoureuses » …

Une écriture agréable et « juste » …
Une ambiance à la « Agatha Christie » … petite pensée pour les « Dix petits nègres » … meurtre en « huis clos »

Un rythme tranquille … le flegme britannique est de rigueur … néanmoins les meurtres se succèdent …
un « malaise » à table !! Ou Un empoissonnement ?? un « accident » de voiture !! Ou un sabotage ?? une disparition !! ou un meurtre ??
Le suspect fait-il partie de ces « gentlemens drivers » ??

On y découvre Le Normandy Rétro Show … belle escapade automobile … avec en prime une visite de notre somptueuse NormandieDieppe … Veules Les Roses … Etretat … La Havre … Honfleur … Deauville … Trouville ...
Ainsi que de belles rencontres au fil des pages … Hector Malot … Maurice Leblanc … Alexandre Dumas … Marcel Proust … Marguerite Duras
et puis ces trois chinois qui déambulent au fil des pages ??

Un roman … un policier … un « guide touristique » à découvrir avec son ambiance « So British » …

DSC_8794 final mini

p 30 « Exceptionnel pour un citoyen de Sa Gracieuse Majesté de voyager à bord d’un ferry français, mais Edward est très francophile, comme son père d’ailleurs.
– Edward, tu vois pour moi le paradis sur terre ce serait la France, le plus beau pays du monde lui avait dit un jour Sir Jack mais bien entendu peuplé par des britanniques s’était-il empressé d’ajouter. »

p 36 « Le monastère carolingien de Jumièges comme l’abbaye Saint Wandrille a subi les pillages des Vikings et au cours de l’histoire bien d’autres ravages. Cependant, l’abbaye de Jumièges n’a pas eu la chance
de sa voisine car aucune congrégation religieuse n’est revenue dans ses lieux. Ainsi que l’a écrit l’historien Robert de Lasteyrie « l’abbaye de Jumièges reste une des plus admirables ruines qui soient en France. »

DSC_8809 final mini

p 38 « Qui connait encore Hector Malot, cet écrivain né à La Bouille le vingt mai mille huit cent trente ?
Et pourtant, il est l’auteur d’un roman paru en mille huit cent soixante-dix-huit, primé par l’Académie française et traduit dans le monde entier.
Quel enfant, quel adulte encore aujourd’hui n’a ressenti de telles émotions en lisant « Sans famille« , les aventure de Rémi le petit garçon abandonné accompagnant sur les chemins de France et d’Angleterre Vitalis son père adoptif et ses
inséparables compagnons le chien savant Capi et le petit singe Joli-coeur. »
… -Voulez-vous souligner qu’au cours de ses soixante romans, votre grand-père a réalisé une véritable photographie de la société française ?
– Absolument lui répond Agnès. Savez-vous qu’il a été le premier auteur à écrire sur les conditions de travail dans les mines ? Dans « Baccarat », il décrit les premiers pas de la révolution industrielle en contant l’histoire d’un industriel du drap à Elbeuf.
– Non qu’il soit financièrement anticlérical, il n’en dénonce pas moins certaines attitudes du clergé ajoute t-elle et il n’oublie pas non plus, dans ses écrits, les malheurs de la guerre de mille huit cent soixante-dix. » …
« -Mon grand-père eut le malchance de se révéler entre Balzac et Zola, deux génies qui ont involontairement fait un grand tord à son talent. »

p 51 « Rouen, le ville aux cents clochers ; l’abbatiale Saint-Ouen, majestueuse et légère avec sa grande tour surmontée de sa célèbre couronne sculptée en dentelles de pierre; Saint-Maclou, de style gothique fleuri que l’on appelait autrefois
« la fille de l’Archevêque »; les églises Saint-Romain, Saint-Joseph, Saint Paul, Saint Hilaire et combien d’autres lieux magnifiques. » …
« –Eh bien Guillaume, la cathédrale de Rouen, c’est bien mais l’abbaye de Westminster, c’est pas mal non plus ironise Edward. »
« -Allez, je termine ma petite leçon d’histoire. Tu vois, la façade principale de la cathédrale est entourée de deux tours. A gauche, la Tour Saint-Romain terminée en mille quatre cent soixante-sept, à droite l’élégante Tour de Beurre construite
de mille quatre cent quatre-vingt-cinq à mille cinq cent sept.
Why the Butter Tower ?
– Parce que celle-ci fut bâtie avec l’argent versé par les bourgeois rouennais à l’Archevêché pour obtenir le privilège de manger du beurre et des aliments gras pendant le Carême alors que cela était interdit. »

