42 Rue des Mômes … Yvan Michotte

Un polar ? Un roman historique ? Un récit sur notre société ?? Une « constatation » sur l’espèce humaine ??
Au centre de l’histoire, le tournage d’un film sur la guerre 39/45 … plus précisément le raid sur Dieppe, le 19 août 1942 …  puis en parallèle, l’auteur aborde un sujet d’actualité, les réfugiés … les migrants

mais au cœur de tout ça des meurtres !!!

Le rythme est soutenu dès les premières pages, un personnage fait son » apparition  » … Mervig !! et nous voilà happé par l’histoire !!
On y retrouve avec plaisir Agathe et Pastorius, ces deux enquêteurs, déambulant au volant d’un bus Londonien !!
Un « Pastorius » … relativement calme mais toujours aussi tourmenté … voir vulnérable !!
Des personnages atypiques, pittoresques et pour certains inquiétants !!
Puis Jules ce jeune garçon très énigmatique … très préoccupé … très impliqué par les événements !!
On passe du rêve « enfantin » à la réalité brute !!

Et puis est il toujours bon de bousculer le passé ??

Des dialogues pertinents avec quelques notes d’humour « grinçant » !!
Une écriture simple et fluide …des phrases courtes qui donnent du rythme ..

L’auteur nous lance quelques messages … quelques coups de gueule sur la cupidité humaine … le cycle infernal des guerres !!
et si les Mémoriaux … les « Musées pour se souvenir » étaient illusoires ??

Ce polar m’a beaucoup plu avec sa vision du monde et des hommes, très réaliste … à la fois noirepessimiste mais, avec malgré tout un espoir … une lueur
Un polar empreint de psychologie … et d’émotions !! Un Beau polar à découvrir !!
Un peu moins de folie et de mordant … que les précédents livres de l’auteur … mais un superbe moment de lecture !!

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p 12 « Elle stoppa la machine, respira vigoureusement en remerciant sa dextérité. Pastorius était invisible. Qu’est-ce qu’il fichait ? Comptait-il les mouches s’encastrant sur le casque ? Ou bien avait-il oublié de passer la troisième vitesse ?
Elle posa la moto sur la béquille. Au bout de deux minutes, elle ne tint plus et rebroussa chemin. Après tout, il avait très bien pu faire un vol plané, un petit looping pour le plaisir de se broyer les os. »

p 13 « Pastorius ne se voyait pas en messie. Les larmes de cette malheureuse coulaient à l’autre bout. Cela ne le rendait pas âpres. Du moins il ne le voulait pas. Il devait garder ses distances, ne surtout pas chevaucher les drames. Combien de fois se les
était-il pris en pleine face sans aucun filtre pour amortir le choc ? Combien de fois avait-il sombré à la vue d’un corps, d’un proche effondré ? Il ne voulait plus compter ces fois où il avait dû boire pour encaisser les coups. Se blinder,
faire le job, agir sans réagir dans une tempête d’émotions. »

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p 48 « – Il (Jules) a fait un cauchemar !
– Non, c’est pas un cauchemar, j’y étais ! J’ai tout vu !
– Depuis le jour où il a découvert son oncle, il n’arrête pas de faire ce genre de cauchemar.
– C’est pas un cauchemar je te dis, j’y étais, je me souviens de tout !
Sandrine expliqua que ses lectures de récits de guerre et surtout du raid de 42 lui montaient à la tête. Il avait sans cesse l’impression de vivre les événements comme s’il y avait participé. Les émotions qu’il ressentait devenaient de plus en
plus intenses, le mettaient dans de véritables états de transe.
C’est pas mes lectures … n’importe quoi ! J’y étais je te dis, tu ne comprends rien ! »

p 52 « Sa voix posée et douce contrastait avec son côté cinglé. Pastorius avait souvent remarqué ce trait chez certains décalqués du citron. Plus ils parlaient calmement et plus ils sentaient le soufre. »

p 148 « La fusée Julovernus 1 tournait autour de la Terre. Le spectacle de l’immensité bleu et blanc, véritable phare au milieu du noir infini, l’émerveillait. Il n’y avait rien de plus beau. La masse lumineuse l’hypnotisait. Il coupait alors les moteurs et poursuivait sa route
sur sa lancée. … Les océans apparaissaient. Des frissons lui parcouraient le corps tout entier tant la profondeur de leur bleu le saisissait. Il était si bien là-haut, loin de tout, sans problèmes, sans pensées, sans personne à qui rendre des comptes, et surtout sans prendre de coups. »

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p 53 « -Les migrants ne servent que leurs propres intérêts. Ils viennent ici, essaient de gagner la perfide Albion, iraient ailleurs si les vents les y portaient. Ce ne sont pas des patriotes, pas même de leur pays. Je ne fais pas confiance aux hommes qui délaissent
leur patrie. Notre terre est celle où nous sommes nés, ailleurs point de salut. Nous devons toujours la protéger, quitte à y laisser notre vie. Donc si vous me demandez si je regrette le temps du maréchal, je vous répondrai qu’il avait parfaitement
compris qu’on ne peut vivre sans s’attacher à nos racines. Elles sont notre socle indélébile.
– Mais on peut garder ses racines et être ouvert aux autres, je ne vois pas où est la contradiction.
– Elle est fondamentale. La France est une nation blanche et chrétienne, …
Comment pouvez-vous balancer de telles inepties ? Lança Pastorius. Avec un tel discours, c’est la guerre civile qui nous pend au nez ! …

