Le papillon Ensablé … Maïa Alonso

Quel plaisir de retrouver la prose de Maïa Alonso. J’ai adoré « L’odyssée de Grain de bled en terre d’Ifriqiya » 2013 , « Le soleil colonial -Au Royaume des cailloux » 2014, « Les
enfants de la Licorne » 2015 et je savoure « Le Papillon ensablé » … une prose poétique et pleine de sensibilité !!      p 76 « Au loin, le fleuve s’amuse à se frotter le nez contre les roches des berges. On entend comme des éclats de rire.« 

Un roman poignant … bouleversant … envoûtant témoignage de ces « déracinés » d’Algérie, les « pieds- noirs » comme on les appelle !
p 55  » Son unique péché est celui d’être né sur
une terre d’adoption, choisie par ses ancêtres pour fuir leur vie de pauvres diables. Son crime, c’est de l’aimer, cette terre, su tierra querida, d’un amour hérissé de callosités, un amour qui leur ressemble, hommes venus de toutes les misères
éparses.« 

Un roman à plusieurs facettes fait de souffrances, de désillusions ….. mais aussi d’amour, de douceur, de sagesseapaisant !
Une belle quête pour retrouver malgré tout la paix intérieure !! L’auteure nous « promène » entre rêveréalité et peut être surnaturel !!

Un beau voyage au milieu de ces destins croisés … Maïsée , Adrien, Hèlène – Malionne, Rachid, Karima, Magdala … Baba Antoine … des rencontres … des amours compliqués et inavoués
des personnages très attachants !!

Maïsée et Adrien…Une belle histoire … tumultueusedouceviscérale et passionnée mais un Amour … effleurée du bout des doigts

Une balade dans le temps, entre passé et présent … et dans l’espace, Laï – Chau (en pays Thaï), … Le Bled algérien, Mascara, Takhmaret, le désert
Hossegor, Loubet (la porte des Cévennes), l’ Ile de Noirmoutier, …

De longues palabres sur la religion entre Rachid et Baba Antoine … Chrétiens et musulmans !

Quel plaisir aussi de retrouver Ma’Guapa et Yaminah « Le soleil colonial » … p 124  » J’ai bien connu la grand-mère qu’on appelait Ma’Guapa. Elle vivait ici même. Elle a dû rejoindre les champs célestes depuis le temps.
J’ai moi-même grandi ici auprès de ma grand-mère Yaminah.« 

Un roman à découvrir … Un roman aux Milles Émotions et Milles Sensations !!

Un beau message de Maïsée … : p 209  » Je ne conteste ni le Coran, ni la Bible, ni la Torah. Je ne les ai pas lus, je l’avoue. Non par paresse, mais par manque d’intérêt, ce que ni toi, ni le Père Saint-Antoine ne parvenez à comprendre. J’aime la poésie. La poésie, c’est la terre
de mon âme et je m’en nourris ici, dans ce coin perdu qui m’est devenu si cher. Je vis l’instant présent. »

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p 19 « Le vent du large a soufflé dans le plumage des goélands, chargé de milliers de grains de sables glacés. Maïsée est pâle. …
– Si j’étais une mouette, je n’aurais pas peur de la nuit. Je pourrais toujours m’en aller d’un coup d’aile. Ailleurs. Voler après le soleil.
Inlassablement.
Les mouettes ont besoin de la côte, de la terre, de la nuit. »

p 37 « Je m’étale sur le sable, trempée de pluie, de sueur, de larmes.
Une claque de sable s’accroche à ma joue. Je me redresse péniblement sur les genoux. Je suis face à l’océan, mais il s’estompe dans la pluie, dans la brume. La plage est emprisonnée dans un halo humide. Aussi déserte que l’absence de Maïsée.
Quel dieu suis-je venue supplier pour me trouver ainsi agenouillée, secouée de sanglots ? Quel dieu bouffon me restituera mon ridicule ? Est-ce le grelot de son rire qui crève la brume ? »

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p 38 « J’ai vu Maïsée rentrer dans le soleil posé sur l’océan.
Comme un papillon ensablé, enfin libéré. »

p 47 « Une bombe explose.
L’oiseau foudroyé tombe comme une pierre, est emporté avec les brindilles; les branches fracassées, les feuilles arrachées, à travers les jardins dévastés par l’orage.
L’adolescente offre son visage à la pluie chaude, martiale. Une langueur clandestine s’étale sur ses traits, écarte ses lèvres charnues, ranime comme un souvenir qu’elle ne
connait pas encore et qui empoigne son âme quelque part dans sa poitrine. Aucun geste connu, pas même deviné ou pressenti ne soulage la moiteur de cette après midi orageuse. Aucun visage
masculin ne s’interpose entre elle et sa langueur, mais une mystique sensuelle. Elle glisse dans la boue pulpeuse, gorge offerte à la pluie battante. Le sable gluant aspire les genoux durs, repliés en prière. L’extase exacerbe l’émoi
silencieux. »

