Je dirai malgré tout que cette vie fut belle … Jean D’Ormesson

Quel bon moment de lecture !!
J’ai beaucoup apprécié ce livre, cette autobiographie ou plutôt cette autocritique sous la forme d’un procès.
Nous entrons dans le monde fermé des « intellectuels » et j’avoue … quelques subtilités ont du m’ échapper.
Beaucoup de noms inconnus et connus qui ont jalonnés sa vie et qu’il décrit avec tendresse et/ou compassion. Nous sommes « submergés » par tous ces noms… mais on se laisse guider et séduire ….Beaucoup moins perdu dans ce labyrinthe à partir des années 70 !!! sans doute parce que j’étais née à cette époque !!

Une Autocritique, une autobiographie cocasse, drôle, riche et pleine d’humilité … jugement du « Moi » et du « Sur-Moi » …

Un voyage historique, journalistique au sein du Figaro , littéraire au cœur de l’Académie française et enfin ses amours… et ses passions

L’écriture de Mr D’Ormesson est vraiment merveilleuse … Quelle plume !! Quel plaisir !!

«Vous n’imaginiez tout de même pas que j’allais me contenter de vous débiter des souvenirs d’enfance et de jeunesse ? Je ne me mets pas très haut, mais je
ne suis pas tombé assez bas pour vous livrer ce qu’on appelle des Mémoires.» Il s’agit néanmoins de Mémoires où l’on découvre un personnage tendre, chaleureux et plein de charme.

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p 98 « Le progrès est un Janus à deux faces. C’est une bénédiction. Et c’est une malédiction. Le progrès, si merveilleux, si recherché à bon droit, est une formidable machine à engendrer le bien et à multiplier
le mal. Les hommes vivent plus longtemps. D’une certaine façon qu’il est difficile de contester, ils vivent de mieux en mieux. Et, d’une certaine façon encore, ils vivent de moins en moins heureux.
Ils deviennent plus nombreux-trop nombreux-, plus savants et plus forts. Ils peuvent tuer plus de gens. Ils peuvent en faire souffrir un nombre sans cesse croissant. »

p 110 « Il (M.Nivat) m’a appris à aimer ces navigateurs audacieux, ces aventuriers de l’esprit, ces êtres de légendes que sont les écrivains. »

p 120 « Je le savais en secret mais il m’était impossible d’exprimer ce que je ressentais. La vraie réponse à la terrible question :« Que voudrais-tu faire plus tard ? » était : « Rien. » « 

p 177 « J’ai toujours été étonné. Je n’en suis pas encore revenu, je n’en reviens toujours pas, je n’en reviendrai jamais. Dès l’enfance, d’être là. Une espèce d’étranger
dans un monde d’emblée étrange; J’étais étonné d’être bavarois, d’être roumain, d’être carioca. Et puis j’ai été étonné d’être normalien. Étonné d’être en fin de compte
quelque chose, même au rabais, comme une espèce de philosophe. Étonné d’avoir pénétré dans le Saint des saints et d’être devenu un écrivain.

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p 187 « Je dois vous avouer, très sérieux Sur-Moi, que toute grande littérature me paraît toujours amusante. Je crois, comme Voltaire, que tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux-
qui atteint des sommets dans la seconde moitié du siècle passé. »

p 222 « proverbe d’un philosophe chinois « A côté du noble art de faire faire les choses par les autres, il y a celui non moins noble de les laisser se faire toutes seules » ou « Mieux vaut allumer une petite lanterne que maudire les ténèbres »
ou « Il faut faire vite ce qui n’est pas pressé pour pouvoir faire lentement ce qui est pressé.« 

p 283 « Il y a tout de même une justice : on ne peut pas à la fois être directeur du Figaro et avoir du talent. » (en parlant de Pierre Brisson)
Cette phrase malheureuse eut au moins deux conséquences. La première, immédiate : frappé d’excommunication majeure, rejeté d’emblée dans l’enfer de la liste noire, mon nom, pendant des années, a été banni
avec rigueur des colonnes du Figaro. La seconde, à plus longue échéance : quinze ou vingt ans plus tard, Sur-Moi de l’ironie et des coups de théâtre, je devenais moi-même directeur du Figaro. Je réunissais
les journalistes et je leur assurais qu’il était inutile de me rappeler ces paroles fatidiques : je me souvenais fort bien de les avoir prononcées« 