Désespéré, le privé se sentait impuissant devant ce genre de propos et celui qui les professait. A vingt ans, il se jetait sur ses congénères et frappait de toutes ses forces pour leur apprendre la vie. Aujourd’hui, seul l’habitait le mépris.
Les années passaient et cette espèce existait encore. Pas moyen de l’éradiquer. »

 

Le Réseau p 153 « J’en ai assez de vivre sous terre tel un monstre que l’on cacherait car il est trop laid, trop immonde, trop repoussant. Les hommes ont toujours besoin de s’effrayer de quelqu’un, il leur faut un ennemi. La bête doit être traquée en guise de sacrifice.
Je suis cette bête pour ceux dehors aux uniformes gris, pour les miliciens, les personnes hantées par ce Führer qui ronge le monde et le dépose sur l’autel du diable. »

p 81 « Être humain, c’était sans doute cela finalement, passer du pire au meilleur sans que jamais le cercle infernal se brise. Il y avait là une logique cachée, une règle du jeu qui ne disait pas son nom. On devait se faire du mal
pour travailler ensuite se faire du bien, on tournait en rond, attendant le futur dictateur sanguinaire comme le messie diabolique. Les esprits éclairés avaient beau mettre en garde contre eux, avaient beau prévenir contre les boucheries à venir.
Rien n’y faisait. Il fallait sans cesse remettre le couvert car l’homme avait faim de lui-même, cannibale compulsif. Et si la majorité des hommes ne rêvait que de paix, de bonheur et de belles idées, la minorité guerrière l’emportait toujours, poussant les autres vers leurs
terrifiantes destinées. »

Première rencontre avec l’auteur … Salon du livre d’Igoville … Janvier 2015

Édition : Le Cargo Imaginaire https://www.lecargoimaginaire.fr/

Genre : Polar

Publié en 2017

Couverture ; Yûbi graphisme / composition : La Plume numérique

RENCONTRE avec l’auteur … Quelques questions pour tenter de découvrir qui se cache derrière le livre !!

Quel est votre premier écrit ? votre premier texte ?
Je ne vais pas aborder mes premiers écrits, je ne m’en souviens plus beaucoup. Par contre, je me souviens de mon premier grand moment de plaisir d’écriture. J’ai rédigé mon mémoire
de maîtrise d’histoire avec sérieux mais je me suis ennuyé un peu voire beaucoup. Et puis à la fin, j’ai commencé à écrire un récit de fiction à partir de l’enquête statistique qui me servait
de base de travail. J’étudiais la vie des mendiants et des vagabonds à Rouen vers 1800. Là, je suis parti dans une évocation romanesque de la vie des mendiants et cela m’a tellement plu
que je l’ai gardé dans le mémoire. C’est ce qui a le plus intéressé mon tuteur, et les quelques lecteurs.

Votre plus beau souvenir de jeune lecteur ?
Mon plus beau souvenir de jeune lecteur ne concerne pas les livres mais les BD. Alors je ne peux qu’évoquer ma première rencontre avec Tintin. Il s’agissait du Crabe aux pinces d’or.
Je le lisais et relisais, j’observais les dessins et me retrouvais dans le désert avec Tintin, apeuré par le capitaine Haddock devenu fou à cause de la soif. Le fameux dessin où il veut déboucher
une bouteille avec Tintin à l’intérieur, simplement génial !

Le livre qui vous a « déstabilisé » ? et pourquoi ?
C’est sans conteste Voyage au bout de la nuit de Céline. Pour la première fois, j’ai ressenti en plein ce qu’est un Auteur avec un A gigantesque, un monstre dans tout ce que cela comporte
de noir et de blanc. Cette écriture est d’une puissance sans égale et elle nous emporte, nous effraie et nous hypnotise.

Écrire, vous donne l’illusion de quoi ?
Écrire me donne-t-il une illusion ? Je ne le pense pas. C’est le moyen d’expression qui me correspond le plus, qui me permet vraiment de faire vivre mon monde intérieur. Moi, je ne veux
écrire que de la fiction, c’est en soi une illusion certes mais l’on peut parler de nos contemporains par ce biais sans trahir la réalité des caractères, des comportements.

Quel est votre thématique, votre genre littéraire (polar, roman historique, …), ce qui vous inspire et pourquoi ?
Je n’aime pas un genre par nature, j’aime écrire, laisser sortir ce qui m’habite. Ce qui m’inspire, surtout, ce sont les lieux je l’avoue. Ils peuvent être réels ou imaginaires. Je m’y projette,
je m’y déplace intérieurement et dans ce cas, des personnages apparaissent et une histoire se construit. J’aime beaucoup les lieux anciens, maritimes, ma région. Je sais, lorsque j’arrive
quelque part, si mon petit manège intérieur se met en route ou bien s’il reste en attente.

Question bonus !
Quel est votre relation aux livres ? Pour vous un livre « heureux » est un livre corné, annoté, souligné, déformés, … ou pas ?
Oui, un livre heureux est un livre qui vit et vivra encore d’où l’importance fondamentale du papier. Les écrans sont froids et impersonnels alors que le papier vieillit, devient sage ou révolté.

Merci Yvan d’avoir accepté de répondre à ces quelques questions.

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