Les Mouettes noires … Zoulikha Magroufel Haba

L’Algérie … la guerrel’indépendancel’espoir … la reconstruction !!

Difficile de rentrer dans l’univers de l’auteure en début de livre … Puis, on laisse au fil des pages la petite fille tranquillechoyée et protégée pour découvrir l’Algérie et cette période compliquée …
Les événements se succèdent et nous voilà happés par le récit !!
Le combat d’une jeune fille … d’une jeune femme musulmane dans ce pays dirigé et façonné par les hommes, et où les traditions « veillent » sur les nouvelles générations !!
Un récit fort … sensible et troublant !
Vivre à travers le regard de l’autre …Suivre les traditions … les convenances et oublier ses propres envies … ses propres aspirations …
Cette jeune femme Nora osera t’elle aller au bout de son rêve ?? Prendre sa liberté et « oser » s’envolerbriser ce lien tenace …

On y découvre l’Algérie avec le regard de « ceux qui sont restés » !! La guerre d’Algérie est très souvent racontée par les exilés … les Harkis … les Pieds noirs
mais peu par les Algériens restés, avec l’espoir de reconstruire leur pays …
Réapprendre à vivre après le départ de tant de monde … des amisdes voisinsdes collègues

J’ai aimé ce livre … ce roman … cette « auto biographie » mais peut être est-ce l’utilisation du « Je » pour la narration qui m’a un peu « perturbé » …
j’ai été plus réceptive … plus sensible au écrit en italique où l’auteure parle à la 3 ème personne !! Un détachement … une prise de distance
Néanmoins c’est un beau récit qu’il faut absolument découvrir !!
Une page de l’histoire qui s’ouvre à nous …

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p 50 « Mon père disait que je devais m’instruire et écouter avant d’avoir mon propre jugement, que je devais connaître toutes les religions pour mieux connaître la mienne, que je ne devais pas chercher
à tout expliquer, mais j’aimais quand il affirmait : « Il faut avoir foi en Dieu, unique et miséricordieux, Lui seul sait ce qu’il y a dans ton cœur, nulle tricherie n’est possible, le reste viendra plus tard. »

p 71 « Il n’y avait de liberté pour personne, la vie était faite de contraintes, de devoirs et de frustrations, malgré toutes les joies, les fêtes et les sorties. C’était si difficile d’avoir son jardin secret,
d’exprimer ses rêves s’ils n’étaient pas les modèles des anciens ! Il n’y avait aucune place à l’individualité, à l’originalité … Que d’énergie et de talents gaspillés ! »

p 80 « Mon père disait qu’à l’époque du prophète Mohamed, ses compagnons voulaient savoir quel était l’acte le plus méritoire pour un bon musulman afin qu’il puisse prétendre au paradis. Il
leur avait répondu que c’était assurément le combat qu’on doit livrer à soi-même, le combat de l’âme.
Il est vrai qu’il n’existe pas de lutte plus difficile, toute une vie n’y suffirait pas.
Alors, je compris qu’il était plus facile pour un homme de jeter un voile sur la tête d’une femme que de combattre ses pulsions ou de vivre avec son époque. »

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p 119 « Toutes les femmes devaient se réunir là-bas pour brûler leur voile, un signe fort d’indépendance ! C’était un grand événement. Mais pourquoi devaient-elles brûler leur voile ?
Les anciens disaient que leurs femmes devaient être protégées des étrangers, maintenant qu’ils étaient partis, elles n’avaient plus de raison de se voiler, nous étions tous frères maintenant !
En ce temps-là, le rapport à la religion était normal.
Quelle idée merveilleuse ! C’était comme une récompense, une façon d’honorer les femmes qui avaient versé leur sang. Ce geste fort et spontané exprimait à lui seul combien elles étaient
opprimées par ce voile, une occasion unique de montrer, sans peur, leur souhait le plus secret. »

p 223 « Je n’avais jamais vu un tel coucher de soleil, et je le contemplai tandis qu’il disparaissait derrière les cyprès. Peu à peu, les arbres s’estompaient et je ne distinguai bientôt plus qu’une masse
noire. Ils étaient loin les bateaux que j’aimais voir quitter le port d’Alger, toutes ses lumières qui brillaient tard dans la nuit … Un voile de tristesse enveloppa la maison, une atmosphère lugubre et
hostile s’en empara soudain. Cette nature si belle le jour était effrayante la nuit … Pour nous rassurer, mon père nous affirma que le mal ne pouvait venir que des hommes, nous n’avions donc rien à craindre de cette
belle nature.« 

