Le Scénar … Philippe Pratx

Dès les premières pages nous sommes aspiré par ce roman, son débit, sa cadence presque infernale !!

Et la question est … « Va t’on, en tant que lecteur, tenir le rythme ? » …

Une approche du roman surprenante et fascinante, une construction du récit qui bouscule !

Une histoire dans une histoire !! 

On oscille entre réalité et fiction, où est-ce une illusion ?! 

L’auteur met en lumière ses personnages, s’interroge sur les sensations du lecteur, sur les émotions et les intentions de l’Auteur, l’Auteur au sens large !! Un questionnement incessant et fascinant !! 

Une plume fracassante et dynamique

Une belle maitrise et une dextérité dans l’écriture ! Le point fort de ce roman ! L’auteur nous emmène là où il le désire !! Le lecteur suit, s’interroge, s’impatiente, s’étonne, … 

Un voyage au coeur des mots … un Road Movie littéraire, cinématographique, politique, philosophique, musical, …

Et cette impression étrange qu’un événement va venir tout basculer  ! Et puis …. 

Une belle fantaisie dans ce roman qui sort des sentiers battus pour un peu … nous déstabiliser ! 

Etonnant et un brin surréaliste !!!      

Le roman – La quatrième de couverture :
Le Scénar, c’est l’histoire – mais est-ce bien une histoire ?– de quelques personnages qui ont
découvert le texte anonyme d’un scénario de cinéma. Quand on découvre un trésor, quand on
découvre un secret… cela peut changer une vie. Mais quand on découvre le manuscrit d’un
« scénar », que peut-il se passer ? Emo, le jeune chat, peut-être un peu étrange sur les bords,
serait-il le mieux placé pour le savoir ? « … un chaton minuscule et craintif devant un monde
qui se dérobe comme dans un roman de Stephen King, shooté à l’Apocalypse. Que nul n’entre
ici s’il n’est cinéphile, pour paraphraser la célèbre Académie », selon les mots du préfacier
Jean-Max-Méjean.
Roman allégorique qui explore la relation que nous avons avec la réalité et la fiction, Le
Scénar est aussi une déclaration d’amour au road movie… un road movie nourri
d’inspirations fantastiques, politiques, philosophiques…
Ouais, ça prend de plus en plus des airs de road movie, c’est bien ce que je pensais.
–  Au fait, tu avais remarqué la référence à Lynch ? Et la chanson de Lana del Rey ?
–  Oui, on est en plein dedans, c’est bien ça. Enfin, si on réfléchit : la scène de nuit, le feu de camp, les considérations socio-politico-…, ça rappellerait aussi bien Easy Rider… Même beaucoup plus que l’Histoire vraie de Lynch… Je serais pas étonnée que d’ici peu, en route, on croise une paire de choppers à cheveux longs…
–  Arrête !… Tu sais pas que Peter Fonda est mort aujourd’hui ?
–  Peter Fonda ?
–  Peter Fonda… Easy Rider…
–  Ah oui ?… Non !
–  Si!
–  Putain !
–  Et toi tu parles de…
–  Arrête !…
Alors probablement, à cet instant, il faudrait se lancer dans un nouvel épisode du débat sur les coïncidences et tout ce genre de choses. Cependant, outre que le sujet a oublié d’être passionnant et, accessoirement, d’être d’actualité, il se trouve que ni Lola, ni les jumeaux, ne me laissent le temps de glisser trois ou quatre phrases bien senties sur la mystique des aléatoires, la métaphysique des significations immanentes, toutes deux confrontées à la théorie du chaos non déterministe appliquée à l’existence terrestre des acteurs et cinéastes américains… Mais ont-ils d’ailleurs une autre existence que terrestre ?… Lola et les jumeaux ne me laissent donc pas le temps parce que, d’un commun accord tacite, ils ont décidé que la lecture du scénar devait reprendre illico, afin de couper court à toute velléité de se lancer dans les ratiocinations simiesques dont nous avons déjà stigmatisé la prévisible et dissuasive stérilité. 
« Vous l’avez trouvé où ?
A Saragosse …
Saragosse ?
A Saragosse ?
Mais non, je rigole !… Dis-lui, toi … Franchement un peu de culture générale, ça ne vous ferait pas de mal …
Alors ?
Alors voilà …