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p 51 « – Et puis, comment pourrait-on se reconnaitre dans l’image du sale colonisateur qui circule en métropole quand la grande majorité d’entre nous est si pauvre ? Eh oui, même parmi les « colons« , il y a des pauvres.
Et Vincente d’ajouter :
– On nous prend pour des capitalistes. Qu’est-ce qu’ils connaissent à nos tracas, les gens de chez vous ? La vie de colon, pour eux, c’est la vie de château. Qui connaît toutes nos vicissitudes ? Le travail éreintant sous
le feu du soleil, saccagé par un vol de sauterelles ou par un orage torrentiel, nos blés couchés, les promesses envolées … Vous qui nous voyez vivre, vous ne pouvez pas avoir cette image-là de nous. Vous voyez bien qui sont nos voisins dans cette rue. On
se connait tous, depuis toujours. Que l’on soit Juifs, Chrétiens, Musulmans. On s’entraide au besoin. C’est naturel. Alors pourquoi ça devrait changer? « 

p 54 « Miroirs interchangeables, la mère et la fille se tricotent des confidences à voix menue, dépourvues de sous-entendus, avec cet entrain particulier aux filles du soleil quand
le rire refoule au loin les orées du trouble.« 

p 55 « Terre cependant à jamais insoumise, tout comme le petit peuple bigarré qui se veut fraternel parce que la même pauvreté recouvre leurs rires sous le soleil, parce que la même
couleur patine leurs corps et leur langage inventé, mais qui ne peuvent être frères car les mémoires s’accumulent sous la poussière des siècles : elles alimentent dans de terribles recoins la rébellion
fratricide. Or, depuis longtemps, il n’y a plus de vainqueurs car le peuple reste le peuple. Ce sont les autres qui , de l’extérieur, manipulent les cordons, actionnent les leviers, fomentent les haines qui n’existaient pas. Cela s’appelle la politique.« 

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p 73 « Le jour se lève … Le chant des oiseaux accueille la lumière du nouveau jour. Une clarté laiteuse caresse les vignes. Les mots, comme des galtes, s’écoulent doucement de mes doigts pour s’offrir à toi, Adrien.
Bonjour !
T’accueillir à ton retour du village, t’ouvrir le passage, être ce lacet de route qui t’accompagne un instant.
Être ta douche du matin, pour être partout sur toi. Ton fruit du réveil pour être partout en toi. Être tienne ... »

p 103 « Le plaisir … Chaque être porte sa propre musique. Pour que cette musique se libère, pour qu’elle habite l’univers tout entier, il faut un virtuose, certes, mais pas seulement.
Il faut, en soi, cette volonté d’atteindre une apothéose indescriptible. Vouloir le plaisir. L’en-deçà du plaisir. Au-delà même de l’intensité, les innombrables facettes de ce diamant incrusté dans chaque être de
chair. C’est une quintessence démultipliée qui fait rire et chanter la peau, l’être entier. C’est infiniment délicieux, écrivais-tu. »

p 116  » Elle crut avoir crié, mais aucune bulle de son n’avait franchi l’espace qui la séparait des deux personnages. L’air épais formait une muraille qui l’enfermait dans son silence. »

p 141 « Je ne me suis jamais intéressée à la religion et encore moins à la politique car je ne recherche que ce qui peut rapprocher et non ce qui oppose et déchire. Tu ne pourras
pas me faire changer d’avis et je ne pourrais pas te faire penser autrement, Rachid. Ces échanges sont vains, des mots jetés dans le vent. Des mots semeurs de colère. Je suis lasse de ces polémiques. »

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« Un trou s’est ouvert au-dessus de l’Océan. Un trou de lumière.
Le soleil est là, repoussant les murs gris de la pluie. Il arrive au-devant de moi, grossit de plus en plus vite. Il est rouge sang, tournoie comme une plommée incandescente, surplombe les vagues tourbillonnantes, si proche qu’en étendant les doigt, je pourrais le toucher. Hypnotisée je demeure immobile, toujours à genoux. » p 37

Édition : EditionAtlantis

Genre : Roman, Témoignage

Publié en 2016

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