La Dame Blanche, de Jean Paul Croizé.

La nuit.. les sentiers de La Hague, une silhouette.. une rencontre fortuite et troublante !! Rencontre avec La Dame Blanche. Une Belle balade dans le réelle ou l’irréelle … au milieu des légendes, des contes, des sortilèges … de notre belle Normandie !!
Une rencontre et une rupture (enfin pas encore terminé le livre !) racontées avec tellement d’émotions, une vraie sincérité ! Est-ce une histoire vécue tellement ça parait réel !
Toute une gamme d’émotions et de sentiments décrits avec délice. « Une radiographie des sentiments humains » !  Une belle écriture ! Quel bon moment de lecture … apaisant et ensorcelant !! Un beau voyage dans Ma Normandie, Mon Cotentin, La Hague
Quel FIN ! Sublime !!!! (Chut … je n’en dis pas plus !!) Je me suis complètement fait happer , kidnapper, envouter … ensorceler par ce beau roman…beaucoup de plaisir. Un roman d’une grande sensualité et d’une grande douceur. De l’émotion et … de belles Sensations. C’est un livre qui se déguste … Une auteure disait « La littérature c’est le Kamasutra intellectuel« DSC_5388 1

  La rencontre … p : 7 « La première fois que je l’ai vue, j’ai failli l’écraser. Elle est apparue dans mes phares, trempée par la pluie. Je n’ai eu que le temps de voir sa robe blanche: rendue presque transparente par toute l’eau qui tombait du ciel, elle moulait son corps d’adolescente d’une manière si belle que je m’en trouvais fasciné. J’ai quand même pensé à freiner, désespérément…. » 


p 14 « Je me suis souvenu du parfum de la Lande et de ces bruits mi apaisants mi terrifiants de la mer qui me venaient ce soir là de partout à la fois, comme pour mieux me perdre, ainsi qu’on finit par le redouter à chaque fois que l’on se trouve dehors par nuit de grand vent. Comme je me suis remémoré par la suite cette nuit bruissante et odorante, marquée par ces deux grands yeux à peine distingués, finalement, dans la pénombre d’une voiture. » … « Ces bruits, ces odeurs, ce vent fort qui hurlait, tout laissait penser que quelque chose
arrivait qui allait dépasser le simple naturel. Même si je n’ai pas eu véritablement peur, je me suis également souvenu par la suite avoir éprouvé un vague frisson.
Était-ce un pressentiment, ou le froid qui a fini par me faire retourner dans la voiture et fermer ma portière ? Je ne sais pas. En cet instant, peut-être voulais-je résister, rester dans le réel. Je ne voulais pas m’exposer au bouleversement que pouvait apporter je ne sais quelle rencontre insensée, une vision ou une simple sensation qui m’aurait peut-être obligé à croire aux légendes que nient avec un sourire condescendant les « horsins », ainsi que sont baptisés les étrangers au pays comme moi.
Je ne savais pas encore, mais le visage qui, décidément, ne voulait pas quitter mon esprit m’avait déjà fait tomber dans un de ces contes de la région, une de ces histoires dont personne, et surtout pas celui qui les vit, ne peut séparer le réel et l’irréel. Quelle
aurait été mon attitude si j’avais su, ne serais ce qu’un fragment, de tout ce qui allait m’arriver par la suite ? Je me suis posé la question plus tard. Mais je n’ai pas su répondre. Il n’est pas dit que j’aurais renoncé, tant ma soif d’autre chose
était grande à cet instant de mon existence. »

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P 14 « Étrange pointe ouest de Cotentin, « ce pays comme une île » ainsi que l’affirment les prospectus de l’Office de tourisme. Ils oublient que pour ses amoureux, ce bout de France planté dans la Manche, effectivement bordée par la mer sur trois de ses côtés, est bien plus que cela : à ses paysages qui constituent un mélange d’Armorique, d’Irlande et d’Écosse avec ses maisons de granit, ses murets de pierre et ses landes vallonnées, La Hague ajoute en effet tout un passé de légendes, elles aussi nées au fil des siècles, voire même des millénaires. Elles résultent de mariage des elfes et des korrigans de la Bretagne toute proche avec les sortilèges terrestre et marins, souvent beaucoup plus cruels,
que les Normands ont apportés ici dans leurs drakkars. »