Celui qui vient de dire « Alors voilà… » c’est Théo, un des jumeaux. C’est lui aussi qui a demandé à son frère : « À Saragosse ? », d’un air étonné. Il ne comprenait pas du tout pourquoi son frère venait de parler de Saragosse. D’ailleurs ils n’y ont jamais mis les pieds, ni avant, ni depuis, à Saragosse. Son frère, c’est Léo. Ils sont donc jumeaux, je l’ai dit. C’est lui aussi qui a parlé de culture générale., et qui avant ça a bel et bien affirmé qu’ils l’avaient trouvé à Saragosse… Mais apparemment c’était une plaisanterie. Et la culture générale ? Allusion à… Je ne sais pas. Il faudrait réfléchir… Chercher… Quant à la personne qui a posé la première question au moment où nous les avons surpris dans leur conversation, c’est une jeune femme visiblement énergique, curieuse et de bonne composition. Il suffit de l’écouter et de voir ses attitudes pour en être persuadé. Autant le dire tout de suite, parce que cela est d’une importance capitale pour comprendre tout ce qui va se dire, se passer, comprendre les enjeux – si je peux ainsi m’exprimer – de ce qui va se tramer ici : c’est une jeune réalisatrice. Une réalisatrice de cinéma, bien sûr. Elle a fait des études un peu chaotiques mais pleines de détermination pour en arriver là. À son actif… bon, pas grand-chose encore. Je dis « encore ». Deux trois courts sélectionnés dans des festivals. Des projets. Nombreux. Plus ou moins avancés. Brillants. Et puis son premier long-métrage. Enfin… il est au montage, pas encore sorti sur les écrans. C’est très angoissant pour elle, mais elle semble avoir assez de force de caractère pour surmonter ces angoisses. Cependant tout cela ne nous intéresse finalement pas beaucoup. Précisons quand même que c’est un film – évidemment, devrais-je peut- être dire – un petit peu autobiographique sur les bords. Je dis ça juste pour satisfaire, même imparfaitement, votre curiosité… légitime ou mal placée, ça ce n’est pas à moi de le décider. »
Lola ne dit rien. Les jumeaux la regardent ne rien dire. Elle les regarde en train de la regarder. Puis elle regarde Emo. Elle souhaiterait inconsciemment qu’Emo se réveille, s’étire, pattes de devant, de derrière, exagérément, comme les chats qui se réveillent, les pattes tendues vers le bout du monde. Et peut-être même elle souhaiterait qu’il pousse un petit miaulement qu’on s’efforcerait d’interpréter. On : elle et les jumeaux… ça les occuperait, ça détournerait l’attention. Un miaulement qu’on finirait fatalement par interpréter par un « Il a faim », parce que nous n’avons pas d’imagination ni de perspicacité rationnelle pour interpréter un petit miaulement de chat autrement que par « Il a faim », et que nous n’avons d’ailleurs aucune envie d’en trouver la véritable interprétation, mais juste de proposer un quelque chose de plausible qui ne remette pas en question la supériorité humaine et l’ordre du monde… Bon, là je vais peut-être un peu loin… Mais de toute façon, le chat dort. Lola le regarde dormir, balancer le bout de sa queue, et elle ne va quand même pas le réveiller, exprès, juste pour détourner l’attention et se donner une marge de confort !
Et quand tout le monde s’est bien regardé – sauf Emo, qui dort et ne regarde donc personne – sans autre commentaire, Lola reprend sa lecture. 

L’HOMME À LA CASQUETTE 

Ta vision du communisme, de mai 68 en France, et même toi, Alena, ta vision du printemps de Prague, ses rebelles, ses insurgés, ses héros (Alena, qui semblait distraite, le regarde maintenant intensément, mâchoires serrées) … tout ça c’est tellement simpliste, c’est tellement naïf ! Qu’est-ce qu’il y a comme réalité là-dedans ? Qu’est-ce qu’il y a comme vérité? Juste des illusions, des spéculations stériles, des lendemains qui chantent pour doux rêveurs… 

OLIVIER 

On s’en fout de ta réalité, on s’en fout de la vérité ! Ce n’est pas la vérité qui nous fait vivre. Tu as pensé à ça ? Tu y as pensé ?… Tu crois que c’est la réalité… ou ce que tu appelles la vérité, qui donne un sens à notre vie ? Elle est absurde la réalité. Absurde à crever. Si on n’avait qu’elle, la réalité, avec ses tonnes d’ordures, avec ses légions de salauds, boursouflés de bonne conscience, il y a longtemps qu’on se serait tiré une balle dans le crâne… Ce qui nous fait vivre, c’est nos rêves, nos illusions naïves comme tu dis ! Heureusement qu’elle est là, qu’elle est encore là, notre naïveté… nos illusions, pour trouver la force de se battre contre les salauds… 

Edition : L’Harmattan

Publié en 2020

Genre : Roman

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