p 78 « Une escapade rétro, c’est un cocktail composé d’une très grande dose de bonne humeur, d’une grande dose de gastronomie et d’une dose normale de culture, le tout secoué dans un shaker en chrome étincelant. »

p 87 « Gérard se lève et essaie de prendre son air le plus sérieux :
– En traversant un village enneigé, une Rolls Royce dérape, heurte un mur et se trouve sérieusement endommagée. Le conducteur sort furieux :
Zut !!! Un mois de salaire envolé !
– En attendant les secours, il assiste à l’accident identique d’une Porsche dont le conducteur, en sortant du véhicule, s’exclame :
Flûte !!! Trois mois de salaire envolés !
Soudain, les deux accidentés voient arriver une Simca 1000 qui, n’arrivant pas à freiner, heurte la Rolls et s’écrase sur la Porsche. Le conducteur en sort hébété et gémit :
Merde !!! Deux ans de salaire envolés !!!
Les deux autres se regardent et commentent :
Il faut vraiment être fou pour acheter une voiture aussi chère !!!
Applaudissements pour Gérard !!! « 

p 90 « Charles Henri ne relève pas la tête et reste immergé dans le récipient.
Caroline Roquebrune qui est médecin à tout de suite senti qu’il se passait quelque chose d’anormal. Elle se lève précipitamment et se dirige vers Charles Henri pour lui retirer la tête de la marmite. Ce dernier a les yeux révulsés et vitreux et respire
très difficilement. »

DSC_8860 final mini

p 136 « Les vieilles dames quittent Honfleur en direction de Trouville et s’engagent sur la petite route départementale ombragée et vallonnée. Celle-ci longe un moment la pointe de l’estuaire de la Seine puis
oblique vers le Sud-ouest en suivant la Côte Fleurie.
Balade agréable, douceur de vivre, vitesse tranquille qui permet de découvrir au détour d’un virage, à l’intersection d’un chemin creux ces magnifiques chaumières aux faits plantés d’iris. »
… »C’est certain, Blanche Neige doit habiter ici. Mais dans laquelle de ces belles chaumières ? »

http://www.normandyretroshow.com/joomla/

Édition : WHA

Genre : Policier

Publié en 2015

Photo couverture : Nicole Perrimond

Le charme des après-midi sans fin … Dany Laferrière

Un roman … une autobiographie avec un charme fou …
Une écriture toute en poésie … on se laisse bercer par les mots … et ces petites histoires au quotidien … un rythme qui apaise

On y découvre « Vieux Os » (surnom de l’auteur) arpentant Petit Goâve … la vie presque tranquille de cette petite ville d‘Haïti ou il y a grandit …
Ses moments forts et émouvants avec Da … belle déclaration d’amour et de tendresse à sa grand-mère …
Ses souvenirs avec Frantz et Rico ses deux amis d’enfance … ses premiers émois amoureux pour Vava …
Ses rencontres et ses « questionnements d’adultes » … avec Da et le notaire Loné …

Les jeux qui ponctuent les journées … Le coiffeur et ses concours d’échec  en « concurrence » avec l’épicier et ses dominos

Ce roman est un vrai moment de plaisir .… Une évasion exotique … et tendre
Il y a très longtemps que je souhaitais découvrir Dany Laferrière et j’ai maintenant très envie de retrouver ses autres romans …

