Petit Pays … Gaël Faye

L’espoir, le désespoir, les désillusions, l’incompréhension, la haine, …
et nous voilà plongé au cœur du Burundi … et du Rwanda !
1993 … La première élection présidentielle au Burundi, puis un coup d’état !! Et l’engrenage commence …
La guerre éclate … puis s’ensuit l’exécution des Tutsi par les Hutu !! (p 10)

Ce roman retrace ce drame vu et vécu à travers les yeux d’un enfantl’insouciance et l’innocence volent alors en éclat !!
Tous ses meurtres et ses massacres aux portes des maisons …
Malgré tout, on s’accroche à l’enfance … avec des moments forts, drôles et tendres
Un témoignage poignant et déchirant … au couleur de l’Afrique !! Les odeurs … les saveurs … les sensations Africaines se dessinent au fil des pages !!

Puis Gaby ce jeune garçon découvre les livres et c’est l’Evasion !! Il retrouve le rêve et l’insouciance durant quelques heures … à l’abri dans sa chambre …
« Grâce à mes lectures, j’avais aboli les limites de l’impasse, je respirais à nouveau, le monde s’étendait plus loin, au-delà des clôtures qui nous recroquevillaient sur nous-mêmes et sur nos peurs. »
Gaby un enfant devenu adultemarqué et meurtri à vie !!

L’écriture est sobre et nimbée de poésie
Un merveilleux roman où l’absurdité humaine prédomine … et cette question !!

Pourquoi toujours la guerre ?

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p 10 « Alors j’ai demandé :
– Alors entre les Tutsis et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?
– Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.
– Alors … ils n’ont pas la même langue ?
– Si, ils parlent la même langue.
– Alors, ils n’ont pas le même dieu ?
– Si, ils ont le même dieu.
– Alors … pourquoi se font-ils la guerre ?
– Parce qu’ils n’ont pas le même nez.
La discussion s’était arrêtée là. C’était quand même étrange cette affaire. Je crois que Papa non plus n’y comprenait pas grand-chose. »

p 16 « Une chaîne d’infos en continu diffuse les images d’êtres humains fuyant la guerre. J’observe leurs embarcations de fortune accoster sur le sol européen. Les enfants qui en sortent sont transis de froid, affamés, déshydratés. Ils jouent
leur vie sur le terrain de la folie du monde. […] L’opinion publique pensera qu’ils ont fui l’enfer pour trouver l’Eldorado. Foutaises ! On ne dira rien du pays en eux. La poésie
n’est pas de l’information. Pourtant, c’est la seule chose qu’un être humain retiendra de son passage sur terre. Je détourne le regard de ces images, elles disent le réel, pas la vérité. »

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p 172 « _Vous avez lu tous ces livres ? j’ai demandé.
_Oui. Certains plusieurs fois, même. Ce sont les grands amours de ma vie. Ils me font rire, pleurer, douter, réfléchir. Ils me permettent de m’échapper. Ils m’ont changée, ont fait de moi une autre personne.
_Un livre peut nous changer ?
_Bien sûr, un livre peut te changer ! Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis. »

p 64 « A l’OCAF, les voisins étaient surtout des Rwandais qui avaient quitté leur pays pour échapper aux tueries, massacres, guerres, pogroms, épurations, destructions, incendies, mouches tsé-tsé, apartheids, viols, meurtres,
règlements de compte et que sais-je encore. Comme Maman et sa famille, ils avaient fui ces problèmes et en avaient rencontré de nouveaux au Burundipauvreté, exclusion, quotas, xénophobie, rejet, boucs émissaires,
dépression, mal du pays, nostalgie. Des problèmes de réfugiés. »

p 90 « Les blancs auront réussi leur plan machiavélique. Ils nous ont refilé leur Dieu, leur langue, leur démocratie. Aujourd’hui, on va se faire soigner chez eux et on envoie nos enfants étudier dans leurs écoles.
Les nègres sont tous fous et foutus … « 
« – Nous vivons sur le lieu de la Tragédie. L’Afrique a la forme d’un revolver. Rien à faire contre cette évidence. Tirons-nous. Dessus ou ailleurs, mais tirons-nous ! »

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p 91 « Les soûlards, au cabaret, ils causent, s’écoutent, décapsulent des bières et des pensées. Ce sont des âmes interchangeables, des voix sans bouche, des battements de
cœur désordonnés. À ces heures pâles de la nuit, les hommes disparaissent, il ne reste que le pays, qui se parle à lui-même. »

p 136 « Cet après-midi là, pour la première fois de ma vie, je suis entré dans la réalité profonde de ce pays. J’ai découvert l’antagonisme hutu et tutsi, infranchissable ligne de démarcation qui obligeait chacun à être d’un camp ou d’un autre.
Ce camp, tel un prénom qu’on attribue à un enfant, on naissait avec, et il nous poursuivait à jamais. Hutu et tutsi. C’était soit l’un, soit l’autre. Pile ou face. Comme un aveugle qui recouvre la vue, j’ai alors commencé à comprendre les gestes et les
regards, les non-dits et les manières qui m’échappaient depuis toujours. »

p 185 « Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie. »

Edition : Grasset

Genre : Roman Témoignage

Publié en 2016

Couverture : Studio LGF

 

 

 

 

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