Le charme des après-midi sans fin … Dany Laferrière

Un roman … une autobiographie avec un charme fou …
Une écriture toute en poésie … on se laisse bercer par les mots … et ces petites histoires au quotidien … un rythme qui apaise

On y découvre « Vieux Os » (surnom de l’auteur) arpentant Petit Goâve … la vie presque tranquille de cette petite ville d‘Haïti ou il y a grandit …
Ses moments forts et émouvants avec Da … belle déclaration d’amour et de tendresse à sa grand-mère …
Ses souvenirs avec Frantz et Rico ses deux amis d’enfance … ses premiers émois amoureux pour Vava …
Ses rencontres et ses « questionnements d’adultes » … avec Da et le notaire Loné …

Les jeux qui ponctuent les journées … Le coiffeur et ses concours d’échec  en « concurrence » avec l’épicier et ses dominos

Ce roman est un vrai moment de plaisir .… Une évasion exotique … et tendre
Il y a très longtemps que je souhaitais découvrir Dany Laferrière et j’ai maintenant très envie de retrouver ses autres romans …

Un Hymne à l’Amour … Exotique et Solaire …

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p 70 « La question c’est ; pourquoi faut-il que je quitte mon lit ? Pourquoi n’utilise-t-on pas le
sommeil pour apprendre les choses ? Nous pourrions nous réveiller le matin en sachant sur le bout des doigts le fameux chapitre de grammaire sur
la concordance des temps. Non, je retire ce que je viens de dire. Je ne veux pas qu’on touche à mon sommeil. C’est mon bien le plus précieux. Mon dernier refuge. Personne n’a le droit de pénétrer dans mes rêves.
Tiens, pourquoi le professeur ne vient-il pas nous faire la classe dans notre chambre ? Le docteur vient bien nous voir à la maison. Pourquoi le professeur ne le fait-il pas ? Da va me lancer ; « Espèce de flanc mou (c’est
son insulte favorite), tu inventeras n’importe quoi pour rester au lit. »

p 130 « On marche, un moment, en silence. Le notaire est dans sa tête. Je suis dans la mienne.
– Je sais à quoi tu penses, dit le notaire quand nous arrivons près de l’hôpital.
Je ne dis rien.
– Tu penses à ce que vient de te dire Josaphat ou, si tu veux, Nèg-Feuilles, que tu seras quelqu’un un jour … C’est à ce que tu penses, n’est-ce pas ?
– On me l’avait déjà dit … La vieille Nozéa me l’avait dit, un jour de pluie.
– Eh bien, dit le notaire sur un ton ferme, retire-toi ça de la tête, il ne t’arrivera que ce que tu voudras qu’il t’arrive.
– Comment ça ? dis-je, en relevant la tête vers le notaire.
– Pire que ça, mon ami, dit le notaire en me caressant la tête, personne ne change. Tu es déjà ce que tu seras. »

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p 139 « La seule chose qui me gêne, dis-je en baissant la voix, c’est la façon dont Madame Hermione s’adresse à sa filleule.
– C’est comme ça dans ce pays, mon garçon… Si vous faites des remontrances à quelqu’un,
il trouvera toujours un plus faible que lui pour lui rendre la pareille, et lui aussi trouvera un bien plus faible encore, et ainsi de suite, jusqu’au dernier qui donnera un coup de pied au chien… »

p 153 « On apprend beaucoup sur les gens, rien qu’à les regarder jouer. D’une certaine façon, Pierre-Louis avait raison quant à ma nature profonde. J’aime observer les gens. »

p 155 « Deux yeux me fixent dans la pénombre. Un petit corps d’enfant recroquevillé sur lui-même.
– C’est mon arrière-arrière-grand-mère, dit-elle comme si elle me révélait un trésor caché.
Elle est complètement décharnée. C’est la première fois que je vois quelqu’un de si vieux. Elle n’a que les os et la peau. Une vieille peau toute ridée.
– Elle est dans cette pièce, depuis ma naissance, et même avant … Elle a plus de cent ans. Elle dit que Dieu l’a oubliée sur terre.« 

 

 

p 171 « Da reste assise sur sa chaise de Jacmel (sa préférée), près du feu. Elle a l’air endormie comme ça, mais je sais qu’elle réfléchit. De temps en temps, je l’entends marmonner quelque chose je ne parviens pas à déchiffrer.
Je voudrais avoir des dents dans mes oreilles pour pouvoir mastiquer calmement ce qu’elle dit. » …
« Je passe mon temps à regarder Da. J’aime la regarder. Son visage, complètement fermé. Les lèvres serrées. Des milliers de rides. Les rides en se croisant forment des lettres de l’alphabet ; des F, des Z, des H,
des X, des Y, des T, des I, des L et des K, mais rarement des M, des G ou des Q. Il y a aussi des W, et même un O. »

p 229 « Le gouvernement avait interdit aux gens de donner à leurs enfants toutes sortes de noms à coucher dehors. La plupart du temps, des noms qu’ils ont créés eux-mêmes à partir des évènements de la vie quotidienne.
Par exemple : si l’enfant est né au bord du chemin, on l’appellera Chimin. Si la famille attendait un garçon, cette fois, et qu’il est arrivé une autre fille, ce sera Asséfi. »

Édition : Le Serpent à plumes

Genre : Roman, autobiographie

Publié en 1998

Illustration de couverture : Karen Petrossian, avec Olivier Mazaud et Bernard Perchet

 

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