Un Hymne à l’Amour … Exotique et Solaire …

DSC_8757 final mini

p 70 « La question c’est ; pourquoi faut-il que je quitte mon lit ? Pourquoi n’utilise-t-on pas le
sommeil pour apprendre les choses ? Nous pourrions nous réveiller le matin en sachant sur le bout des doigts le fameux chapitre de grammaire sur
la concordance des temps. Non, je retire ce que je viens de dire. Je ne veux pas qu’on touche à mon sommeil. C’est mon bien le plus précieux. Mon dernier refuge. Personne n’a le droit de pénétrer dans mes rêves.
Tiens, pourquoi le professeur ne vient-il pas nous faire la classe dans notre chambre ? Le docteur vient bien nous voir à la maison. Pourquoi le professeur ne le fait-il pas ? Da va me lancer ; « Espèce de flanc mou (c’est
son insulte favorite), tu inventeras n’importe quoi pour rester au lit. »

p 130 « On marche, un moment, en silence. Le notaire est dans sa tête. Je suis dans la mienne.
– Je sais à quoi tu penses, dit le notaire quand nous arrivons près de l’hôpital.
Je ne dis rien.
– Tu penses à ce que vient de te dire Josaphat ou, si tu veux, Nèg-Feuilles, que tu seras quelqu’un un jour … C’est à ce que tu penses, n’est-ce pas ?
– On me l’avait déjà dit … La vieille Nozéa me l’avait dit, un jour de pluie.
– Eh bien, dit le notaire sur un ton ferme, retire-toi ça de la tête, il ne t’arrivera que ce que tu voudras qu’il t’arrive.
– Comment ça ? dis-je, en relevant la tête vers le notaire.
– Pire que ça, mon ami, dit le notaire en me caressant la tête, personne ne change. Tu es déjà ce que tu seras. »

CVT_Le-Charme-des-apres-midi-sans-fin_7408

p 139 « La seule chose qui me gêne, dis-je en baissant la voix, c’est la façon dont Madame Hermione s’adresse à sa filleule.
– C’est comme ça dans ce pays, mon garçon… Si vous faites des remontrances à quelqu’un,
il trouvera toujours un plus faible que lui pour lui rendre la pareille, et lui aussi trouvera un bien plus faible encore, et ainsi de suite, jusqu’au dernier qui donnera un coup de pied au chien… »

p 153 « On apprend beaucoup sur les gens, rien qu’à les regarder jouer. D’une certaine façon, Pierre-Louis avait raison quant à ma nature profonde. J’aime observer les gens. »

p 155 « Deux yeux me fixent dans la pénombre. Un petit corps d’enfant recroquevillé sur lui-même.
– C’est mon arrière-arrière-grand-mère, dit-elle comme si elle me révélait un trésor caché.
Elle est complètement décharnée. C’est la première fois que je vois quelqu’un de si vieux. Elle n’a que les os et la peau. Une vieille peau toute ridée.
– Elle est dans cette pièce, depuis ma naissance, et même avant … Elle a plus de cent ans. Elle dit que Dieu l’a oubliée sur terre.« 

 

 

p 171 « Da reste assise sur sa chaise de Jacmel (sa préférée), près du feu. Elle a l’air endormie comme ça, mais je sais qu’elle réfléchit. De temps en temps, je l’entends marmonner quelque chose je ne parviens pas à déchiffrer.
Je voudrais avoir des dents dans mes oreilles pour pouvoir mastiquer calmement ce qu’elle dit. » …
« Je passe mon temps à regarder Da. J’aime la regarder. Son visage, complètement fermé. Les lèvres serrées. Des milliers de rides. Les rides en se croisant forment des lettres de l’alphabet ; des F, des Z, des H,
des X, des Y, des T, des I, des L et des K, mais rarement des M, des G ou des Q. Il y a aussi des W, et même un O. »

p 229 « Le gouvernement avait interdit aux gens de donner à leurs enfants toutes sortes de noms à coucher dehors. La plupart du temps, des noms qu’ils ont créés eux-mêmes à partir des évènements de la vie quotidienne.
Par exemple : si l’enfant est né au bord du chemin, on l’appellera Chimin. Si la famille attendait un garçon, cette fois, et qu’il est arrivé une autre fille, ce sera Asséfi. »

Édition : Le Serpent à plumes

Genre : Roman, autobiographie

Publié en 1998

Illustration de couverture : Karen Petrossian, avec Olivier Mazaud et Bernard Perchet

 