p 291 « Ce que je retiendrai surtout, en fin de compte, de ce club de copains (l’Académie Française), de ce cercle familial, de cette confrérie de croque-morts ou de pénitents verts toujours à l’affût de funérailles
nationales ou solennelles, sources inépuisables de souvenirs dans le passé et d’élections dans l’avenir, prince des farces et attrapes, c’est son esprit très français, ironique et railleur, qu’illustrent tant d’histoires
indéfiniment répétées de génération en génération.
Le cardinal de Fleury, déjà âgé, recevant l’abbé de Bernis et grommelant que, lui vivant, jamais le jeune Bernis n’entrerait à l’Académie. Et Bernis répondant, avec une révérence :
– Cela ne fait rien, Monseigneur. J’attendrai. »

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p 298 « Peut-être parce que mes parents m’avaient donné l’exemple d’une union sans nuage, je savais très bien, dès le premier jour, que je n’étais pas fait pour le mariage.
J’aimais trop les tempêtes. Je le répétais sans cesse à Françoise. Je lui ressassais qu’il était plus dangereux pour une jeune fille d’épouser un écrivain qu’un pilote de chasse ou
un coureur automobile. Parce que tout écrivain tiendra toujours moins à son bonheur qu’à ses manuscrits, quelques médiocres qu’ils puissent être. Et, pire encore, qu’il accepta et recherchera aventures, tribulations et même malheurs avec l’espoir qu’ils pourraient être de nature à nourrir ses romans. »

p 412 « Notre sentiment intérieur de la durée n’a presque rien à voir avec cette mobilisation spatiale et mécanique du temps. …
La durée intérieure est un oiseau sauvage. Le temps de l’ennui passe beaucoup plus lentement que le temps de la joie. Le temps de l’amour est une
flèche; le temps du chagrin, un escargot. »

Non, ce n’était pas mieux avant. Avant il y avait des guerres, tout le monde mourrait plus tôt, les pauvres étaient plus pauvres encore, tous souffraient davantage.
La vie était plus difficile. Personne ne supporterait de revenir en arrière. Les gens sont plus heureux aujourd’hui qu’ils ne l’étaient hier. Ce n’est jamais mieux avant.
Ni pire. C’est sans fin la même chose.

Nous ne pouvons rien savoir de ce qui nous attend après la mort, quand nous serons sortis du temps. Ce qu’il y a de remarquable, c’est cette coupure si franche entre,
d’un côté, la vie et le temps,
de l’autre, la mort et l’éternité. On pourrait presque soutenir que tout est organisé pour que nous ne sachions rien ni sur notre origine, ni sur notre fin.

p 441 « C’est une affaire entendue : mystère entre deux mystères, la vie est une fête et elle est une épreuve. Pour moi et pour les autres, juge implacable, modèle de toutes les vertus, sinistre personnage,
j’ai essayé d’en tirer du plaisir, et peut-être même du bonheur. J’ai aimé être heureux. J’ai compris assez vite que vouloir être heureux tout seul n’était pas seulement une bassesse, mais une illusion. »

-
French Academician Jean d’Ormesson arrives to take part on January 17, 2014 in Paris, in the inauguration of a place in honour of French author Maurice Druon, member of the Academie Francaise and winner of the Prix Goncourt literary prize. Maurice Druon was a French resistant during WWII and one of the authors of the French Resistance song « Le Chant des Partisans » (Song of the Partisans). AFP PHOTO/KENZO TRIBOUILLARD

« C’est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m’en irai sans avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces matins d’incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes
Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l’aube première
Il y aura toujours l’eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n’est le passant
Je dirai malgré tout que cette vie fut telle
Qu’à qui voudra m’entendre à qui parle ici
N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle » – Jean D’Ormesson

Édition : Gallimard

Genre : Autobiographie

Publié en 2016

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