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p 251 « Mon père avait refusé de quitter son pays, malgré l’insistance de ses amis français. Qu’aurait-il été faire en France ? Pourquoi fuir ? Il n’était pas un harki ! Il avait œuvré comme beaucoup d’Algériens pour
la libération, avait vécu beaucoup d’injustices, mais la vérité, c’est qu’il savait qu’il serait toujours étrangers, ici ou ailleurs. Son éducation l’avait mis en marge de la société. Il avait décidé de mettre tout son savoir
au service de son pays, et l’argent, les honneurs ou le pouvoir n’avaient pas de place dans sa vie. »

p 292 « Il n’avait pas décidé pour elle, il connaissait bien sa religion. Ces hommes ne pouvaient rien dire, ils ne pouvaient pas aller à l’encontre des paroles du Prophète. Ils étaient surpris qu’il ne décide pas pour sa
fille, car même si le Prophète défendait beaucoup le droit des femmes, certains religieux ne s’en préoccupaient pas toujours. »

p 298 « Pourquoi fallait-il qu’il soit le gardien des biens de l’Etat ? Pourquoi fallait-il qu’il assiste, impuissant, à leur dégradation, au pillage de ces richesses qui étaient le bien de tous ? C’était donc ça, le socialisme ?« 

Première rencontre avec l’auteure … en avril 2017 au Festival du livre et des arts dans tous ses états à Dieppe 

Edition : Esneval

Genre : Roman, biographie

Publié en 2016

Illustration couverture : Adel Magroufel

RENCONTRE avec l’auteur … Quelques questions pour tenter de découvrir qui se cache derrière le livre !!

Quel est votre premier écrit ? votre premier texte ?
C’était un poème sur la liberté, j’avais dix ans. Mon premier souvenir sur ce
que je considérais comme une injustice, remonte à l’âge de 3 ans, lorsque je
l’ai raconté à ma mère, elle ne pouvait pas croire que j’avais gardé en
mémoire, ce qui m’avait choquée : « Mon frère devait toujours passer avant
moi, je devais attendre mon tour, seulement parce que j’étais une fille ».

Votre plus beau souvenir de jeune lectrice ?
Le Grand Meaulnes (Alain Fournier)

Le livre qui vous a « déstabilisé » ? et pourquoi ?
Le deuxième sexe (Simone de Beauvoir) . Je me suis entièrement retrouvée
dans cet essai, surtout lorsqu’elle incrimine autant les femmes, leur passivité,
soumission, manque d’ambition, que les hommes qu’elle accuse de sexisme.

Ecrire, vous donne l’illusion de quoi ?
J’ai voulu écrire pour transmettre, partager mes idées… En réalité, cela m’a
libéré, je me suis livrée, être soi-même, c’est parfois si difficile, on apprend à
vivre en société en ayant un masque, celui imposé par notre éducation…
Dans mes livres, je me livre, peut-être pas autant que je le souhaite, mais je
ne désespère pas, les vieux clichés ont la vie dure…

Quel est votre thématique, votre genre littéraire (polar, roman
historique, …), ce qui vous inspire et pourquoi ?
La vraie vie romancée. Celle des femmes, leurs rêves et leurs désirs. J’aime
aussi ce que l’on ne peut expliquer, l’irrationnel, ce que la science n’infirme ni
ne confirme, l’inconnu… Ce qui laisse libre cours à l’imaginaire.

Question bonus !
Quel est votre relation aux livres ? Pour vous un livre « heureux » est un livre
corné, annoté, souligné, déformés, … ou pas ?
Il m’est arrivé de souligner certains passages, mais je ne le fais plus depuis
longtemps. Autrefois, je les gardais jalousement, rien que pour moi, pour les
lire et les relire. Aujourd’hui, je préfère les garder intacts, propres et prêts a
passer entre d’autres mains, à voyager.

Merci Zoulikha d’avoir accepté de répondre à ces quelques questions .

 

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