La Déferlante … Francine Godin-Savary

Difficile, dès les premières pages … de se plonger dans l’histoire !!
L’auteure plante le décors mais la narration est un peu confuse … beaucoup de personnages qui nous perdent un peu !! Il faut relire certains passages …

Puis les choses s’accélèrent … les évènements se succèdent … encore quelques moments confus mais on plonge néanmoins avec plaisir
dans cette belle épopée familiale.
Les années vingt, trente, quarante, les deux guerres … le retour des soldats blessés et meurtris … puis ceux qui ne reviendront pas, il faut apprendre à vivre sans eux !!
Deux générations qui vont « s’affronter » au fil des pages … au fil du temps …

Tout d’abord 1918, Le château de Warcliffe en Angleterre … où la vie reprend son cours … presque tranquille … après le retour du patriarche Peter !! Puis l’arrivée de Mark, jeune orphelin,
qui va perturber malgré lui la vie enfantine et « naïve » de Paul
Mark découvre au contact de Paul son attirance pour les garçons !!
Puis il y a les jumelles Fanny et Florence … petites sœurs de Mark qui vont à leur manière bouleverser le destin … la vie … de plusieurs personnes !

L’auteure nous propose une belle balade en Angleterre … en Suisse Allemande … en France …
Une écriture dynamique … un rythme agréable …

Une belle « analyse » sur l’homosexualité … sur le « non choix » … sur l’acceptation malgré tout …
Une réalité qui peut être difficile à accepter en ce début de siècle …

Un premier roman … une belle épopée familiale … nimbée d’une note d’érotisme … un bon moment de lecture … malgré une « faiblesse » dans la narration …
Un dénouement très inattendu …

DSC_8153 final mini

p 22 « Ce soir là, alors qu’ils se trouvaient dans leur chambre, Peter raconta le goûter à sa femme qui s’était absentée pour une visite de charité avec Laura. …
– Je pense qu’il est « spécial« , conclut-il avec une grimace de dégoût. Rosa pâlit.
– Déjà ? Il est si petit. Six ans et demi. Comment cela se fait il ?
Elle murmura, après quelques secondes de silence.
– On dit que ce sont des garçons élevés dans une atmosphère totalement féminine … Mais il a été en contact avec Tony jusqu’à ses quatre ans.
– Je ne sais pas et je m’en contrefiche ! Demain, j’écris au Ministère des armées. Je ne veux pas qu’il pourrisse Paul !
Je veux des petits fils ! »

p 5 « Octobre 1918 : Château de Warcliffe.
Le clair de lune filtrait à travers les persiennes. Il devait être tard mais Paul ne dormait toujours pas. Il pensait aux événements de la journée.
A son réveil, sa Nanny Nora lui avait annoncé que cette journée serait exceptionnelle. Il ne comprenait pas trop, à trois ans, le sens de ce mot et avait écouté les explications de Nora tandis qu’elle lui donnait son bain.
– Cet après midi, tes parents vont aller à Trawnington. …
– Ils vont à Trawington parce qu’ils vont te ramener un frère.
Paul avait levé ses grands yeux vers elle. Un frère ? Il avait senti une bouffée de joie le submerger.
Un frère ! Quelqu’un pour jouer avec lui.
Sa sœur Laura avait sept ans et Paul la trouvait déjà vieille….
Il faudra l’aimer de tout ton cœur, Mon petit soleil, car c’est un enfant du malheur. Paul avait promis bien qu’il ne comprenne pas le sens complet de la phrase de Nora. »

 

DSC_8155 final mini
« Il faudra l’aimer de tout ton cœur, Mon petit soleil, car c’est un enfant du malheur »

p 69 « Début janvier 1930, Mark fit la connaissance de Pierre par l’intermédiaire de Karl. Pierre était un jeune touriste français, à peine plus âgé que Mark. Il lui apprit qu’il avait été, occasionnellement, l’amant de Karl, Mark en fut offusqué. Mais il se promit de ne rien dire à Jérôme.
Pierre lui fit l’amour avec délicatesse, murmurant des mots tendres, l’embrassant sur tout le corps, caressant la moindre parcelle de peau. Quand il le pénétra, Mark se sentit chavirer, des larmes de bonheur dans les yeux. Ainsi, c’était cela toucher le ciel. »

