La Tresse … Lætitia Colombani

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.«  Mark Twain p 206
Trois destins … trois continents … trois pays … trois conditions de femmes
Trois destins qui s’imbriquent … qui s’entrelacent au fil des pages !!

Canada, Sarah grande avocate renommée et investie,
Sicile, Giulia ouvrière dans l’atelier de son père, « sa famille vit de la cascatura, cette coutume sicilienne ancestrale qui consiste à garder les cheveux qui tombent ou que l’on coupe, pour en faire des postiches ou perruques.  »
Inde, Smita « Intouchable »
Un monde « cruel » et sans pitié pour ces femmes …
Trois destins en parallèle ??
Des vies faites de combats … de sacrifices … de luttes pour préserver leur intégrité.
Il leur faudra beaucoup de force … de détermination … et beaucoup d’abnégation pour trouver un début de chemin, difficile mais où l’espoir est peut être au bout …
Il faut y croire … se battre et prendre son destin en main !! Mais la vie leur laisse t-elle le choix ??
Y a t-il un message d’espoir ??

Une écriture toute en poésie … des chapitres courts et incisifs qui donnent le rythme …

Une fin ou se mêlent émotions intensesviolentes
Un roman brillantbouleversant .. troublant … qui nous embarque … qu’on lit en apnée … jusqu’à en perdre le souffle !!
Ce livre m’a Touché en plein cœur … et m’a Bouleversé …

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p 16 « Ce panier, c’est son calvaire. Une malédiction. Une punition. C’est son darma, son devoir, sa place dans le monde. Un métier qui se transmet de mère en fille, depuis des générations. Scavenger, en anglais le terme signifie « extracteur« . Un mot pudique pour désigner une réalité qui ne l’est pas. Ce que fait Smita, il n’y a pas de
mot pour le décrire. Elle ramasse la merde des autres à mains nues, toute la journée. Elle avait six ans, l’âge de Lalita aujourd’hui, quand sa mère l’a emmenée pour la première fois. Regarde, après tu feras. »

p 25 « Giulia a grandi là, entre les cheveux à démêler, les mèches à laver, les commandes à expédier. Elle se souvient des vacances et des mercredis passés parmi les ouvrières, à les regarder travailler. Elle aimait observer leurs mains en train de s’activer telle une armée
de fourmis. Elle les voyait jeter les cheveux sur les cardes, ces grands peignes carrés, pour les démêler, puis les laver dans la baignoire fixée sur des tréteaux – un ingénieux bricolage de son père, qui n’aimait pas voir ses employées s’abîmer le dos. »

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p 47 « Elles traversent, et tout d’un coup, c’est là, maintenant, le moment de lâcher la main de sa fille de l’autre côté de la route.
Smita voudrait tant dire: réjouis-toi, tu n’auras pas ma vie, tu seras en bonne santé, tu ne tousseras pas comme moi, tu vivras mieux,
et plus longtemps, tu seras respectée. Tu n’auras pas sur toi cette odeur infâme, ce parfum indélébile et maudit, tu seras digne.
Personne ne te jettera des restes comme à un chien. Tu ne baisseras plus jamais la tête, ni les yeux. Smita aimerait tant lui dire tout ça.
Mais elle ne sait comment s’exprimer, comment dire à sa fille ses espoirs, ses rêves un peu fous, ce papillon qui bat son ventre. »

p 60 « Alors Sarah repart vers le monde, vers ses rendez-vous, ses conf calls, ses listes, ses dossiers, ses plaidoiries, ses réunions, ses notes, ses comptes rendus, ses déjeuners d’affaires, ses assignations, ses référés, ses trois enfants.
Elle retourne au front comme un bon petit soldat, remet ce masque qu’elle a toujours porté et qui lui va si bien, celui de la femme souriante à qui tout réussit. Il n’est pas abîmé, pas même fissuré. »

p 86 « A l’intérieur, elle est en miettes, mais cela, personne ne le sait. »

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p 87 « Smita ne le permettra pas. Elle a entendu une fois cette phrase de Gandhi, citée par un médecin qu’elle avait rencontré dans un dispensaire du village voisin : « Nul ne doit toucher de ses mains les excréments humains. » A ce qu’il paraît, le Mahatma avait déclaré le statut
d’Intouchable illégal, contraire à la Constitution et aux droits de l’homme, mais depuis rien n’a changé. »

p 91 « Elle sait qu’ici, dans son pays, les victimes de viol sont considérées comme les coupables. Il n’y a pas de respect pour les femmes, encore moins si elles sont Intouchables. Ces êtres qu’on ne doit pas toucher,
pas même regarder, on les viole pourtant sans vergogne. On punit l’homme qui a des dettes en violant sa femme.
On punit celui qui a frayé avec une femme mariée en violant ses sœurs. Le viol est une arme puissante, une arme de destruction massive. »

p 107 « Sarah s’inquiète parfois : que fera t’ elle de cela, cette sensibilité exacerbée qui l’expose aux plus grandes joies comme aux plus grands tourments ?
Elle voudrait tant lui dire : protège toi, blinde toi, le monde est dur, la vie est cruelle, ne te laisse pas toucher, pas abîmer, sois comme eux égoïste, insensible, imperturbable.« 

p 196 « Giulia n’est pas étonnée. Sa sœur appartient au cercle des sceptiques, de ceux qui voient le monde en noir, en gris, ceux qui répondent non avant de penser oui. Ceux qui remarquent toujours le détail qui fâche au milieu du paysage,
la tache minuscule sur la nappe, ceux qui explorent la surface de la vie à la recherche d’une aspérité à gratter, comme s’ils se réjouissaient de ces fausses notes du monde, qu’ils en faisaient leur raison d’être. »

p 73 « Le nirvana, l’ultime destination, voilà ce qu’elle espérait. Mourir près du Gange, le fleuve sacré, était son rêve. On dit qu’après, le cycle infernal de la vie s’arrête. Ne plus renaître, se fondre dans l’absolu, le cosmos, voilà le but suprême. Cette chance
n’est pas donnée à tout le monde, disait-elle. D’autres sont condamnés à vivre. L’ordre des chose doit être accepté comme une sanction divine. C’est ainsi: l’éternité se mérite.« 

Édition : Grasset

genre : Roman

Publié en 2017

 

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Une réflexion sur “La Tresse … Lætitia Colombani

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