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p.30 « J’ai donc été marcher au bord de la marée descendante. Le moment que je préfère, avec ces plages toutes fraiches, lavées, purifiées par ce passage de l’eau qui laissait des rochers tous neufs, un sable lisse et dur, vierge de toute empreinte, dans lequel mes pas s’inscrivaient d’une manière que j’avais toujours trouvée sensuelle, comme une caresse directement venue des éléments. Comme d’habitude, j’ai retourné des paquets d’algues laissés par le ressac dans l’espoir futile, si souvent déçu, mais toujours aussi fort depuis l’enfance, d’y dénicher un petit crabe vert, ou un minuscule poisson frétillant, réfugié là en attendant le retour de l’eau.
Comme d’habitude, je me suis trouvé subjugué par la transparence de la mer, qui a éclaté brusquement, au moment où le soleil est revenu entre deux nuages. J’ai respiré à plein poumon, j’ai laissé la détente entrer en moi, puissamment, profondément. En quittant la maison, je savais qu’il n’y aurait rien d’aussi fort que la plage pour me rincer l’âme. Et pour parvenir à pleinement me laisser aller au sentiment du moment. »

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 p 82 « C’était la légende de la petite chapelle des errants. Un maléfique lieu de culte que personne ne peut localiser avec précision dans La Hague, pays où il se dit que certains sites ensorcelés possèdent un pouvoir de plus que partout ailleurs, celui de se déplacer, à la fois dans le temps et dans l’espace, pour que soient mieux piégés encore ceux que les esprits des lieux ont décidé de choisir comme victimes. …… Selon ce que j’avais pu comprendre, il se disait qu’autour de cette chapelle si particulière rôdent les âmes de tous ceux qui ont perdu la vie sans avoir eu le temps de tenir une promesse importante
faite de leur vivant. Par punition, ils se trouvent condamnés à errer autour de cette chapelle, jusqu’à ce qu’ils parviennent à convaincre un passant d’y entrer pour écouter la messe qu’ils doivent y dire pour être délivrés, et avoir dès lors le droit
de tout à fait mourir. Pour les vivants, se faire ainsi appeler à l’aide constituait un piège terrible, car il n’était pas question de refuser de se prêter à cette cérémonie, ni même de vouloir l’écouter en quittant les lieux avant la fin des offices. Sinon,
c’était le fuyard qui se voyait à son tour condamné à mourir de manière violente, et à rejoindre la horde des maudits, c’est à dire de tous ceux qui se trouvent réduits par quelque autre sortilège à rôder dans la lande de La Hague. »

p 87 « Je suis resté de longues minutes, désormais seul dans cette chapelle qui m’apparaissait maintenant comme un lieu de pleine sérénité. Je n’avais jamais été croyant, je détestais me sentir coincé dans une messe à laquelle je ne comprenais rien, mais
j’aimais les églises vides pour l’apaisement que l’on y ressent dès que l’on y entre. Tout y est calme, silencieux, respectueux. Pour moi, ces lieux si symboliques n’étaient en réalité pas réservés aux pratiquants d’un culte qui m’échappait.
Ils me semblaient ouverts à l’homme par d’autres hommes, comme des havres de paix, au moins pour quelques instants, au moins avec soi-même. »DSC_5372

p 97 « La recherche de cette Dame Blanche avait trop tourné au surnaturel. Il fallait que la balance revienne vers la raison. Ces légendes avaient pris assez de force en moi pour que j’ai peur. Mais pas vraiment peur d’elles, plutôt de moi aujourd’hui.
Comment auraient-elles pu exister ici, à seulement trois heures de aris. Si sortilèges il y avait, ce ne pouvait être que dans ma tête. »

p 102 « Le vent soufflait de l’autre côté de la maison. Il ne m’atteignait pas, mais il m’apportait l’odeur de la mer, une senteur profonde qui me donnait envie de nager, qui
m’appelait. Il portait aussi le bruit du ressac, le cri des oiseaux, celui, familier, des goélands qui se chamaillent pour une proie,
mais aussi celui, inhabituel qui me semblait venir d’un oisillon. Un piaillement plaintif, qui revenait de plus en plus fort, au point de m’intriguer, jusqu’à ce qu’il finisse par me terrifier ; ce n’était pas une plainte d’oiseau, c’était la grille rouillée de ma Dame Blanche
que j’entendais, comme si le vent faisait battre ce portail que je n’avais pas franchi. Comment pouvais-je l’entendre d’ici, si ce n’était par une volonté supérieure, si ce n’était pas un appel. Le rêve était encore là. »