p 133 « Mark leva les paupières et le regarda. Comme s’il doutait. Comme s’il avait encore du mal à croire.
Je suis prêt, dit Paul en repoussant les draps.
– Enfin, murmura Mark.
Le renversant, il se mit à parsemer son visage, son torse,de centaines de petits baisers. Il embrassait et caressait son visage, ses épaules, son torse, son ventre, sans descendre plus bas, jusqu’à ce que Paul, affolé par ce qu’il ressentait, le supplie.
Il le voulait. Il le désirait. Oui ! Il était prêt. Corps et âme.
– Merci ! murmura Mark.
Doucement, il le renversa sous lui continuant à le caresser.
– Tu es vraiment prêt Amour ? demanda Mark alors que ses doigts frôlaient le sexe de Paul, ses testicules puis de l’autre coté, s’aventurant plus avant … »

DSC_8159 1 mini

p 183 « Peter avait bien été bouleversé d’apprendre la nouvelle. Mais une tentative de suicide devait se taire.
Dès son petit déjeuner terminé, il s’habilla, avec l’aide de James Callaghan, et sonna John Becker pour qu’il sorte la Rolls. Comme tous les matins il allait inspecter ses métairies.
Il n’avait pas l’intention de changer d’un iota sa façon de faire.
A 10h tous les jours, sauf le dimanche, c’était l’heure de l’office religieux, Peter allait chez ses métayers et le fait que son fils soit hospitalisé ne changeait rien à l’affaire. De plus avec ce satané orage de grêle.
Mac Henzie était rentré du mariage en Écosse. …
– Comment va Monsieur Paul ?
Comment pouvait-il savoir ?
– Je l’ai sorti de l’eau. Si c’est pas malheureux. Un chagrin d’amour !
Peter pâlit. Cooper avait-il lu la lettre ? La déferlante de boue approchait dangereusement. »

Édition : Le livre Actualité

Genre : Roman

Publié en 2016

Couverture : Réalisé par les Sentiers du Livre Editions

Dans le jardin de l’ogre … Leïla Slimani

Un roman … Un cri de désespoir … de frustrationd’ennuis !! Un roman sur l’addiction sexuelle où on y découvre l’enfer et l’envers du décors !!
Une fuite en avant … éperdue et destructrice … toujours à la recherche de LA sensation !!
Des envies en partie assouvies mais non réparatrices !! Une vie faite d’obsessionsd’angoisses

Adéle LE personnage central … une maman maladroite … une épouse fuyante et une envie de plaire qui la consume …Une insatisfaction permanente qui la ronge
Les conquêtes … les rendez vous se succèdent avec une éternelle répétition.
L’histoire d’une femme .. mais aussi d’un couple plongé dans la tourmente !! Un couple qui se perd ..

Des chapitres courts qui donnent du rythme …et de l’intensité !!
Une écriture fluide agréable incisive et pleine de sensibilité !!

Une roman « suintant » le désespoir !!
Saura-t-elle dompter ses démons ? Son mari saura t-il la délivrer de ses obsessions ??
Un roman fort … percutant et touchant sur l’addiction sexuelle

Ce roman m’a « réconcilié » avec Leila Slimani ... je n’avais pas vraiment aimé « Une chanson douce » !!

« Elle comprit très vite que le désir n’avait pas d’importance. Elle n’avait pas envie des hommes qu’elle approchait. Ce n’était pas à la chair qu’elle aspirait, mais à la situation. Être prise. Observer le masque des hommes qui jouissent. Se remplir. Goûter une salive.
Mimer l’orgasme épileptique, la jouissance lascive, le plaisir animal. »