p 107 « Le rêve, l’absence, la promenade solitaire dans l’imaginaire avaient toujours fait partie de ma vie. Ils avaient toujours constitué le refuge qui me permettait de me protéger de la réalité des choses, lorsque celle-ci se montrait contre moi. Maintenant, je comprenais mieux ce besoin d’irréel que j’éprouvais si souvent. Lui non plus ne m’avait jamais quitté depuis l’enfance. A l’époque, on me considérait déjà comme un gamin faussement ouvert aux autres, comme un solitaire qui ne faisait que tolérer la réalité des autres dans le monde imaginaire qu’il se créait en quasi permanence, dès que la réalité ne lui convenait plus. »…
p 152 « Je revoyais les yeux gris, bleus, verts, qui étaient venus me regarder du fond des eaux hier. Je voyais les paillettes d’or qui dansaient dedans, comme le soleil sur la mer. Ils me fixaient de nouveau, avec une gravité triste, comme s’ils me demandaient pourquoi je me laissais sombrer de la sorte. Comme un flash, comme une étincelle de vie, leur vision m’a réveillé. Maintenant, j’en avais la certitude, c’était la mer qui voulait
me retenir à La Hague. Ce matin, c’était elle qui montait insensiblement mais sûrement en moi, contournant les un après les autres, jusqu’à finir par les noyer, comme les rochers sur les plages, les obstacles constitués par ce qui aurait pu me rester de conscience. J’avais envie de me laisser engloutir, moi aussi. Cette marée qui venait me chercher ne me menaçait pas, au contraire, elle voulait m’emporter vers tout ce que j’avais entrevu ces derniers jours ici. »


p 156 « J’éprouvais simplement l’envie de penser à elle en allant me faire fouetter par le vent sur le chemin des Douaniers. Un sentier aujourd’hui abandonné par la maréchaussée, mais de plus en plus prisé
des amoureux de la région. Souvent à peine large d’un mètre, il court au bord du littoral tout au long de la pointe du Cotentin. Autrefois, il permettait aux autorités de surveiller le débarquement des navires venus de Grande Bretagne ou des îles anglo-normandes toutes
proches pour pratiquer une contrebande particulièrement florissante. On dit également que ce chemin était utilisé par les naufrageurs, qui étaient légions dans la région, même si aujourd’hui personne n’aime s’étendre sur la sinistre pratique que désigne ce terme.
Elle consistait pour les habitants des hameaux côtiers à profiter des nuits de tempête pour aller poser des lumières face à la mer. Celles ci trompaient les capitaines des navires en difficulté, qui allaient se fracasser sur les rochers en croyant rentrer à l’abri d’un port. Au matin, lorsque la tourmente s’était
calmée, il ne restait plus à ces pirates de la terre qu’à aller récupérer sur la grève les restes de la cargaison des navires et les effets des passagers que la mer rejetait alors à la côte.
Je pensais à toutes ces vies qui avaient ainsi fini, souvent à quelques dizaines de mètres seulement de la terre ferme, et du salut qu’elles avaient cru apercevoir. Etaient-elles fantômes, elles aussi, devenues l’esprit de ces vagues qui me reposaient à la fois les yeux et l’âme en venant battre les rochers le long desquels je marchais maintenant ? On dit que la mer est le berceau de l’homme, mais c’est oublier qu’elle constitue également le tombeau d’une bonne partie de l’humanité. C’était sans doute pour cela que j’avais parfois éprouvé l’impression de côtoyer des âmes que je ne parvenais pas réellement à entendre, même si je les sentais me frôler, tenter d’attirer mon attention, peut-être ma compassion, quand je me baignais dans les eaux pourtant si claires de La Hague. »


p.195 « Depuis toujours, j’avais tendance à m’abstraire des moments pénibles en me réfugiant dans un ailleurs imaginaire. Il
m’avait souvent suffit de quelques heures de promenade solitaire, parfois même d’une simple pose à la terrasse d’un café pour me transporter dans un au delà qui me rinçait l’esprit. Aujourd’hui encore, cette capacité à m’échapper me donnait une grisante impression de puissance. C’est moi qui décidais de partir, puis de revenir à la réalité, ce n’était pas la vraie vie qui me dictait sa loi. »

p 200 « J’éprouvais une émotion intense en voyant approcher le Nez de Jobourg, masse impressionnante dont les roches ocres plongeaient abruptement dans les eaux de la
Manche devenues transparentes sous le soleil. Immergé dans la majesté de ces lieux, je me sentais tout simplement bien, bercé par une douce houle et par le ronronnement huilé du moteur, heureux
d’entendre les oiseaux de mer, heureux de me détendre en me laissant fondre dans cette nature si puissante. »

Éditeur : Ovadia

genre : roman

Publié en 2012

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Une réflexion sur “La Dame Blanche, de Jean Paul Croizé.

  1. « Merci, c’est trop gentil. Et cela me fait d’autant plus de plaisir que c’est exactement ce que j’ai envie de lire de la part de mes lecteurs. J’ai alors le sentiment de ne pas écrire pour recevoir des flatteries, mais des partages. Mon sentiment fort, après ce commentaire, c’est que vous partagez mes émotions, mon plaisir de les ressentir, de les décrire, en espérant qu’ils vont être partagés. Vous faites que je ne me sens pas seul. Je vous embrasse… » Jean Paul Croizé

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