DSC_8103 final mini

p 13 « Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été sage. … Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. …
Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. … dès qu’elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n’être qu’un objet au milieu d’une horde, être dévorée, sucée, avalée
toute entière. Qu’on lui pince les seins, qu’on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin de l’ogre.« 

p 32 « Ils l’ont vu tapiner derrière le bar avec le jeune garçon. Ils l’ont vu et ne la jugent pas. C’est bien pire. Ils vont croire à présent qu’une complicité est possible, que la familiarité est de mise. Ils vont vouloir en rire avec elle.
Les hommes vont croire qu’elle est coquine, leste, facile. Les femmes la traiteront de prédatrice, les plus indulgentes diront qu’elle est fragile. Ils auront tous tort.« 

p 39 « Adèle a fait un enfant pour la même raison qu’elle s’est mariée. Pour appartenir au monde et se protéger de toute différence avec les autres. En devenant épouse et mère, elle s’est nimbée d’une aura de respectabilité que personne ne peut lui enlever. Elle s’est construit un
refuge pour les soirs d’angoisse et un repli confortable pour les jours de débauche.

DSC_8081 final mini
« Il lui a imaginé une nouvelle vie, où elle serait tenue à l’abri d’elle-même et de ses pulsions. Une vie faite de contraintes et d’habitudes. » une maison en province …

p 66 « Ce soir, elle n’arrive pas à exister. Personne ne la voit, personne ne l’écoute. Elle n’essaie même pas de chasser les flashs qui lui déchirent l’esprit, qui lui brûlent les paupières. Elle agite sa jambe sous la table. Elle a envie d’être nue, que quelqu’un lui touche les seins.
Elle voudrait sentir une bouche contre la sienne, palper une présence silencieuse, animale. Elle n’aspire qu’à être voulue. »

p 73 « Adèle a ressenti pour la première fois ce mélange de peur et d’envie, de dégoût et d’émoi érotique. Ce désir sale de savoir ce qu’il se passait derrière les portes des hôtels de passe, au fond des cours d’immeuble, sur les fauteuils du cinéma Atlas, dans l’arrière-salle
des sex-shops dont les néons roses et bleus trouaient le crépuscule. Elle n’a jamais retrouvé, ni dans les bras des hommes, ni dans les promenades qu’elle a faites des années plus tard sur ce même boulevard, ce sentiment magique de toucher du doigt le vil
et l’obscène, la perversion bourgeoise et la misère humaine. »

« Adèle est déjà nue. Elle lui griffe le cou, lui tire les cheveux. Il se moque et s’excite. Il la pousse violemment, la gifle. Elle saisit son sexe et se pénètre. Debout contre le mur, elle le sent entrer en elle. L’angoisse se dissout. Elle retrouve ses sensations. Son âme
pèse moins lourd, son esprit se vide. Elle agrippe les fesses d’Adam, imprime au corps de l’homme des mouvements vifs, violents, de plus en plus rapides. Elle essaie d’arriver quelque part, elle est prise d’une rage infernale.
« Plus fort, plus fort », se met-elle à crier. »

DSC_8109 final mini

p 207 « Nue, allongée contre le cadavre, elle caresse sa peau, elle le serre contre elle. Elle pose des baisers sur ses paupières et sur ses joues creusées. Elle songe à la pudeur de son père, à son horreur absolue de la nudité, la sienne, celle des autres. Couché là,
mort, à sa merci, il ne pourra plus opposer aucune résistance à sa curiosité obscène. Elle se penche au-dessus de lui et lentement, elle dénoue le linceul. »

« Elle ne sait pas ce qui fait plaisir à Richard (son mari) . Ce qui lui fait du bien. Elle ne l’a jamais su. Leurs étreintes ignorent toute subtilité. Les années n’ont pas amené plus de complicité, elles n’ont pas émoussé la pudeur. Les gestes sont précis, mécaniques.
Droit au but. Elle n’ose pas prendre son temps. Elle n’ose pas demander. Comme si la frustration risquait d’être si violente qu’elle pourrait l’étrangler.
Leurs corps n’ont rien à se dire. Ils n’ont jamais eu l’un pour l’autre d’attirance ni même de tendresse, et d’une certaine façon cette absence de complicité charnelle les rassure. »

« Les gens insatisfaits détruisent tout autour d’eux. »
« A chaque saison, à chaque anniversaire, à chaque événement de sa vie correspond un amant au visage flou. »

 

Édition : Folio-Gallimard

Genre : Roman

Publié en 2014